EJ0UR A NAPLES
Du lundy, ao aoril — N'estant arriv^ qu*hier au soir k Naples, j'ay est^ voir ce matin en cette vilie T^ise des J^uites qu*on appelle k Gemi : elle est tr^belle, bastie en croix et presque da mesme dessin que Michel-Ange avoit fait pour Saint-Pierre de Rome; la vo^^te du d6roe et les peintures des quatre coins sont de la main de Laniranc; les pilastres qui sont k Tentour de T^glise sont d'ordre corinthien , inscrust^ de marbre blanc; Tentre-deux de ces pilastres est de marbre de difii^rentes couleurs, avec des oi^ nemens de plusieurs marbres de rapport. Tout le reste de T^glise, pour la voute et pour les d^mes des cfaapelles, est point k fi*esque, mais d'une peinture ordinaire. De r^ise, on entre dans la sacristie, qui est magnifique; lavoAte est k compartimens de stuc, le tout fort dor^; dans les places qui sont aux cost^ des armoires oil Ton tient les omemens, Ton voit une tr^-belle menuiserie, dont les colonnes ont toutes des chapiteaux de cuivre dor^. Au fond de ladite sacristie est un beau tableau d'une Vierge avec le petit J^as , et un saint Jean du Carracfae.
L'apr^s-disn^ de cette mesme joum^e, j'ay est^ voir le Vice-Roy et ay fort remarqu^ le grand escalier par lequel on monte k son palais. II est sihi^ en entrant k gauche dans une grande tour carr^ entour^, au premier et au second ^tage, de logos soutenues par de gros pilastres carr^. Cet escalier a quelque chose de fort grand et magnifique ; la cage a de largeur deux fois sa lotigueur, qui est d'environ i h toises. On trouve d'abord au milieu et en face, lorsqu*on y monte, une grande rampe de figure ronde qui conduit k un palier assez grand , au cost^ duquel sont deux larges pi^estaux qui portent deux grandes figares couch^; pn trouve k droite et k gauche de ce palier et de ces Bgures deux autres grandes rampes qui condm'sent encore k deux autres paliers desquels on monte k droite et k gauche aux logos sup^rieures. Le reste du pidais n'a rien de remarquable que sa grandeur; le dehors en est assez magnifique; mais commeje n'ay vu que fort pen du dedans , et que je s^s qu'il ne m^rite pas la curiosity , je ne vous en diray pas davantage. II y a seulement une chose k remarquer, qui est qu'il est joint par une galerie k Tarsenal et k la darse des galores. Le Vice-Roy me re^ut dans sa chambre, debout contre sa table, sans s avancer vers moy quand je luy fis la r^v^rence; il me fit asseoir et couvrir, me tesmoigna un grandissime respect pour la Reyne quand je luy rendis sa lettre, sur laqueilc il ni'a donnd la r^ponse que je vous envoy o. Lorsque j*ay
pris coDg^ de lay, il m'a fait pr^nt de denx chevaax de Naples que j'ay amends icy et que je feray conduire en France.
Apr^ avoir est^ cbez 1e Vice-Roy, je fas voir la darse, oii Ton dent Tescadre des galores de Naples : c'est an carr^ irr^^lier taill^ dans la pierre qu'on a trouv^e en travaiUant k cet ouvrage, et ainsy il n a pas tout k fait r^ussy , n*y ayant pas assez de fond, et, de cette sorte , les galores n y demeurent qu'avec peine. A un des cost& , est Tarsenal dans lequel on les bastit, qui est un fort beau bastiment; il est carr^ long, et compost de quinze galeries sontenues de quinze arcades d*an cost^ et douze de Fautre. Ges arcades ont environ So li Sa pieds de large, sans compter les pilastres; il n'y a point de separation en dedans, qu'un mar qui prend k la dixi^me arcade et qui fait une enceinte de cinq rangs d'arcades dans lesqudles on travaille le bois, les rames et toutes les pieces qui sont n^cessaires pour les galores. Ensuite je suis sorty de la darse pour m'aller promener sur le m61e, qui est beaacoup plus large que celuy de G6nes, un carrosse y pouvant toumer au bout ; il fait on coude dans la mer pour garantir le port de la ville, qui est bastie en croissant du costd de la mer. Ce port n'est nullement bon; au moins n'y ay-je vu que quelque petit vaisseau et qudque barque. Au bout du m61e, il y a un tanel qui est pen de chose. Dans cette promenade du m61e, j'ay vu le mont V^ve, qui est k 8 milles de U, et Tisle de Gapr^, qui est aussy assez proche, fameuse par la retraite de Tempereor Tib^re.
Du nwrdy, ai avril, — Ce matin, a i avril , pour continuer k voir ce qu'il y a de curieux dans Naples, j'ay est^ k Sainte-Claire , qui est un convent de religieuses remply de personnes de quality. J'y ay vu , ^ cost^ et sur la gauche du grand autel , deux s(^pultares de marbre blanc de deux rois de Naples de In maison d'Anjou , s^voir : Gharies I", fr^ de saint Louis, et Gharies II de la mesme maison. De Tautre cost^, et sur la droite du grand autel, j'ay vu aussy deux sepultures de mesme marbre, qui sont celles de deux imp^ratrices de Gonstantinople , toutes deux fiUes de ces deox rois qui sont enterr^s de Tautre coste de Tautel.
De r^lise de Sainte-Glaire, j'ay este voir celle de Saint-Gaetan , qui est un de ces saints quon a canonists k Rome pendant que j'y estois; le porche de cette ^glise est antique; il y a six colonnes fort enti^res avec leurs chapiteaux, leur comiche et leur fronton, le tout dordre corinthien; les colonnes sont cannel^es et sans diminution par le has; il y a sur toute la comiche des denticules et des modillons qui r^pondent par^ faitement k ceux du fronton; pas un de ceux de la comiche ne r^pond sur la rose d'aucun chapiteau qui sont tons de feuilles d'olive , et dont les volutes sous les roses ne s<mt que deux rinceaux. Dans le fronton est un bas-relief de plusieiu^ figures. Le dedans de T^ise est modeme, fort grand et fort riche en toute sorte de peintores et dorures; elle est bastie en croix, sa nef est assez longue; tout le haut est peint k fresque de la main de deux peintres appel^s Belisario ^ et Massimo*.
De cette ^glise, j'ay est^ aux Dominicains : leur grand autel est tr^beau, compost de plusieurs sortes de maiiires de diff^ntes couleurs; le choeur des religieux est fort grand, pav^ et incrust^ du mesme marbre. Le plafond de T^glise est de menuiserie dorde, et, ainsy, elle n'est considerable que par la quantity de tombeaux anciens qui y sont, et par une chapelle particuli^re et tr^magnifique , dans laquelle on montre le crucifix qu on dit avoir parie k saint Thomas. Dans la sacristie de cette mesme ^glise ,
* Belisario Gorenzio, ne en 1 538, mort en ^ Le chevalier Massimo Stanzioni, ne en
i6^ii. i585, moii eo i656.
je vis trois bi^res de trois rois de Naples, dont les corps sont enfain^ dans des eoflres de velours noir attach^ avec des doos dor^s; lears sceptres et iears cooronnes soot attach^ anssy aiix mesmes cofl^. Ces rois sont : Alphoose I*, Ferdinand I*' et Ferdinand li. Je vis aussy dans la mesme sacristie ie cercueii de plasieors princes et princesses de ia mesme maison, et, entre aatres, celay de Jeanne, reyne de Naples, qoi adopta cet Aiphonse, roy d'Aragon, par ieqoel ie royaome de Naples est veno k la maison d*Aa(ndie.
De cette ^ise des Dominicains , j'ay est^ dans Ie D6me on dans la principale ^[lise de Naples \ dans laquelle je n ay rien vu de considerable qu'un grand vase antique de parangon, autour duquel sont des testes en bas-relief qui sont assez belles, et une chapelle de San-Gennaro , dont Ie d6me est tout peint h fresque, de la main du Domitiiquin.
De cette ^flise, j'ay est^ h SarUi-ApostoU , qui est une seconde ^ise que les Thdatins ont h Naples; toute la voute et Ie d6me sont points h fresque de la main de Lanfranc; Ie sujet de cette peinture sont les douxe apostres dans leurs trois estats, s^voir : en voyageurs, en martyrs et en gloire. Le fond de F^lise, jusque sur la porte, est aussy peint h fresque de la mesme main de Lanfranc; Ie sujet de cette peinture est la Piscine, avec Fange qui va troubler Feau*. II y a encore une chapelle du cost^ de Tautel, qui est tr^ belle : elle est de marbre blanc, du dessin du cavalier Borromini ; le tableau qui est dessus, aussy bien que quatre figures qui sont aux deux cost^, sont de mosaique du dessin du Guide. On m'a fait voir aussy le tabernacle sur le grand autel de cette ^[lise, qui est un ouvrage tr^s-consid^rable et tr^-riche, car, outre qu'ii est extrtoement bien fait et fort grand, il est compost de toutes sortes de jaspes, de lapis et de pierres pr^ieuses de diift^rentes couleurs. Je suis pass^ ensuite h la sacristie de la mesme ^glise , on il y a une tr^grande quantity d'argenterie. Ce qui m'a pourtant le plus surpris a est^ de voir une tenture de tapisseries k fond d*or broch^ avec toutes sortes de fleurs au naturel en broderie fort relev^e dc soie, qui servent h parer toute T^glise les jours de grande feste. Cet ouvrage, avec le reste des omemens, qui sont magnifiques, ma paru d'un prix inestimable.
De cette ^lise, j'ay est^ h la Viguerie, qui est le lieu oA Ton rend la justice, oA je n'ay rien vu de particulier qui m^ite d'estre rapport^. J'ay est^ encore dans la mesme mating h TAnnonciade, qui est une assez belle ^glise fort enrichie de marbres. Ce que j'y ay remarqu^ de plus particulier, c*est le tabernacle et deux anges qui sont k cost^ de Tautel, tout d*argent massif. II y a dans le choeur un tableau de Claude Lorrain *. De 1^ j'ay esU^ encore dans lliostel d'un cavalier particulier de Naples, dans lequel j'ay vu une teste d'un cheval de bronze antique et tr^belle, et quantity d'autres figures et bas-reliefs de mesme.
Cette apr^s-disn^ du mesme jour, 3 1 avril , j'ay est^ voir I'^se de Santa-Maria la Nuava, ou sont les Observantins. Elle m'a paru fort grande ct assez belle : dans une chapelle h gauche en entrant est le tombeau de Lautrec *, qui a est^ un cS^bre g^n^l d'arm^ de son temps, de la maison de Tholose, et qui mourut dans le royaume de
' Aujourd'hui Sainl-Janvicr. * Odetde Foix, seigneur dc Lautrec, mare-
* Celte Piscine, d^apres Vliindraire dc chal de France, gouverneur de Guienne. En
A. J. du Pays, est de Giordano. 1 5a8 , Francis F' Fayant nomra^ lieutenant
^ Claude Gclee,dil le Lorrain , no en 1 6oo , general dc ses armies en Italie, it y mourut la
morlen i68o. memo ann^.
Naples commandaDt une arm^ de Francois. Le plafond de cette ^ise est fait k compartimens de menuiserie dans lesquels il y a des tableaux h Thuile. Toat le bastiment est du dessin de Nicolas Pisano , aussy bien que celay du CbAteaa-Neof , qui est uoe forteresse toat centre le palais du vice-roy et qui s'y joint par une galerie. C*est un chasteau carr^ qui a, ^ diacun de ses coins, une grosse tour ronde, et au milieu du carr^ de la place, une tour de mesme qui sert de donjon. Dans ce chasteau, il y a un magasin d'armes assez grand et assez bien tenu. Cependant, quoyque cette forteresse fust assez bien ddfendue par un foss^ tr^-profond qui Tenvironnoit, on n'a pas laiss^ de faire ime enceinte et une nouvelle fortification sur le bord de ce premier foss^, aussy grande et aussy large que le premier : tons ies remparts de ces deux forteresses, qui sont Tune dans Fautre, sontgamis d'artillerie et sent geurd^ avec beaucoup de soin.
Du mercredy, a a ovriL — Cejourd'huy, a9 du mois d'avril, je suis sorty de Naples pour aller h Pouzzoles et h Baies : j ay pass^ k U milles de Naples sous cette montagne perc^e dans le roc *, ou trois carrosses peuvent aller de front et qui a plus d'un mille, k ce qu on dit, de long. Get ouvrage est si ancien qu'on ne s^t par qui il a est^ entrepris, y ayant des historiens qui en parlent longtemps avant la fondation de Rome. Gequ'ily a d'admirable dans cette longue route, c'est qu'on a perc^ encore la montagne ai deux diffi^rens endroits pour donner du jour h ce long berceau qui sans cela seroit trop obscur dans le milieu. A Tun des bouts, du cost^ de Naples, de cette vodte cav^ dans le roe, on voit la sepulture de Virgile.
A 5 ou 6 milles apr^ avoir pass^ ce chemin souterrain , on trouve sur le bord d'un petit lac qu on nomme Agnano^ une grotte qu*on appelle la Grotte du Chien. C'est une niche taill^ en has d'une montagne; elle se ferme ordinairement avec une porte de bois, a 9 pieds de longueur qui sont creus^s, dans T^paisseur de la montagne; elle n'a que U pieds de largeur et 7 de hauteur. A un pied de terre de cette grotte , Fair est si meschant et si mortel que Ies animaux y ^touffent en un moment, et Ies flambeaux Ies plus allum^ s'y ^teiguent de mesme. Cependant h un travers de doigt de Fendroit ou cette vapeur maligne monte, Fair naaucune mauvaise quality, et dans cette mesme grotte un homme y demeure sans incommodit^ ; lorsqu on y a mis un chien ounm autre animal et qu'il est ^toufii^, pourvu que le coeur luy batle encore, il revient aussytosl qu on luy jette de Feau dans Ies oreilles ou sur la teste. Aupr^s de cette grotte , j'ay vu encore des estuves' tr^chaudes qui servent, h ce quon dit, pour la gu^rison de plusieurs maladies. J'ay est^ de 1^ h la Solfatare, qui est environ k 3 milles de cet endroit: cest une montagne assez couverte de verdure , au sommet de laquelle il y a un grand creux qui est entour^ de rochers blancs et pel^. Cet enfoncement de montagne est fait en crat^re ou bassin , assez plat sur son milieu : on voit cependant en quelques endroits une fum^e fort ^paisse qui sent extr^mement le soufre. Siu*tout k un des coins, sur la droite de la montagne, est un endroit beaucoup plus enflamm^ que Ies autres, doii, par plusieurs soupiraux, sort avec impetuosity une tr^s-grande quantity de fum^e chaude et bruslante qui jette du soufre autour de plusieurs trous qui sont dans la roche; c'est en cet endi*oit ou travaillent quantity d'hommes incessamment pour en tirer le soufre, qu'ils pnrifient k cent pas de 1^.
De la Solfatare, j'ay est^ k Pouzzoles, et en y allant j'ay vu quantity de masures anciennes sans nom. Ce que j y ay remarqu^ de plus considerable a est^ le reste d'un
* La grotte de Paiisilippe. — ' Son veritable nom est Angtnano. — ^ Les PitciareUi,
«)iiiphithda8tre tr^ruin^ , ou il ne paroist que le coq)8 basty de briques. J'ay vu aussy qaelques restes de la maisoo de Cic^ron , apr^ quoy je suis arriv^ k Pouzzoles , qui est h pr^nt un village fort ruin^. Ce qu'il y a de plus remarquable en ce lieu, c'est le pout que nt faire Tempereur Caligula pour passer h Baies k pied sec, qui ne fnt pourtaut jamais adiev^ avec de la pierre et de la brique, comme il aveit est^ conunenc^; on n'en fit qu^une grande partie de cette sorte , le reste ayant est^ continue avec des bateaux. On voit encore quatorze ou quinze des arches anciennes, dont pourtant la plupart des voutes sont tomb^.
De Pouzzoles, je suis venu cette mesme apr^s-disn^ k Naples, n'ayant pu passer k Bales, k cause du mauvais temps. Aussy tost que j ay est^ de retour, j'ay est^ voir le logement qui a est^ fait pour les soldats et pour toute Tinfanterie espagnole qui est h Naples; c'est un grand bastiment carr^ situ^ au bord de la mer, vis^hvis du chasteau deU' (ho, avec quatre ailes doubles divis^es en autant de chambres qu'il en faut pour loger /i,ooo hommes. Chacune des chambres est faite pour 18 soldais. Don Pedro d'Aragon, qui est h pr^nt vice-roy de Naples, Ta fait bastir.
Dujeudy, fkS avril, — fay est^ ce matin aux Chartreux; ce convent est situd dans la villede Naples, sur une haute montagne dont le sommet est comxmn^parle chasteau Saint-Elme ou Erme. J'ay vu en passant les fiUes de I'Observance, qui out une ^ise tr^propre, avec un d6me qui dans chacune des trois arcades qui le supportent a trois autels; le choeur des rehgieuses paroist au-dessus de la comiche de Tarcade gauche, et, en entrant, on voit dans le plafond dudit choeur un compartiment de roses en menuiserie toutes derives; il y a encore tout autour de la comiche de ladite ^glise des jalousies tr^'propres qui sont faites afin que les rehgieuses puissent entendre la messe et le sermon commod^ment. De cette ^se, je suis mont^ aux Chartreux : ils sont presque au plus haut de la montagne, attach^ pourtant au chasteau Saint-Elme qui est au-dessus. <]e convent est tr^s4>eau; toutes les arcades qui sont au dedans du cloistre sont sontenues par des colonnes de marbre blanc isol^es; T^glise est fort belle, tr^-riche en marbres de toute sorte de couleurs; tout Tordre en est bizarre, et les chapiteaux des colonnes de mesme; la voAte est peinte k fresque de Lanfiranc. Le dessus du choeur est aussy peint ^ fresque d'une peinture assez mediocre, entre laquelle on voit quelques tableaux du cavalier Joseph. Les tableaux du choeur et les chapdles sont partie de TEspagnolet\ du Massimo, du Sicilien*, du Galabrois' et autres peintres inconnus, entre iesquels, au fond du choeur, est une Nativity ^auch^ du Guide. De T^lise, j'ay est^ sur une galerie du mesme convent de laquelle on d^uvre toute la ville de Naples, qui est de cet endroit-1^ la plus bdle chose du monde.
Presque toutes les maisons en sont couvertes en terrasse, les rues sont droites et la plupart perches d'un bout h Tautre de la ville; on voit le port, le m61e, une grande quantity de d6mes d'^glises et g^^ralement tout ce qui la compose. Cette grande ville est divis^ en quatre principaux quartiers dont le plus ^loign^ et le plus grand est ce qu'on appelle la Vieille Ville, estendue tout le long de la Marine* jusqu'au ChAleau- Neuf'; c'estdans cette estendue-1^ qu'est compris le mMe, le tourillon des Cannes, que les Espagnols ont fortifi^ depuis la r^volte; la grande place du march^, oil comment
^ Joseph de Ribera, d6 en Espagne, en ' MatliaPreti,n6dan8la Calabre,eni6i3,
1693, mort k Naples, en i656. Morten 1699.
* Luigi Rodriguez, de Messine, appel^ k * La MarineUa,
Naples Luize SicUiano, Mort empoisonn^ par ^ Gonstruiten 1283 par Charles 1" d^ An -
Belisario Coreniio en 1 63o. jou , fr^ de saint Louis.
la sedition de Masanieilo, dont la maison se voit encore suriadite place, la Viguerie, ou soDt les tribonaox et les prisons de la justice de Naples, et quantity d'autres bastimens et de rues ^troites et embarrass^. Le second quartier n'est pas de mesme : toutes ses rues sont larges et presque toutes tir^ an cordeau , particuli^ment celle de TolMe , qui traverse la ville. Dans ce second quartier est Tarsenal, le ChAteau-Neuf et le palais qui se joignent Tun k Tautre par des galeries convert es, et quantity de beUes ^ises, comme sont les J^uites, les Dominicains, les Tb^atins, Santa-Maria la Nuova, TArchevescb^ et plusieurs autres. Le troisi^me quartier de la ville, appeld Vtlla-Nuova, est celuy ou sont contenus le castel deW Ovo sur la mer, Pizzo-Fakane , que les Espagnols ont aussy fortifi^ depuis la r^volte et ou ils ont basty le logement des gens de guerre, et au-dessus les Chartreux que Ton appelle autrement Saint -Martin, et le cbasteau Saint-Elme , ou je fus an sortir des Cbartreux. Le quatri^me et dernier quartier est celuy que Ton appelle Pausilippe , qui s'estend k la mer depuis le bas de Pizza-Fakone et du cbasteau deW Ovo jusqu^ la montagne perc^ qu'on appelle la grotte Pouzzoles; dans ce quatri^me quartier sont contenus plusieurs bastimens considerables d'^ises et de palais. Pour le cbasteau Saint-Ebne, c*est un grand carrd de loo toises de long et 60 de large fortifl^ de tenailles et de saillans aux deux grands cost^, le tout taill^ dans le roc vif, h la bauteur de plus de 8 toises et de 10 dans quelques endroits; les trois cost^ qui regardent la ville sont tout h fait inaccessibles, et celuy seul par lequel il se joint k la montagne, dont ii occupe le plus baut, est Tendroit le plus foible, puisqu on y pent descendre et travailler dans le fossd sans estre vu d'aucun endroit de la place.
Du vendredy, fiiavriL — Je suis party ce a& avril de Naples pour m'en aller k la montagne de la Somma ou autrement le mont V^uve, qui fait la crainte continuelle des pays voisins de Naples, qui est ^oign^ de quatre milles du pied de cette montagne dont la hauteur est aussy de quatre miUes de rampe , que Ton fait pourtant k cheval jusqu'^ la bauteur d'un demy-miUe qu'il faut monter a pied, quoyque avec beaucoup de difficult^ k cause de sa roideur et des cendres dont le so^unet de cette montagne est convert, qui en rendent Tacc^ tout k fait p^nible. Parmy ces cendres, il se voit quantity de pierres brusl^es qui n^ont presque point de pesanteur, qui ont est^ danc^es du fond de la foumaise qui s'embrase k tout moment dans ses entrailles. La montagne, sur le baut de laquelle on voit un grand bassin rond, creux (on appelle cela un crat^re) k plomb de plus de ho k 5o toises et de plus de 3 00 de diam^tre, qui contient dans son inilieu une autre petite montagne d'environ 100 toises de diam^tre, perc^ au sommet de deux larges trous qui vomissent une fum^ ^paisse et soufr^, et font de temps en temps rejaillir desmonceaux de pierres et de cendres avec un bruit quelquefois ^pouvantable, et c*est ce qui arrive tons les jours; car lorsque les veines de cette montagne se sont remplies de cette mati^ combustible et qu'elles viennent k se d^ager ainsy qu'U est Aesjk arnv6 plusieurs fois, comme du temps de Pline, du temps de B^lisaire, sous Tempereur Justinien, et en dernier lieu, en Tann^ i63a ^; alors toute celte grande estendue du baut de la montagne parut enflamm^e jusqu'aux nues , et regorgea par-dessus des flammes qui crev^rent le terrain de la montagne en plusieurs endroits et consum^rent toute la campagne voisine et mesme s^b^nt jusqu'^ 8 milles du bord, r^pandant d'un cost^ et d'autre des vapeurs subtiles et mortelles qui d^truisirent tout et qui pass^rent autrefois jusqu'^ Pouzzoles, oA Pline futdtouff^, comme le raconte
* Seignciay confond avec T^ruption du 16 d^embre i63i.
le jeune Pline son neveu * ; ce qui a doDn^ lieu k cette inscriptioD que ies Espagnols out eu soiu de faire graver sur ie marbre au pied de la montagne^en ces termes':
Posteri, posteri,
Veslra res agitur.
Dies facem praefert diei ; nudius perendino.
Advertite.
Vides ab satu solis, ni fabulatur Hbtoria,
Arsit Vesevus,
Immani semper dade bsesitantiuin :
Ne posthac incertos occupet, monco.
Uterum gerit monshic,
Bituminc, alumine, ferro, sulpbure, auro, argenlo,
Nitro, aquanun fontibus gravem;
Serius, ocius ignescet, pelagoque influente pariet:
Scd ante parturit;
Concutitur concullique solam.
Fumigat , coniscat, flammigerat ,
Quatifc aerem ,
Horrendum immagit, boat, tonat, arcefc finibus accolas.
Emigra dum licet;
Janijam enitilur, erumpit, mixtum igne lacum evomit,
Prtedpiti ruit ille lapsu , seramque fugam pnevertit.
Si corripit, adiim est, peiiisti.
Addo sal. MDGXXXI, Kal. Jan.
Philippo IV, rege ,
Emmanuele Fonseca et Zunica , comite montis Regii
Pro rege,
(Repetita superionim temporum calamitate, sabsidiisqaecumulatis,
Humanius, quo munificentius.)
Formidatus servavit , spretus oppressit incautos ei avidos
Quibus lar, et supellex vita potior.
Turn tu , si sapis , audi damantem lapidem.
Sperne larem, speme sardnulas, mora nulla fuge.
Antonio Suares Messia , mardiione via ,
Praefecto viarum.
Du samedy, 2 5 avriL — Je suis parly ce matin pour m>n retourner h Rome 06 je suis arriv^ le 99.
JOURNAL DD VOYAGE , DEPDI8 LE SECOND JOUR DE MAY QC'ON EST PARTY DE ROME POUR FLORENCE JUSQU'AU l3 DUDIT MOIS QU'ON EST ARRlvi \ VENISE , COIfTENANT CE QUI S'EST PASSi A FLORENCE, BOLOGNE, MODENE ET FERRARE.
Je suis party en poste de Rome le samedy, 9 de may, h trois heures apr^ midy, el ay est^ coucher a MonteGascone, d ou je suis venu coucber le dimanche 3 k Sienne.
Je suis arriv^ le Inndy, 6 du mesme mois , k Florence. Un moment apr^ mon arrive, j ay rendu k M. Tabb^ Strozzi Ies lelires que j'avois pour luy; il a Irouv^ k propos
* Livre Vl, ao. pendio istorico degV incendi delmonU Vetuvio,
" Nous reclifions plusieurs inexactitudes de de Ant. Bulifon. ( Hibl. de TArsenal, n"* ui 1- Soignelay, d'aprfe le lexle public dans le Com- h 1 8 A.)
qu'on donnast daus le moment des oouvelles de mon arriv^ k M. le Grand-Due; ce qui ayant est^ fait, S. A. a envoy^ M. Tabb^ Marochelli , secretaire d'Estat, avec deux de ses carrosses, pour me conduire au iogis qui m*a est^ destin^, qui est ia maison du mesme abbe Marochelli , oji je suis servy par les officiers de M. le Grand-Due. Cependant , comme j*ay era qu'il estoit de la biens^ance de demander k Iny faire la reverence avant de prendre possession de mon logement, j*ay este ce mesme soir au palais, ou j'ay este re^u par M. le Grand-Due.
Du mardy, 5 may. — J*ay employ^ la matinee de eette joum^e k voir une partie des ehoses qu'il y a ^ voir k Florence. J'ay est^ sur les sept beures du matin k Saint-Laurent, ou j'ay entaidu messe; c est une des principales ^glises de Floroace; elie n'a rien de considerable, ni pour Tarchitecture, qui est mediocre, ni pour les omemens; ainsy il n'y a ^ voir qn*une chapdle, du dessin de Michel- Ange, qui est au coste gauche de Tautel, dans laquelle on met en depost les corps des dues de Florence, jusqu*^ ce que la chapelle qui est destinee pour leur sepulture soit aehevee. II y a dans celle-cy quatorze tonibeaux des princes ou des princesses de cette maison. Cette chapelle est faite en d6me , k six faces; il y a neuf tr^belles figures de Michel-Ange qui en font tout Tomement, n'y ayant ni tableau considerable, ni dorure. Ces figures ont des reputations particuli^res. Quatre representent TAurore, le Jour, le Crepuscule et la Nuit; deux autres representent, Tune les Soucis ou le Soin, et Tantre la Vigilance, pour faire entendre que ces princes pendant leur vie ont pense k tout moment du jour et de la nuit avec soin et vigilance k leur Estat. Q y a encore dans cette diapelle trois autres figures : Tune de saint Cosme et Tautre de saint Damien, et une Vierge au milieu. De cette chapelle, j'ay este dans la sacristie, et j'ay remarque en passant le tombeau du grand Cosme de Medicis, qui est enterre vis-&-vis du grand autel de feglise. Ce fut le premier de cette maison qui comment k avoir du credit dans Florence, non pas comme prince, mais comme citoyen; il mourut en i &6/i ; qui est k mon avis la marque la plus ancienne d'eievation qu'il y ayt dans cette maison. Je n'ay rien vu de remarquable dans la sacristie qn*un petit enfant de marbre qu'ils montrent comme une fort belle statue. Le sculpteur qui Fa faite se nommoit Silvestro Septimiano.De la sacristie, je suis passe k la chapelle ou doivent estre les tombeaux des grands-dues, qui tient au derri^re du choeur de Tegiise Saint-Laurent Cette chapelle est faite en dAme assez eieve; elle a huit faces, dont Tautel et la porte en font deux; elle est du dessin du prince de cette maison qui se nommoit don Giovanni de Medicis; ainsy je ne Testime pas autant pour le dessin du bastiment comme pour la mati^re qu'on employe aux omemens du dedans : aucun marbre ordinaire n'y entre, tout doit estre incruste de jaspe le plus precieux de (outes les famous; les pilastres ont des chapiteaux de cuivre dore , et ^ la base de chacun sont les armes des villes qui sont dans les Estats du Grand-Due; elles sont blasonnees par du jaspe ou de Tagate qui repond k la couleur de leurs blasons , et le nom des villes est eerit en lettres de mesmes pierres ou avec du lapis : on dit qu'on est quelquefois quatre mois k faire une de ces lettres, dont la moindre couste ko ecus. Les cartouches qui sont autour de ces armes sont omes de lapis, de nacre et de plusieurs sortes de pierres difierentes, qui toutes jointes ensemble font un tr^-bel efiet. Tout le A6me de cette chapelle est imparfait; il doit estre k compartimens carres entre lesquels il y aura des roses et des pilules. Ce qui peut faire le mieux juger de la magnificence de tout Touvrage est un tombeau entier d'un des dues qui est acheve , tons les autres n'estant encore que pen avances. II n*y a place que pour six, si bien que, lorsque celuy-ey sera morl, toute la chapelle sera remplie. Les tombeaux qui y sont desji sont au nombre de cinq, s^voir :
celuy de Cosme, premier due; de Fraogois, deuxi^me due; de Ferdinand, troisi^e due; de Cosme II*, qnatri^e due; de Ferdinand II*, cinqui^e due, qui est le deroiar mort. Sous cette chapelle, il y en a une autre souterraine qui iuy sert de fondement. J'ay estd ensuite voir le lieu ou Ton travaille le jaspe et Tagate qu'on employe h la chapelle dont je viens de parler. L on m'y a fait voir une teste enti^re d'une des figures qui doivent estre sur un des torabeaux des dues; elle sera six fois plus grande que nature. Le visage est form^ d'un jaspe qui ressemble k de la chair, et la barbe, la bouche ct les yeux sont d'un autre qui repr^nte ces parties au naturel.
De cet endroit, j'ay est^ k la biblioth^ue, qui est dans un cloistre qui joint T^ise Saint-Laurent; on y monte par un degr^ qui n'a pas est^ achev^, qui est du dessin de Michel-Ange Buonarotti , comme aussy la galerie ou sont les livres; la grande rampe de ce degrd est accompagn^e de chaque cost^ d'une petite rampe qui n'est s^par^ de la grande que par une balustrade. II y a dans la galerie oji sont les livres hU bancs de chaque cost^ avec leurs pupitres. II y a 3,ooo volumes, parmy lesquels il y en a un grand nombre de manuscrits; ils sont tons attach^ avec des diaisnes de fer, cette bibhoth^que estant ouverte k tout le monde quatre heures du jour.
De la biblioth^ue, j'ay est^ au D6me, qui est une grande ^ise, mais enti^rement gothique. II y a en entrant k main gauche un campanile, qui est un trMbel ouvrage du dessin de Giotto : c'est une tour carr^, fort haute, qui ne tient en rien k T^glise; elle est bastie de marbre blanc, noir et rouge; toutes les fenestres sont si bien plac^ et les ouvertures hautes de ce clocher, k Tendroit oji sont les doches, si proprement travaille qu'elles le font estimer une des raret^ dltalie. Je suis mont^ ensuite sur le dAme, d ou j ay d^uvert tout Florence, qui est bastie en rond autour de cette ^ise entre des coUines tr^agr^les.
Du D6me je suis revenu chez moy, d ou, apr^ avoir disu^ et avoir attendn Theure de I'audience de madame la Grande-Duchesse ', j'ay est^ au palais, ou j'ay eu Thonneur de la veil*. Je Iuy ay rendu la lettre de la main du Roy et la vostre; elle m*a re^u tr^honnestement. Ensuite de quoy j'ay est^ voir madame la grande duchesse la douairi^', ou j'ay vu aussy le jeune prince son fils ', fr^re de M. le Grand-Due. Elle m*a re^u aussy tr^civilement.
Du mercredy, 6 may. — J'ay est^ voir ce matin la forteresse qu*on nomme Saint-Jean , ou est le grand arsenal des armes de M. le Grand-Due. Cette fort^'esse est compost de cinq bastions , et , bien qu'elle ne soit pas aussy &e\6e que la forteresse qui est joinle au palais Pitti, elle ne laisse pas de commander k la vWe. II y a au milieu de la courtine par laquelle on entre et ou est la porte , une grande tour ronde faite en forme de cavalier, qui commande le reste ; il y a dans cette place cinq magasins d armes fort propres et fort bien tenus, par-dessus lesquels il y en a encore un.sixi^e plus grand que les autres qui n'est que pour Tartillerie. II y a de fort beaux canons, et Ton en montre un, entre les autres , qui n'est fait que pour Tomement : il p^ 97,800 livres et porte 190 livres de balle; on en fait voir encore un autre qui se ddmonte et qui est fait avec des anneaux de fer qui s^enchAssent les uns dans les autres.
* Maipierite- Louise d'Orl^ns, nito de * Francois-Marie de M^cis, n6 en 1660, Louis XIII. ci^^ cardinal en 1686. II rendit son cliapeau
* Juiie-Vicloire de La Rov^re avait el^ ma- en 1709, el ^pousa la m^nie ann^ EI6onore ri^ le a6 seplenibrc i633 au grand -due de Gonzague, fillc du due de Guastalla. Mort Ferdinand de Medicis II. Morle le 6 mars le 3 f^vrier 1711.
1 6^h J a i'Age de soixante et douze ans.
De la forteresse Saint-Jean , j'ay esl^ voir la galerie da Grand-Due.
Tay commence par visiter les boutiques des onvriers dont la pinpart Iravaillent en jaspe de rapport; il y a trente-irois boutiques en tout; Ton m*y a roontr^ des tables quon a travaill^ durant dix ou douze ans, ^ ce qu'on dit. On me Gt voir aussy de petites statues de jaspe qui ne se font qu'en sept ou buit ans. On m'a fait voir quelques tables de ces sortes d^ouvrages qu*on estime i,5oo ^cus. J'ay vu encore dans ces boutiques de ia menuiserie fort proprement travai11<^, entre antres cboses une couronne de fleurs si bien faites, que les feuilles ne sont gu^re plus ^paisses que les natureUes De ces boutiques, je suis pass^ dans la premiere galerie du Grand-Due , y en ayant deux pareilles et de mesme longueur, basties cbacune sur la mesme rue , Tune sur la droite et lautre sur la gauche, estant jointes par le bout de cette rue qui fait en cet endroit un cul-de-sac. Dans la premise galerie, je vis quantity de statues et de bustes anciens; les plus beaux sont : un buste de Cic^n, un Laocoon du Bambinello * et nn Narcisse. De cette premise galerie, je suis entr^ dans une chambre ou j'ay vu une tr^belle figure d'un Hermaphrodite, un bas-relief de marbre qui repr^sente un bain de Diane, qui est d un sculpteur nomm^ Mosdno, et un buste de Brutus, commence par Michel-Ange, et qu'il a laiss^ imparfait apr^s. De cette chambre, j'ay est^ dans trois cabinets cpi sont les uns en suite des autres, tons remp&s d'armes anciennes et de plusieurs ai*mes h la turque, qu'on dit avoir est^ prises sur les Turcs par les Florentins; il y en a quelquesunes assez belles : des hamois brod^, des ^triers d'argent, des sabres enrichis avec des turquoises. Ce qu'on montre pourtant de plus remarquable dans ces cabinets est une pierre d'aimant qui tire 64 livres de poids. De ces cabinets d'armes, je suis pass^ dans la seconde galerie , ou je n'ay rien vu de fort remarquable pour les statues ni pour les bustes. Dans le milieu, il y a un grand cabinet fait en d6me , qui a huit faces, k chaeoDe desquelles on voit ou de tr^-beaux tableaux ou des cabinets de jaspe ; il y a dans le milieu une table de jaspe de rapport tr^s-belle. Pour toutes les peintures du cabinet, elles sont du Corr^e, de Paul V^ron^e, du Titien ou de Raphael. II y a encore un tableau d'oiseaux de mosaique qui est assez bien fait. De tous les cabinets qu'on montre 1^-dedans, celuy qui est dans Tenfoncement de la face vis-4i-vis de la porte est le plus beau; tous les chapiteaux des pilastres ou des colonnes qui le coraposent sont faits avec des perles, ou des toeraudes, ou d'autres pierres de couleur; il y en a mesme de fort grosses qui y sont enchiiss^ d'un cost^ et d'autre. Ce mesme cabinet est remply d'un grand nombre de bas-reliefs faits sur plusieurs pierres fmes; il y a , entre tous les autres , un petit buste de la grandeur d'un 6ca blanc, fait d'une seule turquoise, et plusieurs autres dont le nombre est si grand qu'on ne s^uroit les remarquer. J'ay est^ de ce cabinet, qui est an milieu de la seconde galerie, dans une autre chambre, ou je n'ay vu rien de remarquable qu'une statue d'un Hercule qui combat un centaure. De celle-1^, j'ay est^ dans une autre ou j'ay vu I'autel qui doit estre h la chapelle ou sont les tombeaux des grandsnlncs. Cet autel est magnifique, fait de jaspe de toutes les couleurs, de lapis, de calc^oines, de nacre, et d'un tr^beau dessin. Le tabernacle est joint h I'autel et est de mesmes pierres. Apr^ avoir est^ dans cette demi^re chambre, je suis descendu h la garde-robe du Grand-Due , oil Ton m'a moutr^ quantity d'argenterie et de vaisselle d'or et d'argent. D'oii je suis pass^ dans une tr^-grande salle ou i'on donne le bal, oil s'assembloit autrefois la R^pubUque.
Du vieux palais , je suis sorty dans la grande place et ay remarqu^ cette tour bastie
' Bainbineilo, ou plut6t Baccio Bandinelli, n^ en 1687, mort en iSSg.
en Tair snr les ci^neaux da vieiix palais et qui n'a aocun fondement. J'ay aasey vu da mesme liea ia galerie et ia commanicatioD qa'fl y a de ce vieox palais aa palais Pitti, et, de 1^, k la forteresse qui est aa-dessas, si bien qae, par le moyen de oette commanication, les grands-dacs peovent aUer sans estre vas d*on boat de la ville h i*aatre, cette petite galerie qai traverse TAmo joignant le vieax palais aa noaveaa.
De ce liea-l^, j*ay est^ aax Cordeliers \ oji j*ay vu le tombeaa de Michel-Ange. Les Arts' y soot repr^s^t& eo deail, et Ton voit aardessas son baste, qai a est^ fait par lay-mesme; il moarat en i56&.
n y a dans la mesme i^&ae nne R^sarrection de Lazare qai est an assez beaa tableaa , et one chapelle fond^ par une faroille de Florence, qai est d*an dessin assez bien esor tenda ; eile est peinte h fresqae par an p^tre qai r^assit assez bien en ce genre de peintare; il est vivant et s'appdle Volterrano'. Apr^ avoir employ^ toate ma joam^ de cette sorte, j'ay est^ prendre cong^ de madame la Dachesse et de M. le Grand-Dnc, qai m'ont dit, etc...(#tc).
A Bologne, ce tamedy $<nr, g moj/. — Je partis avant-biw matin de Florence , 7 may, apr^ y avoir demear^ deax joars , et j^arrivay k Botogne bier aa soir, 8 may, d'od je pretends partir demain dimandie, 10 de ce mois.
J'ay employ^ cette joum^ enti^ de s^joar qae j*ay fait h Bdogne k voir nne partie des coavens de cette ville, qai est ce qa'fl y a de plus remarqaable et de plas beaa. J'ay est^ ce matin k celuy de Servi. De 1^ j'ay est^ k Y^gMae Saint-Bartb^eroy, qai est assez belle, peinte h fresqae par ColonnaV J'ay est^ ensaite aa coavent de Saint-Frangois, qai est encore tr^beaa : les principaax religieax ont non-sealement des chambres tr^ propres poar cellales, mais ib en ont encore qaatre oa dnq qai font an fort joly appartement; ib en ont mesme an d*est^ et an aatre d'hyver, an agr^Ie jardin et ane bonne cave, et c'est ainsy qae ces bons p^res se mortifient. J 'ay remarqa^ de plas dans ce coavent an Aegri tr^bien entenda. Aprte qa'on a mont^ la premie rampe et qa*on est sar le premier palier, on voit nne longne galerie aa bout de laqudle il y a ime perspective qui fait un tr^s4)el effet. Apr^ avoir visits ce coavent, j ay est^ voir deux tours carr^ de briques, qui sont basties dans une des places de Bologne; Tune est extremement baute, et Tautre, qui Test moiti^ moins, est aussy penchante que cdle de Pise. De cette place , j'ay est^ voir dans T^glise des religieuses du Corpus Dtnmm le corps d'une religieuse^ qu'on montre comme une chose miracalense : U y a i5o ans qu'dle est morte, cependant son corps est tout entier et n'a presque rien de chang^ que la peau de la moiti^ du visage, qui est un pen noircie.
De 1^, j'ay est^ k San-Mickek m Baeo, qui est un convent de rdigieux du mont Olivet hors la ville de Bologne, environ un demy-mille. II est situ^ sur une petite cofline qui domine la ville ; il est tr^s-grand et tr^-bien basty ; dans le premier doislre en entrant, S y a beaucoup de peintures k fresque de Louis Carrache *, Dans tout le reste du cloistre il n*y a pas de peintures remarquables ni de choses particuli^res, que ia grandeur du convent, la beauts de ses cloistres, de ses bastimens et de sa vue, qui est tr^ agr^able , d^uvrant toute la ville de Bologne et toute la campagne voisine , qui est tr^belle.
' Cette ^lise est aussi appel^ Santa-Croce, ^ Michel- Ange Colonna.
* La Peioture, la Sculptare el TArchitec- * Catherine Vigri, n^ k Florence et inorte
ture. en i665.
' Franceschini il Vollerrano, nd en 161 1, * Ludorico Carracci, ne en i555, nioK en
morten 1689. 1619.
De Modine, ce haidy, u may, — Je partis hier, i o de may , de Bologne , et je suis arriv^ k Modtoe le soir da mesme jour. Je n'eus que ie loisir de rendre yos iettres k madame la dnchesse de Modtoe ^ qui m'avoit desj^ fait llioiinear de m'envoyer prendre k Bdogne dans deux de sea carrosaea.
Ge matin, 1 1 de ce mois, j'ay est^ entendre la mease k une chapelle que madame la Duchesse fait bastir, qui est asses bdle et d'une bonne architecture, sans qu*il y ayt pourtant rien de remarquable. Elle porte le nom de Nostre-Dame-Saint-Georges. De Ui, j'ay est^ k Saint-Augustin, qui est la principale ^glise de cette ville, qui n*a rien de grand ni qui m&rite d'estre rapport^. II y a mesme bien des cboses k dire qui sont contre le bon goust de Tarchitecture. De cette ^ise, j*ay est^ voir un th^stre pour des madiines qui a est^ fait par le mesme ouvrier qui a fait cduy du palais des Tuileries.
Ensuite de quoy estant venu disner, j*ay eu cette apris-disn^ audience de madame la duchesse de Modine la douairiire et de M. le cardinal d'Est', auquel j'ay rendu les Iettres de Sa Majesty et les vostres, et puis j'ay fait la r^^rence i un fils du prince Francis'.
Apr^ mes complimmis faits, j'ay est^ voir Tappartement de M. le cardinal d'Est, qui est tr^beau et remply de tr^belles peintures andennes : il y en a six grandes chambres toutes remplies jusqu'aux plafonds qui en sont gamis, dans les compartimens de menuiserie qui les composent. Dans la pr^ni^ diambre en entrant k gauche, on voit deux grands tableaux qui en occupent toute la place : Tun reprdsente une Noce de Cana et Tautre une C^e, Tun de Paul V^n^ et Taulre du Titien. D y a dans le fond de cette mesme chambre un des plus beaux tableaux du monde qui est du Con^fe; il repr&ente une Nuit et une Nativity de J&us-Christ : tout le plancher de cette chambre est r^nply de tableaux du Tintoret et du Guide. Dans la seccmde chambre, fl y a une Nativity du Titien, une Adoration des rois, une Noce de Cana, de Paul V^ron^. De cette seconde diambre on entre dans trois autres dans lesqudles on voit phisieurs tableaux de bona maistres, comme du Garrache, de Jules Romain et de beaucoup d'autres; comme dans Tune on voit les quatre Saisons du Garrache, dans une autre un tableau d'une Vierge du P^rugin*, et dans Tautre un tableau du desdn de Raphael et point par le Garofalo*. Dans la troisiime chambre en droite ligne, il y a un tri^beau et un tr^grand tableau de Paul V^ron^ qui repr^sente J^sns-Ghrist qu'on va cmcifier et qui porte sa croix. Dans la dnquiime chambre, il y a une tr^bdle tapisserie et deux tobleaux qui repr^sentent deux V^nus, Tune est du Titien et lautre du Garrache, J'ay vu dans la sixi^e chambre une V&ius du Guide, qudques tableaux du Titien et du Gorr^; mais sur tons les autres tableaux on m'a fait voir un Ghrist qu*on appdle deUa Moneta, parce qu'il tient une pi^ d'or qui a la figure de G^sar, et qui reprdsente J^us quand il dit qu'il falloit rendre k Gdsar ce qui est i G^r et k
^ Laure Martmoizi, nike du cardinal Maxarin, avail 6i6 mari^ en i655 k Alpbonae d*£8t IV, due de Mod^e. Morte le 19 juillet 1687. — Son mari ^tant mort en 1669, k Ykge de vingt-huit ans, elle eut la regence du duch^ pour son fils Francis d^Est II, n^ en 1660, mort le 6 septembre 169/1.
' Renanld d'Est , grand-onde de Francis 1 1. (Voir!, 461.)
' Renanld d^Eat, due de Modine, fila du due Francois i*', n^ en i655. Cardinal en 1686, il renditson cbapeau en 1696, et succ^ k son neveu Francois d'Est II. Mort Ic 90 octobre 1787.
* Pietro Vanucci , dit le P^gm , n^ em 446 , mort en i59/t.
' Benvenuto Tizio, dil le Garofalo, ni en 1/181, mort en 1659.
Dieii ce qui esl a 0ii0h; ce tableau esl da Titien el est ud des plus beaux qai se puissent voir. .
Apr^ avoir vu tous ces tableaux , j'ay est^ ce soir voir la forteresse on la citadeUe, qui est compos^e de quatre bastions r^guliers attach^ au corps de la place et on bastion d^tach^ qui couvre la courtine au milieu de laqudle est la porte. De 1^ je suis veou prendre cong^ de madame la duchesse de Mod^ne; j'esp^re, s'S plaist h Dieu, apr^ demain matin arriver h Venise, apr^ avoir arrest^ deux heures k Ferrare.
A Venise, ce mereredy 9oir, i3 may, — Je suis arriv^ en cette vitte aujourd'hny h midy et j'ay estd descendre chez M. Tambassadeur, auquel j'ay rendu les lettres du Roy et la vostre. Cependant, comme je ne puis encore vous rien dire de cette viile, je ne parleray que de la marcbe que j'ay suivie de Mod^e icy. Je partis bier matin 1 9 de ce mois de Mod^ne, dans les carrosses de madame la Duchesse, qui m'ont men^ jusqu*^ Ferrare, ou j'arrivay h. trois heures apr^ midy ; je me suis promen^ deux heures dans la ville, qui est tr^bdle; elle a est^ ost^ aux dues de Mod^ne et est pass^ sous la domination du pape, il y a environ soixante ans. Le due y possMe encore environ A 0,000 livres de rente et les restes du vieux palais de ses ancestres. La ville est assez bien fortiO^; elle est environn^ de quatorze bastions; il y a outre cela une forteresse ou une citadelle tout joignant la place, qui est compost de cinq et qui est tr^s-r^li^; il y a gamison du pape, comme dans la ville de Mod^e.
Je suis arriv^ aujourdliuy ^ Venise , m'estant mis sur le P6 , sur lequel j*ay navigu^ toute la nuit.