‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 79 sur 246 · RELATION DU VOYAGE DE SEIGNELAY · texte numérisé non relu

RELATION DU VOYAGE DE SEIGNELAY

A ROCHEFORT ET A RREST'.

(Minute antograpbe.)

Lorsque j'arrivay k Rochefort, je trouvay douze vaisseaux hors de la riviere, k la

rade des Trousses, et quatrc qui n'avoient encore pu sortir parce que, n ayanl pas est^

prests dans le temps de la Maline, ils estoient obliges d'altendre le gros d'eau pour se

mettre k flot. Les douze vaisseaux qui estoient en rade estoient charg^ d'une partie de

lenr canon, il leur manquoit peu de chose de la part des magasins, les agr^, appa-

* Voir page 79, piece n* 27.

raux et rechaoges ayant est^ fournis avant qu'ils partissent de la riviere ; ceux qui estoieDt encore dans la rivi^ estoient moins avanc^ , leur canon n'estoit pas embarqu^ et ii leur manquoit encore nne partie de leur rechange , qui leur devoit estre fouruie des raagasins. Le lendemain de mon arriv^, J£ fis venir toutes les barques et les gabares qui se trouv^rent dans la riviere et les fis charger devant moy de tout ce qui manquoit en canon, poudre.et autres munitions, en soiie que tons ies vaisseaux estoient fournis &i un jour apr^ de tout ce qui leur estoit n^cessaire pendant la campagne. A regard des vivres, ils estoient encore dans les magasins de Charente et dela Rochelle et aucun des vaisseaux n'en estoit pourvn. J'envoyay aussytost les commis du munitionnaire pour faire charger lesdits vivres , je leur lis donner des matelots des vaisseaux pour navigner les barques , et ils flrenl une telle diligence de leur cost^ que tons lesdits vivres furent embarqu^ quatre jours apr^ et prests h estre mis sur les vaisseaux ; mais ie coup de vent qui survint les forga de relascher dans les ports et causa un retardement de cinq ou six jours, qui fut r^par^ aussytost que le temps le pat permettre, en sorte que les vaisseaux n'eurent plus rien h attendre ni de la part des magasins, ni de celle du munitionnaire; la seule chose qui pouvoit causer du retardement estoit les matelots et 8oldats;j'en Gs faire une revue exacte en rade, et je trouvay qu'il manquoit pr^ de neuf cents matelots et de quatre k cinq cents soldats; le peu de temps que nous avions nous ostoit Tesp^rance de pouvoir foumir k ce grand nombre, d'aulant plus que tout ce qu'il y en avoit dans le pays avoient abandonn^ Icurs maisons et s'estoient cach^ de peur d'estres engag^ h servir. Lies exp^diens les plus prompts furent d*envoyer k Bordeaux un officier de marine pour emmener en diligence 3oo matelots que nous avions avis qui y estoient ^nbarqu^ sur des vaisseaux marchands, retenus par lordre ' donn<^ pour la fermeture des ports. Nous envoyasmes en mesme temps dans le gouvernement de Brouage et dans toute la riviere de Bordeaux , et ces diligences nous produisirent 5oo matelots en huit jours de temps; le reste de ce qui nous manquoit estoit difficile h trouver, le pays estant ^puis^ d'hommes; mais le retour des vaisseaux marchands qui arriv^rent pendant que le vent nous retenoit en rade nous en foumit encore un assez grand nombre , en sorte qu'il ne nous en manquoit pas plus de 1 5o sur tons les vaisseaux, lorsque nous sortismes des rades de la Rochelle.

Ar^ard des soldats, le peu que les levies des gens de guerre, qui avoient est^ faites dans tons ces pays, en avoient laiss^ de reste, nous faisoit craindre de n'en pouvoir pas trouver le nombre compiet; mais le secours qui nous vint d'un nombre de aoo tir^ des isles de R^ et Oleron, avec une centaine qui fut amen^ de P^rigord et Saintonge, nous en foumit k pen pr^ le nombre compiet. U est vray que le besoin qu'on en avoit a fait quon a re^ tous ceux qui se sont pr^sent^, sans en rebuter aucun, et il est certain que la soldatesqne des vaisseaux est fort foible, remplie de gens qui n'ont jamais sorty de leur village, d'un grand nombre de petits hommes foibles et malsains; mais il n'y pas eu de remMe. Bien loin d avoir, k choisir, il nous en manquoit encore no, lorsque nous partismes pour Brest. Aussytost que les vaisseaux furent prests et que le nombre de leur ^uipage fiit k peu pr^s compiet, ils partirent de la rade des Trousses pour venir h celle de Chef de Baye, aOn d'estre plus par^s pour sortir des pertuis. Je Gs faire la revue exacte sur tous les vaisseaux , et ils estoient prests k partir d^ le i & avril ; mais le vent qu'il Gt depuis ce temps jusqu'au s i du mesme mois retint les vaisseaux en rade sans qu'ils en pussent sortir. Les capitaines estoient fort ayses de ce retardement, et la peine qu'ils ont h se r^soudre k partir est Tun des plus grands dtfauts qu il y ayt dans la marine, el le plus contraire au service de Sa Majesty, lis pouryoyent tou-

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joori )i leurs affaires le plus Urd qu'ils pen vent, et afin d'avoir quelque pr^texte da retardement qu'ils apporteot, ils oe maDquent pas de dire qo*il manque au vaisseaa qaelque chose sans quoy ils ne peuvent pas partir; josque-Mi mesme qoe la T«He da jour que Tescadre appareilla , il y avoit ptusieurs capitaines qui disoient ne pouvoir m^tre k la voile de plus de huit jours; mais je priay M. le Vioe-Amiral de donner Tordre pour le lendemain , et leur d^laray que je ne raanquerois pas de rendre compte Il Sa Majesty de ceux de la part de qui seroit venu le retardement, ce qui les obligea k se presser et ii se mettre en estat de suivre le pavilion. Le Grand, commands par le capitaine Gorobaud , et k Sans-Pareil, qn'Estival devoit monter s*il fust assez tost revenu de Guin^, ne pouvant pas mettre k la voile en mesme temps que les autres, la raison flit qu il manquoit pr^ de cent hommes au Grand, qu*il fut oblig^ d*attaidre, et que le capitaine d*AmbIimont ^ qui avoit est^ charg^ du Smis-Pareil en attendant le retour d*Estival, n'avoitpas mis le vaisseau en bon eslat, en sorte mesme qu*on iut oblige de le donner k La Clochetarie , qui devoit commander un des vaisseanx de Tescadre du d^ troit; et comme il avoit soixante bons hommes qu'il avoit lev^ pour faire la teste de r^ipage du vaisseau qu*il devoit commander, ce nombre fut d'un grand seoours pour supple II ce qui en manquoit sur ledit vaisseau, qui avoit mesme d^ailleurs un asses meschant Equipage. Les deux bruslots de la riviere de Bordeaux, qui n*estoient pas encore venus lors du depart de Tescadre, doivent passer h Brest avec ledit vaisseau , et ils y sont II pr^nt, les vents ayant est^ bons pour leur passage et ce qu'il avoit li faire n'ayant pu retenir plus de quatre jours le vaisseau k Sans-Pareil,

Ije vent estant venu favorable, nous partismes le 3 9, li midy, des rades de la Rodidle par un vent de nord-est, et le mesme vent nous porta jusqu'li Tisle de Sein en deux jours et demy ; mais comme il faut le sud-est pour entrer dans le Raz , qui est le passage le plus ^troit de Tentr^ de Brest, nous iusmes oblig^ de prendre par Tlroise, et nous fusmes cinq jours li louvoyer pour ratrer dans Brest ; il y eut mesme quelques vaisaeaux inoommod^ d*un coup de vent qui nous prit : k Galant rompit un petit mast de hune, et, ayant est^ oblig^ de mouiller la nuit, il laissa la moiti^ de son ancre , qui se rompit par Torin.

Nous arrivasmes le 38 II la rade de Bertheaume et nous trouvasmes tons les vaisseaux mouill^ et en fort bon ordre. Le charpentier qui les bastit est assur^ment jJus habile <pie celuy de Rochefort, et il n'y a rien de plus beau li la mer que les vaisseanx de cette escadre. Je m'informay h mon arrivde de Testat auquel estoit leur ^uipage; je le trouvay enti^rement coraplet, et, sur les rMes de revue que je me fis donner, il m'a paru qu'Us estoient aussy bien on mesme mieux arm^ que ceux de Rochefort Apr^ avoir mont^ sur tons les vaisseaux et avoir examine les inventaires de chacun en particnlier, s*ils avoient ce qui leur estoit n^cessaire, je descendis li Brest pour faire foumir aux vaisseaux de Rochefort ce qui leur manquoit, et ce qu'ils avoient perdu dans leur passage, et comme il y en avoit deux qui couloient has d'eau, s^voir k BriUant et k HoAordeux, je Gs entrer le premier dans le port, parce qu^il n'y avoit point de remMe Il y apporter, et envoyay des charpentiers au second pour calfater les endroits qui en avoient besoin, et examiner ce qu*il y avoit k faire.

(BibL Imp. Mss. S. F. 3,oi3, Colbert tt Sfign^, Y, cote 17, pi^ 9.)

' Thomas-Glaude-Renard de Fuschambug, 1693, gouvemeiir general aux ties en 1696. marquii} d'AiDblimoot, lieutenant de vaisaeau Mort^ la Martinique, le 17 aoAt 1700. en i663, capitaine en 1669, chef d^escadre en

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