A COLBERT DE TERRON
INTENDANT A ROGHEFORT.
( Minute aalograpbe. )
Saint-Getinain, ai aoust 1670.
Je suis bien ayse du tesmoignage que vous me rendez de mon fils; j'esp^re qu'il deviendra tel que vous me le dites, pourvu que je puisse parvenir k luy donner du goust et du plaisir pour un aussy beau metier que celuy de ma charge. II a toutes Ies autres qualit^s qui luy sont n^cessaires pour le bien faire; mais il faut une fois parvenir k ce point. Je ne luy demande pas une application aussy grande et aussy continuelle que la mienne; je s(ais bien que ce seiroit trop pour son &ge. Aussy ne luy demand^je pas qu'il se mette en estat de satisfaire promptement k toutes mes fonctions , mais seulement qu'il se mette en estat de pouvoir faire ma charge; k quoy il pent parvenir en peu de temps pourvu qu'il s'applique suffisamment. Vous connoissez bien que ce voyage n'est pas destin^ pour son divertissement et qu'il faut qu'il serve pour luy donner une connoLssance solide de la marine. S'il pouvoit prendre cette connoissance sous vous, en un mois ou six semaines de temps, ce seroit un tr^s-grand avantage, et ma pens^e seroit de I'envoyer pour autant de temps k Marseille et k Toulon ^ et en-
* (tP^cris a raon fils, lui disait-il le 37 <k> donne, ce sera un grand avantage; sinon,
tobre, de parlir d'aupr^ de vous pour s'en vous y suppl^eres par vos ra^moires. En ce
aller en Languedoc et de 14 en Provence. S*il cas, il faudra me Ies envoyer pour Ies luy faire
a pii travailler 4 achever ce que je luy ay or- tenir. . .n
suite de le faire passer en Italie. Mais comme il faut, avant toutes choses, qu'il sorle savant d'aupr^s de vous , je vous prie de mettre en pratique tous les moyens que vous croirez y pouvoir contribuer.
Faites-luy faire exactement le d^sarmement des vaisseaux de M. le Vice- Amiral et i'armement des frigates l^g^res qui ie doivent suivre. Observez bien surtout comment il employe son temps ; et, quoyque je ne veuille pas luy retrancher toutes sorles de divertissemens, il faut n^anmoins luy faire connoistre que, dans le temps des affaires press^es, comme aux arraemens et d^sarmemens, il faut que le plaisir et le divertissement cedent aux affaires.
Dans le comple qu'il me rend de I'employ de son temps, il me dit qu'il se l^ve h six heures du matin , qu'il travaille le matin tout entier dans s^ chambre, qu'il joue apr^s le disner, qu'il se prom^ne sur le port k voir les constructions le soir, et qu'il joue apris le souper. Cela joint avec ce que vous avez ^crit h ma fenmie, qu'il ne dormoit que quatre ou cinq heures, me fait craindre que le jeu du soir ne consomme une bonne partie de la nuit, et il me semble que, dans cette description qu'il me fait, il employe trop de temps au jeu. C'est ce que je vous prie de bien examiner sans luy en rien dire; et peut-estre que, si vous trouviez effectivement que cela fust, vous pourriez trouver quelque pr^texte plausible pour faire demeurer k la Rochelle mes cousines, vostre femme ^ et vos filles, pour quinze jours ou trois semaines, afin que, en luy ostant ce divertissement continuel qu'il pent prendre avec elles, il fust plus appliqu^ et se mist plus tost en estat de sortir de Rochefort et s'en aller ailleurs.
Je s(ais bien que cela ne se pent gu^re faire sans vous incommoder, mais je s^ais bien aussy que vous souffirirez volontiers cette incommodit^ pour un aussy grand bien que celuy qui m'en peut arriver. Je ne vous propose pas cela comme un moyen absolument n^cessaire; mais je vous laisse a examiner si vous estimeriez k propos de le faire. Vous avouerez seulement que jouer toutes les apr^s-disn^es et tous les soirs est bien contraire h ce que je desire; et il me semble que je vols dans ce pen de mots les causes du trop long s^jour h la Rochelle et du peu de satisfaction que j'ay eu des premiers m^moires. II faut surtout que cecy soit entre nous deux , el qu'il n'en p^nitre rien.
Outre I'armement et le d^sarmement dont je vous ay parl^, vous pourriez encore luy faire faire un projet d'instruction pour le capitaine qui commandera le Breton et les deux oucres qui doivent parlir pour les Indes^,
* Madeleine Hennequin. (Voir GMalogie, * Ce projet d^instniclion , ^crit par Seigne-
I, '177*) lay pour Turelies, chef d'eacadre, est dans le
et un autre projet de tous ies ordres , instructions et mi^moires de lout ce qui est h faire pour mettre en mer i'escadre du mois d'avril prochain.
Renvoyez-moy toutes Ies lettres Rentes de ma main, d'autant que je n'en garde point de minute ^ . .
(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oia , Colbert et Seignelmf, lY, cole i&, pi^ it. — CoH. des doc idM. Melanges hieioriqueM, par M. ChampdlioD-Figeae, IV, 593.)