‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 29 sur 246 · AU MfiME · texte numérisé non relu

AU MfiME

Paris, ^k Janvier 1671.

J'ay refu vostre lettre du 1 3 de ce raois ^. Je suis bien ayse que mon fils se soit conduit a vostre gr6 dans le diff^rend qui est arriv^ entre M. le General des galores et M. de Centurion. Je n'ay point encore re^u les

* Colbert ecrirait au indme, le a Janvier suivant :

« Je veux croire que vous aarez pa faire voir a mon fils tons les projets et m^moires que vous aves fails. Je vous ay cy-devant ^rit les choses que je d^re qu'il fasse, qui sont de visiter exactement tous les magasins, voir toutes les marcbandises et munitioiis quails conliennent et faire le recolement de Tinventaire gfen^ral; examiner et arrester Testat des d^penses de Tannic demi^re; voir et examiner avec soin le projet des d^penses a faire pendant la pr^nte; voir de mesme le plan gen^l dei« magaeins et travaiUer avec vous au r^ement de police des ports que je vous ay demande. Outre ceia, il sera bon qu'il parle et s'entretienne avec vous de tout ce qui se pent faire dans tous les accidcns de rupture qui peuvent arriver avec tous

les Estate qui sent sur la M^terran^n {D^, cone, la mar, fol. 5.) — Voir Mmine, pi^« n* i83, page 873.

* Pendant son s^jour k Toulon, Seignelay redigea un m^moire concemant les galores. Ce mdmoire est divis^ en plusieurs cbapitres, dont les prindpanx titres sont : Description d'une gal^. — £tat de tout ce qu'il hni pour Tarmement d'une gal^. — Elat dans lequel est une galore d^rroee dans le port, et des victuailles que Ton y distribue journellement. — Bois et cordages n^cessaires pour la construction d'une gal^; description de cheque pi^. — Armament d'une gal^ k Ja mer. — Fonctions de cbaque ofiicicr, etc. {Mdlangea Colbert, yolSh.)

^ Void cette lettre m Je vous diray que j'ay esle ravy de voir avec quelle penetration monr

lettres de M. le G^n^ral sur ce sujeL Ainsy je n'ay pu en faire rapport au Roy , et commc Sa Majest<^ est a Vinccnnes jusqu'k deniain au soir, et qu'elle n'y travaiilera ppint, je n*enverray la decision de ce diff^rend que par le premier ordinaire ^

Vous pouvez facilement vous persuader que la connoissance que vous dites que mon (ils a de la marine ne me pent guere d^plaire. Mais comme vous connoissez que je ne suis pas bien ayse de me tromper moy-mesme et qu'au contraire je suLs d'humeur k rabaltre quelque chose de la v^rit^ mesme pour le pousser toujours plus forlement dans la carri^re de la perfection, dont Ton n'atteint jamais le bout, je vous prie de me dire exactement la v^rit^. Et, pour vous bien faire connoistre ce que je d(^sire, je ne doute point de lesprit de mon fils; je le connois, et il seroit difficile qu'il n'en eust pas; mais je doute toujours un pen de sa volont^ et de son application, et cest particuliirement a cela que je vous prie de veiller et de m'informer soigneusement de tout ce que vous en trouverez.

Je suis bien ayse que vous ayez mis en ses mains un m^moire ou tableau de la marine du port de Toulon ^; mais vous devez observer que quelquefois il n'est pas n^cessaire et mesme il est nuisible de donner trop de facility aux jeunes gens. II faut qu'ils se donnent un pen de peine pour trouver ces choses, parce que c'est cette peine qui les imprime plus fortement dans leur esprit, et il suffit de les ayder quelquefois a suivre le fil et Tordre des affaires quand ils y trouvent trop de difficult^s; mais enfin j'esp^re

seigneur le marquis eutre dans les recoins les plus profonds du d^il de nostre marioe et rintelligence quMl 8*y est desjA acquise. Depuis sou arriv^ en ce lieu , il n^a pas perdu un moment de temps. S^il continue A s^instruire de la sorie, il n^y a point de doute qu*il ira bien loin , et d^ k pr^nt lien ne luy est nouveau au metier; ce que j'ay trouv^ extraordinaire en luy est une Ir^belle m^moire , avec un jngement el bon sens fort solides. £nfin , Monseigneur, selon le sentiment de tons ceux qui ont Fbonneur de Tapprocber icy, il a toutes les quality qui font un bonnesle bomme et qui en peuTent faire un tr^s-babile , et je loue Dieu de tout mon coeur de ce qu^il vous Ta donne si accomply qu^il n'y ayt point k douter qu^il ne r^ponde toujours parfaitement bien 4 vostrc altente et aux soins que vous avezpris de son education.?) (Arch. <U Vart fran^. 6* annee, i^* livraison, 872, note de M. Pierre Margry.) — Voir aussi WariW, pikcn" aiC.

' On a vu (Mormtfy pi^ n* io3) que le marquis de Centurion avait pris du service en France et s*elait engag^ k construire des galores dont il devait avoir le commandement. Gctte situation sp^ale amena des froissements entre lui etM.de Vivonne. Dans une d^»Me k Brodart, du 96 decembre 1670, Colbert praise le grief que M. de Vivonne avait cootre M. de Centurion :

«Je vous envoye la copie d^une ordonnance qui est sous le nom du marquis Centurion. Informez-vous adroitement si ledil sieur Centurion a donn^ ceUe ordonnance. Faites-luy entendre de ma part de ne prendre jamais plus k Tavenir la quality de general d'une escadre de galores , mais bien celle de capitaine genc^ral , et de ne point se servir du terme de nottrt capiUme, mais de eapiUme simplement, ou cnpitane de Sa Majesie. . . n ( LeUres d Bivdart,)

* Seignclay fit un double de eel etat, qui sc Irouve dans le vol. 86 drs Melnn^rt Cnlhnt,

que le s^jour qu*il fera k Toulon luy servira beaucoup pour le coofirmer dans toutes les connoissances qu'il a prises et qu'il doit prendre sur cette importante mati^re.

Je desire surtout qu'il travaille h Tex^cution des quatre points contenus dans mes pr^c^dentes lettres; mais je vous prie de prendre garde qu'il le fasse avec application et autant correctement et parfaitement que possible, qu'il calcule luy-mesnie I'estat de toutes les d^penses de I'ann^e derni^re par chapitres s^par^ et qu'il en fasse ensuite des extraits abr^g^; et de me faire s^avoir par tons les ordinaires de quelle sorte il employera son temps.

Je luy ay (5crit qu'il esloit absolument n^cessaire qu'il s'entretinst avec tons les officiers de marine de toutes les entreprises qui se peuvent faire dans la M^diterran^e , tant en paix qu'en guerre; et pour cet effet il faut qu'il fasse avec vous des projets d'instruction pour celuy qui commandera les trois vaisseaux qui doivent estre mis en mer au i**' mars, et pour le commandant de I'escadre, dont ie reste partira au i^ avril prochain.

(Areb. de ia Mar. IkpSeku ctmeenumt U mmine, 1671 , foL 67.)

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