‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 72 sur 246 · DE LA REPUBLIQUE DE GENES · texte numérisé non relu

DE LA REPUBLIQUE DE GENES

Comme je ne pense pas qu'il soit n^cessaire de dire autre chose du petit Estat de Monaco que ce que j*en ay marqu^ dans mon journal , je commenceray par celuy de G^nes.

La r^nblique de G^nes, qui a pns son origine dans le x* si^de, sest tdlement accrue en peu de temps par la navigation , qu'dle s'est mise en estat de disputer Tempire de la mer avec les V^nitiens et les Pisans,8ur lesquels elle a conquis le royaume de Corse.

Sa richesse et Tabondance de ses peuples luy ont donn^ moyen d'establir des colonies considerables en divers endroits du monde, comme en Tide de Chio dans TArchipd, k Gaiata sous Constantinople, et k Caffa dans la Chcrson^ Taurique et sur les Palus M^tides : la plupart des chasteaux de la Bulgarie et de la Thrace portent encore le nom de families g^noises, et c'est Am^ric Vespnce, Tun des sujets de cette r^publique, qui a le premier d^uvert et donn^ le nom k la quatri^me partie du monde.

Mais les gentilshommes qui la gouvemoient ne pouvant jouir du repos de leur bonheur, et s'estant partag^ en deux factions sous les Doria et les Spinola d*une part, et les Fiesques et les Grimaldi de Tautre, ib mirent la r^nblique en de si horribles d^ sordrespar leur ambition particuli^, que, ne pouvant soufinr leur tyrannie, die aima mieux se soumettre h la domination estrange et chercher, tantost la protection des empereurs d' Allemagne, tantost cdk des rois de Naples de la maison d'Anjou , et se donner enfin h Charles VII , roy de France , qui la gouvema assez heureusement jusqu'li ce que , pendant les d^rdres de TEstat, par les divisions des maisons d'CM^ns et de Bourgogne, les dues de Milan s empar^rent de la ville de G^nes , pour laquelle ils ont rendu i\e, temps en temps des honimages h la coiu*onne de France.

liOngtonips aprf^s, Ips Genois ayanl sous la condnite du Boccanegra chass^ les Mila-

nois de ieor pays, pour assurer ia liberty cpi'fls avoient reeouvr^, ils ost^nt, par nue ordonuance autheutique, h la noblesse qui avoit est^ cause de leur maiheur ie gouvernement de la R^publique, qui fut d^pos^ entre les mains des families populaires, lesqueUes n^moins ne purent pas se maintenir fort longtemps dans le repos; et par Tadresse des nobles le fen s'alluma de telle sorte entre dies , que , se faisant deux partis sous le nom des Fregoses et des Adomes, ils plong^rent de rechef dans ses premiers d^ sordres la R^publique, qui se vit d^irer tantost par les siens, tantost par les estrangers sous la domination desquels eile fut r^uite.

II est vray qu*un des Fregoses, ayant chass^ les Francois de la ville de Gtoes et ras^ la citadelle qu'ils y tenoient, eut la pens^ de donner k sa patrie des lois qui la pussent tenir en repos h Tavenir, ayant pour cet eifet estably douze des principanx citoyens pour travailler k arracher les semences des divisions pass^ et, en abolissant ces noms de nobles et de populaires, r^unir les esprits par une appellation commune. Mais ce dessein (ut de rechef interrompu par les Adomes , jusqu*2i ce que Andr^ Doria , pour r^mpoise de sa perfidie h T^rd de Francois I*, eust obtenu de Charles-Quint la liberie de son pays.

II rq)rit pour cet effet ce qu'Octavien Fregose avoit commence , et jugeant bien que Texdusion que Ton avoit donn^ aux nobles pour les dignity de la R^publique estoit la cause la plus constante des maux qui luy estoient arriv^, il fit faire une ordonnance pour les rappeler conjointement avec les families populaires, voulant, pour oster le pr^ texte de cette difference odieuse des nobles et du peuple, que, de toutes les families de Tun et Tautre ordre , Ton choisist indiffi^remment toutes celles qui se trouveroient avoir six maisons ou branches diff^rentes du mesme nom et d'une mesme tige , lesqudles seroient dor^avant appel^ patriciennes , et dans lesquelles toutes les autres families moins amples et moins abondantes en brandies et en sujets seroient ins^r^ par adoption et prendroient le nom et les armes de celles ou elles entreroient.

Et conmie dans Texacte recension qui en fut faite il ne se trouva pour lors que vingthuit families qui eussent cette quantity de maisons ou branches distinctes d'une mesme tige, tout le gouvemement fut mis entre leurs mains, et les autres n'y eurent aucune part que sous le nom de Tune de ces vingt-huit par qui elles avoient est^ adopts.

Entre ces vingt-huit families il s'en trouva vingt-trois de Tancienne noblesse et cinq populaires. Voicy les noms des nobles : Doria, Spinola, Giimaldi, Fieschi, Cibo, Centurioni, Imperiali, Calvi, Cattanei. Gentilli, Lomellini, Pallavicini, Negro, Lescari, Vivaldi, Cigala, N^^roni, Interiani, Vesodimare, Pinelli, Salvahi, Martini et Grilli; les noms des populaires sont Giustiniani, Sauli, Fornari, Franchi et Promontorii.

Et pour laisser au reste de la populace une porte pour arriver aux dignity de la R^publique, diacune de ces principales families eut la faculty de choisir tons les ans dans le penple dix dtoyens ^minens en vertu et en richesse, et, en les adoptant, les rdiabililer comme les autres nobles h toutes les charges et honneurs de la seigneurie.

Le gouvemement demeura done en cette mani^ entre les mains du Grand Conseil, compost de quatre cents citoyens tirds au sort de toutes ces families indiff^remment* jusqu'li ce que, apr^ que la conspiration des Fiesques fut assoupie. Ton eust estably hnit personnes pour la reformation des ordonnances , qui rdduisirent le nombre des quatre cents du Grand Conseil qui se tiroient comme nous Tavons dit au sort , h cehiy de trois cents, auqdel ils ajout^rent cent conseillers dus par les suffrages, afin de favoriser par ce moyen les anciens nobles , qui , estant en plus grand nombre de families , avoient aussy plus de voix et de suffrages dans les assemble.

De sorte que ces cent conseillers ajout^s ayant la faculty d en choisir vingt-huit autres

k qui Ton donnoit le pouvoir de cr^ le doge, les s^nateurs et les aatres principaux ofiiciers de la R^publique, toute {'administration tomba par ce moyen one antre fois entre les mains des anciens nobles , ce qui renouvela les discussions et partagea TEstat en factions sous le nom de la vieille et la nouvelle noblesse et troubla tellement le repos de la R^publique que les princes chrestiens en eurent piti^ et particuii^ment le pape, Tempereur et le roy d'Espagne , qui firent faire par leurs ambassadeurs assembles k Gasale des lois nouvelles pour le gouvemement de la seigneurie de Gtoes, sous lesquelies les Gt^nois ont v^u assez poisiblement jusqu'^ pr^nt.

lis abolirent premi^ment les noms des factions et ceux de la vieille et de la nouvelle noblesse; its ost^rent les adoptations des vingt-huit families susdites, rendant h celles qui y avoient esl^ ins^r^ leur premier nom et leurs armes. Us firent faire un iivre de toutes les families , qui auroient indiff^remment part au gouvemement , laissant au Grand Consefl la faculty d'agr^r tons les ans parmy les nobles dix des principaux sujets tir^ du peuple et les anoblir, s^voir : sept de la ville et trois de la Riviere , pourvu qu*ils eussent pendant un certain temps abandonnd Texercice des arts m^caniques et vils prohib^ aux gentilshommes.

lb establirent deux conseils , Tun appel^ le Grand Conseil , compost de quatre cents citoyens, et Tautre appel^ le Petit Conseil, de cent citoyens, pris entre les quatre cents susdits; leur Election se faitcomme nous dirons cy-dessous.

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