‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 69 sur 246 · PREMIER CHAPITRE · texte numérisé non relu

PREMIER CHAPITRE

DE LA SITUATION ET DE LA MANl^RE DONT L'ARSENAL DE VENISE EST BA8TY.

L'arsenal de Venise est h \m des bouts de la ville, du cost^ de Test, dans le quartier qn*on appeHe Castelh: il a pr^ de 3 milles de tour et est tout enferm^; on y peut en> trer par mer et par terre; mais ces deux portes sont si pr^ Tune de Tautre qu'on peut dire que ce n'est qu'une mesme entr^. Celle de mer aboutit h un canal qui est de la

* Ou du S^oat droyes sont : le viol, Tincendie, Ic faux mon-

^ Gg tableau, qui formait le plafond de la nayage etle vol sacrilege.

chambre de Louis XIV, a VeraaiHes, est main- ^ Ce tableau a et^ transport^ a Bruxellos.

tenant au rous^ du Louvre. — Los Vires fou-

largear ndcessaire pour passer des galores, qui sont les plus grands bastimeDs qui se fassent dans i'arsenai ; et celle de terre est une esp^ de vestibule oil se tiennent tous les offiders, qui out vue sur les onvriers et sur tout ce qui entre et sort dans TarsenaL A cost^ de ce vestibule, est la maison de celuy des trois nobles qui est de garde. Ces trois nobles sont ceux qui gouvement Tarsenal ; leur nmustire dure 3^ mois , et , pendant ce temps, ils y couchent altemativement un mob de suite, et, de jour. Us sont oblig^ de s*y tenir assidiiment Apr^ que Ton a pass^ le vestibule , on d^oouvre en face une petite darse accompagn^ d'un cost^ d*un bastiment k deux Stages, oil sont deux grandes salles d'armes basses et deux hautes. Ensuite de ce bastiment, il y a onze halles pour bastir galores , et trois pour gal^asses.

De Tautre cosl^ de cette darse sont d'autres remises de gal^asses, un appentis pour les scieurs, une remise pour k BucerUaure, deux ou trois remises dans Teau et trois grands magasins , dont il faut parier d'abord conune la premie chose que Ton voit en entrant. Ces trois magasins sont tous planchdi^ et remplis de cordages pour gaUrea et gal^asses de toutes les sortes, tant en blanc que goudronn^, sans qu*il y ayt aucune distinction pour les diff^rentes sortes de grandeur.

Au-dessons de ces magasins sont trois grandes salles dont il y en a deux qui servent pour mettre les voiles quand elles sont faites : on les conserve dans de grandes armoires qui sont d'un cost^ et d'autre le long de la muraille, et chaque ga^re ou gal^asse a la sienne.

La troisi^e salle sert pour les coudre; ce sont des fenunes qui y travaillent, les unes pour y avoir est^ condamn^, les autres voiontairement II y a un ^crivain, qu'ils appellent proto, qui a soin d*^crire leurs joum^, de les Cure travailler et de couper les • vofles.

Au sortir de cette salle, on descend sur une petite terrasse oiii sont quatre arbres dress^ pour estendre les voiles et les faire s^er, lorsqu on les tire des galires ou gal&sses, avant que de les enfermer. On descend ensuite sur un quay qui regarde un canal ou darse plus grande que la premiere avec laquelle elle a communication : die est bom^ de chaque cost^ sur toute sa longueur par des halles, dont la plupart servent pour bastir des galores. On laisse cette dane sur la gauche pour aller i la bevenda, et Ton trouve auparavant que d'y arriver une all4e qui sert de passage pour communiquer du quay de la premiere darse dans une esp^ de cour; ce passage est le lieu oti Ton remet les ancres des galores, qui ne sont pas si longues et si pesantes que celles des galores de France; on en voit de toute sorte de grandeurs parce que les galkes h Venise qui ne portent que trois fiers les ont tous trois diffi^rens, Tun de lo, Tautre de 8 et Tautre de 7 qubtaux.

De ce passage, on entre h la bevenda, qui est un lieu on tous les onvriers vont boire autant qu'il leur plaist; la R^ublique leur donne ce breuvage gratuitement pour les obligor k travailler assiddment, en leur ostant, par ce moyen, le pr^texte qu'ils pourroient avoir de sortir de Tarsenal : ce breuvage est compost d*un tiers d*eau et de deux tiers de vin; Teau vient d'un puits qui est ^ trente ou quarante pas, et se rend, par des canaux, dans le lieu ou se doit faire le medange; ce vin est dans une grande cave derri^re la bevenda, ou Ton voit quatre rang^ de tonneaux dW bout k Tautre.

Au sortir de cette cave, on traverse un espace de terre, qu'on peut appeler cour, quoyque d'une Ggure fort irr^^^e , pour aller h la forge qui est ^ la teste des halles du cost^ droit de la seconde darse.

Cette forge est extraordinairement grande; ii y a quatorze ou quinze foumeauxdont

les UDs servent pour la groBseferremente, les aatres poor la petite; ainsy tout le fer qui 8*employe tant pour ies ancres des galores, qui sont les plus grosses pieces, jusqu'aux plus petits clous, se travaille dans Tarsenal; il y a uo proto qui en a le soin, lequel donne les ouvrages k faire, ou k la joum^ ou k prix fait, h ceux des forgerons ordinaires qui les veulent entreprendre h meiHenr march^; il les livre ensuite au proto de la ferramenie gros$a o minuta, apr^ qu'elle a est^ examine et re^e par Tamiral et les prineipaux officiers de Tarsenal.

Ce proto de la grosse et fetiieferretnente a son magasin proche de la forge; les magasins sont tenus autant proprement et en aussy grand ordre qu'il se puisse pour des ouvrages de fer, chaque sorte de dou ou de furement ayant un endroit k part et un arrangement particulier.

De ce magasin , on passe de Tautre cost^ de la cour dans deux halles oil Ton travaille les rames des galores. Au milieu de chaque hdle, il y a une chemin^ pour pouvoir redrcsser au sec et ^ convert les estelles devant et apr(^ qu'elles sont busqu^; ils ne les travaillent pas avec tant de soin que celles de France; et au lieu qu*^ celles-cy les galavemes sont attach^ avec du &let, k Venise on les attache avec un lien de fer h chaque bout

A costd de oes haDes, est un magasin ou on remet les rames quand eQes sont faites; on y voit aussy le brancard de la chaise oil le doge est port^ dans la place Sainl-Marc par tons les ouvriers de Tarsenal le jour de sa prodamation et ou il fait ses lib^ralit^ au peuple , accompagn^ d'un de ses parens et de Tamiral , ainsy qu'il est repr^sent^ dans un tableau qui est dans le mesme magasin.

Au devant de ce magasin , est une muraille ou plutost quelques piliers de pierre traverse par des pieces de bois on sont appuy^ les estelles des rames devant que d'estre busqu^; on les tient aussy expos^ k fair et on les enfonce d'un pied dans terre parce qu'elles s'en ccmservent mieux, k ce qu*ils disent, au lieu qu'^ Marseille la nature du bois demande qu'elles soyent conchies et k convert.

Du magasin des rames on passe dans les fonderies. D y en a six de suite, dans la plupart desqudles il y a un foumeau et un al^ir, avec plusieurs grues pour transporter les pieces d'un lieu k Tautre. Le foumeau est h pen pr^ comme ceux des fonderies de France, mais quant k Tal^ir il est tout difliirent, n'estant compost que d*une grande roue qui, estant toum^ par deux hommes, fait toumer une lanteme au bout de laqu^e est attach^ le carr^ sur lequd, par le moyen d'un cabestan, se ramtoe le canon qui est couch^ sur le rouleau.

Dans la demi^ de ces fonderies, il y a une balance pour peser la fonte, d'une grandeur prodigieuse et d'une justesse merveilleuse.

De cette fonderie. Ton va dans la corderie, dont la longueur est de i5o toises sur 10 de large; elle est partag^ par deux rang^ de piliers en trois all^, dont celle du milieu a de largeur quatre toises et de hauteur jusqu*^ la charpente du toit; les deux aulres ont deux toises et demie de large. Au-dessus, il y a un plancher en forme de jub^ qui a vue sur la galerie du milieu , et Ton file les cordages tout d*une autre maniire qu*en Provence. Le fileur est assis, ayant son chanvre pr^ de luy, et le filet se tord par le moyen d*un petit gar^n qui toume un rouet fort l^ger pendu ^ son col , marchant toujours en avant et de costd k mesure que le filet s*avance; quand il est fait ainsy sur les galeries d'en haut, on le jette en bas par des trappes dans les galeries du dessous, 0^ Ton le commet en tel cordage qu'il est n^cessaire. On y tient aussy quantity de chanvre, tout celuy qu on entre dans la ville estant d'abord port^ dans TarsenaK d ou

on le disLribue ensuile aux particuliers. C'est un cbanvre fort blaDC et fort iin qui vient <le Bologne. lis en coupent les testes et le font pei^er dans un endroit qui est h cost^ do la corderie. Au sortir de la corderie, on passe par-devant un magasin oil se met le cordage par entrepost lorsqu'il est commis.

De 1^ on va dans une halle ou se font les rames des gal^asses, dans la mesme disposition que celles ou Ton fait les rames des galores.

Ensuite on tourne h droite dans une grande atl^ qui se trouve derri^ les halles qui sont h la droite de la seconde darse, de sorte que Ton voit d'un cost^ quantity de corps de galores, les unes vieilles, les autres neuves, commence en diffi^rens temps, et de Tautre cost^ on entre dans plusieurs magasins tons de suite ou se fait la raffinerie de salpestre.

Sur le mesme alignement, on trouve deux magasins pour les poulies, ou il n'y a rien d'extraordinaire k remarquer.

De 1^ on passe dans un grand magasin pour les affusts; il y a aussy quelques pikes de canon fort curieuses.

Vis-4i-vis il y en a encore un autre pour le mesme usage , oii Ton voit entre autres deux pi^s de canon en forme de colonnes corinlhiennes, fondues en presence de Henry HI , un autre canon qui a sept bouches, un k trois , cinq ou six d'un calibre fort grand et un petit fait de cuir reconvert de lames de cuivre.

Loi*s€[u'on a traverse ce grand magasin on passe k Testuve , tout autrement faite que celles de Hollande, mais qui n'en est pas meilleure. Le lieu ou Ton skhe les cordages n'a qu un foumeau de fer dans le milieu , en sorte qu'on nV pent pas mettre le feu par dehors, ce qui est tr^-incommode , pour la chaleur que souffire celuy qui en a le soin; deplus, il y a du danger pour les cordages qui sont au-dessus, k cause que, le foumeau n'estant jamais bien ferm^, il pent s'^iever des ^tincelles, et, conune la chemin^ se trouve engag^e , on ne pent pas bien mesnager les degr^ de chaleur en donnant plus ou moins d'air par le moyen de certaines coulisses dont iis se servent en Hollande.

Apr^ que Ton a vu Festuve , on monte dans des salles d'armes qui sont au-dessus des magasins aux afiiists et canons dont il est parl^ cy-devant; il y en a qui toutes ont des derations diff^rentes dans la mani^re de ranger les armes ; les unes sont divisto en trois all^ par deux traverses, les autres en deux all^, ou lion en voit d'abord une remplie de cuirasses et de piques rang^ en bande qui forment une tapisserie de la hauteur du plancher sur toule la longueur; d'antressont divis^ par arcades au de> dans desquelies sont des coutelas qui se croisent et qui suivent k la hauteur de Timposte la forme du cintre dont le dehors est entour^ de casques en deux et trois rang^ , et dans les ^paisseurs des trumeaux sont des armoires pour des fanaux de galores r^nport^es sur les Turcs ou pour tenir des mousquets en paquets et d'autres armes. II y a d'autres salies qui ont tout autour et dans leurs traverses des armoires k hauteur d'appuy remplies de cuirasses k lilies fort l^g^res, et au-dessus sont d'autres armoires qui vont jnsqu'au plancher, gamies de mousquets et pistolets k rouet fort bien tenus. De ces saUes-cy, on passe par-dessus un pent pour aller k une autre qui paroist la plus grande de toutes. Tout autour regne une comiche toscane soutenue d'espace en espace par des pilastres couverts de coutelas qui se croisent jusqu'aux pi^estaux , k la hauteur desquels est une rang^e de mousquets qui forment une palissade de chaque cost^ d'ou s'^l^vent plusieurs espadons dans une ^gale distance dans Tentredenx des pilastres; sur la longueur de la salle la muraille esth^riss^ d'une forest de mousquets qui pr^ntent la bouche de tous cost^, et sur les deux bouts entre les

deux crois^ est un soleil dans le miliea du trumeau at quatre veuts aux quatre coins , dont ies rayoDS soot des lames de coutelas.

Aupr^ de toutes ces salles darmes on voit la boutique des armuriers, qui y travaillent toute Fannie; il y en a quatre d'entretenus qui, moyennant ce qu'on leur donne par an, sont oblig^ d'avoir des ouvriers et de tenir toajours Ies armes nettes.

Lorsque Ton est descendu de ces salles d'armes , on trouve une rang^e de plusieurs magasins de suite qui sont au bout et en face de la seconde darse. De ces magasins, Ies uns servent pour remettre Ies afiusts de marine, Ies autres pour Ies boulets, et d'autres pour Ies timons de gal^s et gal^asses. Dans celuy des ofhists, ii n'y a rien k remarquer ; dans celuy des boulets , on Ies voit tons rang^ en des pyramides diff(^rentes selon la diversity des calibres, et entre autres, celle du milieu, du calibre de US livres, qui va presque jusqu'au plancher et contient. . . ' boulets.

Dans le magasin des timons, on y voit la diffi^rence de ceux des galores de Venise k ceux de France, Ies premiers estant de beaucoup plus courb^ que Ies autres, ce qui Ies rend plus faciles dt plus prompts h gouvemer.

On passe ensuite aux halles qui sont de Tautre cost^ de la seconde darse. Toutes ces halles sont pour bastir des gal^s; il n'y a que Ies deux premieres qui servent de remise; pour Ies masts, ils en ont de tr^-gros, qui paroissent Ies plus sains du monde, quoyque la nature en soit difii^rente de ceux de Ponant; aussy Ies conservent-Os h couvert, ^ev^ au-dessus de terre, au lieu que Ies autres veulent estre dans Teau; ils Ies font venir de Frioul, d'une forest qu*on appelle Cadavro, sur Ies confins de TAUemagne.

Apres avoir vu Ies masts , on traverse une des halles qui * pour aller der-

ri^re, ou Ton trouve encore une autre rang^e de halles qui aboutit k un troisi^me canal plus grand qu'aucun des deux autres. On laisse une partie de ces halles k main gauche , et, sous celles que Ton trouve a droite, on voit des scieurs qui travaillent li faire des planches de sapin.

De 1^ on passe li la teste du troisi^me canal , ou 1 on trouve un quay et deux halles dans Teau , ou Ton vient achever I'oeuvre morte des galores quand elles sont mises k lean.

On entre ensuite sous Ies halles qui sont de Tautre cost^ du troisi^me canal , et on Ies traverse par derri^re d'un bout k Tautre de Farsenal ; on trouve d'abord dans Ies premises de certains bastimens en forme de barques longues dont Ies V^nitiens se servoient autrefois pour aller en course.

On voit ensuite plusieurs vieilles galSes qui ont est^ tiroes k terre , dont Ies unes sont abandonn^, pour ne pouvoir plus rendre aucun service. Les autres se raccommodent pour resservir encore k la mer jusqu ^ huit et dix ann^es, apr^ avoir desji servy autant. On trouve apr^ de vieilles galores prises k la bataille de L^pante el autres occasions sur les Turcs, lesquelles ont beaucoup de rapport avec celles du Roy.

On voit ensuite plusieurs brigantins grands et petits dessous une ou deux haUes. Dessous d'autres, il y a de certains gros corps de galores beaucoup plus forts que Ies ordinaires , dont les V^nitiens se servoient autrefois pour envoyer en marchandise.

Tout le reste des halles est remply de galSes neuves, la plupart toutes achev^es jusqu'^ I'oBuvre morte, leur roaxime estant de les laisser reposer longtemps sur les chantiers devant que de les mettre k la mer. 11 y en avoit une entre autres presque parfaite ou il estoit plus facile de remarquer en quoy elles difll^rent de celles de France.

Elle estoit de vingt-sept ou vingt-huit bancs, qui sont celles qu'ils appellent baslardes ,

' Ce chiffre est en blanc dans le manuscril. — ^ Le manuscrit a ici un Wane.

destine pour servir de capitane du golfe ou bien k qudque officier major de rai"m^, les ordinaires n^estant, comme celles de France, que de vingt-cinq on vingt-six bancs.

Si on en consid^re d'abord la mati^re, on voit qu'elles sont toutes de bob de chesne, lequel ils faisoient autrefois dorcir dans Teau darant qudques ann^; les grandes affaires qu'ils ont eues dehors dans ces demiers temps iear ont fait n^iger ce soin^ de sorte que Ton remarque que les bordages se sont s^^ depuis quils sont pos^, ies communs se sont consid^rabiement Sargis, et qu*il faut une prodigiaise quantity d'estonpe pour ies remplir. Si on examine ia mani^ dont elles sont basties et que Ton en consid^re le gabarit , on trouvera premi^ment que ies madr^ sont beaucoup pius plats qu aux galores de France, et que , par consequent, celles de Venise ont pius de plan, ce qui fait qu'elles ne roulent pas tant, et qu'eiles approcheut plus pr^ de terre dans un d^barquement; elies ont aussy plus de quartiers li poupe et k proue, ce qui ies soutient davantage; mais cela conlribue h ies rendre plus pesantes. La poupe est encore autremenl taili^, en ce qu'elle ne se termine pas par en haut en cul-de-mouiin comme aux galores de France, mais elle est coup^ comitie la proue, et I'^iancement se fait tout d'une autre mani^, le talon ailant en arrondissant, au lieu qu'aux autres il est coup^ presque de droite, et le capion, qui fait en France la ligne droite, se recourbe aux galores de Venise sur I'avant. Quant h la proue, la rode n'a pas tant d'^ancement et paroist plus droite qu'aux galores de France, ce qui fait qu'eUe se soutient davantage, mais qu'elle ne fend pas les eaux si faciiement.

Pour voir le reste de ia galore , il faut monter dedans et commencer k consid^rer la poupe, qui est fort grande, mais c'est aux d^pens de Tespaie, qui se trouve fort petite h cause que la dosture de la chambre de poupe avance de pius de deux pieds au deUi de Teslanage d*avant ; aussy y entre-t-on par deux petites portes h cost^ de Tescheile. Toute la poupe, quand elle est achev^, est vilr^ de tons les cost^, non-seulement au-dessus des bandins, mais encore sur le devant, ou la piupart n ont point de porte pour aller sur le coursier, d autant qu'il y a des moisselats ou sont attach^ ies past^ques des vettes de maistre qui sont relev^ au-dessus du plain-pied de Tespale, ce qui fait qu on ne pent pas passer faciiement d'un cost^ k Taulre.

Si on va plus avant dans la gal^, on rencontre d'abord Tescontre, qui est de fer, qui s'^^ve droit et se recourbe en haut vers la fl^he pour ia soutenir, en quoy il paroist plus commode que ceiuy des galores de France; mais il n'a pas tant de force et ne pourroit pas supporter le poids de la poupe s'il n'en estoit extr^mement proche , Tespaie estant fort ^troile. Apr^ avoir pass^ Tescontre on monte sur le coursier, lequel est fort eiroit, particuli^ment aux gai^res qui sont divis^es en cinq parties, parce qu'^ celles-cy, Tarbre se mettant h la distance de trois de ces parties de la poupe, ie coursier ne se trouve pas assez long pour le recevoir, de sorte qu on n'est pas oblig^ de le tenir de ia largeur qui seroit n^cessaire si i'arbre avoit k entrer dedans.

Cette mesme raison fait qu'en ddsarborant il faut que Tarbre reste h moiti^ suspendu et appuy^ d'un bout seulement sur la fl^e de la poupe; et cette n^cessit^ provient nonseulement de ce que ies galores de Venise ont h proportion i'arbre de maistre pius haut que les gai^res du Roy, mais encore de ce que les bancs estant pius serr^ , la poupe et la proue pius ^troites, les gal^s se ti*ouvent fort petites, encore bien qu'elles ayent ia mesme quantity de bancs que celles de France.

Si on va plus avant, on trouve ia cheiamide, qui s'^l^ve de trois pieds pour donner pius de soutien h i'arbre, au lieu qu'en France elle ne paroist pas.

Apr^ cet endroit, le coursier se hausse insaisiblement vers ia proue, en soile que, quand on est arriv^ au chastean , on monte facilement dessus par ie moyen d'trne marche seulement. II n'est pas tout k fait basty comme celuy des galores de France, et ii y a aussy plusieurs choses qui sont d'un usage particulier; premi^rement pour sa construction, les deux rambades sont plus petites et plus ^cart^s, en sorte qu'entre les deux le chapeau des bittes se trouve plus long , et sert k soutenir deux fourchettes ou se posent deux pi^s de U livres de baUe, qui se mettroient en bas sur ia couverte aux gal^es de France.

Les galores de Venise ont encore sur la rambade un parapet qui se tient ordinairement couch^ pour ne pas empescher les manoeuvres du trinquet, et se i^ve en cas de combat pour couvriries mousquetaires qui sont en baut, et couvre encore les canonniers qui sont en bas; on pent encore remarquer h la proue que les organeaux du tambouret sont plus bauts quaux galores de France, ce qui leur donne plus de facility pour serper.

Pour ce qui est du reste de la galore, il y a encore beancoup d'autres choses h remarquer qui sont particuli^rement propres aux galores de Venise, comme, entre autres, de mettre Tarbre de trinquet h gauche , et de ne le pas appuyer contre les bittes comme aux galores de France; de mettre le fougon h main droite en entrant, au quatri^me banc, au lieu qu*en France il est ^ gauche et plus ^loign^ de la poupe; de n'avoir point de couroir, et de faire aHer les aubalestri^res jusque sur Tapostis , en sorte que les soldats se mettent dans le vide qui se trouve entre deux.

line autre chose li remarquer est qu'au lieu de batailloles et de filarets sur Tapostis ils ont un parapet, de la hauteur de deux pieds, qui va tout le longde la galore.

Voil^ en peu de mots les principales choses qui difTi^rencient les galores de Venise d'avec ceiles de France ; il faut continuer pr^ntement h voir ce qui reste dans Tarsenal.

Apr^ avoir pass^ toutes ces halles qui sont le long du troisi^me canal , on retoume a d*autres qui aboutissent au premier, lesqudles sont extr^mement grandes parce qu*elies sont destin^ pour les constructions des gal^asses. On en voit pr^ntement une sur le chantier qui est enti^rement achev^e et qui se peut mettre h la mer quand on voudra. C*est un bastiment d'une grandeur extraordinaire qui tient de la gal^e et du vaisseau ; il porte trois arbres comme les vaisseaux , mais ses voiles sont latines comme ceiles des galores; il n'a qu un pont dont le dessous non-seulement sert pour porter ses victuailles, mais est capable encore de porter cdles d'une arm^, et, sur le pont, ou plutost sur ia couveiie, il y a des bancs dispose conmie k une galore; il y en peut avoir vingt-six de chaque cost^ ou se mettent sept hommes de front; mais les canons qu il faut qu'eile ayt de chaque cost^ font qu'ils se r^uisent h vingt-trois; elle a, comme une galore, un coursier qui va de poupe h proue , et duquel on monte sur les chasteaux de Tavant et de Tarri^re; celuy de Tarri^re est compost d'une grande chambre h plain-pied du coursier, an-dessus de laquelle en est une autre en forme de gaillard, autour de iaqudle est une galerie gamie de pierriers et d'espingardes. Le chasteau d'avant a du rapport avec cekiy des vaisseaux et est garny de quatre canons, s^avoir : deux en haut de 3o livres de balle et deux en dessous de 5o livres. II y a encore h droite et k gauche plusieurs autres pieces de canon, qui, avec ceiles qui sont le long des filarets et k poupe, font ie nombre de vingt-six ou trente. C'est tout ce qu'on peut remarquer dans ce bastiment, n'ayant qu'une demy-hem*e de temps k le considdrer.

De ce bastiment on passe apr^s avoir traverse quelques halles dans un autre qui n'est pas moins admirable, non pas par sa force, mais pour sa beauts et pour sa construction HI.— a* 18

274 ANNEXES DES INSTKUCTIONS.

|)arliculi^re. Citoi l6 BuceiUaure, qui ne sort qu*ane fois TaiiD^, ie jour de TAscensioD , lorsque le Doge , accompagne de loute la Seigneurie , monte dedai» pour alter jeter un anneaa eotre les deux diasteaux comme pour ^pouser la mer. C'est un bastimeut dont le dessons est faitde tous points comme une gal^, au-dessus de laquelle est un second pont ou Ton enli'e par la proue. II y a d'abord en entrant un grand espace vide, et de \h on passe k droite et k gauche sous deux galeries couvertes qui conduisent k la poupe, ou est le si^e dudoge dans le milieu, et de chaque cost^ des bancs, ou se mettent les ambassadeurs des princes les jours de c^r^monie , et il y en a d'autres tout le l<Mig des galeries de diaque cost^ pour le reste des nobles. Le convert au dedans est om^ d'un bout k V autre de sculpture , et le dessus est convert d'un damas le jour de TAscension. II est soutenu de poupe h proue par des figures, et depuis le haut jusqu'en bas tout le bastiment est enrichy de tous les omemens de sculpture qu'on s'est pu imaginer.

Apr^ avoir vu k BuceiUaure, il ne reste plus que les salles d'armes qui sont pit)che la porte de Tarsenal, ou les armes sont rang^ h peu pr^ comme dans les autres, de sorte qu'ii n'y a rien de particulier k dire sur leur sujet, sinon qu*estant, k Theure que le travail finit, aux fenestres de ces salles, on voit sortir les ouvriers au nombre de plus de 9,000 , soit qu'on en eust fait venir davantage ce jour-l^ ou quails y soyent entretenus d'ordinaire , comme on dit.

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