‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 54 sur 246 · D^PARTBHRNT DB TOD LOR · texte numérisé non relu

D^PARTBHRNT DB TOD LOR

Du t" rang 7

3* — la

Nombre 47

Fr^tes l^g^res 3

Bruslots 5

Flustea 3

Du 1" rang, a* — 3* — /!• — 5* —

Nombre 38

N^nL

Bruslots 1 &

Flusles 6

ToUl.

Total.

Nombre total 187

Nombre total 90/1*

II manque du nombre total de 1 9/1 , sept bastimens,

S^voir :

Frigates l^res 3

Bruslots. h

ToUl 7

U faut, outre ce nombre, 12 caches, 6 h Rochefort et 6 k Brest; 19 barques longues, sjavoir : 8 a Dunkerque et 4 a Rochefort.

(Arch, de la Mar. Mss. originaux, Colbert cl Seigmlay, pieces 7a et 78. — M. Joablean , ttudM mr Colbert, I( , A 1 a. )

Dans ce total, donn^ par le manuscrit, nc sont pas comprises les huit fr^tes du Havre.

i38 INSTRUCTIONS

49 — MtMOIRE POUR MON FILS.

(Minate autographe.)

Je le prie de faire en sorte que ce soil la fin de mes instructions, et qu'enfin je voye quelque fruit et quelque soulagement de tant de peine et d'application que je me donne depuis dix ans.

L'ordre que j*ay tenu depuis deux mois entiers que je fais toute la marine luy doit servir d'une derni^re instruction, la plus claire, la plus precise et la plus intelligible de toutes celles que je luy ay donn^es jusqu'Si present.

II voit, par tout ce qui a est^ fait pendant ces deux mois, la diligence de I'exp^dition, le peu d'embarras que cette diligence donne, le temps qui reste pour penser, r^soudre et exp^dier les choses plus importantes, et enfin combien peu de temps occupe toute la marine, et combien il en reste pour toutes les autres choses qui sont ^ faire.

II doit observer combien de fois je vois, lis et relis toutes les d^pesches et expeditions.

Je lis d'abord les d^pesches des ports, j'en lis les extraits, je fais mes r^ponses en mafge, fort amples, et mesme presque toutes sont Rentes mot h mot; j'en lis et corrige les expeditions.

Je fais un grand et ample extrait pour le lire au Roy, et je relis encore au Roy toutes les expeditions faites.

G'est cette repetition frequente de lecture et d'application qui imprime fortement dans mon esprit toutes les mati^res et qui me donne la grande facilite que j*ay d*en parler. Outre cela, il n'y a point d*estat, ni de memoire qui vienne des ports que je ne voye et que je n'examine avec soin, et duquel je ne tire le fruit que je me suis propose, quand j'ay estably tons les ordres et r^glemens de marine.

II resulte de tout cecy que, si mon file ne se donne cette application et cette diligence pour prendre tout le temps qui luy est necessaire pour faire des estudes particuli^res des riglemens de marine et de tons les ordres qui ont este donnes, il est impossible qu'il puisse devenir habile homme.

Quoyque les memoires qu il a faits sur tout ce que j'ay fait depuis deux mois et demy soyent bons, il ne pent trop y faire reflexion et les trop estudier, parce qu'il connoistra par Ih une Ires-grande quantite d'affaires importantes negligees depuis sept k huit ans, relevees et achevees, et cela en peu de temps et sans cmbarras; au contraire, me restant beaucoup de temps pour mes autres affaires, ct mesme pour mes promenades.

Je ne r^p^teray pas icy tout ce qui a est^ fait, parce que ie m^moire qu il a fait est assez precis; mais je suis bien ayse de luy dire en peu <le mats tout ce qu'il doit observer pour continuer cette conduite , qui luy donnera beaucoup de soulagement et de facility s'il veut s'appliquer h la suivre, sfavoir :

Exp^dier toutes les leltres et d^pesches au jour mesme qu elles arrivent, ou le lendemain au plus tard, sans intermission pourquelque cause que ce soit;

Voir et tirer le fruit de tous les estats, papiers et m^moires qui y 9ont joints ;

Bien prendre j'esprit de ces m^moires poiir tenir la main a ce qu'on les envoye toujours, et demander tous les nouveaux que I'on estimera n^ cessaires pour conserver et augmenter le bon ordre qui est estably dans la marine ;

Suivre exactement tout ce que j'ay fait pour la lecture des d^pesches , les extraits, les r^ponses; relire les expeditions avec un tr^s*grand soin, faire les extraits pour le Royet les relire h Sa Majesty.

II faut observer seulement que mon fils doit faire les d^pesches de sa main et les relire avec un tr^s-grand soin poor se former k un style clair et intelligible, et qu'en relisant il se mette toujours en la place de celuy k qui il ^crit, pour connoistre s'il entendra bien clairement les ordres qu'il donne.

J'eslime que ce point est le plus important, parce que c'est celuy auquel il manque le plus^

11 faut qu'il relise tant de fois les r^glemens de marine qu'il se les rende familiers et qu'il les s^ache par coeur; qu'il mette ensemble tout ce qui doit estre imprim^ ensuite , et qu'il en prenne soin.

II faut chercher le r^glement des saluts dont les rois se servent.

II faut achever les tables des projets des d^penses de marine de Tannic 167 4, aussytost que les projets seront venus des ports, pour les faire r^ gler par le Roy.

Observer en cela la diffi^rence de la paix ou de la guerre, penser a r6gler ensuite les armemens de I'ann^e prochaine.

II faut que cela soit r^solu dans le mois de d^cembre, pour mettre en mer les vaisseaux a la fin de f^vrier, tant en Levant qu'en Ponant.

Faire r^gler de mesme I'estat des galferes et r^soudre les voyages qu elles feront, pour r^glcr en mesme temps I'extraordinaire;

Tenir soigneusement la main que lout ce qui a cstd ^crit pour les arri-

' Voir pi^cc n" 97, page 80, note.

vages des marchandises, achats en trois ann^es de tout ce qui est n^cessaire pour bien garnir les magasins, ouvrages et bastimens des arsenaux, entretiens des soldats, des quatre premiers officiers sur 48 vaisseaux, ^coles d'hydrographie et du canon » fonctions de tous les officiers, matelots et soldats sur ces vaisseaux, ih^orie des constructions, d^charges du tr^ sorier de la marine et en g^n^ral tous les ordres g^n^raux des galores et de la marine qui ont est^ donnas s'ex^culent avec soin ;

Les pavois, les couleurs des pavilions, enseignes et fiammes.

Donner une application tout enti^re h la th^orie des constructions ; voir et examiner les rapports des officiers; faire et r^gler les termes dont on se servira dans tous les ports pour cette th^rie, afin que Ton puisse, par Tuniformit^ des termes, parvenir plus facilement h former cette th^orie.

Tirer les m^moires de toutes les fonctions des officiers de plusieurs endroits, de M. le Vice-Amiral et de du Quesne, et de tous les ports; entretenir toujours h fond tous les officiers de marine , pour tirer tout ce que chacun d'eux pent avoir de connoissance , pour s'en former une parfaite de la marine.

Prendre soin, tou& les trois mois r^guli^rement, d'^crire et se faire rendre compte de tous les articles g^n^raux, ^coles du canon, hydrographie, enr6lement des matelots, radoub des vaisseaux et autres.

Faire un travail particulier sur I'enrdlement des matelots et le faire verifier tous les ans; examiner en particulier celuy de Rochefort, voir tout ce que j'ay ^crit sur cela et m'en rendre compte;

Mettre un garde-magasin public a Toulon;

R^gler les officiers de la pr^vost^ de la marine promptement;

Prendre soin d'arrester les estats des tr^oriers de la marine et des galores promptement et diligemment, jusqu'a ce quils soyent arrest^s jusqu'en 1 677, et ensuite ne laisser passer aucune ann^e sans les^ arrester.

Pour le surplus du travail de la charge, il faut de Tapplication et de la diligence, et se mettre fortement dans I'esprit que Ton languira toujours dans un estat de pen d'estime et de consideration dans le monde, si Ton ne commence tout de bon h s'appliquer et h mettre plus de temps k examiner les affaires que Ton doit rapporter devant le Roy.

(Cabinet de M. le dac de Luyncs. M98. n* g3, carlon i.)

50— MfiMOIRE

DES POINTS DE MARINE SUR LESQDELS MON FILS DOIT INCESSAMMENT TRAVAILLER

ET FAIRE REFLEXION PENDANT LA GAMPAGNe'.

(Minnte aatographe de Seignelay.)

II faul penser continueilement h toutes les escadres qui sont ou doivent estre mises en mer.

Relire dans tons les momens de loisir, ou, pour mieux dire, se faire une n^cessit^ indispensable d'employer, toutes les semaines, un matin et un soir tout entier h lire les d^pesches ordinaires et r^glemens de marine qui sont de mon style et dont les minutes sont Rentes de ma main , pour former son style sur le mien.

Lire soigneusement toutes les maximes que j'ay establies, les copier de sa main, en changer mesme le style pour se les rendre propres, et prendre garde de ne se jamais d^partir de leur execution ^.

II seroit aussy tr^s-n^cessaire et tr^s-profitable de relire quelquefois les instructions que j'ay donn^es de temps en temps h mon fils, et particuli^rement celle que je luy donnay k Ath , k son arriv^e d'ltalie , aux mois de juin et juillet 1671.

^ On lit au dos de ce m^moire : t^M^moire de Monseigneiir, copi^ par Monseigneur le marquis, sar ce qiii est a faire pendant la campagne de 167&.))

* La veille , Seignelay avait remis k son p^re un m^moire autographe de dix-neuf pages, 5ur c€ qtU Hait d faire pour la marine pendant la campagne prochaine. Ce mdmoire dtait sans doute sur des feuilles assez mal rassembl^, car Colbert ^crivit en marge :

tiCest one chose bien eitraordihaire que vous n^ayez point encore appris k lier ensemble un cahier de papier, n

Seignelay commence ce memoire par ce qui doit ^tre fait en Ponant, et Colbert met en marge :

«D felloit r^iger ce mdmoire par ordre; commencer par la plus importante escadre, qui est celle de Levant, et ensuile passer aux aulres, et ne mettre jamais un article qui conceme une escadre avec une autre. » (S. F. 3oi9, CoWprt et Seignelay, VI, cote 19, pi^ce 2.)

Le m^me volume renferme, cote ao, pi^ 1 , un second memoire de la main de Seignelay, sur le m4me objet Ce memoire a huit pages et demie; il est du 17 mai; et, conform^ent 4 Tobservation de son p^re, Seignelay le commence par ce qui regarde le Levant

' Quelques jours apr^, Seignelay 4crivait k son p^re :

ff J*ay lu avec attention tons les ordres que voiis avez donnes et toutes les lettres que vous avez ^crites par le dernier ordinaire, et je me suis propose pour exemple que je tascheray .dMmilcr la nettet^ avec laquelle vous donnez les ordres , en remddiant mesme aux fantes que j'avois faites par Toubly de plnsieurs choses importantes.

ff Je crois qu^il est inutile de vous dire sur cela Tenvic extreme que j'ay de me corriger de ces fautes, et de vous satisfaire pendant le cours de cette campagne; c'est par nn travail assidu, continuel et applique que je pretends vous le persuader.?}

11 faut faire r^ponse h toutes les letlres, encore plus soigneusement qu'il n'a est^ fait par le pass^; revoir, toutes les semaines sans y manquer, tous les portefeuilles et ei^cuter les instructions que j'ay fait transciire an dos de chacun; transcrire sor Fagenda des fends de 167/1 ^'instruction qui est ao dos de la couverture de celuy de 1679; ex^uter ayec on tres-grand soin et sans jamais s'en d^partir le m^moire que mon fik a fait sur ce qu'il doit faire chaque jour de la semaine ^.

Au surplus, il faut penser avec reflexion, tous les matins en se levant, h ce qui conceme la marine, la conservation des costes maritimes, des arsenaui , des vaisseaux du roy , tant ceux qui sont d^rm^ que ceux qui sont en mer; k tenir toujours les vaisseaux et les magasins en estat de faire tels ^rmemens que le Roy ordonnera; a procurer et aogmenter la gloire des armemens maritimes de Sa Majesty, par toutes sortes de moyens.

POUB L*BSGADRB DC LBVAIIT.

Penser toujours k la jonction des vaisseaux de Ponant a ceux de Levant, presser leur depart, et donner tous les ordres pour cela. Fixer h un jour certain le payement de la solde de tous les vaisseaux, suivant les riglemens faits; le marquer sur les listes et les m^moires des payemens. Demander et faire venir les inventaires d'armemens de chacun vaisseau, tant de Levant que de Ponant.

Donner les ordres que les r^glemens faits pour les vivres soyent ex^ cut^ partout, tant pour la visite h faire par les officiers que pour la signature de Tinventaire desdits vivres. S^avoir certainement pour combien de mois cbacun vaisseau en porte; et, apr^s avoir pris cette connoissance certaine, il faut penser continuellement aux moyens et donner tous les ordres n^cessaires pour leur en faire fournir la quantity dont ils auront besoin pour autant de temps que le Roy aura ordonn^ qu'ils demeureront en mer, soit par le moyen des fiustes , soit en les faisant tenir prests dans les ports pour les faire embarquer aussytost qu*ils arriveront.

Prendre garde sur toutes choses que les vaisseaux qui doivent estre en mer ne soyent pas longtemps ni dans les ports ni dans les rades.

Penser au relour de M. de Vivonne et disposer les galores a partir aussytost qu il paroistra.

Penser aussy a faire fournir aux vaisseaux tout ce dont ils auront besoin pour se remettre en mer. Examiner, d^s h present, les vivres et la solde qu'il leur faudra donner.

' Voir piece n" ^3.

Observer que M. de Vivonne ne devoit point laisser la mer sans vaisseaux; examiner ce point, le proposer au Roy et lay donner les ordres.

Penser, dis k pr^ent, au d^sarmement de tons les vaisseaux de Levant. Ecrire pour sfavoir s'il y aura assez de place dans la darse de Toulon; sinon voir si on en pourroit mettre quelques-uns k Marseille; ce qu*il faut toutefois ^viter autant qu'il se pourra, parce que la division des arsenaux sera toujours contraire au service du roy.

II faut penser continuellement aux moyens de rendre le Roy maistre de de la M^diterran^e, et me faire sou vent des propositions pour cela. Ce doit estre 1^ l-application ordinaire de Tesprit de mon fils; s'en faire une affaire d'honneur et se piquer d'y r^ussir.

Penser a i'achat et foumitore de toutes les marchandises n^cessaires pour le remplacement des magasins suivant les estats exp^i^ pour celte ann^e, et mesme par augmentation, s'il est n^cessaire.

Prendre garde que le sieur Dalliez envoye le plus grand nombre de masts qu'il pourra; faire travailler continuellement k la corderie de Toulon.

D^s le mois de juin et de juillet, il faut penser aux vaisseaux qu'il sera n^cessaire de tenir dans la M^diterran^e pour en rendre le Roy maistre en hyver comme en est^.

Prendre les mesures n^cessaires pour estre exactement inform^ de tout ce qui se passe sur le fait de la marine, en Espagne et en HoUande; les envoyer k M. de Vivonne sans les donner jamais pour certains, ni faire aucun raisonnement sur leur certitude. U faut, en mesme temps, penser au commerce de Levant, prendre garde de I'assurer par tons les moyens possibles. A cet effet, penser k maintenir la paix d' Alger, celle de Tunis, et faire les diligences n^cessaires pour establir celle de Tripoli. Penser enfin continuellement aux moyens de d^fendre et conserver les vaisseaux du roy, et attaquer ceux des ennemis de Sa Majesty.

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