‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 49 sur 246 · SERVANT DE REPONSE AU MIEN CONCERNANT L'ENROLEMENT DES MATELOTS · texte numérisé non relu

SERVANT DE REPONSE AU MIEN CONCERNANT L'ENROLEMENT DES MATELOTS

(Minate aotograpbe.)

Sceaux, 8 aouat 167$.

Ge m^moire^ de mon fils est fort bien fait, mais il n'en faut point tant faire. 11 faut mettre la main k I'ceuvre et ex^cuter, en exp^diant promptement tous les ordres, quand une fois Ton a bien examine une affaire dans toute son estendue*.

Vous devez tenir pour maxirae certaine dont vous ne devez jamais vous d^partir : de tenir toujours les emplois de marine enti^rement s^* par^ des autres emplois.

Les rois ont toujours s^par^ par leurs ordonnances tout ce qui la conceme des autres fonctions.

Les amiraux de mesme.

La justice en est enti^rement s^par^e.

A vostre ^gard, vous devez juger bien facilement que les intendans et

' Ed mai*ge : ttNi mon mdmoire,ni celuy tootes roes minutes qn'il faut relire souvent

servant de r^ponse ne sont point dal^.n comme estant toutes pleines de ce que vous

' Le 1 7 aoAl, le ministre ajouta en marge : devez scavoir pour vous inslruire et vous

(T 11 faut garder cet original et le mettre avec rendre capable, ^i

commissaires g^n^raax de marine auront beaucoup plus de d^f^rence et ex^uteront plus exactement les ordres que vous leur donnerez, parce qu ils n auront relation qu ^ vous, et que, s'ils agissent mal ou n'ex^cutent peint les ordres que vous leur donnerez, sur le rapport que vous en ferez au Roy, ils pourront estre changes; au lieu que, si vous donnez quelque part aux affaires de marine aux intendans des provinces, qui n'en ont jamais eu, comme ils n'ont aucune d^pendance de vous, en cas qu'ils agissent mal, il ne vous sera pas possible d y rem^ier.

II faut done tenir pour maxime de ne vous jamais servir pour les affaires de marine des intendans des provinces sans une extreme n^cessit^^

II est encore n^cessaire que vous s^achiez que le titre d'intendant de marine est nouveau et n'a est^ donn^ que depuis trente ou quarante ans , et qu'auparavant il n'y avoit que des commissaires de marine qui faisoient les fonctions des intendans, except^ qu'ils n'avoient aucun pouvoir concemant la justice.

II faut k present que vous travailliez k avoir des gens lettr^s et qui soyent de bonne famille, pour pouvoir continuer dans la marine les commissions d'intendant de la justice, police et finances, au moins dans les quatre ports et arsenaux principaux, s^avoir : Touion, Marseille, Rochefort et Brest*.

II faut aussy que vous fassiez choix de jeunes gens de bonne famille pour les faire travailler dans la marine, et leur donner ensuite des commissions de commissaire ordinaire de marine dont vous voyez bien que vous manquez.

II n'y a rien qui vous soit si n^cessaire que de travailler a tenir toujours vos portefeuilles dans Tordre que je les ay mis ^, et d y ajouter continuellement tons les m^moires que je vous envoye et qui vous viennent d'ailleurs concernant les mesmes mati^res , voyant clairement par ce m^ moire que vous avez fait, encore qu'il soit bon, qu'il y a beaucoup de m^moires que je vous ay envoy^s que vous n'avez pas lus en le faisant\

Pour done commencer k perfectionner ce qui a est^ fait jusqu a present sur ce travail :

L'^dit de Provence est fort bien fait; il faut le faire ex^cuter.

Pour cet effet, il faut la diviser en trois d^partemens : le sieur de Se^ raucourt pour celuy depuis Antibes jusqu'^ Toulon^; le sieur Dasque depuis Toulon jusques k Marseille. Proposer au sieur Arnoul pire de donner h son fils le d^partement depuis Marseille jusqu'^ Aries, sous ses ordres^

' En mai*ge : n II faut luy envoyer son cong^ el luy ordonner de s'en aller en posle ^ Touion pour cela. »

Je ne tiens pas qu'il soit praticable de diviser ce qui concerne les galores, estant k mon avis n^cessaire que Tenrdlement g^n^ral soit conduit par le seu! intendanl de la marine a Toulon, et, sous ses ordres, par des conunissaires ordinaires.

N^anmoins si vous estimiez cela absolument n^cessaire, il fiaudroit donner la ville de Marseille et ses terrbirs pour les galores; mais comme ce service est beaucoup plus doux et mesme plus rare que celuy des vaisseaux , il y auroit k craindre que les matelots des autres d^partemens ne se retirassent dans celuy de Marseille ; c'est ce qu'il faut bien examiner.

II faut exciter fortement le sieur Arnoul et les commissaires commis h Tenrdlement des matelots de chercber les exp^iens que M. Matharel avoit commence de pratiquer, de payer la* demy-solde aux matelots des classes de service pendant le temps qu'ils seront k terre et d*y employer peu de fonds, parce que assur^ment il n'y a que ce payemeut qui puisse bien establir et autoriser leur punition comme d^erteurs', en cas quils ne se rendent point au service lorsqu'ils sont appel^.

Sur la Provence, il faut voir les rdles qui doivent estre dans les papiers de mon fils et envoyer promptement les ordres pour y travailler k les verifier et reformer*.

Pour les pariemens de Toulouse, Bordeaux et Paris, il faut bien examiner s'il n'y a rien k augmenter ou corriger dans la declaration de Provence, la bien dresser, faire exp^dier et I'envoyer dans les trois pariemens '*.

Pour le Languedoc, il faut se servir de M. Daguesseau et luy envoyer tous les ordres pour faire un enr61ement\ mais il faut le faire assister par un commissaire de marine; il faut prendre pour cela Tun de ceux qui sera k Toulon, Hayet ou un autre qui doit estre estably dans la suite, pour prendre soin de le faire ex^uter dans cette province-lJi K

En Guyenne, depuis Bayonne jusqu'^ Bordeaux, le commissaire Saussigny, apr^s le d^sarmement, seroit propre k cet employ sous les ordres de M. de S^ve, ou pour le Languedoc^.

Depuis Bordeaux jusqu'en Bretagne, il faudroit en donner le soin au sieur de Vauvr^, sous les ordres de M. de Terron*.

En Normandie, le sieur Brodart pourroit prendre soin de i'enrdlement du gouvernement du Havre et de toute la basse Normandie, mais il faudroit que renr6lement de la basse Normandie se fist par les ordres de M. Chamillart ".

De Calais a Dunkcrque, au sieur Hubert.

' En marge : "Cqcs oM fori important. n

Depuis Boulogne jusqu'^ Dieppe, oa pourroil donner ce soin au sieiir (le Demuin, qui s'en acquitteroit bien.

Pour la Bretagne, sousles ordres du sieur de Seuil,au sieur Voesleme, le d^partement de Brest en y ajoutanl T^vesch^ de Sainl-Brieuc.

Les sieurs de Narp et Sacchi, leur d^partement ordinaire.

Pour la Bretagne, il faudroit une nouvelle declaration qui contiendroit tout ce qui pent manquer h la pr^c^dente.

Toutes ces dispositions ne seront d*aucune utility si Ton n'establit bien et si Ton ne fait des punitions.

Pour cela, il faut trois ou quatre choses principales :

La premiere, que les matelots des classes de service soyent pay^s h la demy-solde k terre, parce qu'il ne seroit pas juste de les punir s'ils n'a* voient pas leur vie assur^e dans Tann^e de leur engagement, soit qu'ils servent, soit qu'ils ne servent point. Pour cela, il faut proposer au Roy cette d^pense et Tavantage qui en reviendra k son service. Travailler cependant h la diminuer autant qu il sera possible, et sur le pied de la Provence.

La seconde, que leur appel soit constant et bien justiii^* La publication des r^les dans les paroisses est bonne , mais elle sera longue et difficile. Cest un point k examiner sur les lieux avec les commissaires.

La troisi^me, qu'il soit bien justifi^ qu*ils ne se sont point rendus h Ternbarquement. 11 faut que la declaration establisse cette preuve sur le certificat du commissaire.

La quatri^me , Tinstruction des proc^ des matelots qui ne se sont point rendus k I'embarquement, et par qui le proems leur sera fait.

Si la punition de ce crime est abandonn^e aux juges des lieux et par appel aux parlemens, il n'y a pas lieu d'en esp^rer justice pour le roy. II ne faut done s'en servir quk Textr^mite ; et ce pendant il faut establir la justice du conseil de marine'. Etcomme il ne s'en est presque jamais tenu, il faut faire un r^glement pour la faire rendre en conseil conforme k ceux de terre, dont il faut que mon fils s'informe soigneusement".

Et pour cela il faut s'informer :

Par qui ces instructions des d^serteurs de terre se font : par le provost, le major, Tintendant ou le commissaire ;

Gombien de juges il faut;

Si les officiers g^n^raux sont du nombre;

Les colonels, les capitaines, les lieutenans et les enseignes;

> Les quatre dispositiODs ci-dessus sont d^ja eoonc^ par Colbert dans le premier m^moire sur renrftlement des matelots, pi^ce n** A A.

Quelle fonclion ils ont chacun ;

A quel nombre ils peuvent juger.

Examiner et s'informer si rintendant, quand il est maistre des requesles ou conseiller d'estat, n a stance qu apr^ le niareschal de camp.

Dans les conseils de marine, I'intendanl ou commissaire g^n^ral doit avoir lemesme rang que Tintendant dans les conseils de terre**.

Pour bien ex^cuter ce m^moire, il y a de quoy travailler un jour ou deux^*; roais aussy, en le bien executant, il doit vous servir d'instruction pour foujours d'une matiere qui est tr^s-importante , qui vous souiagera infiniment et qui ne vous sera d'aucun travail pourvu que vous mainteniez lordre que nous y avons mis; mais pour celail faut travailler. Surtout, mon fiis, je vous prie de vous souvenir que, si voim aviex voulu rassembler et conserver tous les m^moires que je vous ay faits sur cette mati^rc, vous trouveriez assur^ment que je vous ay r^p^t6 trois ou quatre fois une mesme chose.

Dans le mesme temps que vous penserez a Tenrdlement g^n^ral des matelots, il faut aussy penser aux soldats; et si vous rassemblez tous les m^moires que vous avez de moy sur cette matiere, vous trouverez que vous n'avez rien a d^sirer et qu'il n'y qu'4 executor; mais pour cela il faut bien donner des ordres et les bien r^it^rer.

Page 1