‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 70 sur 246 · SECOND CHAPITRE · texte numérisé non relu

SECOND CHAPITRE

DE LA MANI^RB DONT L'ARSBNAL DE VEIflSE EST GODVERN^.

L'arsenal de Venise est gouvem<^ par trois nobles dont le minist^ dure trente-deux mois, au bout desquels on en nomme trois autres. Ds partagent entre eux trois le service qu'ik doivent rendre h Tarsenal, chacun d'eux estant oblig^ d'y coucher un mois de suite, pendant lequel temps il sert avec une plus grande assiduity que les autres. Celuy-Ui, pendant son mois, doit avoir le soin d'aller solliciter tous les samedis matin le fonds n^cessaire pour la d^pense qui s'est faite pendant la semaine et d'en porter au coll^ Testat pour le faire ballotter et approuver. II assiste, Tapr^-disn^ du mesme jour, au payement qui se fait tant aux ouvriers qui travaillent h la joum^ qu aux entrepreneurs des ouvrages et des foumitures. A ce payement doivent encore se trouver le contr61eur de la caisse et le tr^rier qu'on nomme pagalore prmeipak ; chacun de ces ofBciers estant oblig^ d'^crire dans un registre particulier la distribution de tout Targent qui se donne en leur prince.

PaiKlessus les trois nobles qui ont le detail de la direction de Tarsenal , il y en a trois autres nomm^ par la B^publique , qui sont tous trois choisis non-seulement parmy les s^ateurs les plus anciens , mais encore parmy ceux qui ont eu qudque commandement sur mer; leur fonction est d'assister aux conseils qui se doivent tenir trois fois la semaine entre eux et les premiers trois nobles. Les jours destin^ pour ces conseils sont le lundy, le mercredy et le vendredy. Le lundy est destint^ pour d^lib^rer sur tout ce qui r^arde les ouvriers, s^voir pour enr6ler de nouveaux gar^x)ns, augmenter la paye k quelques-uns k mesure qu'ils avancent en Age, recevoir des maistres, faire donner I'ordre pour commencer des galores, et gdn^lement pour parler de toutes les choses qui regardent les ouvriers. Le mercredy est employ^ k donner la permission aux ouvriers qui travaillent aux constructions particuli^res hors de Tarsenal de pouvoir faire couper du bois de cfaesne , cet ordre s observant pour conserver ces scales de bois , afin que la R^publique en ayt toujours In quantity qui luy est n^ssaire. II est mesme d^fendu

aux particuliers , quelque permission qu'ils ayent, d'en faire couper dans les teri*es de sa domination de plus de U pieds de grosseur. Le vendredy est employ^ h faire les march^ pour les foumitures de toules les choses n^cessaires pour Tarsenal , comme fer, plomb, poix, chanvre, fusUiilles, mousquets, vin, huile, suif, etc. et ces march^, qoi soai faits dans le conseil de Tarsenal , ne sont pourtant valides qu*apr^ avoir est^ approut^ do fl^iat; et les conseils particnliers dudit arsenal ne peuvent aussy estre tonus qu'il n'y ayt quatre nobles , deux prov^diteurs et deux des autres qui sont commis k la charge de Varsenal. Les trois nobles qui ont soin du detail de Farsenal s'appellent pa- Irons, et les trois nobles andens se nomment prov^teurs.

Le devoir du noble qui est de mois h la garde de Tarsenal est de donner tons les matins audience aux ouvriers pour d^ider sur tons les petits diif^rends qui peuvent naistre entre eux; ii doit encore tenir le r6le de tons ceux qui entrent chaque matinee au travail , comme aussy signer tons les billets de la consonmiation qui a est^ faite le jour pr^c^ent, aucun maistre de fabrique ne pouvant aller prendre ce qu'il doit employer de clous ou de fer, qu'il ne laisse un billet au garde-magasin d ou il prend ce qui Iny est n^cessaire, lequel billet doit estre sign^ le lendemain matin par le noble de garde, qui examine si Temploy de ce qui est port^ par le billet a est^ v^itablement fait. De cette sorte , on pent s^avoir au bout de chaque ann^e ce qui s'est employ^ lous les jours , et Ton s^it aussy tout ce qui est entr^ et sorty de Tarsenal par le moyeii de pareils billets qq*il faut que le mesme noble signe tons les jours pour toutes les choses qui y viennent et pour toutes celles qu on en tire. II est encore du soin du noble de garde de faire trois ou quatre fois la semaine une visite par tout Tarsenal pour presser les ouvriers d'achever les fabriques les plus press^ et obligor les officiers k se tenir dans leur devoir et ^ y tenir les autres.

Outre ces six nobles commis h la garde de Tarsenal ou au conseil qui s'y tient, il y a encore trois autres ofBciere qui ont, sous Tautorit^ de ceux-cy, quelque part au gouvemement, estant n^ssaire qu'ils assistent k toutes les assemble. Le premier est le secretaire, qui instruit et rapporte tous les proc^ en mati^re civile ou criminelle qui arrivent dans Testendue de Farsenal et dans le ressort de sa juridiction , qui est s^par^e et ind^pendante de toutes les autres juridictions particuli^es de Venise. Le deuxi^me officier est le procureur fiscal , qui fait la mesme fonction dans ce conseil que font les procureurs g^n^raux dans les parlemens de France; le troisi^me ofTicier est le grand ^crivain , qui tient registre de toutes les deliberations et de toutes les sentences denudes, et generalement de tout ce qui se fait dans le conseil de Tarsenal. II tient aussy un registre particulier ou sont enrM^s tpus les ouvriers qui y travaillent , ou est sp^cifie le temps auquel its sont entr^s au service, afm de leur augmenter la paye k raesure qu ils avancent en Age , selon Tordre qui est estably dans Tarsenal , comme on pent voir dans les articles suivans.

Apr^ ces principanx officiers qui ne regardent que le conseil , vient la suite des autres officiers qui r^ssent, sous Tautorite des premiers, tout ce qui regarde le detail de Tarsenal.

Le premier de ceux-cy est Tamiral. II est choisy entre les plus experimentes des bas officiers de marine, estant necessaire d avoir dans cette fonction un homme tr^-habile en ce metier; il a soin de tous les armemens et desarmemens des galores, et est charge de tout ce qui rentre dans Tarsenal qui concenie les agr^; il doit avoir soin de faire tirer k terre tous les vieux bastimens qui peuvent estre racconmaodes et de meltre k la mer ceux qui sont acheves , les faire gamir de leurs arbre^ el timons et de toutes les

dioses n^cessaires poor \eav armement C'est lay qui doit ordonner de la quantity el de la quality des cordages qui se font, les voir filer et eommettre; il doit donner auasy les premiers ordres pour faire sortir de Tarsenal toutes les choses qui sont n^cessaires tant pour foumir les autres arsenaux de la B^publique que pour les travaux et les armemens qui se font hors de la maison , lesquelles choses ne peuvent cependant sortir sans un billet sign^ par le patron de garde. U est oblig^ encore d'assister k son tour le soir et Ic matin lorsqu'on ferme et quon ouvre laporte, et den faire porter la clef au patron de garde, comme aussy il doit assister deux ou trois fois par jour au lieu ou Ton fait le breuvage pour les ouvriers, aGn quon ne mette audit breuvage que la quantity d'ean qui est ordonn^. II faut qu'il tienne un r^istre de tout ce qui r^farde sa fonction , tant de ce qu'on luy consigne que de ce qui sort par son ordre de Tarsenal.

Apr^ Tamiral, 1 officier qui suit et qui a le phis d'autorit^ apr^ luy s appdle maser. II doit tenir registre g^n^ral de tout ce qui entre et qui sort, et pour cet effet il doit peser et examiner tout ce qui vient, et ne laisser rien sortir sans un mandement expr^ du s^nat, et mesme tous les billets du patron de garde doivent estre contre-sign^ par luy ; il a en garde toutes les choses qui se consomment joumellement, comme Thuile, le suif, la chandelle, les outiis, et doit assister toutes les semaines au magasin de la ferremente pour voir peser et recueillir Fouvrage des forgerons et pour leur donner ensuite le billet n^ssaire pour leur payement.

Apr^s le maser suit le quademier, qui est un ofBcier destin^ pour tenir un registre de tous les march^ qui se font avec les particuliers pour les foumitures de Tarsenal, ou est sp^ifi^ ce qui est deu aux marchands ou ce qu'ils doivent sur les avances qu'on leur a faites; il tient encore un autre registre ou sont marqu^ tous les payemens qui se font aux ouvriers qui travaillent hors de Tarsenal , et c'est luy qui leur doit donner les billets en vertu desquels ils re^oivent le payement de leur travail des mains du pagatore g^n^ral.

Apr^ le quademier, vient le econiro alia caesa, qui est le contr6leur qui doit assister au payement de tous les ouvriers, qui n*est oblig^ h autre cJiose qu'& t^iir r^istre de Targent qui se donne.

Lepagatore vient apr^, qui est celny qui doit compter Targent aux ouvriers et marchands, et qui doit prendre garde que les payeurs qui sont au-dessous de luy payent les ouvriers avec exactitude et manuellement.

Le scontro alle licenze est un officier qui tient un registre de tous les charpentiers et ouvriers hors de Tarsenal pour le service des particuliers qui ont besoin de hois de chesne, dans lequel il doit marquer le temps et la quantity qu'on en a donn^ k chacun d'eux afin qu'il ne s*en distribue ni ne s'employe que ce qui a est^ ordonn^. II doit aussy prendre Targent qu'on donne pour chaque billet qui donne permission de couper du chesne, pour en rendre compte ensuite aux officiers de la caisse. Chaque billet pour la permission de couper du chesne c^uste 1 3 livres , et on n'en donne que de six en six mois.

Le scontro alle porta est un homme qui doit se trouver k la porte tous les matins, lorsque les ouvriers entrent au travail , afin qu'apr^ qu'ils ont est^ marqu^ par les appurUatori, il puisse signer le r61e qui fait foy de tous ceux qui sont ou ne sont point entr^. II doit encore, tous les samedis, en faire un r6le g^^ral et supputer ce qui est deu k chacun; les appuntatori doivent assistei* k ce compte.

Les appuntatori sont quatre officiers qui doivent se tenir le matin k Touverture de la porte de Tarsenal pour marquer tous les ouvriers qui entrent; il y en a deux qui sont

destiD^ pour marqiier les charpentiers , le troisi^e pour les calfats, et ie quatri^me doit marquer ceux qui travaillent aux rames , les forgerons qui travaiileDt h la joum^ , et les femmes qui consent les voiles. Chacun d'eux doit, tous les samedis, faire la reaction des sommes qui regardent leur r61e particulier, qui se doivent rapporter ^ ce qui a est^ compt^ par le scontro alk forte,

Par-dessus les quatre appuntatori, il y a quatre despuntatori , qui, nne demy-heure apr^ que les ouvriers sont entr^s , vont par tous les ateliers pour voir si tous les ouvriers qui ont est^ marqu^ travaillent, afin qu'en trouvant quelqu'un en d^faut ils le fassent d^marquer.

Par-dessus ces appvntatori et despuntatari, il y a encore un officier qu'on appelle ravesidar, qui pent aller^ toutes les heures dn jour voir si les ouvriers travaillent, et, en cas qu'il en trouve quelqu'un qui ne soit pas dans son devoir, il luy fait retenir la paye de sa joum^.

n y a encore un oflScier qu'on appdle capitaine , dont la fonction principale est de mettre en prison ceux qui n'observent pas les ordres de Tarsenal ; il doit assister h Tentr^ et h la sortie des ouvriers, afin que le matin on n'apporte point de la viande ou du vin pour les ouvriers , et le soir pour empescher qu'ils n'emportent ni des copeaux ni des marchandises de Tarsenai.

n y a quatre portiers, qui sont de garde chacun leur semaine. Celuy qui est de garde se doit toujours tenir entre les deux portes , va prendre la clef le matin dans la cbambre du patron de garde et la luy doit rapporter tous les soirs. 11 ne doit rien laisser sortir sans un billet sign^ de sa main et contre^ign^ du maser et d'un des soprastanti; et, lorsque ce sont des choses dont Tamiral a soin , il fant que ce billet soit encore contre-sign^ de Tamiral. II ne doit rien laisser cntrer non plus sans un billet sign^ du patron, et, lorsque les barques qui ont apport^ quelque marchandise dans Tarsenal en ressortent, un des portiers doit les aller visiter pour qu'elles ne remportent rien ; et , toutes les fois que les ouvriers sortent, tous les quatre portiers y doivent estre pour voir s'ils n'emportent rien de d^fendu.

Les 9opra9tanti sont quatre officiers qui ont accoustum^ d'estre toujours pr^sens h la porte pour pouvoir tenir compte de tout ce qui entre , pour le mesurer ou le peser suivant la quality de la marchandise, et en tenir un compte exact et donner des billets h tous ceux h qui on doit quelque chose pour des foumitures, suivant en cela le registre du quademier, qui tient compte de tout ce qui est deu; ils doivent aussy. h la sortie des galores ou autres bastimens , verifier si tout ce qui est n^cessaire y est dedans , comme aussy prendre garde s'il y a quelque chose de superflu et qui n'ayt point est^ donn^ par le s^nat. Et pour cet effet ils donnent des billets, sans lesquds rien ne pent sortir de Tarsenal.

D y a encore h la porte deux estimateurs , qui ne font autre choseque juger de la qualit^ du bois qui entre, y mettre le prix, le mesurer et verifier s'il est de la grosseur et longueur port^ par les prix faits avec les marchands. Et suivant le rapport qu'il en fait au quademier, celuy-cy ^rit sur son livre ce qui est deu auxdits marchands , h proportion de ce qu'ils ont foumy. Ces deux estimateurs ont encore le soin d'aller trois fois la semaine mesurer le bois qu'on a sci^ , afin de faire payer aux scieurs ce qui leur est deu suivant le march^ fait avec eux. lis vont aussy par la ville dans tous les ateliers ou il pent y avoir du chesne, pour voir si on n'en a pas coup^ sans permission, et examiner si celuy qui a esl^ coup^ a phis de 4 pieds de grosseur, et, lorsqu'ils n'y trouvenl rien h dire, ils le marquentet souscrivent la permission afin qu^elle leur serve de justifi-

cation pour pouvoir demander une autre pennisaion six mois apr^; et lorsque iesdits bois soot trouv^s d'une grosseor d^endue iis soot conGsqu^, et oelny entre les mains ducpel ils sont trouv^ et h qui ils appartiennent ne peut plus obtenir pomission pour en couper.

li y a quatre maistres fondeurs dans ['arsenal , aaxqnels on foumit la mati^re pour la fonte des canons et tout ce qui conceme rartflierie ; ils sont oblig^ de lenr cost^ dc foumir des honunes et le bois, et lorsqu'ils ont rendu lenrs pieces en bon estat on leur donne tant par millier.

U y a un entrepreneur pour le salpestre , auquel on ne foumit pour ses oavrages que )e bois , luy estant pay^ tant par millier lorsqu'il a consign^ sa marchandise.

Le balanzan est \m officier qui a soin de tout ce qui conceme rartillerie , qui re^oit les canons des mains des fondeurs, le salpestre des mains du salpestrier, et de tout le reste comme boulets , balles de mousquet , m^hes et en6n tout ce qui regarde le feu , bombes , mortiers, gi*enades, et il doit encore avoir soin de faire porter sur les bastimens Tartillerie qui leur est n^cessaire h leur sortie, et de la retirer lorsqu'ils reviennent.

Le maistre de la cave est celuy.qui a soin de faire la boisson quon donne aux ouvriers, ce qu'il doit faire en prince de quelques officiers de Tarsenal. II re^it avec Tun des soprastanti tout le vin que Ton apporte k Farsenal et le marque sur un r^stre , mettant le detail de la consommation dans un autre.

Pour la seuret^ de Tarsenal , il y a un capitaine des gardes qui a le soin de placer quatre sentinelles dans chaque tour de Tarsenal ; et dlieure eo heure un de ceux qui sont dans la tour du clocher doit appeler h haute voix ceux qui sont dans les autres tours, qui luy donnent r^ponse en sonnant une clochetie.

Le chef des charpentiers, qu'ils nonmient proto deimarang<mi, doit avoir le soin de divisor ses ouvriers dans tous les ateliers de Tarsenal selon qu'ils sont n^cessaires dans chaque fabrique; il doit prendre garde que les galores soyent faites dans leursjustes proportions; il tieut registre du temps ou le bastiment a est^ finy (il fant le laisser deux ans sur le chantier apr^ qu'il a est^ fait) aGn que les plus anciens soyent mis h la mer avant les autres. II doit, tous les quatre mois, se trouver un mois de suite k son tour, comme font Tamiral et deux autres officiers , h Touverture de la porte de Tarsenal , et assister lorsqu'on fait le breuvage. II a par-dessus cela le soin de tout le bois de sapin afin qu'il soit conserve, sci^ et travaill^ en son temps. D doit visiter toutes les galores qui sortent de Tarsenal ; il a sous luy dix maistres bastisseurs de gal^s qui commandent aux ouvriers qui sont dans leurs ateliers, et dix autres maistres qui ont soin de faire travailler les rames, les arbres, les poulies et autres parties de la galore, sous Tesp^ i*ance de devenir eux-mesmes maistres bastisseure ou che& d*oeuvres.

Le chef des calfats a la mesme juridiction sur ceux de son metier qu'a le charpentier sur les siens ; il a quatre chefs d'oeuvres sous luy qui commandent les calfats des estoupes , et quatre autres qui commandent aux autres calfats qu on appelle perceurs , qui sont ceux qui font des trous pour les chevilles; il doit prendre garde de mettre toujours son moode aux galores qui sont les premieres achev^, afin que le bois des autres ayt le temps de se s^her. II est encore oblig^ , comme Tamiral et le maistre des charpentiers , d*assister un mois de suite, de quatre en quatre mois, k la porte de I'arsenal, lorsqu'on Touvi'e et qn'on la ferme, et de voir de quelle sorte on fait le breuvage.

Le proto dei remeri, ou maistre des rames, fait faire toutes les rames dans les mesures n^cessaires pour chaque bastiment, devant avoir la prdvoyance d'en faire de toutes les sortes par avance, et deles conserver dans un magasin; il a soin encore de faire faire

VOYAGK EN ITALIE. ^79

les manches des esponlons, des hallebardes, des piques, les bagucUes des mousquels et autres bois de cette sorte qui sont n^cessaires.

Le maistre des arbres, qu'ils appellent proto degU arbari, est celuy qui a soin de conserver ]es arbres, antennes et timons jusqu^ ce que les bastimens ayent est^ mis k la mer, pour ies pouvoir placer quand ils doivent sortir. D fant qu'ii aitle dans ies forests oh Yon ceupe les arbres, afin de voir qu'ils soyent coup^ dans leur temps, que ce soit dn bois sans d^faut et dans ies proportions n^cessaires; il doit aussy, tous les quatre mois, assister h son tour h la porte et au lieu oii on fait la boisson, comme TamiraK et les autres offiders qui y vont chacun h leur tour.

Le proto des poulies a soin de faire faire toutes les tailles, les poulies, masse-pr^, pasteques et autres enchAssures , comme aussy les calcets des arbres et tout ce qui sert au maniement des cordages d'une galore. Les tailles sont les enchAssures des poulies; les masse-pr^ en sont une autre sorte. Les calcets sont les enchAssures des pouHes qui sont au bout des arbres et qui servent k tirer Tantenne.

Le proto deifabri, ou maistre des forgerons , doit avoir Toeil sur tous les ouvrages qui se font dans la forge , prendre garde qu'ils soyent de la quality n^cessaire , et en pr^ sence du maser faire peser tout ce qui sort de la forge pour le s^parer en deux magasins , Tun pour la grosse et Fautre pour la petite ferremente.

Le maistre des perceurs n'a d'autre soin que de partager dans les ateliers les ouvriers qui sont au-dessous de luy et de donner aux forgerons la mesure des clous et d^ reste du fer qui s'eroploye dans Touvrage.

Le maistre des scieurs doit visiter trois fois la semaine avec deux estimateurs tout le bois qui a est^ sci^, pour le marquer et faire payer les ouvriers suivant le travail.

Le maistre des magons est oblig^ pendant la pinie de marcher par tout Tarsenal pour voir s'il pleut dans les halles, pour y donno* ordre en mesme temps, conmie aussy il doit visiter de temps en temps les murailles et ies quais afin de voir s'ils sont en bon ordre.

Le maistre de la corderie, oa proto deUafvne, doit prendre garde que le chanvre soit bien peign^, que les gumes etles autres cordages soyent bien fil^ et conmiis, et que tout ce qui est de sa charge soit en seuret^ et bien conserve.

Chacun de cesproti ou maistres susdits , except^ cduy des perceurs et des scies , a sous luy un sotto proto, ou sous-maistre, aGn qu'en son absence il y ayt toujours qnelqu*un qui commando k Touvrage ; ces sous-maistres , comme Ies maistres des scies , des perceurs el des poulies , sont pay^ h la joum^ , et tous les autres maistres de plus de cons^ence sont pay& au mois, et presque tous sont log^ proche Tarsenal aux d^pens de la R^publique.

D y a quatre maistres armuriers, qu*on appdle proti atte wile, auxquels on donne 3o ducats par mois pour avoir soin de faire nettoyer toutes les armes , qu'ils doivent tenir en bon estat Ce sont eux aussy qui gardent les deb desdites salies.

n y a encore sept soprastanti, qui sont sept has offiders qui ont chacun des fonctions difii^rentes : I'un a soin de garder Testoupe, Fautre la poix, nn autre la grosse ferremente, un autre la menue, et aucun d'eux ne pent rien donner sans un billet D y en a un qui a soin de dresser les pieces qui soutiennent la quille des galores; un autre a soin d'y mettre les estais pour les soutenir h mesure qu'on les bastit ; et le dernier a soin d'y mettre les bois qui sont n^cessaires pour les mettre h la mer ou les en retirer : ces bois s'appellent en Levant vazades.

COMMENT LES 0FFTCIBR8 QDI 80NT RE^US A L'ARSERAL Y SOITT EllR^L^S.

Comme il y a une subordination entre tons les officiers de Tarsenai, et que mesme les onvriers ont des soldes diff(^reDte8, on observe depuis iongtemps nn ordre par lequel ehacun d'eux augmente de paye , h commencer depuis le temps qu'ils sont re^s et enr6I^ dans le registre de ceux de la maison jusqu'^ ce qaih parviennent aux premieres charges.

La plupart de ceux qui y travaiilent y ont est^ re^s h Vhge de dix ans, n'y ayant aucun qui puisse estre re^u avant cet Age. II faut qu'ils soyoit pr^nt^ par un honune du metier qu^ls veulent professer et qu'ils s'attachent k cduy que leurs p^res ont exerc^, ce qui est une r^guiarit^ qui s'observe depuis pen. Un gar^on qui est re^u k dix ans ou quelques annees au-dessus n'a , durant les trois premieres ann^ qu*il est re^u, que U sols par jour; les autres trois ann^ ensuite, il a 8 sols, et pendant deux ans api*^ il a 16 sols par jour. Ces huit premieres ann^ pass^, il prend un certificat de son appuntator pour faire voir le temps qu'il a fait et va se presenter k la banea, c'est-li-dire au conseil de Tarsenal , qui , estant inform^ de sa capacity , luy accorde la permission de faire les preuves ; lesquelles estant faites en pr^s^ce dn patron de garde, du chef de son metier et de douze maistres qu'on choisit k cet effet Jls ballottent ensuite entre eux pour s^voir s'il a assez de voix pour estre re^u; et lors qn'ils Tont jng^ capable de Testre, le conseil Tapprouve et luy assigne en mesme temps a& sols par jour; sa paye peut augmenter ensuite de deux en deux ann^, suivant sa capacity, de s, U, 6,8, 10, 19 et jusqu'^ 1 6 sols par jour, ce qui se fait en cette mani^ : tons les deux ans le s^nat fait assembler un conseil dans Tarsenal ou se trouvent, avec les trois patrons et les trois prov^teurs ordinaires, un sage>grand, nn conseiller, un sagede terre ferme, un chef de la garantie et un sage des ordres, lesquels tons ensemble font appeler les onvriers les uns apr^ les autres, et, apr^ s'estre inform^ de ehacun, leur assignent la solde qu'ils jugent k propos, sur le rapport qui leur en est fait. Mais jamais die ne passe 9 livres par jour pour les charpentiers et 9 livres s sols pour les calfats , ces deux sols leur estant donnas de plus pour les viroles qu'ils peuvent avoir us^ h percer les trous des chevilles qu on met aux galores. Pour le reste des maistres ouvriers calfats qui n'ont pas atteint la paye de &9 sols, on leur augmente celle qu'ils ont de 8 sols par jour du premier mars jusqu'au premier septembre, h cause de la longueur des jour& Quant aux autres ouvriers comme portebix, ou aux fenmies qui consent les voiles et li celles qui font les estoupes, ils sont pay^s d'une antre mani^re; y ayant en premier lieu deux sortes de portefaix, les uns qui travaiilent h joum^e et les autres h prix fait; ceux qui sont a la joum^ sont pour le service des charpentiers, pour leur porter le hois qui est n^cessaire dans leurs ateliers , leur ayder k le placer, et pour leur alter chercher a boire; on donne quelques-uns de ces portefaix k ceux qui font les rames et k quelques autres ouvriers de Tarsenal. Ceux qui travaiilent k prix fiait ont 99 sols de diaque chesne qu'ils tirent de Teauponr le mettre sur les chan tiers en estat de pouvoir estre sci^; ils sont encore obliges de porter les pieces qui ont est^ sci^ ou les maistres charpentiers leur ordonnent. Quant aux femmes qui consent les voiles, elles cmt 1 6 sols par jour, et celles qui mettent les estoupes en rouleau ont tant pour cent.

L'ORDRE QUE L'ON TIENT DANS L'ARSENAL, SUIVANT LES SA1S0NS, POUR L'EIITRiE ET LA SORTIE

DBS OUVRIERS.

Durant lout le temps de Taim^ on a accoustam^ de sonner une doche aa lever da soleil, laquelle sonne pendant une demy-heure seulement : cette demye est donn^ aux ouvriers pour se rendre k la porte, y enlrer et se faire marquer, n'estant donn^ h ceux qui restent et qui ne sunt pas venus pendant la demy-heure qu'un quart d'heure pour estre re^us, apr^ lequel aucun ouvrier n'est admis pour ce jour-lL L'ordre que Ton garde pour la sortie de Tarsenal est le mesme depuis le premier jour de novembre jusqu'au premier de mars; les ouvriers disnent dans Tarsenal seulement et sortent li sS heures, et le samedy h *ka; laquelle heure est prise pour payer les ouvriers de lenr semaine. Quant aux ouvriers qui out soixante ans pass^ , on ieur donne en tout temps la liberty de se retirer une demy-heure avant les autres. An mois de mars , les ouvriers sortent h 17 heures pour disner, reviennent li 19 i/A et sortent le soir k 33 heures 1/9 ; la mesme chose se pratique pour le mois de septembre. Au moisd'avril, ils vont disner ^16 heures, reviennent ^18 heures i/U et sortent 2i a3; la mesme chose se pratique au mois d'aoust. Au mois de may, ils sortent pour disner k 1 5 heures, rentrent k ij heures i/k et se retirent k 93 ; la mesme chose se pratique en juin et en juillet. Le mob d'oetobre, ils sortent & 18 heures pour disner, rentrent ^30 heures i/& et se retirent h 3/1 heures.

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