SOR LA GRANDE BSGADRE
II faut tenir la main k ^crire continuellement jusqu'^ ce que tons les ordres qui ont est^ donnas soyent enti^rement executes, et que Ton ayt
refu les avis que Ic tout soit arriv^ a I'armde et qu'elle se soit remise en mer.
II faut exp^dier les graces que le Roy a faites aux officiers qui out bien fait leur devoir.
Ge qui m'^tonne le plus est que vous n'ayez point encore voulu exp^dierces gr&ces^
11 faut pourvoir au commandement des bruslots, proposer au Roy ceux qui en sont capables, exp^dier les commissions et les envoyer ^ I'arm^e^.
Prendre un grand soin des malades et blesses; ^crire continuellement aux sieiirs de Demuin et Hubert qui en sont charges, leur demander le nombre et les noms, ensemble celuy des estropi^s, et de quel membre ils le sont. Examiner ceux qui ne sont plus en estat de servir ; faire un travail et un examen particulier sur les recompenses qui pourroient leur estre donn^es; voir les exemples d'Angleterre et de HoUande; faire un projet pour le faire voir au Roy; prendre les ordres de Sa Majesty sur ce sujet et les ex^cuter.
II faut travailler a remettre au Havre loo milliers de poudre et grand nombre de boulets pour s'en pouvoir servir en cas que les armies navales donnent encore un combat.
Le sieurBerthelotadesj^envoy^ 5o milliers de poudre au Havre; il en doit encore fournir lo milliers.
II faut en faire passer de Rochefort au Havre encore 60 milliers.
II faut donner ordre au sieur Brodart de faire faire par Loulay 60,000 boulets dune livre et 90,000 de tons calibres au prix ordinaire'.
11 a este hrusU dans le premier combat huit bruslots; il faut travailler, par tous moyens possibles , h remettre dans les arsenaux de marine le nombre de bastimens n^cessaires pour servir en bruslots ; mais il y avoit cinq ou six des bastimens brusl^ qui estoient neufs , ce qui est une perte considerable. II faut examiner s'il ne vaudra pas mieux a Tavenir en acheter de vieux. En tous cas, il faut faire bastir tous les ans six frigates de trente pieces, s^avoir deux en chacun des ports de Toulon, Rochefort et Brest, pour s'en servir en bruslots en cas de besoin.
* Le 10 aviil, il lai avait d6}k ecrit k ce sujet : « Je ne puis m^empescher de vous dire que c^est uDe chose estrauge qu'ayant fait accorder des pensions k beaucoup d^offiders de marine vostre inapplication ayt est^ jusqu^au point de ne les point faire payer. Quand une fois le Boy a accords une grAce, il faut Tcxp^er do bonne grdce etdiligemment, autrement nous ne fai-
sons point le service du roy et n^aimons point k faire plaisir. Vous voyez en tant d^occasions combien il e^t ndcessaire de vous appliquer plu^j que vous ne le faites. Tespere que vous en prendrez la reflexion.?) (Cote 18, pi^e a.)
* En marge : «Cela est fait, mais il fan I une autre fois plus de diligence, n
' Voir Marine f pike n* 3/it2.
11 faut aussy faire bastir le nombre de caches et de barques longues qui seront n^cessaires.
Suivant la letlre de M. le Vice-Amiral re^ue cejourd'huy, il faut donner ordre aux maistres fondeui's de Lyon, Toulon et Rochefort de fondre le plus grand nombre de pieces de n/i qu'il sera possible, et examiner en mesme temps les moyens de fournir une fonderie de toutes les mati^res n^cessaires pour continuer les fontes.
(Arch, de la Mar. Mss. originaax, Colbert et Seign^ay, piiee a4.)
M.— miSmoire important
suR l'enr6lement general des matelots *.
(Minnie aiilographe.)
i3 jitifleti673.
Le plus important travail que roon (ils ayt h faire k present est celuy de renr6lement des matelots, duquel depend toute la seuret^ des armemens des escadres et des vaisseaux du roy.
II faut qu'il donne une application toute particuli^re k ce travail et qu'il soit la mati^re de beaucoup de questions et d'une reflexion presque continuelle. Pour cet cffet, il faut lire attentivement toutes les declarations, ordonnances, ordres et lettres du roy qui ont est^ expMi^s pour y parvenir, et toutes les lettres qui marquent les difficult^s et les retardemens qui se trouvent dans Tex^cution.
Et comme il est tr^s--certain que cet ordre ne sera jamais bien observe qu'il ne soit bien et parfaitement estably dans toutes les provinces maritimes du royaume, et que les matelots enrdl^s qui ne se rendenl point sur les vaisseaux du roy lorsqu'ils sont appel^s n'ayent cst^ punis, ilfaut travailler k ces deux points sans I'ex^cution desquels il ne faut faire aucun estat dudit enr6lement.
Pour examiner Festat auquel sont toutes les provinces maritimes sur ce point :
La Provence est en tres-bon estat; il faut seulement le maintenir et le perfectionner.
Pour cet effet, il faut lire les declarations, ordonnances et ordres;
Examiner les r61es, donner les ordres pour les faire verifier de nouveau
' Ce memoire est transcrit par Seignelay. nCe m^moire important ne s'est gu^rc exe-
Colbert a ecrit en marge : ruto, oon plus que tous les autres.^
el en osterles matelols morts, les invalides el Irop vieui qui ne peuvenl plus aller k la mer, et y employer les nouveaux;
Voir exaclement ce qui a est^ fait k I'^gard des galores, r^duire en de raesmes r61es tous les gens de mer, qu'ils soyenl deslin^s pour vaisseaux ou pour galores, et en donner le soin k un commissaire parliculier sous les ordres du sieur Arnoul;
Examiner si, paries ordonnances et les declarations, le temps auquel les matelols enr6ies se doivenl rendre dans les ports est fix^, et quelle peine ils encourent faute de s'y rendre.
Mon avis seroit de les obliger de se rendre dans les ports, oi^ ils devroient servir un mois , apr^s avoir esl^ averlis par une publication qui se feroit d'une ordonnance de Tintendant ou commissaire g^n^ral de chacun port ou du commissaire parliculier charg^ du soin de renr6lemenl; h faule de s'y rendre, les condamner comme d^serleurs k trois ans de galores, et k la mort en cas de r^cidive.
La declaration qui sera enregistr^e dans les compagnies de justice donnera pouvoir aux juges ordinaires de prononcer celte peine*
Par une ordonnance particuli^re, il faudra donner pouvoir au coqseil de marine de les juger de mesme.
Ge conseil doil estre compost de dix juges, capitaines ou lieulenans de marine. Les officiers de port doivenl entrer en ce nombre. Le provost de la marine ou Tofficier de la pr^vosie qui sera en chacun port doit faire la procedure,
II faut examiner quelle stance aura I'intendanl, ou conunissaire general, en ce conseil. II faut qu'il s'informe soigneusement de quelle sorte se tiennent les conseils de guerre de lerre ^
Sur toules choses, il faudra leni'r la main k ce que la declaration s'execute dans toutes les provinces^. Pour rendre seur renr6lemenl de Provence, il faut le faire faire en Languedoc, d'aulant qu'il est tr^s-cerlain que, lorsque Tenrdlement est fait dans une province et qu'il n'est point fait dans la province voisine, tous les matelols et gens de mer peuvenl s'y retirer pour eviler la conlrainle que leur donne cet enrolement'.
A regard du Ponanl, il faut examiner si les dedaralions ont este enregistrees dans les parlemens ou les cosies marilimes ont leur ressort, s(a-
> «Gecy n'a poiDl esl^ fail.» ' « Toot cecy est fait, et il est inutile de le
* «Cecy est parfailement galop^. Celuy qui dire,
a toilcecy avoit bien envied'avoir finy,c'e8l- nCe ue sont point des maximes, et il
^-dire qu'il Ta copi^ en mauvais scribe el non fatloit les distinguer comme je les ay dislin* en maistre qui en veut faire son profit, t)
voir : en ceiuy de Paris, pour les cosies de Poitou, ville el gouvemement de la Rochelie et costes de Picardie jusqu*^ Dunkerque; et en celuy de Bordeaux, pour la Saintonge, Guyenne, Bayonne etpays de Labour;
A Rennes, pour toute la Bretagne;
A Rouen, pour toute la Normandie.
En cas que la declaration n'ayt point est^ enregistr^e dans ces compagnies, il faut la revoir, la reformer et ensuite Tenvoyer partout^
II faut donner les ordres k Rochefort, establir un commissaire particulier el mesme deux qui prennenl le soin de faire eel enr6lemenl g^^ral dans toute la coste de Guyeiine, Aunis, Sainlonge et Poitou jusqu'en Bretagne, el surtout prendre garde de ne point donner des ordres sl^riles, c'esl-Ji-dire qu'il faut les faire ex^cuter.
A regard du pays de Labour, ii faut observer que , les habitans estant fort s^ditieux, il n'y faut point faire i'enr61ement g^n^ral, si le roy n'y a des troupes pour soutenir ce que Sa Majesty ordonnera estre fail.
A regard de la Bretagne, il faut faire ex^cuter les ordres qui ont desjji este envoy^s pour reformer et renouveier TenrAlement g^n^ral.
Le d^partement du sieur Sacchi-S^journ^ est bon,
II faut establir un aulre commissaire dans le d^partemenl du sieur de Seuil el y joindre I'^vesche de Saint-Brieuc, qu'il faut detacher de celuy du sieur de Narp.
Lorsque ces d^parlemens seront bien r^gl^s et que Tenrdlemenl g^n^ral sera enli^rement achev^, il sera bon de changer les commissaires de d^partement. II faut, sur toules choses, veiller h leur conduile et s'en informer par toules series de moyens.
II n'y a rien de si n^cessaire a present pour mainlenir renr6lemenl de Bretagne que de faire quelque punilion exemplaire, a raison des matelots qui ne sont point embarqu^s.
II faut en mesme temps travailler h TenrAlemenl g^n^ral en Normandie et Picardie jusqu'^ Dunkerque.
Pour eel effel^ donner des ordres au sieur Brodart pour la basse Normandie, ville et gouvernement du Havre, k un autre commissaire pour la haute Normandie, Picardie el Boulonois, el au sieur Hubert pour Calais et Dunkerque.
Demander h M. d'Herbigny les r6les qu'il a fails suivanl sa commission , afin que les commissaires puissent s'en servir.
' Trois lignes r^p^tees et ray^, sur la Ton n'a point relu.*) (Colbert et Seignelay, transcriplioD. En mai^e : « R^p^tition qui nnar- pike h 3 **".) que que Ton n'a fait aucune attention el que
II faut observer que les commissaires de marine ont trop peu d'appointemens.
Geux qui serviront dans les ports sous les intendans el commissaires g^n^raux ne doivent point estre augment^s.
Si quelqu'un deux se rend plus habile, on pourra luy donner iSo livres par mois.
Les commissaires h TenrMement doivent avoir 960 livres par mois, d'autant qu'ils seront presque toujours en campagne;
Les commissaires qui montent sur les vaisseaux, i5o livres par mois.
U faudroit entretenir toujours dans les principaux ports , s^avoir Toulon , Rochefort et Brest, deux commissaires ^100 livres et un ^ i5o livres; au Havre et h Dunkerque, un commissaire ^100 livres.
Pour les enrAlemens des matelots :
Deux commissaires en Provence;
Un en Languedoc;
Un en Guyenne depuis Bayonne jusqu'^ la Garonne;
Un depuis Blaye jusqu'^ la Rochelle;
Un depuis la Rochelle jusqu'en Bretagne;
Trois en Bretagne ;
En basse. Normandie et le Havre un, sous le sieur Brodarl;
En haute Normandie, Picardie et Boulonois, un;
Un k Calais et Dunkerque, le sieur Hubert.
Pour faire r^ussir les mesures qui ont est^ prises pour I'enrdlement des matelots, il faut punir les d^serteurs.
Pour establir leur punition, il faut trois ou quatre choses principales:
La premiere, que les matelots de la classe de service soyent pay^s dela demy-solde h terre, parce qu'il ne seroit pas juste de les punir s'ils n*avoient leur vie assur^e dans I'ann^e de leur engagement, soit qu'ils servent soit qu*ils ne servent point. Pour cela, il faut proposer au Roy cette d^ pense et Tavantage qui en reviendra k son service. Travailler cependant a la diminuer autant qu'il sera possible, el sur le pied de la Provence.
La seconde, que leur appel soit constant et bien justifi^. La publication des r61es dans les paroisses est longue et difficile; c'est un point k examiner sur les lieux avec les commissaires.
La troisi^me,qu'il soit bien justifi^ qu'ils ne se sont point rendus h Tembarquement. II faut que les declarations establissent cette preuve sur le certificat du commissaire.
La quatrieme, I'instruction du proems des matelots qui ne se seront point rendus a rembarquement, et par qui le proems leur sera fait.
Hi INSTRUCTIONS
Si la punition de cc crime est abandonn^e aux juges du lieu et par appel aux parlemens, il n'y a pas lieu d'en esp^rer justice pour le roy. II ne faut done sen servir qu'^ Textr^mitd, et ce pendant il faut establir la justicie du conseii de marine; et, comme il ne s'en est jamais tenu, il faut faire un r^glement pour le tenir.
Pour faire la punition, dans Fordre et la regie, des mateiots qui se seront exempt^s du service, et pour avoir de quoy prouver leur faute, il est necessaire de scavoir quelles classes ont deu servir cette ann^e, si elles n'ont point est^ confondues , si le commissaire en a appel^ tons les mateiots, en qujelle forme iis ont est^ appel^s, et d'avoir le r6le de ceux qui ayant est(^ appel^ dans les formes, en sorte quils puissent I'avoir s{u et connu, ne se sont pas rendus au service; et, le commissaire envoyant le m^moire de cette preuve, Ton pouira luy envoyer les ordres du roy pour faire conduire les mateiots d^serteurs au lieu ou Ton voudra leur faire leur proems.
(Arch, de la Mar. Mss. ongioaaz, Colbert el 8tifmlmif,^hbem a&et 69.)