‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 42 sur 246 · AU M£ME · texte numérisé non relu

AU M£ME

Saint-Germain, lU avril 1679.

Mon fils, j'ay re^u vostre billet du 7, ^crit sur deux feuilles de different papier, avec le m^moire pour le Roy.

11 me semble que vous avez assez bien remarqu^ les principales difficult^s de cet armement; mais il y a encore une plus grande penetration que vous n'avez pas; j'espire qu'elle viendra avec le temps et un peu plus d'≥ excitez-vous-y toujours tout autant qu'il vous sera possible.

Je vous avoue que j'ay est^ fort surpris de voir le manquemenl de matelots, d'autant qu'ii y a huit mois entiers et plus que les ordres sont donnas pour cet armement; il est fort avantageux pour vous que vous voyiez ces fautes, pourvu que vous examiniez bien h fond et que vous s^achiez les rem^des que Ton y pent apporter. II faut n^cessairement que la sant^ de M. de Terron ne soit pas assez bonne pour s'appliquer et qu'il ne soit pas assez soulag^. C'est h quoy vous devez bien prendre garde , non-seulement dans ce port , mais mesme dans celuy de Brest ; c'est-i-dire qu'il faut que vous p^neiriez a fond toutes les fautes qui s'y commettent et tons les manquemens qu'il y a , et que vous examiniez de mesme tons les rem^des que Ton pent y apporter; mais, il faut prendre garde que ce soyent des rem^des qui coupent le mal dans la racine. Je s^ais bien qu'en continuant de travailler, vous acquerrez ces connoissances ; mais je sgais bien aussy

^ Voir, pour la jonclion des flottes, ia sec- ^ Toutes les lellres de Colbert a son fils finis-

lion Marine, pages /ia5. 628, /i3t, pieces sent par cetle phraso. m" 986, 289, 991 et notes.

que , par une grande application , vous pouvez avancer beaucoup ces connoissances.

J'approuve fort la proposition que vous faites de donner au sieur Amoui la oommission de contr6leur g^n^ral de la marine de Ponant. Je la feray exp^dier pour luy envoyer ; cependant il seroit n^cessaire que , estant sur les lieux, vous fissiez son instruction, en examinant dans les ports et arsenaux tons les points qu'elle doit conienir.

Si vous aviez en mer le mesme vent qu'il fait icy^ comme il seroit enti^ rement contraire k vostre voyage de Brest, je crois qu'il faudroit que vous missiez pied h terre sur la coste de Bretagne la plus proche et la plus commode que vous pourriez, et que, apr^s avoir vu et visits tout, vous vous en revinssiez en diligence. Pour cela, j'envoye le duplicata de cette leltre k Nantes, avec ordre au maistre de la poste de vous Tenvoyer h Belle-lie, ou de la remettre ^s mains de M. de LogerieS gouverneur de cette isle, et j'envoye I'autre en mesme temps h Brest.

Sur la peine que Ton a eue de faire les Equipages h Rochefort, il me semble que si M. de Terron avoit eu le r61e g^n^ral des matelots divis^ par classes, ainsy qu'il a est^ fait en Bretagne et Provence, et qu'il eust fait avertir et prendre toutes les trois classes, il me semble, dis-je, qu'il anroit est^ bien difficile qu'il ne s'en fust trouv^ suffisamment pour armer vingt vaisseaux; ces pays-l^ estant les plus abondans en matelots qu'il y ayt dans le royaume et peut-^stre dans le monde.

A regard des vivres, vous aurez vu de mesme tous les d^fauts et pourrez y trouver les exp^diens n^cessaires pour faire en sorte que le service du roy soit encore mieux fait k I'avenir que par le pass^.

Vous aurez aussy bien examine toutes les differences de faire ces armemens, qui se trouvent entre I'ancienne et la nouvelle marine, et vous pourrez prendre ce qui sera plus avantageux au service du roy; je vous ay dit sur ce sujel tout ce que vous deviez scavoir pour prendre resolution.

Vous avez fort bien fait de retrancher les gardes et les r^duire h quinze ; je vous en ay dit icy les raisons.

II faut rembourser M. le Vice-Amiral des 900 livres qu'il a payees pour les estoffes du tendelet du Satntr-Philippe, sans toucher h celles qui sont dans les magasins de Rochefort , qu'il faut conserver.

II faut faire embarquer les sieurs Arnoul et Grandin^, et leur donner une instruction et ordre de tenir un journal exact de tout ce qui se passera;

' D^abord lieutenant du roi, & Bordeaux, * Nicolas Grandin, d'abord secretaire du

au Chateau -Trompelte, puis gouverneur de due de Beaufort, puis commissaire de marine Belle-lle en novembre 1668. Mod en 1678. a Rochefort en 1670. Ray«^ en 1675.

mais il faut parliculi^rement faire embarquer le jeune Hubac ou quelque autre bon maistre charpentier, avec ordre d'observer avec grand soin tous les vaisseaux anglois, pour bien connoistre tout ce qu its ont de bon et s'en servir dans nos constructions.

Vous pourriez r^oudre avec M. de Terron ce qu il y avoit i faire h 1'^ gard du capitaine de port. Si sa reputation nest pas tout aufaitseure pour le coeur et qu'ilmonte r^cueil, et Dum^ d'Aplemont Tautre vaisseau, vous voyez bien que I'escadre d'Am^rique sera foible en commandans, et cependant vous s^avjez combien il est n^cessaire d'avoir des gens vigoureux en ce pays-1^. Je me remets n^anmoins a ce que vous avez concert^ avec M. de Terron k ce sujet.

Je n'approuve pas la pens^e du sieur de La FavoUi^re touchant le travail k faire h la pointe de la Terre, ou, si Ton fait ce travail, il faut faire encore celuy du port Lupin, y mettre une chaisne et enfoncer trois bastimens h Tautre bord.

Vous dites par vostre lettre que les directeurs de la compagnie d'Occident veulent vendre les flustes rHarmanie ei la Licome, qui leur appartiennent, 6,000 livres chacune; si cela est, ilfaut convenir avec eux au meilleur marche qu'il se pourra, les acheter, et les faire enfoncer; ce travail estant assur^ment le plus important et le plus avantageux de tous ceux qui se peuvent faire. M. de Terron est inform^ combien il est important de faire sortir Tescadre du d^troit, et ainsy je ne doute point qu'il ne s'y applique.

Souvenez-vous toujours qu'il faut que vous soyez icy le 26 ou le 97 de ce mois.

(Bibi. Imp. Mm. S. F. 3,oi9 , Colbert et SeigneUnf, V, cote 17, pike 5.)

( Letlre origiDale. )

SaiDt-Germain , 17 avril 167a.

Mon fils, quoyque je ne sfache h present en quel lieu vous ^crire et que je n'aye presque point de mati^re, je ne laisse pas de vous ^crire ce billet que j'envoye encore h Rochefort , et le duplicata a Brest ^ Je vous avoue que le vent qui a souffl6 depuis huit jours me fait craindre que vous ne puissiez aller k Brest, d'autant que, conime vous devez de pr^f^rence h toutes

* Voir Marine, pikes n** 986, fl88, 989 el 990. — Voir aussi, nux Annexes, pike n° vii, la relation deSeignelay sur son voyage a Rochefort et A Brest.

choses vous rendre icy au plus tard le qS ou le 96 de ce mois, je ne doute pas que, partout ou mes letlres pr^c^dentes vous auroni trouv^, vous n'ayez pris la poste pour vous en venir icy.

Pour vous dire mon sentiment sur vos lettres, les m^moires que vous ^crivez au Roy ne sont point assez polis, c'est-a-dire que vous les faites encore en galopant, et je vois clairement, par la mani^re dont ils sont ^rits, que vous n'avez point ex^cut^ ce que je vous avois dit avec tant d 'instance de faire, qui est de vous enfermer tous les matins une heure ou deux pour ^crire tout ce que vous auriez vu le jour pr^c^dent, et le m^oire de tout ce que vous auriez h ex^cuter ce jour-1^. Vos m^moires sont confus, et les mati^res sont mesl^esl'une avec Tautre; il y a mesme des fautes dans la diction^, ce qui prouve clairement ce que je vous dis.

On voit de plus aussy clairement que vous ne faites point de minutes de vos d^pesches, ce qui, entre nous, est une chose honteuse, et qui denote une negligence et un d^faut d'application qui ne se peut excuser ni exprimer, vu qu'il n'y en a aucun de tous ceux qui servant le Roy, en quelque fonction que ce soit, qui, ayant k ^crire hi Sa Majesty, he fasse une minute de sa lettre, ne la relise, ne la corrige, ne la change quelquefois d'un bout h I'autre; et cependant, vous, qui n'avez que vingt ans, faites des lettres au Roy sans minute. 11 n'y a rien qui marque tant de n^g^igence et si peu d'envie d'acqu^rir de I'estime dans Tesprit de son maistre. Gela fait que, sans aucune reflexion, vous mettez toutes les mati^res, suivant qu'elles vous viennent dans I'esprit; et outre la precipitation, qui y paroist toujours en grand lustre, vostre paressc est telle que, .encore que vous reconnoissiez des fautes grossi^res dans la construction , vous ne pouvez vous r^soudre h les corriger crainte de brouiller vostre lettre et d'estre oblig^ de la refaire ^.

Tout cela vient par le d^faut d'application et pour ne point faire ce que je vous ay dit, redit et r^p^t^ tant de fois, qu'il faut travailler tous les matins deux heures; vous devez vous le tenir pour dit. 11 est impossible que, dans la suite du temps, vous ne vous ruiniez tant que vous n'ex^cuterez point ce que je vous ay dit tant de fois sur cela. Outre ce travail du matin, dans lequel vous devez faire reflexion sur tout ce que vous avez vu la veille et sur tout ce que vous avez h faire le jour, et mettre le tout par ^crit, il

^ Ce n^est pas la seule fois que Seignelay re- Colbert ^rivil en inai^ :

^ut ce reproche. Dans un m^moire du 1 7 mai rtCela ne se dit point en franrx>is. On dit :

1675, Seignelay proposaitd son p^re de tenir ndotmer des ordret ei faire s^avoir les inten-

toujours des lartanes prdtes «pour faire s^voir dons.'n (Cole 3o, pi^e 1 .)

les ordres dp Sa Majeslr'.r ^ Voir piocf* n" 35.

faut encore que vous vous enfermiez touies ies fois que vous avez k ^crire au Roy, et que vous fassiez vos lettres avec reflexion et application, que vous en fassiez des minutes, que vous preniez garde de bien diviser les mati^res et de les coucher par ^crit dans Tordre qu'elles se font, de ne les point confondre, prendre garde h la diction et h la construction, et enfin que cela soit clairement intelligible.

Tant que vous r^sisterez k suivre en cela les conseils que je vous donne et que vous me donnez la peine de r^p^ter tant de fois, il est absolument impossible que vous puissiez r^ussir h faire ma charge, et au lieu d'augmenter en estime dans Tesprit du Roy, vous diminuerez tons les jours.

Je ne puis faire davantage. Quoyque je vous croye h present party, je ne puis ra'empescher de vous ^crire fort amplement sur cette matiire, qui me tient extraordinairement au coeur.

Pour nos affaires de marine, il est fort k souhaiter que les vaisseaux puissent estre partis de Rochefort pour joindre ceux de Brest; mais je ne sfais si le vent qu'il fait depuis huit ou dix jours I'aura permis. Gomme cela ne depend pas de nous, il suflit que vous ayez fait tout ce qui est possible pour les mettre en estat. De quelque fafon que ce soit, il ne faut pas que vous retardiez un moment pour vous en revenir.

Gomme vous avez bien remarqu^ que les magasins sont extraordinairement d^gamis, il seroit bon que vous eussiez vu le m^moire de ce qui y doit estre fourny par les compagnies dans le courant de cette ann^e , et de ce qu'il seroit n^cessaire d'y fournir de plus pour les mettre en estat de pouvoir armer un pareil nombre de vaisseaux I'ann^e prochaine, pour en rendre compte au Roy pendant le voyage que vous allez faire avec Sa Majest^.

Le d^faut que vous avez trouv^ dans le nombre des matelots est d'une telle consequence qu'il faut absolument y trouver quelque remede pour I'avenir. Je vous avoue que le pen de connoissance que M. de Terron a eu de ce d^faut jusqu'^ Fextr^mit^ me surprend*.

Le peu de regularity des capitaines de marine pour se rendre a bord de leurs vaisseaux et pour se mettre en mer est encore aussy important pour le service; il faut assur^ment faire quelque exemple de sev^rite pour les mettre sur un autre pied.

A regard des matelots qui se sont enfuis de leurs maisons , M . de Terron en doit avoir le r6le. II faut en faire des punitions s^v^res, autrement

* Voir pi^ce n* 87 et note.

nous ne viendrions jamais a bout de faire aucun armement. C'esl a vous a prendre vos mesures avec luy pour cela.

Ge que vous avez mis dans ma lettre touchant ies constructions devoit estre mis dans ie m^moire du Roy; et, en un mot, la lettre du Roy et la mienne ne se sentent que trop, par leur bri^vet^ , du pen d'application que vous avez. Je sgais bien que vous me direz, que vous faites autre chose et que vous avez est^ ou sur Ies vaisseaux, ou dans Ies magasins, ou h donner Ies ordres partout, depuis que vous estessur Ies lieux; mais c'est Tapplication du cabinet, que je veux dire, sans laquelle il est impossible que vous puissiez jamais r^ussir ^

Pour Ies deux eslats que vous m'avez envoy^s, dont la d^pense monte a 56,1 55 livres d'une part et 53,835 d'autre, je vous avoue que je n'y comprends rien. Je conviens bien qu'a regard des soldats il faut payer leur solde depuis le temps qu'ils sont lev^s, et pour cela il faut voir des revues faites tons Ies mois et des estats de la d^pense de leur solde, et vous s^avez bien que j'ay desj^ fait un fonds pour cela; mais, & I'^gard des matelots, je ne puis pas comprendre pourquoy il a est^ fait de la d^pense pour eux, dautant qu'ils ne doivent servir que sur Ies vaisseaux, et en ce cas le Roy a fait fonds de leur solde, ou ils travailient dans le pare, et en ce cas le Roy en a fait fonds de mesme en I'article des journaliers et des gardiens.

Pour vous dire le vray, je vois dans toutes ces d^penses beaucoup de confusion que j'attribue aux fr^quentes indispositions de M. de Terron.

(Bibi. Imp. Bfss. S. F. 3,oia , Colbert tt Seignelay, V, «ote 17, pi^ 7.)

(Lettre originale.)

Saint-Germain, 90 avril 1679.

Je viens de recevoir vostre lettre du i & de ce mois. Je ne peux lire vostre

' Cependant, deux jours auparavant, le 1 5 avril , Colbert avait ^crit la note suirante en marge d^un memoire de Seignelay :

« Ge memoire est fort bien. 11 n*y a qu^a IravaiUer de mesme etaexeculer promptement, pendant toule la campagne; vous me donnerez un grand soulagement etme ferez un grand plaisir. n

Mais il lui faisail observer, en terminant, que, faute de Irois ou qualre lignos, son m^

moire etait incomplet; qu^il devail prendre bien garde, car de telles omissions causeraient k Tavenir une confusion qui multipiierail le travail a Tinfini. (^Enfm, ajoutait-il, il faut apprendre k faire une depesche parfaite, ou il est impossible que vous puissiei jamais bien faire ma charge, parte que on oubly que vous faites mulb'plie au centuple avant qu^il soit enti^rement n^paro. -^ ( Cote 1 7 , piece 6.)

m^moire au Roy avanl le depart de cet ordinaire, eslant oblig^ de m'en aller h Versailles dans un moment.

Je suis fasch^ de la mort du capitaine Michaut, Sa Majesty avant perdu en luy Tun de ses meilleurs officiers de marine. Examinez promptement avec le Vice-Amiral quel capitaine vous mettrez en sa place sur le vaisseau le Conquirant, et en cas qu'il estime que le sieur Louis Gabaret puisse sacquitter dignement du comraandement d'un vaisseau de cette quality, vous pourrez luy en exp^dier Tordre. Sinon, il luy faudra donner Tun des vaisseaux de 4* ou 5* rang et faire remonter les autres capitaines.

J'ay ^crit par le dernier ordinaire ^ MM. de La Coste et de Coetlogon , lieutenans g^n^raux en Bretagne, afin de vous faire trouver des chevaux sur vostre route, estant important que, en quelque endroit ou vous receviez ce billet que je vous adresse a Belle -lie et Ji Brest, vous partiez aus^ytost pour vous rendre icy, le depart du Roy estant toujours pour le 28.

(Bib). Imp. Mss. S. F. 3,oia, CotbeH et Seignelay, V, cote 17, pi^ce 8. )

29— AU MfeME.

(LeUre aatograpbe.)

Saint-Germain, a a avrii 1673.

Mon fils, je viehs de recevdir vostre billet du 20 de ce mois, qui m'a est^, apport^ par vostre courrier qui est venu avec diligence.

Je vous avoue que j'aurois est^ bien ayse que vous eussiez est^ jusqu'Ji Brest, et que vous eussiez mis I'arm^e navale dans sa route pour entrer dans la Manche. Je ne d^sespire pas mesme que le vent, qui a chang^ depuis avant-hier, ne vous ayt peut-estre donn^ le moyen de faire ce voyage, qui vous seroit d'une tr^s-grande utility ; mais , en cas que vostre courrier vous trouve encore dans les rades de la Rochelle, il ne faut pas que vous retardiez un moment pour vous mettre h la mer et vous en venir icy avec la plus grande diligence qui vous sera possible. Jje Roy parti ra assur^ ment le 28 de ce mois, et ira en deux jours d*icy h Laon, en sorte qu'il n'y a pas un seul moment de temps a perdre pour vostre retour. Je presse vostre courrier de faire diligence et d'arriver apres-demain k la Rochelle. En ce cas Vous pourrez partir lundy et arriver icy mercredy au soir.

Je vous r^pite que tons les m^moires que j'ay re^us de vous pendant ce voyage i\e marquent point encore cette application que je vous ay tant recommand^p, et qui vous est si n^cessaire; et je crains bien que, par ce

d^faut, Yous n'ayez pas autant profit^ que je le souhaitois. Je s^ais bien que vous estes jeune et qu'il est difficile que vous puissiez avoir Tapplication au point qu'il est n^cessaire pour vostre bien ; mais il faut que vous surmontiez ce d^faut que la jeunesse vous donne, et je vous ay dit tant de raisons qui vous y doivent obliger, qu'il me semble qu'elles doivent forcer vostre jeunesse et vous donner par esprit la mesme application que la nature vous porlera a donner dans un Age un peu plus avanc^.

Je vous ^cris fort h la haste parce que je suis extraordinairement press^ d'aller au Gonseil.

Vous avez deu bien connoistre tous les d^fauts de nos armemens de mer depuis le temps que vous estes ii la Rochelle ou sur les vaisseaux, et avoir bien examine et constat^ les rem^des que Ton y pent apporter. II faut s'appliquer a faire connoistre et sentir un peu davantage Tautorit^ du roy dans toute I'estendue du pays oil vous estes et dans les esprits des capitaines et autres officiers de la marine. Les ordres, les r^glemens, les ordonnances et les enr6lemens des matelots ne peuvent estre ex^cut^s et ne peuvent produire leur effet si ceux qui y contreviennent ne sont punis. C*est k vous a y prendre garde, estant certain que jamais vous ne pourrez bien servir le Roy en vostre charge que vous n'establissiez une exacte ob^issance h ses ordres; ce qui ne se peut faire que par des interdictions et mesme en cassant quelque capitaine ou autre officier qui aura manqu^.

Je ne vois point qui Rochefort Ton rende les ordonnances et les r^glemens que le Roy envoye assez publics pour qu'aucun officier ne les puisse ignorer. C'est a quoy vous devez prendre garde. II me semble mesme que TenrAlement g^n^ral des matelots qui a est^ ordonn^ tant de fois n'y est consid^r^ que comme une chanson. 11 faut bien faire entendre h M. de Terron qu'il faut se mettre une bonne fois dans I'esprit d'ex^cuter et faire ex^cuter les ordres et intentions du Roy a la lettre, et s'y bien appliquer; c'est ce qu'il y a de plus important a faire dans nostre marine.

Faites encore bien comprendre , avant vostre depart, combien ii est important et n^cessaire de faire partir les escadres du d^troit et des Isles-, et faites en sorte , s'il est possible , qu'elles se mettent en estat de partir peu de jours apr^s. Je vous avoue que je suis fort mal satisfait de tout ce retardement.

Surtout, soyez icy mercredy au soir sans aucun retardement. Adieu.

Faites mes complimens h M. le comte d'Estrees et a tous les officiers.

Je vous ay ^crit ce qu'il y avoit h faire a I'^gard de ceux qui manquent.

J'^cris a M. de Parab^re\ a MM. Rouill^, Ribeyre et Marin 2, de vous

' Lieutenant general du Poilou. (Voir U, * Intendants a Poiliors, a Tours et «^ Or-

a3i.) leans.

donner ioutes les assistances qui pourront d^pendre d'eux pour faciliter et diligenter vostre retour^

(Bibl. Imp. Hss. S. F. 3,oi9« Colbert et Seigmlay, V, cote 17, pi^ce 9.)

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