A COLBERT DE TERRON
INTENDAiNT A ROGHEFORT.
(Minute aatographe.)
Saint-GemHiiD, 180011811670.
J'ay re(u vosire ieitre du 1 1 de ce mois, toujours dat^e de la Rochelle. Je crois que vous serez k present retourn^ h Rochefort; si cela n'estoit point encore fait, je vous prie d'y retourner aussytost. G'est ie lieu oil mon &ls doit apprendre et 01^ il ne sera pas d^tourn^ par les divertissemens d^nne ville.
Je luy ^cris de faire le d^sarmement des vaisseaux de M. le Vice-Amiral dans toute son estendue. S'il le fait bien et exactement, je crois qu'il servira beaucoup pour son instruction. Je vous prie d'y tenir la main et de voir la lettre que je luy ^cris sur ce sujet.
Sa d^pesche du mesme jour que la vostre m'a fort content^, et, pour vous dire le vray, je ne suis jamais en peine de son esprit, mais toujours de sa volont^. Et jusqu'li ce que je voye qu'il prenne plaisir k apprendre un si beau metier que celuy que je luy forme depuis un si long temps, je ne seray pas content de luy. Mais d^s lors qu'il y prendra plaisir, il ira aussy vite que je voudray et se rendra bientost capable de me d^charger de la peine de le faire moy-mesme.
Surtout, examinei biien sa conduite et son int^rieur, et mandez-ntoy vostre avis sur la resolution que j'ay k prendre de luy faire continuer ses voyages, ou de le retirer aupr^ de moy. Gela consiste k s^avoir si vous le croyez assez maistre de luy pour que je le puisse confier k luy-mesme.
Le Roy veut que vous fassiez partir M. le Vice-Amiral sans p^dre aucuu moment de temps, n'y ayant rien que Sa Majesty ayt tant k cceur que de s^avoir qu'il y a toujours des escadres de ses vaisseaux en mer.
Vous pouvez donner k mon fils le soin de faire Tarmement et de mettre en mer ks deux petites frigates et la tartane qui doivent faire partie de Tescadre de M. le Vice-Amiral. Ne vous ^tonnezpas si jepresse extraordinairement son instruction; je vous avoue que j'ay une tr^»-grande impatience qu'il vienne icy faire ma charge , et pour vous dire mes intentions , aussytost qu'il aura appris k Rochefort ce qu'il pourra y apprendre, et que je verray qu'il y prendra plaisir, je pourray bien I'envoyer k Marseille et ensuite k Toulon, et peut-estre ensuite le faire passer plus avant, si sa conduite est telle (jue je puisse me confier en luy. Vous voyez bien que, pour I'ex^cution de ce dessein , j'ay besoin qu'il ne perde pas de temps.
A regard de sa sant^, dont vous ^crivez a ma femrae, comme k Rocl^efort il n'aura que le travail sans beaucoup de divertissemens, il pourra dormir. Mais comme il est fort et robuste , et mesme qu'il est an peu trop gras, je ne crois pas que le travail et qn peu de veille puisse luy faire du mal.
II faut faire travailler promptement le sieur de La FavoUiire k I'ex^cution de Tinstruction que vous luy avez donn^e; et si mon fils pouvoit i'accompagner un jour ou deux pour faire ies observations de son travail , je crois que cela serviroit encore k son instruction. Je me remets k vous de tout ce qui concerne ce point, ne doutant point que vous ne luy donniez tons Ies avis que vous croirez pouvoir le rendre tel que je le desire. . .
( Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi t , Colbert et Seignelay, IV, cole 1 5 , pi^ i o. — Arch, de la Mur. DepSehet concemant la marine, 1670, fol. 385.)