‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 68 sur 246 · SEJOUR A VENISE · texte numérisé non relu

SEJOUR A VENISE

DBPUIS LE MBBGREDT 1 3 MAT, JDSQIPAU SAMBDT 93 DUDIT MOIS.

Du jeudy, li may. — J*ay employ^ la mating de cette joum^ k ^rire ce que je remarquay hier aux environs de Venise, principalement sur sa situation, qui paroist toujours surprenante h ceux qui Tabordent pour la premiere fois. On commence h d^uvrir cette grande ville , fondle et bastie dans la mer, k pr^ de 3o milles aux environs. Cependant, comme je venois du cost^ de Ferrare sur la riviere du P6, j'entray dans les lagunes li 90 milles ou environ, et ne la pus bien voir, h cause que le temps n^estoit pas serein , que lorsque je fus approch^ d'un des bouts de Tide de Lido , du cost^ de Malamocco : cette isle est une langue de terre d'environ 10 milles de long, qui fait comme un demy-cercle autour de Venise et qui la defend et rompt de ce cost^ la grande mer. On voit du cost^ oppos^ k Tisle, k 5 milles de la ville, le territoire de Padoue, qui est le lieu le plus proche de terre ferme qui soit autour de Venise. En avan^ant vers la ville, je remarquay le portde Pov^ , ou les grands vaisseaux se mettent^ convert; c est une petite forteresse bastie dans la mer comme sent tous les autres bastimens qui sent en dehors de la ville, et qui paroissent aussy comme de petites isles. Apr^ avoir pass^ Pov^e, le premier bastiment que je rencontray k 3 mHles de Vem'se est San-Spirito , qui est un assez beau convent avec des jardins aussy converts d'arbres cpe s'il estoit en terre ferme. Je remarquay aussy de cet endroit-l^ , environ ^ A ou 5 milles , Tenlr^e du port de Venise qu'on nbrarae Saint-Nicolas de Lido ; il est silu^ k une des extr^mit^ de la ville et ^ un des bouts de Tisle qui en cet endroit-l^ vient joindre la ville a un demy-mille pr^s, Tembouchure et Ventrde de ce port ayant cette largeur-la. II y a d\m et d'auti*e costd deux chasteaux garnis de grosse artillerie; on les appelle CaslclU; onlre ces deux chasteaux, environ !^ ou 3 milles avant dans la mer, on d^uvrc le la-

zaret e( la forterease de SaiDt-Antoiiie : le lazaret est an liea destine pour la quarantaine que sont oblig^ de faire tous ceux qui viemient d'un pays suspect en temps de contagioD.

Le reste de cette journ^, je Tay pass^ k me promener sur les canaux et aller de chez M. rambassadear de France h la place Saint-Marc, qui est Tendroit par ou j'aborday bier : c*est sans contredit un des plus beaux endroits de cette ville. Le palais du doge, qui en fait le principal omement, n'a pourtant riende remarquable, estant tout d*une arcbitecture gotbique. La place Saint- Marc, au bout de laquelle on voit T^glise du raesme saint, n'a non plus rien de considerable que la masse du bastiment de T^iise, ses docbers et sa principale entr^ estant d'un ouvrage tout k fait gotbique. A Tun de ses cost&, est le palais Saint-Marc, au devant duquel finit le grand canal de Venise; c'est en cet endroit oji il y a un assez grand espace dans la mer qui est presque basty tout autour, et qui fait comine un ampbitfa^astre. Parmy plusieurs bastimens considerables qui y sont fond^s, il y a r^glise Saint-Georges-Majeur, qui est une abbaye ou sont des religieux de Tordre de Saint-Benoist et T^glise du Redentore , qui est un convent des Capucins. Je n'ay pas eu le loisir de faire autre cbose aujourd'buy que de voir ces lieux par ie debors et me promener dans la place Saint-Marc, oii pendant cette saison se tient une foire dans laquelle les nobles et toutes les dames se viennent promener le soir.

Du vendredy, i5 may, — J'ay est^ voir aujourd'buy trois ^glises des plus considerables de Venise; la premiere est cdle qui est vis-^-vis de Saint-Marc, qu'on appelle SaintrGeorges-Majeur; c*est une abbaye de Saint-Benoist : le convent est tr^beau, d'une assez grande estendue; les jardins en sont assez spacieux; T^g^ise est bastie en croix, d*une arcbitecture modeme et assez propre, sans qu'il y ayt pourtant rien de remarquable pour la magnificence du bastiment ni pour la regularity. On montre comme une cbose considerable le cboeur des religieux, dont tous les sieges sont faits d'une menuiserie assez bien travailiee qui represente lliistoire de saint Benoist. II y a dans le refectoire un tr^-beau tableau de Paul Veronese; il represente les noces de Cana, et conmie c'est un fort grand tableau dans lequel il y a un grand nombre de personnages . ce peintre y a mis les portraits des quatre illustres peintres de son temps, dont il en est un luy-mesme. Les antres sont le Giorgion , le Tintoret et le vieux Bassan. A main droite, en entrant dans Teglise, on voit sur le premier autel une Nativite du vieux Bassan; k coste du grand autel, j'ay vu deux assez beaux tableaux du Tintoret, Tun qui represente la Manne , Tautre ie Festin de Baltbazar. J'ay encore vu dans le cbapitre des moines un tableau qui repr^ente la femme prise en adult^re. Le peintre qui I'a fait s'appdoit Roebe-Marcon.

De cette ^ise, j*ay este h celle du Redentore, oh sont les Capucins, qu'on appelle Giudeeca, parce que Tisle oii elle est bastie s'appelle la Giudecca. Cette eglise est un voeu que la Republique fit dans le temps de la peste; elle a este bastie il y a cent ans. L'architectnre en est tr^belle et tr^s-entendue, et c'est une des eglises de Venise que j ay trouvee la plus regulike. Pour des tableaux , je n'y en ay vu aucun de remarquable que celuy qui est dans une cbapelle k main droite aupr^ du cboeur, qui represente un Baptesme de saint Jean. Ce tableau a este commence par Paul Veronese et a este finy par ses en&ns.

J'ay encore este voir aujourd'buy la Madona delta Salute, qui est un autre voeu de la Republique : il fut fait du temps de la demi^re peste. L'architecture en est tr^-bizarre et mal eutendue. II y a un assez grand d6me sur le grand autel , auquel d6me en est

joint encore on autre pios petit , qui forme comme ie diaear de cette mefloie ^[tise, uuus qui fait un tr^s-mescfaant effet. J'y ay remarqn^ ponrtant de tori beaux tableaux da Titien; entre antres, dans la troisitoe diapelle k main gaodie en entrant, on qui repr^sente ia Pentecoste, on autre dans ia seconde diapdie h main droite en entrant qui repr6^nte FAssomption de la Vierge; trois autres tableaux du mesnie peintre dans le plafond de la sacristie , k s^voir, on qui reprdsente on David qui coupe la teste de Goliath, Tautre le Sacrifice d' Abraham, et Fautre Cam, qui tue son fr^; fl y a de ^os dans la mesme sacristie plusieurs autres tableaux du Titien, un grand tabieau des Noces de Cana fait par Tintoret, et un petit tableau du Bassan qui rqpr^sente une Desoeote de croix. U y a encore plusieurs tableaux de difl&eos peintres cddbres, comme dans le plafond du mesme lieu; on en voit trois du Salviati, un qui repr^sente la Manne, un autre un Daniel dans la fosse aux lions, i autre un Eiie dans le desert Dans ie mesme plafond, il y a encore huit testes de Giorgion, qui sont dans det mMaiUes qui en forment les compartimens.

Du samedy, 16 may, — J ay est^ aujourdliuy k Murano, qui est une petite ville s^ par^ d*environ un mille de Venise, et qui est un lieu ou Ton fait toutes les glaces et toutes les verreries qui se font dans ce pays-cy. J*y ay vu travaiUer aux glaces; les 00vriers qui les font sont plus adroits et plus habiles que ceux que nous avons vus eo France. Je n'ay pourtant pas vu faire de plus grandes glaces; mais ce que j'y ay pu remarquer ma fait comprendre ays^ent de qudle sorte 3 se fant prendre k cette nature de travail.

De Murano , j'ay est^ diez un noble V^tien qui a de tr^s-beaux tableaux , dont quelques-uns sont k vendre, entre antres, fl y en a un de Paul V^ron^ qui rqpr^sente une Europe ravie par Jupiter transform^ en taureau et entour^ de petits Amours qui soutienn^t des festons de fleurs; les compagnes d'Europe sont peintes afflig^ sur le bord de la mer; ie paysage et tout le tableau est trha-agrialie; il est de quatre brasses en carr^. II y a encore un tableau de saint J^me peint par Tintoret : il est de deox brasses de haut et d'une et demie de large ; un portrait d*une fenune k my-corps du Titien et une teste de Harie-Maddeine du mesme, une 6gure de finnme k my-corps du Parmesan ^ un dessus de davedn peint avec soin par le Tintoret, ou est repr^sent^ le mont Pamasse et les neuf Muses ; deux boudiers tout peints de la main de Jules Romain , sur lesquds sont repr^sent^ des batailles ; le fond du boudier est noir, et toutes les figures sont parfaitement bien faites et rehauss^ d'or; un dessin de Michd-Ange qui repr^sente le Jugement universe! , et plusieurs autres tableaux de peintres modemes.

Je me suis appliqu^ le reste de la jonm^ k voir plusieurs tableaux en diffi^rens lieux. J ay est^ aux ndigieuses de FHumiUation , ou j'ay remarqu^ dans le plafond de cette ^Use trob tableaux de Paul V^ron^ : le premier en entrant est une Annondation , celuy du milieu est une Assomption , d*ime Vierge , le troisi^me est une Nativity. J'ay encore vu sur le grand autel un Christ du mesme Paul V^ron^ , et une Descente de croix du Bassan.

Dudimanche, ij may, — J ay est^ ce matin k la chapdie de Saint-Marc, ou le Doge, MM. les ambassadeurs et une partie du s^nat de Venise estoient assemble pour entendre la messe, ce qui s'observe de cette fa^n toutes les grandes festes de Tann^e : le Doge estoit assis k la premiere place k main droite, aupr^ de la porte par laqudle on entre

' Francesco Muuiiola, dil le Parmetan, ne en i5o5, morl en i56o.

dans le choear; il avoit h son cost^ M. le nonce, apr^ lequel estoit Tambassadeur de France. Dans le reste du choeor, sor des bancs rang^ ies tms devant les autres, estoient assis Ies nobles v^nitiens, vestus de grandes robes rouges; pour le Doge, il portoit une robe de brocart rooge rehauss^ de grandes flenrs d'or, et sur la teste il portoit on petit b^in de toile fine empes^ qui a deux petites oreillettes qui se rdivent aupr^ de ses orefilles, ce qui est sa coiffure ordinaire, sur laquelle il met encore son bonnet ducal , qui est une mani^re de come qui avance sur le devant de la teste, et qui forme le bonnet le plus bizarre et le plus particulier qui se puisse voir. J*ay observe encore la marche avec laquelle il s'est retir^ de cette chapelle; je Fay vu passer sur un des degr^ qui vont au palais Saint-Marc; il avoit k ses cost^s Tambassadeur de France et le nonce, qui Tout quitt^ an bas du degr^. Pour le s^nat, qui suivoit derri^luy, et pour le provost qui marcboit devant avec quelques-uns de ses gardes et plusieurs oiBciers du Doge, ils ont est^ tous ensemble le conduire jusque dans sa chambre.

De 1^ j'ay est^ voir F^glise des Cordeliers nomm^e Frari, ou j'ay vu le tombeau du doge Pesaro* et un mausol^ du prince Alm^c d'Est. Aupr^ du tombeau de Pesaro, jay vu ime Vierge sur un autel, un saint Pierre d'un autre cost^, et quelques portraits des nobles de la famOle de Pesaro faits par le Titien, comme aussy j'ay vu an del^ de la chapelle Saint-Antoine un tableau de Salviati qui repr^sente une Circoncision, et dans la chapelle ensuite une sainte Catherine du Palme, et une Assomption du Titien.

De cette ^ise, j'ay est^ k Saint-Roch, ou j*ay vu en entrant k main droite un tableau de la Piscine du Tintoret, et h main gauche un saint Martin h dieval du Pordenone', comme aussy quatre tableaux du Tintoret dans le choenr de T^se, dont Tun repr^sente un saint Roch dans un hospital de pestif<^r&; Tautre le repr^nte en prison, et les deux autres cpelques actions de sa vie. La coupole du dAme de cette ^lise est peinte du Pordenone , ou est repr^nt^ un Dieu le p^re port^ par des anges, et plus bas sont les quatre ^vang^istes et les quatre docteurs. Les portes mesmes qui ferment les orgues sont peintes de la main du Tintoret; dans le d^ors, il a repv^sent^ saint Roch , qui baise les pieds du pape, et dans le dedans, une Annonciation. On y voit encore un estendard de saint Roch peint de la main du Carrache. J'ay est^ ensuite de cela dans T^ise ou dans la chapelle des P^nitens Saint-Roch ^. Toute une grande salle basse qu'on trouve d abord est remplie de tableaux du Tintoret ou sont repr^sent^ : dans le premier k main gauche en entrant, une Annonciation, ensuite une Adoration, ensuite une Fuite en ^g^te, ensuite le Massacre des Innocens; du cost^ de Tescalier, au-dessus du cintre de Tentr^, une Annonciation du Titien; en entrant k main droite dans la salle haute, on tronve d abord un tableau ou le Lazare est ressuscit^; ensuite un autre du Miracle des cinq pains; le tableau du maistre-autel est un saint Roch en pri^; ensuite est une C^ne, un Jardin des olives, une R^urrection, un Baptesme de saint Jean, une Nativity, et entre les fenestres un saint Roch et un saint S^aslien dans deux tableaux s^par^; proche du lien qu'ils affeWentVAWergo, a main droite, un Christ qui porte sa croix; au-dessus du bureau ou sont leurs registres, un grand Crucifix; dans le mesme lieu, im tableau de Pilate, qui se lave les mains; au-dessus de la porte,

* Jean Pesaro, ^lu doge en i658,inort le tien, il ne peignait que T^p^ au c6ld, de

N^ 3o septembre 1669. crainte de surprise.

' Le chevalier Licinio, dit le Pordenone, ^ Cesi aujourd'hui la Scuola di San-Roco

ne en i/i83, mort en iSSg. — Rival du Ti- (confr^rie de Saint-Roch).

un Ecct'Homo ; i&D& le plafond, un saint Roch qni monte an cid; easmtAAeVAIhergo, dans ia salie, une representation de la Piscine, une Transfigoration. Tout eela est do Tintoret; toat ie plafond est encore peint de lay : les trois principaux tableaox repr^ sentent ia Manne dans le desert , ie Serpent d*airain et ies Eaox de la pierre d'Oreb.

Du hndy, 18 may. — Anjourdliay j'ay est^ voir ie Tr^r de Venise et ie paiais do doge; le Tr^r ma est^ montr^ par ordre dn s^nat. 11 consiste en deux dioses difil^ rentes, s^avoir : ies reiiques et Ies pierreries. Ce qa*il y a de pins considerable parmy ies reiiques sont sept ou huit grands morceaux de la vraie croix , des cheveux , dn iait et un voile de ia sainte Vierge, quatre ou cinq pointes de vraies Opines et plusieurs autres choses saintes qu'ils conservent avec l^eaucoup de soin. Pour ie Tr^sor, il consiste en beauconp de pierreries plutost considerables par leur grand nombre que par leur vaieur : les plus remarquables sont quatre escarboudes dont il y en a deux qui sont aussy grosses que des oeufs; une tasse, des plus grandes que Ton fasse ordinairement, dune turquoise; douze couronnes des suivantes de sainte Hd^e, ieurs hausse-cols om^s de pierreries et faits dor massif; comme aussy une couronne de cette sainte, qui est plus belle que toutes les autres; le bonnet avec lequel le doge est couronn^ iorsqu'ii est eiu : il est d or massif et il est om^ de quantity d'emeraudes , de perles et d'autres pierres d'une tr^s-grande vaieur. Apr^ avoir vu ie Tr^sor, j*ay este voir ia salle oA s'assemble le s^nat, qu'on appelle la salle du Grand-Conseii. Du coste du si^ du doge, il y a un Paradis du Tintoret, ou il y a un tr^s-grand nombre de figures; comme la partie en laquelle ce peintre excelloit estoit de bien mesnager les ombres et de placer le dair et rol)seur avec adresse , il a eu dans ia grandeur de ce tableau un beau champ pour exercer son g^nie. Tout le plafond est de Paul Veron^e. En sortant de cette salle je suis entre dans une autre, ou j ay vu la Bataille de L^pante, peinte k fresqueparle Tintoret, et la Bataille des Dardanelles par le cavalier Liberi *. De U , je suis passe dans dnq ou six sailes d'armes qu'on reserve dans ie paiais Saint-Marc pour les nobles; il y en a pour armer 6,000 gentilshommes en un moment : toutes les armes h feu sont chargees, et au-dessous de cbacune sont Ieurs foumimens , qui sont remplis de plomb et de poudre , et de tout ce qui est necessaire pour charger. Les salies sont tr^propres et tr^-bien tenues; dans queiques-unes, il n y a qae des armes anciennes, des arbalestes, des arcs et plusieurs choses extraordinaires : on y montre mesme des bagatelles pen dignes de cunosite, comme Tespee de Scanderberg ', la visi^ du cheval d'Atdla, et beauconp d autres choses ou fabuleuses ou ridicules. Ce que j*ay remarque cependant de plus considerable est une machine avec laquelle on peut allumer facilement 9,000 m^ches k la fois, et un fanal de galore d'argent avec de grandes glaces de cristal de roche, qni est un tr^bel ouvrage.

Du tnardy, ig may. — Pay esie ce matin h Feglise Saint-Pierre et Saint-Paul, ou j'ay vu le tableau de saint Pierre, martyr, qui est le plus l>eau que le Titien ayt jamais fait; il est h Tentree de Feglise h main gauche , an premier autel. J'ay vu encore le convent des reiigieux, qui est tr^beau.

De 1^ j ay este revoir ie paiais Saint-Marc , que je n avois point encore vu avec assez de soin. Apr^ avoir monte le grand escaUer ou sont les figures de Sansovino ', on monte dans un autre petit escalier peint par Battista Franco ^, disciple de Raphael

' PietroLiberi,neeii i6o5, morten 1687. ^ Jacopo Tatli , dil il Saruovino, n^ en

' Scanderberg, prince d'Aibanie, fendait, i/i79,morten 1570. dil-on, les hommes en deux d'lin senl roup ^ Ballisla Franco, Yen i lion.

do cette epoe.

d'Urbin; en haul il y a qnatro tableaux du Tintoret; dans one salie k main droite i\ y a on tableau du Titien qui repr^sente la Foy; le plafond de cette salle est peint par le Titien. De Ik on entre dans la salle du CoU^e , ou le prince donne audience anx ambassadeurs : tons les tableaux qui sont dans cette salle sont du Tinloret. Dans la salle snivante, qui s'appelle la salle des Pregadi\ il y a encore plusieurs antres tableaux du mesme et du Palme, qui repn^ntent Fabondance de Venise en difli^rentes fagons. Dans ia cbapelle du doge, il y a un tableau qui repr^sente des pterins, qui est du Tilien; dans son appartement, U y a ^ Tentr^ , sur la porte, un saint Christophe peint h fresque par Titien; dans la salle du Conseil des Dix, il y a un grand tableau de Paul Vdron^ on est peint un Jupiter qui foudroye les Vices'. 11 y a plusieurs autres tableaux dans les oompartimens et, entre autres, un qui repr^nte Junon, qui jette des couronnes et des tr^rs sur Venise'; dans une autre salle ensuite, tout le plafond est peint de Paul V^roo^, oiii sont repr^sent^ la Foy, TEsp^rance et la Charity. La salle ou s'assemblenl les sages-grands est encore peinle de Paul V^ron^e ; il y a au-dessus du tribunal une Nostre-Dame de Raphael.

Du mercredy matin, ao may. — J ay est^ ce matin dans Tassembl^e du s^nat pour voir comme on ballotte et comme on prend les suffrages. Je n'ay pas est^ fort 4diM de ia mani^re que j'ay vu qu on se gonveme dans cette assemble. Les nobles se prom^ nent et causent haut dans cette salle , tandis que le Doge est assis avec ses conseillers dans une esp^ de parquet, qui est h Tun des bouts de la salle, plus ^ev^ que le reste; des petits gar^ns portent dans la salle des bottes qu'ils appellent boussoles, dans lesquelles on met les balles dont la couleur marque Tavis de celuy qui les met, et, ensuite, ayant ' port^ ces bottes k Tendroit ou est le Doge, on les vide pour compter sil y a plus dc voix pour ^lire ou pour exclure celuy qui demande une charge , si c est pour une charge qn*on d^lib^re, on si i on doit faire ou ne faire pas la chose qui a est^ propose. Dans ces sortes de conseils, ils laissent entrer les estrangers consid^ables qui passent dans leur ville ; il y a mesme un banc qui est destin^ pour eux , et Ton voit fort conmiod^ ment tout ce qui s*y passe, et comme ils ballottent et d^libcrent des affaires mesme les phis considerables.

Au sortir de cela j'ay est^ disner, et Tapr^s-disn^ de cette mesme joum^ je Tay employ^ h voir Tarsenal, et le 31 et le qs de ce mois je les ay employes h avou* exactement le plan dudit ars^al pour le d^crire commod^ment , aussy h ramasser des m^ moires pour s^avoir la mani^re avec laquelle il est gouvem^, ce que j'ay divis^ en deux chapitres, dont le premier est la description enti^re de cet arsenal, et le second la mani^ dont il est gouvem^.

Page 1