AU COMTE D'ESTRl^ES
VICE-AMIRAL
(Copie portant : Dictee par Colbert.)
Paris, 0 avril 1677.
Je ne crois pas qu'il soil besoin de beaucoup de paroles pour vous persuader que le Roy a refu beaucoup de joye par Tarriv^e du gentilhomme que vous luy avez envoy^, apprenanl par vos lettres que vous avez glorieusement cbass^ les Hollandois de la seule conqueste qu'ils avoienl faile sur elle^ et dont ils avoienl fait tant de trophies , quoyqu'elle fust dans un
' Parti de Brest le 6 octobre, le comte il chassa les HoUandais du fort et reotra en d*Estr^ arriva devant Cayenne le 1 5 de- possession du reste de Tiio. cembre, et le a 1, par un coup de main hardi ,
bout (lu monde fort n^glig^ de Sa Majesty, et que vous avez forc^ dans uae place 35 o homines de leurs troupes r^gl^es, avec 700 ramass^s qui n'avoient autre discipline que celle que vous leur avez donate en si peu de temps qu'ils ont est4 sous vostre commandement. Gomme cette action est tr^s-glorieuse pour vous et tr^-avantageuse au service du roy, je puis vous assurer que Sa Majesty en a parl^ comme vous le pouvez d^rer.
Vous apprendrez, par les d^pesches, ses intentions sur tout ce qui regarde Temploy des vaisseaux que vous commandez, ou pour mieux dire les actions qu elle d^sireroit que vous ex^cutassiez avec la mesme vigueur et le mesme z^le que vous avez fait celle de Cayenne; et, quoyqu'elle connoisse bien que les forces qu'elle vous donne sont beaucoup au-dessous de ce qui seroit n^cessaire pour y parvenir, elle ne laisse pas d'esp^rer qu'apr^s avoir r^ussy dans cette premiere entreprise, vous ferez impossible pour r^ussir dans les autres. Je vous avoue que, prenant autant de part que je fais h tout ce qui regarde vostre gloire et vostre satisfaction , j'aurois bien de la joye de pouvoir donner au Roy la nouvelle que, pendant qu'il chasse ses ennemis, dans une saison aussy fascheuse et aussy peu avanc^ que celle-cy, de toutes leurs places de terre les plus importantes, vous chassiez, avec un petit nombre de vaisseaux et une poign^e d'hommes, les Hollandois de toutes leurs places maritimes des Indes occidentales, des Isles et de TAfrique.
Vous verrez, par les lettres de Sa Majesty que le gentilhomme que vous avez envoy^ vous porte, que son intention est que, en cas que vous ayez est^ assez heureux pour chasser ies HoUandois des isles de Curasao et Tabago^ et de leur habitation en terre ferme de Surinam, vous vous en veniez sur les costes d'Afrique, avec toute Tescadre et tons les hommes que vous pourrez mettre ensemble, outre les Equipages des vaisseaux, excepts toutefois les habitans des isles , pour les chasser aussy des habitations qu'ils ont en ce pays-1^.
Quoyque le succ^s de toutes ces actions tienne un peu de Timpossible, je ne laisse pas toutefois de I'esp^rer de vostre application, de Tenvie que vous avez de plaire au Roy et du bonheur de ses armes sous vostre commandement; joint b cela que ce sont des postes dans lesquels y ayant des
' Apr^ avoir repris Cayenne, lecomtc d'Es- plus meurtn'ers el une descente a lerre, qui ne
tn5es se relira a la Martinique, dVi il parlit r^ussit pas, Tamiral fran^ais se rembarqua et
le 1 1 f^vrier poor venir cnlever Tabago. li revint en France an mois de juin. L'aflaire de
aUaqua ce poste au mois de mars 1677, enpe- Tabago ful neaninoios conaid^r^e comme un
netrant dans la baic ^ Taide d^un pilole pris sur succ^, k cause de raneantissement presque
une barque cnnemie qui s'elait engage k dm- completde la flolte hollandaise. (Voir Hist, ma-
ger la flolle fran^ise. Apr^s nn combat des lit. de France, par M. Gu^rin, III, 3o5.)
ricbesses asses considerables, peut-estre que les soldats ei les Equipages de Yos vaisseaux seroni encore plus port& k les attaquer vigoureusement. Mais, en cas que vous n'eussiez pas pu cbasser les HoUandois de tous leurs posies des isles et qu'ils y eussent quelques-uns de leurs vaisseaux, Sa Majesty veut que vous laissiex dans les mesmes mers le nombre de vais* seaux que vous estimerez n^essaire pour mettre les isles k convert de leurs insultes, et que vous vous en veniez avec le reste des vaisseaux et des soldats sur les costes d'Afrique. Lorsque vous aurez achev^ ce que vous aurez pu y faire, elle veut que vous renvoyiez les vaisseaux marqu&} pai* ses d^pesches dans les ports du royaume, et elle vous laisse la liberty de vous en retoumer dans les isles de TAm^rique on de repasser en France.
(Areh. dekMar. 2MpA:^coiic«nuNtf knuiriM, 1677, fol. S6.)