‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 195 sur 246 · UL — LE DUG DE BEAUFORT A COLBERT · texte numérisé non relu

UL — LE DUG DE BEAUFORT A COLBERT

(Leltre aulographe.)

A bord de famiral, 8 aoust i665.

Je me donne rhonneor d'^crire au Roy cequi s'est pass^ avec ies galores de Sardaigne , lesqiidles , s^eatanl ^app^ de nuit peor de salaer oeiies de France et mesroe le pavilion amiral , tomb^nt entre mes mains par la fine manoeuvre qoe je fia, ies voyant cach^es le long de la coate de cetle isle. Rien an monde n'est si ridicule que Tordre qu'elles ont d'fispagne de ne point salaer; aussy jamais vaisseaux n^avoient-ils trouv^ moyen de les contraindre d cela que cette fois<-cy, que je ies ay mises en estat d'es^ prises, quand dies auroient mesme est^ turques. A moins de cela, ellea se seroient moqo^ de moy.

Je Yoos supplie de faire entendre k Sa Majesty ies raisons qui m^ont oblig^ de changer le dessein de Tripoli ; Timpossibilit^ que les pilptes et tous les offiders d*une voix ont trouv^e d'y aller pour elles en cette saison-cy en est la plus forte, les ayant assemble tons pour cet effet, et en cela la Y^t^ est quails ont eu tout k fiut raison, puisque, si un vent d'ouest ou de nord-Kmest les avoit prises au-dessous de Malte, il auroit de n^cessit^ fallu courre jusqu^a Zante ou G^phalonie, et, puis apr^, comment revenir? De plus, la coste de Barbarie, en septembre, est une chose bien gaillarde; je la connois et nMgnore pas la navigation des galores; les pilotes ne m*en s^auroient faire aocroire, comme ils font souvent k la plupart de leurs offiders, estant de vrais paresseui qui ne demandent qu'i finir une campagne et k retoumer dans le port, et, k moins de s^voir ce qui se peut et ce qui ne se pent pas, ils vous font perdre de beaux rencontres. Ten aurois sans doute trouv^ de bien favorables en Afrique, d j'avois eu le temps d^y pouvoir mener mes bastimens k rame. Pour cela , il faudroit estre k la fin de may, et non au 8 d'aousU

Voicy la mani^re dont je me vais servir de Tarmee de Sa Majesty jusqu*^ la fin de septembre : je vais faire mes efforts pour moutrer les vaisseaux et les dix galores devant Alger et y rester autant qu'il me sera possible, puis passer k la coste d'Espagne, y croiser sur les caps Palos et de Gata. Gependant j^ay envoy4 des ordres aux vaisseaux qui me doivent attendre au cap Palos, lesqueb nettoyent toujours ces coste»-Ui, de s^en venir devant Alger et d^en garder Tentr^; de cette mani^re, nous allons Tinoommoder infiniment A la fin de septembre, j*y retoumeray avec les vaisseaux de Sa Majesty joints ensemble et verray s*ils ne m'enverront rien dire. Et comme j^anray donn^ la chasse et la peur, tout au moins, k cette brigande ville, et que ceux de Tripoli et de Tunis ne eraindront plus les galores de Malte etcdies du Grand-Due, qui sont en ce pays-Id, quails me croiront mesme en Ponant, je m*en iray k leurs croidires, oil j*ay une grande esp^ ranee de r^usdr. De cette fa^n , j*employeray les vivres que nous avons k tourmenter Alger, Tunis et Tripoli et k vidter tout le Levant. J^enverray de temps en temps des vaisseaux sales se faire car^ner, afin d^en avoir toujours de nets pour joindre ces corsaires. II faut, s^il vous plaist, donner ordre que Ton ayt soin de les diligenter k MarsdUe. Si le mdheur vouloit qu'il y eust de la peste, k Toulon cela se peut faire de mesme. Je vondrois bien avoir octobre, novembre et d^cembre, tous entiers, pour travailler en Levant sur Sapienxa et Spartivento. Pour cela, il me faudroit envoyer an mois de vivres, tout au moins, par les vaisseaux qui y vont se faire carener et une fluste que j'y enverray expr^.

A moins du temps et d'une grande application , on ne peut reussir avec des coquins qui ne font que fuir devant vous. Je mets volontiers k la censure de tous ceux de nostre metier les choses que je propose. Si Sa Majeste desire qu^on fasse la guerre tout Thyver en ces mers, qui est le seul moyen de r^duire tous ces gens qui ne vivent que de pillage , je vous supplie qu^on presse la ThSrhe. Elle me seroit bien utile pour le cours ; et pendant qu^on car^neroit ce beau et bon vaisseau-cy , je m^en scrvirois fort utilement, sans perdre aucpn temps, estant de Tordre, apr^s uo premier voyage a

' Voir Marine, piAce n" 53.

des navires neufis, de les cai^ner avec loisir. Ge n'est pas que cetuy-cy, s'il estoit de besoin, ne s'en pasaast, oe faisant pas une gouUe d'eau , eatant fort et Lien li^, maia sale, il ne chemiiieroit point.

Gem d' Alger se sont r^lus de sortir quand ils ont vu qae juin et partie de joillet estment pass^ sans qu'on eust rien entrepris i leurs costes et que le temps des galores passoit En gardant Tentr^ de leur viiie, les cherchant sur leurs croisi^res et les y chassant les uns ou les autres, peutestre les y pourrons-nous rencontrer ; mais ma plus grande esp^rance est devers le Levant Si les affaires de Sa Majesty le permettent, je la sopplie tr^humblement d^agr^er que j*y passe oes Irois mois et de ne donner seulement que quinze jours au plus aux vaisseaux qui iront k terre se car^ner pour se remettre k la voile. Je croirois mesme que oe seroitassezde douse aux petits navires. Leur limitant un temps, cela les hastera tout k fait. Ge sont des pr^utions utiles pour le service, et qui empeschent qu'on ne mange les vivres dans le port. Je pretends faire cai^er les petits na> vires sans y retourner. Les quatre qui sont alles k Gadix seroient bien utiles pour faire le court avec ces petites fregales que Ton a failes 4 Dunkerque. A leur place, nous enverrions, si Sa Majesty le trouvoit bon, VAnna, U Dragon, le Char et le SaiM-Auguiim, tr^-propres k conveyer dans le Ponant

La passion que j*ay au service me fait vous mander toutes les choses que je crois y pouvoir eatre utiles. Je vous supplie de n^estre point importune de mes longues lettres et de me croire enti^rement k vous.

(Gopi^ sur Toriginal commaniqu^ par M. Le Glercq , sous-direeteor aa minist^re des Finances.)

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