NOTBS MARGINALES DE LA MAIN DE COLBERT
* Bon. Mais il ne faut rien oublier ; et surtout que je voye tout pour redresser ce qui ne sera pas bien fait et prendre garde que rien ne s'oublie.
^ Bon. II faut lire et relire, et jamais ne sorlir ce jour-1^.
^ C'est \k le principe de toutes choses, et jamais ma charge ne se peut bien faire sans cela. — II falloit cet article le premier.
* Cela est tr^bon , pourvu que cela s'ex^cute.
* Bon. II n'y a rien de mieux , mais il faut ex^culer. ' Tr^s-bon.
* II faut lire et faire Textrait des principales lettres , et, ^ regard des auLres, Textrait des principaux points.
^ Bon. II faut remettre ce travail au samedy. Dans le mercredy et le jeudy, on peut prendre les apr^-disn^, et quelquefois lesjoumdes enti^res pourse divertir, et ainsy. il ne faut point attacher h ces jours-la un travail n^cessaire.
' II faut faire ces enreglslremens h mesure que les ordonnances sont faltes , sans jamais les remeltre.
^ II ne faut point Oxer de jour pour cela.
^ Bon. La loy indispensable et la plus n^cessaire est d'estre r6gU dans ses mceurs et dans sa vie.
Manger h ma table le plus souvent, sans trop s'y assujettir.
Voir le Roy tons les jours , ou h son lever ou ^ sa messe.
Travailler tons les soirs , et ne pas prendre pour une r^gle certaine de sortir tous les soirs sans y manquer.
On pent pourtant une ou deux fois la semaine aller faire sa cour chez la Reyne ou ailleurs.
II n y a que le travail du soir et du matin qui puisse avancer les affaires.
(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oia, Colhert $t Seignelay, Y, coto id, pi^cc 9o. — E. Sae, HUtoire de la marine, 1 , 969. — Hietoire de Colbert, 307.)
(Lettreorigitiale.)
Saint-Germain , 1 o avril 1 679 .
Je re(us hier au soir vostre d^pesche au Roy, -du h de ce mois, par laquelle vous commencez ^ luy rendre compte de ce que vous avez vu h vostre arriv^e k Rochefort. II nV avoit point de lettre pour moy dans ce paquet; mais je crois que c'est la lassitude et le peu de temps que vous avez eu pour ^crire. J'ay lu ce matin h Sa Majesty vostre lettre tout entiire; elle la trouve assez bien, mais j'esp^re que vous vous donnerez le temps necessaire pour faire vos lettres amples et bien exactes, et quainsy Sa Majesty sera encore plus satisfaite h Tavenir.
Les remarques que j'ay faites sur vostre lettre sont que vous ne distinguez pas assez vos mati^res , et que vous ne les approfondissez pas assez. Pour ce dernier point, je crois que vos lettres suivantes y satisferont. Pour la division, vous devez observer que, quand vous commencez h rendre compte d'une escadre, il faut dire avec ordre tout ce que vous voulez dire sans Ten tremesler d'aucune autre affaire. Je vous dis cecy parce que, en rendant compte de Tescadre de M. le Vice-Amiral, vous y meslez quelque chose de Tescadre du chevalier de Chliteau-Renault.
Vous devez toujours observer qu'Ji Rochefort vous devez rendre compte : 1" de la grande escadre; 2'' de celle de Ch&teau-Renault; 3** de celle de TAmdrique , et ensuite de I'estat des magasins.
Lorsque vous serez k Brest, il faut que vous rendiez compte de raesme dc la grande escadre, des vaisseaux garde-costes quiydoivcnt estre arm^s, et des magasins; mais il faut fort appuyer sur chacune de ces raatieres et (|ue vous en |)aroissie/ fort savanl dans vos lettres. Enfm, mon cher fils, il
faut une Irfts-grande application pour bien faire ma charge et pour contenter le Roy.
Au surplus, quoyque j'envoye cetle lettre a Rochefort, ce seroit un grand malheur qu'elle vous y trouvast encore. Le roy d'Anglelerre a assur^ le Roy que sa flotte seroit en mer le q5 de ce mois au plus tard, et a demands que celle de Sa Majesty fust preste d'entrer dans la Manche d^s le 2 5 de ce mois; de sorte qu'il est d'une tr^s-grande consequence que vous ayez mis h la voile le 1 1 , ainsy que vous le faites esp^rer au Roy par vostre lettre ; mais si , par un malheur que je ne puis pr^voir, vous estiez encore dans les rades lorsque vous recevrez cette lettre, ne manquez pas de partir aussytost et de vous rendre h Brest avec la plus grande diligence que les vents vous pourront permettre ^ ; et non-seulement vous ferez en cela ce qui sera fort agr^able au Roy, mais mesme ce qui sera fort utile au roy d'Angleterre , parce que ses peuples commencent desjJi h murmurer et k dire que la flotte de France ne se joindra pas a la sienne, ou que, si elle s'y joint, ce sera si tard qu'elle luy sera enti^rement inutile^. Voyez done par 1^ combien de raisons puissantes vous doivent porter h la diligence.
Le Roy partira assur^ment le d8 de ce mois, en sorte qu'il faut que vous soyez icy le 26 au plus tard*.
H est aussy important de faire partir Tescadre du d^troit et celle des isles de TAm^rique. Vous connoissez bien que, la guerre estant d^clar^e, s'il ny a point de vaisseaux du roy arm^s, nous courrons risque de voir prendre une grande quantity de vaisseaux marchands. C'est ce qui vous doit obliger a mettre en mer le chevalier de Gh&teau-Renault, et k pressor de mesme I'escadre de TAm^rique.
Ne manquez pas de mettre tous les moyens en pratique pour exciter tous
^ Douze jours apr^, le aa avril, Colbert ecnvail 4 son cousin , de Terron , intendant 4 Roctiefort :
ccj'apprends par vostre m^moire au Roy du 1 A de ce mois que mon fils s^est embarque ce joup-lA. Vous pouvez croire avec quelle impatience j^attends & pr^ent des nouvelles de son depart et de son arriv^ a Brest. Mais si, par un malheur que je ne puis prdvoir, il esloit encore aux rades de la Rocheiie ou qu^il n^en fust pas ^loignd, je vous prie de luy faire s^avoir qu^il ayt d mettre promptement pied k terre et a s'en venir en poste avec toute la diligence qui luy sera possible, le Roy partant assur^ment le 98. . . n ( Dep. cone, la mar. fol. 1 98.)
^ Ce furent au contraire les Anglais qui se firentattendre; Colbert ^rivit le 1 1 mai k son fr^re, ambassadeur k Londres :
«Vous s(:avez que M. le Vice-Amiral est depuis le a 6 du mois pass^ k la rade de Bertbaume , fort expos^, et qu*il a fait des vents favorables depuis ce temps-M, tant pour luy porter des ordres que pour sa navigation. 11 y a bien de la faute du cost^ de TAngleterre de n'avoir pas est^ plus soigneux d'envoyer les avis et par mer et par terre. ,.n { D4p. eonc. le comm. fol. 146.)
^ Voir Marine, pite n* 988, page /197, note 1.
les officiers de bien faire leur devoir. J'attends avec bien de rimpatience vos secondes lettres.
On iravaille avec soin h vosire Equipage; vous trouverez tout en estat de partir lorsque vous arriverez icy. . .
(Bibl. Imp. Mm. S. F. 3,oi9 , Colbert et Stigtisla^, V, cote 17, pi^ 1.)
( Lettre origiiMde. )
Saint-Germain, 19 aviil 167s.
Mon fils, je vous ^cris cette lettre et Tenvoye h Brest, et le duplicata k Belle-Ue, pour vous eslre donn^ a vostre passage, ne pouvant me persuader que vous estes encore aux rades de la Rochelle.
La lettre que vous avez ^crite au Roy, le It de ce mois, estoit courte; il n'y avoit rien pour moy dans vostre paquet. Depuis ce temps, j'ay re?u une lettre de M. de Terron, du 8, par le sieur Dandron , qui revient des Indes orientales. Cette lettre dit seulement que vous estiez all^ disner chez M. ]e due de Navaiiles ^ et que vous deviez faire vos pasques le dimanche, et vous embarquer aussytost. Je vous avoue que je crains encore extraordinairement que vous n'ayez de la paresse h ^crire. Depuis ie li , qui est le jour de la date de vostre lettre, jusqu'au 8, vous pouviez bien avoir ^rit beaucoup de choses; et il est impossible que le jeune Dandron soitarriv^, soit demeur^ 1^, et en soit reparty sans que vous le s(ussiez; or, de laisser partir un homme qui vient icy en poste sans prendre le temps d'une heure, mesme de deux, pour ^rire un pen amplement, c'est une negligence qui ne convient point h la charge que vous devez faire.
Consid^rez Teffet que cela pent faire dans I'esprit du Roy : il faut que je luy rende compte de la lettre de M. de Terron, il S9ait la date de vostre lettre du A; il voit la date de celle de M. de Terron, qui est du 8; il me demande si vous ne m'avez point ^crit! Pensez vous-mesme quelle r^ponse je puis luy faire. Quelque couleur que je luy donne, je ne puis empescher qu un prince aqssy penetrant qu'il est ne voye bien qu'il y a beaucoup de negligence de vostre part. Vous sjavez qu'il n'y a rien que je vous aye tant et SI particuli^rement recommand^; mais , si vous ne vous y portez de vousmesme, il sera bien difficile que j'y puisse r^ussir.
J'attends avec la plus grande impatience du monde vos leltres du prc-
' Gouverneur de la Rochelle. (Voir I, 1 1.)
mier ordinaire, ne pouvant me persuader que, avani vostre embarquement, vous n'ayez ^crit fort amplement au Roy et h raoy.
Mod fr^re m'^critque le roy d'Angleterre aura sa flolle en mer le ao de ce mo is, el qu'il d^libire s'il I'enverra h Portsmouth pour y attendre I'escadre de France. U faut faire en sorle que M. Je Vice-Amiral soit h la rade de Berthaume au plus tard le 9 0 de ce mois^
Je vous ay desja ^crit qu'il falloit que vous fussiez icy de relour le 96, le Roy partant assur^ment le 28.
Mes fr^quentes lettres vous doivent exciter h faire la mesme chose.
Je suis toujours vostre p^re tr^s-affectionn^ ^.
( Bibi. Imp. Mss. 9,oi 9 , Colbert et Seignelayt V, cote 17, pi^ 3.)