‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 78 sur 246 · CONCERN ANT LA MARINE D*ANGLETERRE · texte numérisé non relu

CONCERN ANT LA MARINE D*ANGLETERRE

( Minute aulographe. )

Les Anglois n'ayant presque point, de places fortes et mettant leur principale defense dans la force de leurs armi^ navales, ils ont toujours este fort soigneux de leur

' Il eiiste aux archives de la Marine (Mas. originaux, Colbert et Seignelay, n^ 63) uoe pito intitulee R^rue H man inslructum sur la marine d'At^leterre, oil Seignelay, reprenant article par article ce quMi s'est proposd d'dtudier en Angleterre, fait suivre cbaque point des observations qu^ii a recueiilies.

Ceite pito, adrese^ d son p^re aussildt

apr^ le voyage de Chatham , a foomi tons les

'mat^aux du m^oire que nous publions,

avec loquel elle ferait doable emploi. Nom

nous hornerons done i en donner ici le pr^uibule et quelques passages assez int^rcssants que ne rcproduit pas le rn^moire :

(cApr^ avoir salisfait autant qu'il m'a este possible k ce que je ui^eslois propose d'ecrire sur la marine de Holiande, en rangeanl ensemble les points qui regardoient les mesmes choses, jc pense qu'il vaul mieux que je m'y prenne pr^ntement d'une autre sorte pour ce qui regarde celie d^ Angleterre, puisque, en prenant mon instruction telle que jc Tay dres-

mariue ; ei les boDs suco^ qu'ils ont eus en diffi^rentes occasions lear ont fait mesme pr^ tendre une superiority sur tous ies Estats de TEnrope, dans les men qa'ils appdHent Narrow seas, on mers ^troites ; ce qui ne s'estendoit autrefois que dans la Manche britannique; mais depuis ils ont port^ lenr pretention jusqu'au cap Finisl^. lis pr^tendent estre souverains de telle mer, que tous ceux qui y naviguent doivent baisser le pavilion et leur rendre tous les honneurs de la ma*, qu'iis peuvent visiter, si bon leur semble, les vaisseaux qu'iis rencontrent, enfin qu'iis peuvent trailer comme sujets tous ceux qui y naviguent.

see avant de partir d^Ath et la suivant dans un plus grand detail et en questions s^par^, ii faudra que je r^ponde plus prdcis^ment et plus netlement, au lieu que la liaison qu'on fait quelquofois des mati^i*e8 les unes avec les autres pcul faire ou qu'on en oubiie quelqu'une ou qu^on passe irop l^^rement sur toutes. . .

<(Apr^ avoir visits tous ces vaisseaui et avoir marqu^ tout ce que j^ay ouy dire sur leurs construction au maistre charpentier de Ghatam , je suis mont^ sur deux desdits vaisseaux, s^avoir sur le Soiivermn et aur lePrmee,

tt J^ay este sur le Souveram avec ie commandant de Chatam , qui est un des prindpaux officiersde la marine d'Angleterre. Ils'est trouv^ aux deux batailles qui ont est^ donndes con- Ire les HoUandois, et il coromandoit k la derni^re le mesme vaisseau qu^il me monlroit. II se nomme Jean Cox. 11 nie faisoit remarquer que ce vaisseau, bien quMl fust tr^grand et mont^ de 1 10 pi^es de canon, ne laissoit pas dialler fort bien k la voile. . . Cependant je ne rexaminay pas si bien que le Prinee, surlequel je montay seul; car, dans celuy-cy, le capilaine m^entretenoit toujours de ce qui regardoit la guerre, ce que j'ay remarque aiUeurs. 11 me faisoit voir les coups de canon qu'ii avoit re^us dans son bord et 4 ses masts. 11 m^en montra un enfre les aulres qui avoit esl^ lir^ de si pr^ que Testoupillon avoit mis le feu au bordage. II en re^nt cependant beaucoup qui ne purent percer son vaisseau ; ce qui marque bien quails bostisaent plus solidement que les HoUandois, les vaisseaux desquels aont pcrc^s d'un bord a Tautre quand on leur tire d^une distance raisonnable . . .

RLe jugement que les Anglois font de nostrc marine est plus avaotageux que celuy qu'on en fait en Hoilande. Ils croyent que nous pourrons devenir enli^rement habiles, mais que nous n^avons pas encore asscz d^exp^nence, s'^tonnenl des forces du Roy sur roer, et ont

peine A comprendre de quelle sorte nous avons pu avoir ea a ussy peu de temps un aussy grand nombre de vaisseaux. Quelques-uns d^entre eiix en doutent, et ceux qui le croyent en paroissent un peu jaloux; car, qui semble vouloir disputer Tempi re de la mer aux Anglois les louche dans la parlie la plus sensible. Gelte nation ne s^est rendiie abondante que par le commerce, ni redoutable que par les forces qu'elle a eues de lout temps sur mer. Ainsy, quand ils parlent de nostre marine par rapport k eux , ilsdisent, sur la mani^rc de nos constructions, que nos vaisseaux sont plus pesans que ies leurs, trop dev^s sur Teau, plus diffidles a conduire que ceux d'Anglelerre, et qu'ainsy, n^estant pas si adroits qu^eux , nos mariniers estant moins habiles el nos oflficiers moins entendus pour les manoeuvres , nous aurions peine 4 nous bien servir de nos vaisseaux en temps de guerre. Cependant ils nous croyent tr^braves; ce que La Roche fit sur leurs costes leur ayant donn^ bonne opinion de nos gens de mer. Ainsy ils nous louent assez et pensent que, si Ton continue en France k cultiver la marine, elle y sera aussy bonne qu'ailleurs. G^est beaucoup faire pour eux que de ne point nous blasmer en cela, et de nous trailer avec honueur, car, lorsqu^ils parlent des Hoilandois, ils les Irailent avec un mepris et une hayne implacable. ..»

Nous ne publions pas non plus les pi^es n** 58 et 6o qui sont aux archives de la Marine dans le m^e manuscrit ( Colbert et Seignelay). La premiere a pour litre : Ripemees faitee par M, ham d qttelquee points de Vine' traction donnde par Moneeigneur d M. le marquii de Seignelay, Ce memoire est de la main d*Isarn , et il traite de la police du port el des arsenaux, ainsi que de la navigation et de Taction en temps de guerre.

La pi^e n* 6o est un memoire sur les ports de Woolwich el de Doplford.

Cepeodanl les forces qu'ils ont eues poor maintenir ces pr^tentioiis et pour d^endre leur pays dc toute attaque n'estoient, dans la vingt-quatri^me ann^da r^gne d'^isabeth, suivant Ja revue g^n^rale, que de treize vaisseaux de guerre appartenanl h la couronne etcent trente-cinq na vires de bautbord appartenant k tous les sujets d'Angteterre.

En TaDD^ 1600, il n y avoit aussy que trente-sii vaisseaux de guerre et seize ou dixsept pinasses. Le plus grand vaisseau estoit alors de miile tonneaux et portoil trois cent quarante matelots, cent trente soldats et quarante pieces de canon, ce qui fait bien voir qu'on mettoit en ce t^ps les sabords fort ^loign^, puisque pr^sentement les vaisseaux du mesme port sont d ordinaire de soixante pieces de canon. Dans le nombre des trentesix vaisseaux estoient corapt^ plusieurs frigates d^avis de cent tonneaux, qui n avoient d'^ipage que quarante ou cinquanle matelots et sept ou huit soldats et qui n'estoient perc^ que pour huit pi^es de canon.

Dans la buiti^me ann^ du r^e du roy Jacques, ceux de Londres firent bastir un vaisseau de mille deux cents tonnes, appei^ I'Accroissement-du-Commerce, lequel s'est perdu dans les Indes orientales. Le mesme roy en fit faire un autre de qnatorze cents tonneaux, qui estoit le plus grand vaisseau qui eust encore est^ vu k la mer; il fut donn^ au prince Henry et fut appel^ le Prince,

Cbaries I* en fit bastir plusieurs et, entre autres, il en fit bastir un, en 1687, qui fiit appel^ le Royal-Sowerain, qui est encore h pr^nt k Cbatam et qui sei*t d'amiral d'Angleterre, comme le plus grand et le plus bean vaisseau qu'ils ayent. II est du port de deux mille tonneaux, perc^ pour cent pieces de canon; la batterie basse est de quarante-quatre livres de balle, la seconde de trente-quatre et la troisi^me de vingt-deux, qui sont des calibres extraordinaires et dont on ne fait qu'en Angleterre; toute Tartillerie de ce vaisseau estde fonte. II a cent trente-sept pieds de quilie portant sur terre, et quarante-sept pieds de largeur de maistre bau; il a quarante-neuf pieds de creux ' et tire vingt et im pieds d'eau. Son grand mast a cent treize pieds de long, trente-huit ponces de diam^tre; sa grande vergue cent cinq pieds de longueur et vingt-trois pouces de diam^tre. II porte six ancres, dont la plus grosse est de six mille livres et la moindre de quatre mille trois cents livres. II a quatorze tant c4bles que greslins, dont le plus gros est de vingt et un pouces et p^ neuf mille livres , le moindre a buit pouces et p^ environ treize cents.

On y met ordinairement, tant officiers, soldats que matelots, cent hommes; enfin, par iescomptes quiontest^ faits de la d^pense, elle monte en gages, munitions, vivres, agr^s, consommation , quand il esik la mer, k 3,5oo livres sterling.

On assure aussy que la d^pense pour bastir un vaisseau de ce rang, avec les canons, agr^ et apparaux, moAte ordinairement k la sommede 999,600 livres.

Toutes les forces maritimes sont sous le commandement du grand amiral d'Angleterre, qui est une charge si considerable quelle a est^ ordmairement donn^ ^ un des fib puisnes ou des pi'osches parens du roy, ou bien a quelqu'un des plus grands seigneurs du royaume. II a pouvoir de donner commission aux vice-amiraux , contre-amiraux, et k tous les capitaines de navires; il a aussy pouvoir de connoistre et de d^ider de toutes les affaires de marine , tant civiles que criminelles , de toutes les choses faites sur la mer ou de la mer, et de tout ce qui se passe aux costes de la mer, dans les ports et havres , et sur toutes les rivieres ou le flux de la mer peut monter.

La loy de Tamiraut^ d'Angleterre donne k Tamiral la disposition de toutes les peines

^ S'il n'y a pas erreur do chifTrc, creux est pris ici dans un autre sens qu^a la page 33 1 .

p^uniaires impost^ pour toutes sortes de transgressions qui se font dans lesdits iienx , comme aussy les biens des pirates et autres condamn^s pour des crimes capitaux; il a part k tout ce qui se trouve au fond de la mer, k tout ce qui nage dessus et h tout ce quelle jette h terre et qui n'appartient points des seigneurs particuliers qui ayent leurs maisons sur le bord de la mer; la pesche de tous les gros poissons , comme marsouins et autres, luy appartient aussy, except^ celle des baleines et eslurgeons.

II a des officiers dans les ports pour rendre la justice et nomme aussy des commissaires et juges pour la rendre dans la cour de Tamiraut^ h Londres. Ses officiers ont pouvoir de faire emprisonner, donner mainlev^e , etc. On pretend inesme que Tamirai a droit de faire des chevaliers pour des services considc^rables rendus k la mer. Comme il y a dans cbaque province maritime d'Angleterre des amiraut^ particuli^res; il y a aussy des amiraux et vice-amiraux et des juges de Tamiraut^ , norom^ tous , comme cenx de Londres, par Tamiral; cependant ces amiraux et vice-amiranx particuliers ne sont dans lesdites charges que les chefs de la justice , Famiral n'en prcnant aucun d'entre eux pour servir dans les arm^s navales en quality de vice-amiraux , s'il ne sen rencontre quelqu'un qui ayt eu des commandemens sur mer on qui ayt une experience consomme pour la marine. Les charges sont d ordinaire donn^ k de vieux capitaines qui font bien leur devoir dans les occasions, afin que par ce moyen ils puissent subsister, outre qu'il faut des gens habiles et experiments pour ces charges, leurs fonctions estant d'avoir soin des constructions, de voir que les magasins soyent bien foumis et de r^fier g^neralement toutes les affaires de marine dans Testendue de leur ressort. Toutes ces amiraut^s vont par appel k celle de Londres oii toutes les affaires sont d^ciddes en demi^re instance et les sentences dressdes au nom de Tamiral. Les amirautds particuli^es sont au nombre de dix-sept. s^voir: Bristol, Cheshire et Lancashire, Cornouailles, sdpard en deux amirautds, celle dn Sud et celle du Nord, Cumberiand et Durham, Devonshire^ Dorsetshire, Essex, Gloucester, Kent , Lincobi , Northumberiand , Somersetshire, Sussex, Suffolk, Southampton et Tide de Wight, Walles ou Galles, du coste du Nord, York. Toutes ces amirautes particuli^res rdpondent k celle de Londres, qui est la principale et celle ou Tamiral preside et ou toutes les affaires se ddcident souverainement et en dernier ressort; elle se gouveme aussy bien que les autres par les iois de Rhodes , par celles d'Oleron , que Richard I" fit ramasser, et par celles d'j^ouard III , qui fit des ordonnances sur la marine en 1875. On y juge aussy les proc^ par prdjugds, les aticiens jugemens de Famirautd servant de r^les pour les nouveaux.

Les affaires criminelles y sont jugdes et instruites en la forme ordinaire des autres affaires criminelles du royaume , Henry VIll ayant rdformd la procedure ancienne , qui estoit beaucoup plus rdguli^re, puisqu'elle estoit aux termes du droit civil, le criminel ne pouvant estre condanmd que par sa propre confession ou par deux tesmoins oculaires. Mais Henry VII I a enti^rement cbangd ce bon ordre et a voulu que toutes les affaires criminelles sur le fait de la mer se jugeassent de* la mesrae mani^re que toutes les autres affaires du royaume qui est sujelte k biens des inconvdniens et k beaucoup d'abus. Ce qui est k remarquer, c'est que presque toutes les Iois de la marine sont sous peine de mort, ce qui est fort rigoureuseraent observd contre ceux qui n ont pas fait leur devoir et dont il y a eu un exemple depuis quelque temps en la personne d'un capitaine qui a estd pendu pour avoir laissd dchouer son navire de peur de combattre , quoyqu'il eust fort bien servy en d'autres rencontres.

L'estendue de la juridiction de Tamirautd est sur toutes les affaires de marine, sur tout ce qui est arrivd en mer, sur le rivage et dans les rivieres ou le flux remonte, tant

que ledtt flux se peut estepdre; mais la mer n'est pas ptatost retir^ qae les oflkiers du roy ont droit dexercer leur juridiction , aassy bien que snr tout ee que la basse mar^ laisse de d^>ouvert , ce qui fait tres-souveut conflit de juridiction entre i amiraul^ et la justice ordinaire.

AGn que les officiers de Taniirant^ n'employent pas tout leur temps h examiner les diffi^rends qui naissent entre les mardiands et qu'ils n'ayent qne les affaires d'importance sous leur conduite, il y a une autre diambre qui s appelle la Ckambre d'equUe , ou se terminent tons les difli^nds qui naissent entre les roarchiuids et de toutes les afiairet du commerce. Cette chambre est d^pendante de cdle de Faminnit^ , k laqueile on peat appeler quand on n'est pas satisfait du jugement de iadite cbambre.

Tous les juges ou lieutenans des amiraul^ sont mis par Tamiral et doivent avoir des provisions scell^s du grand sceau de Tamiraut^ anssy bien que les vice-amiranx et autres officiers dont j'ay parl^.

Du namf-office, — ou cour d'amiraut^, qui a pouvoir d ordonner tout ce qui regarde la construction , radoub , armement et ^ipement des vaisseaux du roy. Les officiers qui composent cette cour sont :

Le tr^rier, qui re(oit de T^iquier le fonds ordinaire et extraordinaire de la marine, en vertu des ordres du grand tr^rier d'Angleterre, et paye ensuite toutes les charges et d^penses de Iadite marine , sous les ordres des principaux officiers du navyojffice et sur certiGcat des bas officiers, en cette forme:

Le gardeHoaagasin fait son re^ de la marchandise qui luy a est^ foumie, le survoyeur ou comraissaire atteste que Iadite marchandise est de bonne quality , le contr61eur ou maistre-attendant signe aussy ledit certiGcat, sur quoy les deux officiers principaux, qui sont les contr6leurs de la cour de Tamiraut^ , certiGent que le tout a est^ fait selon les formes , et le tr^sorier paye sur toutes ces attestations.

II a de gages par an aao livres sterling , et il a 3 deniers pour livre sterlmg de taxation , ce qui ne laisse pas de raonter fort haut dans le temps de la guerre.

Le comte Danglesey possMe cette charge, mais elle est pr^ntement exerc^e par conunission par les sieurs Thomas Osborne et Thomas Littletone , qui avoient beaueoup de pouvoir dans le dernier parlement et k qui le roy a donn^ ces commissions pour se les attirer dans ses interests. Us ont chacun 5oo livres sterling d'appointemens par an et n'ont pas de taxations.

Apr^s cette charge est celle du contrAleur de la marine , qui a le soin de contr61er tous les payemens qui se font , de connoistre de tous les achats et march^ feits pour la foumiture des marchandises n^cessaires dans les magasins et de tout ce qui sert k la construction ou a Tarmement des vaisseaux. II doit aussy examiner les comptes du tr^ sorier, ceux des munitionnaires , survoyeurs et garde-magasin , aGn que tout se fasse avec Economic et qu'aucunc friponnerie ne se puisse faire.

Les gages sont de 5oo livres steriing par an ; ie sieur Jean Mnines possMe celtc charge, mais elle est pr^entement exerc^ conjointemeut par mylord Bronkar, sir Jean Maines et sir J^r^mie Smith.

Apr^ cette charge suit celle de survoyeur, qui est un mot traduit de Tan^ois , mais qui n a pas assez de force et qui n'exprime pas assez le pouvoir de cet officier, qui est a pen pr^ le mesme que celuy de nos intendans. II doit connoistre Testat des vaisseaux, des magasins et des marchandises qui sont dedans, donner ordre que ce qui manque soit remis et remplac^. II doit encore faire trouver et acheter tous les bois n<k^ssaires a la constmction des vaisseaux, masts et vergnes ; juger des radoubs et des r<^

parations qui se doivent faire qux voisseaux. II doit charger par ^crit les ckarpentiers de tous ies bois et fcrs qu'ils re^oivent , examiner si i'usage qu on en fait est bon , et arrester ]eur eompte, comme aassy il doit charger par ecrit les raaistres etcontre-maistres des navires de tous les agr^, apparaux , etc. qa'ils prennent pour metlre dans leurs vaiflseiiux, et lenr en doit faire rendre et arrester les comptes au retour de chaque yoyage.

Cette charge est poss^^ et exerc^ par le colonel Thomas Midleton, et il a h^o livres steriing de gages par an.

Apr^ cette charge est celle dn clerc des actes ou secretaire , qui a soin d'enregistrer tous les contrals, ordres, billets, ordonnances et autres choses r^l^ par les principaux officiers et commissaires du navy-office,

II y a ensuite les commissaires dudit navy-office, dont les fonctions sont semblables h celles de contr6leur, et mesme ceux qui exercent celle de contrAleur sont h present commissaires, s^voir : mylord Bronkar et J^r^mie Smith. U y en a , outre ceux-l^ , deux autres qui doivent toujours estre Tun h Portsmouth et fautre ^ Chatam, pour avoir la direction de tout ce qui regarde la marine du roy dans lesdits ports, et de tous les achats qui s y doivent faire pour T^uipement des vaisseaux de la flotte. Ceux qui le sont k pr^nt s'appellent sir JeanThippes et Jean Cox, et ils ont 35o livres steriing de gages par an. Tous les officiers cy-dessns mentionn^ sont tous pourvus par le roy pour servir autant qu'il plaist ^ Sa Majesty.

U faut cependant remarquer que le roy nomme h toutes les charges du naty-office, parce que que , comme c'est le roy qui fail la d^pense de la marine , les officiers y doivent estre mis par sa main , outre que le roy rend compte en quelque mani^re k son parlement de Targent qu'il employe pour Tentretien de ses vaisseaux. Le fonds principal qui est destine pour cette d^pense est la grande coustume on la douane, qu'on pretend qui rapporte 600,000 pieces par an. Ce qui revient h 8 millions de francs.

Apr^ avoir parie des officiers du navy-office de Londres, il faut examiner les magasins de marine, les ports et les iieux ou les vaisseaux sont bastis et radoub^s.

Le roy d'Angleterre a quatre grands magasins et ports considerables, on il retire ses vaisseaux de guerre, s^voir : Chalam, Deptford, Woolwich et Portsmouth; les trois premiers ports sont si pr^ de Londres, et Portsmouth en est si peu eloign^, qu on pent en moins d'un jour y envoyer les ordres n^cessaires. Ainsy le navy -office cstably h Londres pent en tr^s-peu de temps donner des ordres partout, les faire ex^cuter en diligence et faire agir en mesme temps en ces quatre endroits dilferens , dans chacun desquels il y a des officiers particuliers pour I'execution desdits ordres; cest ce qui fait la grande facility qu'ils ont pour les achats et pour Teconomie dans leurs magasins, parcc que, comme tous les magasins sont fort proches, les officiers commis par le roy pour avoir soin de ce qui y est et avertir de ce qui y manque, en donnent d'abord leur avis au navy -office, qui fait marcbe avec des marchands pour foumir ce qui est n^cessaire, et de cette sorte , il n'y a point de tromperie et on n'est pas sujet h la bonne foy des officiers qui sont sur les Iieux, qui pourroient par de faux marches divertir les fonds h leur profit.

Les officiers sont, en chacun des quatre ports que j'ay nomm^s, s^voir: un commissionnaire,qni a de gages 35o livres sterling; un clerc ou commissaire de marine, qui a inspection des gens de journee, 181 livres sterling; un maistre-attendant, qui a soin de toutes les constructions (on met d'ordinaire en cette place ou un maistre charpentier qui nyt longteinps servy ou quelque vieil officier estropie dans le service) , il a

de gages 1 5o h 200 livres steriing; un survoyeur, 1 ao ; un clerc, A6 ; un maistre charpentier, 100; un assistant ou ayde-charpentier, 90; un garde-magasin , 110; un ^ri- \ain pour le radoub des vaisseaux, 70 ; un autre pour la construction, idem; et un pour la corderie , idem.

U y a aussy en temps de guerre un autre magasin, Harowich, ou on travaille aussy a ia construction, radoub et armement d'une partie de ses vaisseaux, et, en temps de paix, on y laisse un officier qui a 100 livres sterling de gages.

Ayant parl^ des gages des ofBciers du port , il est bon de parler des pensions que ie roy avoit accord^es depuis son retour h quelques vieux el principaux oQiciers de marine & qui il avoit donn^ le titre d'amiraux, vice-amiraux et contre-amiraux , h cause de leurs bons services.

Deux amiraux: sir Georges Askem, qSo livres sterling; sir Tbomas Allen, a/i5;

Trois vice^amiraux : sir Joseph Jordan, a 00 livres sterling; sir ^ouard Spraag, aSo; sir John Herman, a 00;

Trois contre-amiraux : Riches Utbert, i5o livres sterling; sir John Kempton i5o; JohnHubbert, i5o.

Tons ces gages et pensions ont est^ retranch^ depuis la guerre de Hollande et le roy n'en paye aucuns. Ainsy je n'en ay fait mention en cet endroit que pour marquer les principaux officiers de marine et ceux qui par leurs bons services ont m^rit^ ces r^ coropenses.

II a est^ aussy cr^ depuis le retour du roy une charge d'amiral-lieutenant en faveur du comte de Sandwich , dont les gages sont d'une pi^ par jour et de 1 0 schellings par mois pour chacun de ses valets , qui luy sont pass^ au nombre de seize. C'est luy qui a d ordinaire le second commandement apr^s Tamiral.

II y a un secretaire de la marine, qui exp^die tous les ordres et toutes les provisions au nom de Tamiral , qui est pr^nlement le sieur Mathieu Wren , dont les gages sont de 3oo livres par an.

Apr^s avoir parl^ des officiers qui composent le navy-office et de ceux qui sont employes dans les magasins et dans les lieux de construction , il faut ce me semble examiner la bonne conduite qu'ils tiennent pour les armemens et T^conomie avec laquelle ils font toutes les d^penses de la marine.

Apr^s que le roy a pris dans son conseil la resolution d armer un certain nombre de vaisseaux, il laisse le soin et la conduite de toutes choses ^ famiral, apr^ luy avoir explique ses intentions; aussytost Tamiral assemble tous les officiers du navy^ffice, ieur fait s^voir la quantity de vaisseaux quele roy a r^solu d'armer et Ieur ordonne de bien examiner ce dessein et faire un eslat de tout ce qu il y aura k faire pour cela.

Lesdits officiers se font apporter de Ieur cosie , par Ieur sea-^taire et contr6leur , Testat des vaisseaux du roy, les devis faits par les maistres cliarpentiers et attendants pour le radoub ndcessaire k chaque vaisseau; les estals des garde- magasin de tout ce qu ils ont de provisions en Ieur garde et dont ils sont charges. Tous lesdits estals sont faciles k trouver, parce que chacun dans son d^partement est oblig^ d'envoycr au navy-office un estat de tout ce qui a esUi consomme et de tout ce qui reste dans les magasins. Ainsy Ieur secretaire les Ieur i*epresente aussy lost qu ils luy sont demandes. Apr^ qu'ils ont examine tous les estate, ils jugent des marchandises quil faut faire acheter, du radoub qu'il faut faire aux vaisseaux et generalement de toute la depense k faire pour la marine, apr^s quoy ils dressent un estat de tous les achate qull faut faire pour Tequipement de la flotte et du nombre des vaisseaux neufs qu il est necessaire de bastir.

MARINE D'ANGLETERRE. 32i

Apres qu'ils ont fait cet estat , its commencenl h s'assembler pour faire ies march^ des marchandises qui leur sont n^cessaires, comme bois, chanvre, fer, gondron, etc

Les marchands, conform^ment h ieur obligation , font transporter k leurs frais et d^ pens dans les lieux mentionn^ audit march^ toutes les marchandises quails remettent entre les mains du garde-magasin, en presence du contr61eur et du survoyeur, tous lesquels signent la d^harge, qui est con^ue en ces termes : trA... marchand de bois, la somme de. . . la quantili de. . . de bois qu'il a foumy dans la cour de Portsmouth, suivant le march^ par luy fait avec les officiers du navy^ojtce, cy. . .»

Le contr6leur et le survoyeur, aprte avoir examine ce que le marchand k apport^, signent et certifient que la merchandise est bonne et de boune quality ; apr^ quoy le garde-magasin signe k la marge et certi6e qu elle luy a est^ livr^. Le marchand apr^ cela s'en retoume aux officiers du ntwy^ffice et Ieur porle son billet , que le commissionnaire et le contr61eur signent aGn que , estantportd au tr^rier, le marchand revive son argent. II le re^it des mains du conunis du tr^rier, qui ne garde pour d^charge que le billet en la forme susdite, de sorte que tous les achats et payemens se font k Londres, ce qui est d'une tr^-grande cons^uence et qui leur est tr^s-facile k cause de la proximity des lieux.

Les comptes se rendentplus facilement qu'en France, estant moins embarrassans, parce que , au lieu que le tr^sorier doit apporter, pour justiGer un article de son compte , le march^ fait avec le marchand , le regu du garde-magasin , Tordonnance de Tintendant et la quittance pass^e par-devant notaire et contr61^ par le contr6leur, icy, dans une demy-feuille de papier, par un seul article en forme de compte , sign^ par quatre ou cinq personnes, le tr^rier justiGe sa depense. lis ne font travailler qu'& la journ^ k la construction de leurs vaisseaux parce que, comme ils veulent bastir pour durcr, ils ne veulent pas s'en Ger k un charpentier qui n'employeroit pas autant ni d aussy bon bois qu^il faudroit, aGn d'espargner sur la construction tout ce qu'il pourroil; n^anmoins, iorsqu*on est fort press^, on fait quelquefois des achats de vaisseaux et des march^ avec des maistres charpentiers pour en construire.

On pretend qu'une frdgate bien faite, percee pour cinquanta pieces de canon, couste environ 8,000 pieces, qui est 10/1,000 livres, monnoye de France; en comptant ses masts, agr^ et apparaux et n'y manquant que le canon. Les autres vaisseaux reviennent au roy dans la mesme proportion *.

Quant aux radoubs et constructions qui se font k la journ^ > il y a , pour chaque vais-r seau, un maistre charpentier, qui est pay^ par jour k raison de So pence. U a soin de se rendre tous les jours, k six heures du matin, dans la cour de Tarsenal, ou tout ce qu'il y a de gens de journ^e, soit calfats, menuisiers, charpentiers et autres se trouvent k la mesme heure, et, apr^ avoir esl^ appel^ et marqu^ sur le registre que les survoyeurs, contr6leurs et maistres-attendans gardent, on les pai'tage k chaque vaisseau, suivant le besoin qu'on en a. lis travaillent tout le jour jusquli six heures du soir; ils ne sortent que deux fois pour manger : Tune a neuf heures du matin , qui ue dure qu une demy-heure; Taulre a une heure apr^ midy, qui dure une heure. Ils ne sortent point de Tarsenal pour manger; il y a une maison dans laquelle ils vont et ou on leur donne ce qu ils veulent en payant le prix qu il couste.

Le maistre charpentier a deux assistans et un bosseman ou maistre d'^quipage qui

* Seignelay reprodiiit ce detail et plusieiirs autres a propos de Tarsenal de Ghatam. — Voir page 3/45.

prenneDt garde qoe lesdit^ gens de jonrn^ travaHleiit incessanmient; ces qnatre officiers sont entreteDus sur diaque vaiaseau da roy, amsy bien en temps de paix qo'en temps de guerre, et , ootre cda , fl y a eneore on maistre, mi piiote et mi maistre canonnier entretenns. Ds demenrent toojonrs sor le Taissean poor le nettoyer, ie consenrer et pr^errer de tout accident, y faisant le quart Ton apr^ Tautre, ce qoi sert non-senieroent au maintien des vaisseau da roy, mais mesme k entretenir an nombre ccmsid^ rable de gens experiments tant h Texercice du canon qa'& la manoeaTre des vaisseaux.

Les ouvriers quitlent le travail le samedy, deax heores plos tost qak rordinarre, pour arrester le compte de ce qui est deu aux gens de jonm^, ce qui se £ut en leur presence par le survoyeur ou inspectear assist^ de tous les aatres officiers do lieo. L'estat estant arrest^ par le survoyeur et le contrMeur, le payement s'en finsoit aatrefots de mois en mots , mais pr^sentement il ne se fait que de trois en trois mois et queiqaefois mesme ik attendent jusqu*^ six mois.

Le payement se fait toojoors sur ieKeu de constrnction, oh Tun des commtssionnaires dn navy^Jke se doit rendre pour y prSider et est assist^ de tons les oflSciers du lieu ; chaque ouvrier re^it ce qui hiy est den dans uoe petite botte qui tient justement la somme qui doit luy estre pay^, h un schelling pr^, et de cette mani^ on espai^gne la peine de compter.

Quoyque j'aye desjii tir^ cpielques ^laircissemens de ce cpi'on paye par jour h toutes sortes d'ouvriers employ^ h la construction et au radoub des vaisseaux du roy d'Angleterre, n^mnoins, comme j'esp^re en prendre encore des connoissances phw certaines en visitant les lieux oil lis travaillent, j'ay cm devoir remettre cet article au retoor de cette visite.

Pour les marchandises, il faut s^voir le lieu d'oii eHes viennent et le prix qa'eOes coustent; quoyque je me promette de s^avoir plus en d^il toute chose, apr^ qae je seray de retoar de mon voyage de Chatam , je ne laisseray pas de dire ce que j'ay pu apprendre jusqu'^ present :

Pour les bois, tout le chesne se prend dans les forests du roy, et il y en a assez en Angleterre pour n'avoir pas besoin des pays estrangers. Les pays de Sussex, Somerset, Comouailles en foumissent la plus grande quantity. II se charrie dans les ports k un prix t4^4 selon la distance des lieux, et, avant que de le transporter, ils en ostent T^rce dont ils se servent pour passer les cuirs. Le bois ordinaire pour le bordage se vend h une certaine roesure appel^ load^^ qoi fait 53 pieds cam^, et elle couste 35 a /lo sdiellings.

Tous les bois de sapin , les masts et goudron viennent du Nord ; ils les prennent k Gottembourg, Lnbeck et Hambourg; aetrefois ils les faisoientvenir de la Nouvelle-Angleterre, et ils estoient aussy bons que ceux qui viennent de Norw^ge. Le roy peut toujonrs tronver chez les marcbands toute la quantity de ces roarchandises dout il peut avoir besoin pour r^uipement de sa force , sans estre oblig^ d'en faire des provisions ; n^anmoins tous les arsenaux et magasins en sont k prSent bien remplis.

Quant au fer, it y a assez de mines en Angleterre pour en foumir toute la quantitd n^cessaire; mais, comme il n'y auroit pas assez de bois pour le fondre , on fait venir des canons de fer de Su^de , quoyqu'ils n'en estiment pas le fer si bon que celuy d' Angleterre. Le roy m'a assur^ que le fer qui se tire des mines de son royaume est si bon qu un canon de vingl-qualre livres de balle ne p^ pas plus qu'un canon de fonte et tire mesme plus loin et fait plus d'cflet; il est vray qu'un des principaux raaistres fondeurs qui a est^ con8ult<^ aujourd'fauy sur celle mati^re n en toiube pas craccoi^ ; ainsy * Charge ou voie.

je remets encore k le trailer plus amplement dans {'article des fonderies, apr^ que j auray bien examine h fond tout ce qui s'observe et en depend.

La plus grande partie du chanvre dont on se sert dans les corderies du roy vient de Moscovie; on en apporte anssy de France, mais le premier est estim^ beaucoup meilleor et est aussy plus cher de 3 ou /i scbeOings par quintal.

La plus grande partie des toilesnoyales et toiles de M^ie* vient de Bretagne; ils seservent aussy quelquefois de canevas double dlpswich , qui est une ville dans ie pays de Suffolk.

II faut observer que les Anglois mettent beaucoup moins de fer dans ia construction de leurs vaisseaux que nous n'en mettons en France; ils se servent de chevilles de bois de chesne qu'ils disent Her leurs navires beaucoup mieux que le fer, les rendre plus 1^ger et durer plus longtemps sans que le vaisseau fasse de Tean, comme il en fait d'ordinaire quand le fer des chevilles vient h se manger par la rouille. Le bois dont ils se servent pour les chevilles vient du pays de Sussex ; il est extr^raement dur, et ils ne Temployent jamais qu apr^s Tavoir laiss^ s^cher deux ans dans leurs magasins.

La lev^e des matelots se fait ordinairement par le maistre et pilote du navire, en vertu de Tordre qu*ils en re^ivent de Tamiral, ces officiers connoissant ordinairement mieux les bons matelots et estant bien plus capables de les disposer de gr^ ^ gr^ k venir servir que ne peuvent estre les capitaines et lieutenans.

Lesdits maistres et pilotes ne donnent point d'argent aux matelots pour les arrester, cbacun d'eux estant pay^ de leur gage le jour qu'ils entrent dans le vaisseau ; mais lorsque Ton est press^ et que les officiers de la cour oil s'^ipent les vaisseaux reconnoissent que cette lev^ ne se fait pas avec toute la diligence que le service du roy requiert, ils en donnent avis h Tamiral , quidonne au capitaine un mandement qu'ils appellenttvarranf^ en vertu duquel il pent contraindre tous ceux qu'il juge pi'opres k servir sur son bord k s'y rendre incessamment en leur donnant un schelling d'avance, dont on luy tient compte; que si les matelots ^ qui le capitaine a donn^ le schelling ne se trouvoient pas k jour nomm^ dans le bord, on proc^deroit contre eux comme centre des d^serteurs.

Le capitaine n'est point chargd de ravitaillement de son vaisseau, y ayant un munitionnaire qu'ils appelent victualler *, qui est oblig^ de fournir les vins k raisons de 8 pence parhomme, qui reviennent k pr^ de 9 sols, monnoye de France. La ration ordinaire pour chaque homme est une livre de biscuit et un gallon de bi^e par jour, qui revient a deux pots de France; le lundy et jeudy k chacun une livre de boeuf, le dimanche el mardy une Kvre de lard avec des pois; le mercredy, vendredy et samedy une demymorue k quatre hommes et k chacun d'eux un quarteron de beurre el de fromage.

Tout ce qu'il y a d'hommes sur le vaisseau sont traits ^galement, les capitaines mesmes n'ayant pas plus que les simples matelots; il est vray que le munitionnaire leur donne un pen plus de viande fraische et embarque quelquefois des ponies pour eux , et comme ils ont beaucoup plus de gages que les autres , le purser ou ^crivain , qui a tous les vivres de chaque vaisseau et qui en embarque de frais, leur foumit, en payant, tout ce qu'ils d^irent, aussy bien qu'aux volontaires et k tous ceux qui veulent estre mieux traits que les matelots.

Le munitionnaire n'a d'aulre soin que de fournir les vivres bien conditionn^ au purser, qui est un ^rivain du vaisseau qui ne d<^pend point dudit munitionnaire, mais seu-

* La loile de Melisou M6lie suit en qua- • Pourvoyeur, munitionnaire. Seignelay,

lil^ la loile noyale, elle sort h faire les menues tromp^ par la prononcialion , ^ril : Witlair. voiles.

lement de Taniiral qui le commct et depute. Apres avoir examine I'estat des viTres en presence do sarroyear do magasin , du capilaine.des maistres, piloteseiautres oflkiers da vaisseau , il s'cd chai^ et en doone toujoarB an itewari^ on maistre valeila qaaDlil^ n^cessaire poor la noorritore des offiders et pipage do vaisaeao.

II est i remarqoer qu*on ne commence i fouroir lea vin'ea qoi aont embarqo^ dans le vaisseao qoe do joor qu'il se met i la voile, et, pendant qo^ils soot en rade oo dans le port, le monitionnaire foomit de la viande fraisdie, de laqoeile foomitore on ne lay tient compte qo'^ raison de 5 pence par ration, et c'est ce qo'ils appdlent en Ai^eterre estre an petit warrant.

Lorsqoe le vaisseao est oblig^ de relascber en qaelqu'on des trois ports do royaome tel qoe ce poisse estre et qa*ii y demeore qoelqoe temps poor se radoober oo poor qoeiqoe aotre raison, il est aossy oblig^ de foomir le petit warroMi par ses correspondans.

Qooyqoe le capitaine ne soit point cbarg^ des vivres, il est n^anmoins obiig^ par son instroction de prendre garde qo'il y en ayt toote la qoantit^ n^oessaire poor la noorritore de son pipage pendant toot le temps qo'il doit estre h la mer, et qo'ils soyent de bonne qoalit^. II doit empescher aossy qoe les vivres destin^ poor servir \ la mer ne soyent consomm^ dans le temps qoe le vaisseao est encore dans le petit warraM, c*est- 2hdire tant qo'on loy en foomit de la terre. II doit aossy tenir on registre, conjointement avec les aotres officiers dodit vaisseao , de ceox qoi meorent \ la mer, qoi ont leor oong^ oo qoi sont renvoy^ h terre.

Le purtfT rend compte ao retoor do voyage par-devant les sorvoyeors, contr^leors et aotres officiers de la distribotion qo'il a faitedes vivres dont il estoit charg^, et, qoant ao monitionnaire , il n'est oblig^ , poor la josti6cation de ses comptes , qoe de rapporter le m^moire de la foomitore qo'il a faite certlG^ bonne par la signatore des sorvoyeors et contrAleors et sign^e aossy do purser.

Ootre rinspection qoe le capitaine doit avoir sor la foomitore des vivres, ainsy qo'il est dit cy-dessos, il doit faire avec le sorvoyeor, les maistres et pilotes do vaisseao one revoe de ceox qoi doivent servir sons ses ordres et divisor conjointement avec eox son ^qoipage, selon lliabilet^ et Texp^rience de cbacon , le roy d'Angleterre faisant payer les matelots de trois diff^rentes mani^res, s^voir : les matelots capables et experiments qui ont est^ sqpt on huit ans k la mer ont q/i schellings par mois; les aotres sont ceox qoi ont servy trois ans et qoi ont 18 schellings par mois de paye; les troisi^mes sont les grooms, qoi sont lesjeones matdots assez forts poor bien servir, mais sans experience, et ceox-cy ont 1 k schellings par mois.

n y a encore de jeones gar^ons qoi ne sont que poor nettoyer les vaisseaux, et qo'ils appellent houi, qoi ne re^ivent aocone paye.

Apr^ qoe le service est fait, le capitaine donne k chacnn des matelots des certificats de service qoi sont imprimS et remplis des noms desdits matelots dSignS par le capitaine et par les maistres et pilotes de chaqoe vaisseao. U se pratiqoe ordinairement qoe les capitaines ont cinq 00 six hommes passS poor leors .valets et trois 00 quatre hommes pour les petits mousses du vaisseau.

II est ^ remarquer que tons les officiers du vaisseau re^ivent leur payement par certiGcat Ida service de la mesme mani^re que les.matelots et soldats, et le capitaine mesme prend son certificat des maistres et pilotes du vaisseau et eux de luy.

* Econome , commissairo. Seignelay ecrit : Stuard.

II n'y a aucnn capitaine entretenu et Tainiral ne ies nomme que quand la flotte est arm^. 11 chobit lea officiers de service et ceux qui sont plus intelligeDs. D^ que ia campagoe est finie, ils se retirent chez eux jusqu'ii ce qu ils soyent employ^ en cas d*armement. Pendant ce temps ils n'ont aucune pension , et souvent un capitaine qui aura command^ un xaisseau de premier rang en commandera nn du quatri&ne et cinqui^me, sans qu'on y ayt ^ard k ramiraul^. Ce n'est pas que, quand un capitaine a bien fait son devoir, on ne compte comme une r^mpense de luy faire monter un vaisseau d'un rang plus ^lev^.

Apr^ avoir parl^ de la marine des Hollandois et remarqu^ une partie de ce qu*ils ont fait pour se rendre aussy puissans qn*ils le sont k la mer, et pour vaincre Ies difficult^ qu'ils ont trouv^ dans la situation de ieur pays , ou il a fallu que Tart et Tiodustrie ayent eu toute la part, sans que la nature ayt rien contribu^ de son cost^ que pour apporter des dilBculti^ qui auroient paru insurmontables k des gens moins habiles et moins appliqu& que Ies Hollandois, je me propose de parler des forces de mer du roy d'Angleterre, qui sont Ies plus grandes et Ies plus considerables du monde, plus encore par Texperience et lliabilet^ des officiers et matdots que par le nombre des vaisseaux , quoyqu*fl soit fort considerable.

DiffHrenee de la situation de la HoUande et de VAngUterre. -— L*Angleterre est situ^e si avantageusement et a tant de facility pour tons Ies establissemens de marine, qu*elle n'a presque rien k faire qu'ii suivre ce que la nature a si bien commence ; en quoy elle est fort diff^rente de la Hollande qui Ta eu k combattre. Ils estoient dans un pays ou fl sembloit qu*ancun vaisseau ne pust aborder; la mer, qui est plate 2i cet endroit plus qu*en aucun autre lieu de rOc^an, k peine pouvoit porter Ies plus petifs vaisseaux; il n'y a ni port, ni rade pour Ies mettre k convert; enfin tout paroist oppose il Tentreprise qui Ieur a si bien reussy de mettre un nombre considerable de vaisseaux k la mer. I/Angleterre au contraire, outre Ies ports qu*elle a par toutes ses costes, qui font que Ies vaisseaux sont en seurete en queique endroit presque qu'ib abordent, a encore un grand nombre de rivieres, qui sont assez creuses pour tenir Ies vaisseaux de guerre et ou ils sont en seurete; et la Tamise, qui passe k Londres, est assez profonde pour porter Ies plus grands vaisseaux jusqu*2i quatre milles de la viUe.

EeUU du nombre des vaisseaux degaerre anglois, de Ieur nam, Ieur port, h nombre des canons et de Equipage qui est mis sur ehaeun quand ils sont armis. — Le roy d* Angleterre a presentement vingt-deux vaisseaux k la mer, tant en convoy des marchands que sous le commandement d'^douard Spraag, dans la mer Mediterranee. II y a quatre endroits on il retire Ies vaisseaux quand ils sont d&armes, savoir : Woolwich, Deptford , Portsmouth et Chatam. II a, en ces quatre endroits ou k la mer, cent trente-deux vaisseaux en comptant phisieurs assez petits bastimens'.

i" rang.

6 vaisseaux.

6ao pikes

de

canon.

5,t5o honimes d^equipage.

8,9ao

aS

ai

ai6

Total.... i3a 5,66o 38,690

Tons Ies vaisseaux du 6* rang servent de bruslots et de fixates d*avis. Ce qui est * Seignelay donnc ici la listc detailldedes vaisseaux, mais nous nous bomons k la resumer*

326 ANNEXES DBS INSTRUCTIONS.

k remarquer, c'esi qu'il arrive assez rarement qu'ik bastissent on navife enti^rement neuf, parce qu'Us ont accoustmn^ ou de faire de fort grands radoubs, oa, si le vaisseaa est enti^rement raind , de bastir sor les vieax fonds et de lay donner le mesme nom que devaot; c est ce qui fait qu'ib out des vaisseaux qui out ceut aos et plus, comme le vaisseau VArc-ttirCiel, qui a estd basty du temps de la reyoe Elisabeth et qui est encore pr^ntement ^ Chatam. La facilit^ qu'ils ont pour le radoub, par le moyen de leurs docks ou formes, produit ce bon eiTet, qui feit que les vaisseaux en durent beancoup davantage et qui espargne assurdment une ddpense fort considerable. Mais nous parlerons de leurs docks et de la mani^ dont ils radoubent leurs vaisseaux en un autre lieu.

Du gabarit de leurs vaUseaux, de la maniire de leur construcUon etde la difference qu'il If a entre leurs vaisseaux et ceux du Roy, — Le gabarit de leurs vaisseaux est fort difli^ rent des nostres , et il seroit k souhaiter que nous suivions leur maniire , qui est assur^ ment fort bonne. La nostre a plus de rapport avec celle de la Uollande, ce qui vientsans doute de ce que nous nous sommes servis de Hollandois dans les commencemens pour bastir nos vaisseaux , qui ont appris k bastir comme eux h ceux qui ont travailM sous leur direction.

Ils font leurs vaisseaux tnoms charges d'ceuvres mortes ou fhu frigates que les nostres, — En g^ndral les Anglois fi'^alent beaucoup davantage leurs vaisseaux qu'en HoUande, ni en France; ils mesnagent jusqu'^ un poucede hauteur, el font en sorte quun vaisseau de deux mille tonneaux ne paroist gu^e davantage a la mer qu'nn vaisseau de France ou de Uollande de mille deux cents. Tons leurs vaisseaux du t" rang sont h trois ponts, deux gaillards et une dunette; ceux du 9*, \x trois ponts, les plus grands, et un gaillard d'arri^re ; les autres k deux ponts et deux gaillards; ceux du 3' et du 6*, k deux ponts et un gaillard d'arri^; ceux du 5* et du 6*, h un pont et un gaillard. Us dvitent, sur toutes choses, tout ce qui pent charger un vaisseau d'oeuvres mortes, et, s'ils mettent qudques figures pour Tornement de la poupe, ils Taplatissent de maniire qu'ellcs ne chaj*gent point le vaisseau et ne le retardent point dans la navigation.

Qu'ils downent mtms d^elSvation que nous entre deux ponts. — Les raisous pourquoy leurs vaisseaux paroissent beaucoup plus bas que les noslres sont :

1* Le mesnagement qu'ils observent dans T^dvation d entre deux ponts, ne donnant que six pieds et six pieds et demy de hauteur dans la batterie basse k leurs vaisseaiuc du premier rang de deux mille deux cents tonneaux et de cent dix pieces de canon, au lieu que le Royal-Louis en a sept et quelques pouces ;

'J* La maxime qu'ils out qu'un vaisseau basty au tiers est trop court, qui est cependant la mesure ordinaire de lous les charpentiers de Uollande et d'une grande partio de ceux de France, llsdonnenl, par exemple, cent trente-deux pieds de quilleau Pnm^^ qui est le plus beau vaisseau qu ils ayent; ils nc luy doniicDt que quarante et un pieds de maistre bau, et ainsy des autres vaisseaux h proportion;

3" Le grand dlancement qu ils donnent k Fclrave ; rt^irave du Prince ayant vinglcinq pieds de queste , ce qui fait que le vaisseau paroist beaucoup plus long.

La /§• cause qui fait que leurs vaisseaux paroissent plus fregat^, c'est que les allonges de revers rentrent beaucoup davantage que celles de France, ce qui dtr^t le haut du vaisseau et qui le soulage davantage que quand lesdites allonges sont plus droiles.

Ils prdtendent que cette maniire de construction est beaucoup meilleure parco qu elle rend le vaisseau plus Ugcv el que, oulre cela, c^lr^issanl le pont, il faul moins de

moode poor faire leurs manoeuvres. Le seu] inGonv^oient qui pourroit arriver de cette luani^e de bastir seroit que |e vaisseau , estant phis ^troit , devroit moins bien porter sa voile, parce que les vaisseaux soat plus ou moins boos voiliers selon qu'ils sont plus ou raoins lai^ h Teudroit de Tamure; mais ils y reno^dient en foisant ie ventre da vaisseau plus large, et ils pr^tendent mesme que le vaisseau est d ordinaire meiHeur voilier et roule moins k la mer, parce que, ce qui est pr^ de Teau estant plus large, quand la mer est agit^, il a plus d'assiette et luy r&iste mieux que quand ie bas du vaisseau est plus ^troit.

Les raisons quails ont pour prendre garde avec tant de pr^ution k ne pas charger leurs vaisseaux d'oeuvres mortes sont que, dans un combat, un vaisseau plus bas donne moins de prise au canon des ennemis qu'un vaisseau plus ^ev^ ; que le canon venant h donner dans les oeuvres mortee envoye des ^lats qui font souvent plus de mal que le canon mesme. Ces raisons, qui sont fort bonnes pour la guerre, sont encore meilleures pour la navigation. Un vaisseau qui a moins dWvres mortes et qui pr^nte plus de voile au vent en est beaucoup plus vite, outre que, quand il est envolum^, il est beaucoup plus pesant et cette pesanteur le retarde consid^rablement.

Qu'ilt rejetterU le poids du vaisseau sur I'avant, — Rs croyent que plus un vaisseau est charg^ sur Tarri^ plus il est retards dans la navigation. C'est pourquoy ils rejettent, autant qu'ils peuvent, tout le poids sur Tavant, afin que le vqnt rencontre moins de r^istance sur Tarri^e et qu'il pousse le vaisseau avec plus de facility. C'est pour cette raison qu*ils ne mettent point du tout de galeries ni de balcons sur Tarri^e et qu'ils n'admettent mesme que des omemens de sculpture assez Mgers. C'est pour cela aussy qu'ils donnent moins de queste a Testambot que nous n*en donnons en France , et qu'ils en donnent davantage k T^trave, en quoy ils manquoient assur^ent autrefois, donnant trop d'^lancement h T^trave et aSbiblissant par ce moyen leurs vaisseaux, qui, sur cent vingt pieds de quille portant sur terre , avoient cent cinquante pieds de I'^trave k Testambot. Mais ils ont reconnu eox-mesmes ce d^faut, et le dernier vaisseau qu ils ont Cait, qa'ils pr^tendent estre la r^e de la bonne construction et qui s appdle le Prince, sur centtrente-deux pieds de quille portant sur terre n'a que cent soixante pieds de F^trave k Testambot, dont il y a six pieds pour la queste dudit estambot.

Qu'ils onl leurs poupes plus etroites que nous, — La crainte qn'ils ont de charger trop leurs vaisseaux sm* Tarri^re fait qu'ils ^Ir^issent extr^mement leurs poupes, en sorte que le Souverain , qui est le plus grand vaisseau qu'ils ayent, a la poupe si ^troite qn'on diroit presque de loin que c'est une fluste. Cependant, bien que la poupe soit extr^mement ^troite par en haut, elle ne laisse pas d avoir en bas la largeur raisonnable; et sur ce que je dis au cororaissiounaire avec qui j'estois, qui est le principal officier de Chatam et qui a servy longtemps de capitaine, qu'il me paroissoit que cette mani^re de faire les poupes si Etroites n'estoit pas agr^able, il me r^pondit que e'estoit Tancienne mani^ de bastir qui avoit est<^. corrig^e, et effecUvement la poupe du Prince est beaucoup plus large, quoyqu'dle le soit beaucoup moins que celle des vaisseaux de France.

Qu'ils arrondissent leurs poupes par derrihre. — 11 y a une autre diff^eoce fort grande entre les Anglois et nous, pour les poupes de leurs vaisseaux. Celies de France , depuis la sainte-barbe en bas, sont carr^; les leurs, au contraire, vienuent en arrondissant jusqu 2i Testambot auquel le bordage est attach^. Les raisons qu'ils ont pour bastir de cette mani^re sont que, les poupes estant rondes, le gouvemaiJ a plus de liberty etfait toumer le vaisseau plus facilement, parce que leau ne rencontre rien qui la rompe et qu ainsy le gouvemail a plus de force. Ils disent, de (Jus, que lorsqu'on navigue au

phis pr^ da vent la ponpe ronde ne donne aacan retardement a la navigalioD , ne rompant Teaa en ancune sorte, an lien qne les poapes carr^ la rompent avec violence et retardent le vaisseaa par la r^istanoe que la mer fait. Qnoy qu*il en soit, je tronve que les poapes faites de cette mani^re ont beaacoup meilleure grftce qae les cair^.

Qu'ils ne mettent paint de gakrie i Varrihre, — Poor les galeries, fls n'en mettent aocone h rarrik^ da vaisseaa, et apportent les mesmes raisons qoe j'ay desj^ mises dans les m^oires coneernant la marine de HoUande. Je n'en ay va aacon en Angleterre qui en east, et ne troave pas mesme que les poapes sans galeries en soyent moins agr^les, qaand eiles sont bien proportionn^ et qnand les omemens en sont bien entendus; car, ponr les omemens, qaand ils ne seroient pas d*an ancien usage, je voudrois en faire an nouveau, estant, ce me semble, de la grandeur du Roy que les nations les plus ^oign^ ne reconnoissent pas seulement sa puissance par le nombre et la force de ses vaisseaux, mais qn'ils connoissent encore sa richesse et sa magnificence par la beant^ de leurs omemens. Ce qui me semble se pouvoir fort bien accommoder avec les choses qui sont n^cessaires pour la navigation , en ne fiusant rien qui soit trop de relief et trop massif.

Qu'ils mettent dee galeries aux castes . — Poor les galeries des cost^, ils s'en servent et les font mesme plus grandes qu*en HoUande , mais ik ne leur donnent point tant de saillie, k beaucoup pr^, que nous en donnons en France, et les mettent tout d'une autre mani^. Elles se raplatissent extrftmement sur Tavant, et eiles vioment en diminuant insensiblement par en bout. Us ne leur donnent qne trois pieds de saillie aux plus grands vaisseaux. Elles font un effet fort agr^ble par dehors, et embellissent extr^memait la chambre en dedans , parce qu'elles ne sont point s^par^ des chambres par nne cloison comme elles le sont dans nos vaisseaux , mais elles sont tout ouvertes de mani^re qu elles donnent un grand air aux chambres du capitaine et des volontaires.

De la dispasitian du dedans du vaisseau. — Apr^ avoir parl^ de leur constraction en ce qui paroist an dehors , il est bon d'entrer un pen plus avant et de voir la diffi^rence qu'il y a de leurs vaisseaux aux nostres, tant en ce qui est de la position des membres, qu'en ce qui regarde la disposition du dedans du vaisseau. J'ay mont^ dans tons ceux de Chatam afin de pouvoir connoistre cette diffi^rence, qui est assur^ment fort considerable.

Mais , comme il ne faut pas juger de tons leurs vaisseaux et les prendre pour module de la constraction, parce que souvent ils sont assujettis an corps d'un vieux vaisseau qu ils radoubent, et, de cette sorte, its sont oblig^ de le renforcer dans les endroits ou il est le plus foible, sans garder de mesnre ni de proportions fort justes, j'en ay pris un pour module , qui a est^ hasty depuis pen , tout neuf , et qui est assurdment le plus beaa vaisseau qu'ils ajsnt.

De la construction du Prince. — Apr^ avoir pos^ la quille, de cent trente-deux pieds de long et de vingt-deux pouces d'^paisseur, ils y joignent T^trave, h laquelle ils n'ont pas tant donn^ de queste , k beaucoup pr^ , qu'ils ont accoustum^ d'en donner aux autres vaisseaux, par deux raisons : Tune, parce qu'ils ont reconnu que ce grand ^lancement sortoit hors des mesures et affoiblissoit trop le vaisseau; Tautre, parce que, ce vaisseau estant fort grand , il estoit impossible de luy donner de la queste k proportion des autres plus petits. Cependant, afin d*estre inform^ de ce qu'ils donnoient autrefois de qneste k tons les vaisseaux et de ce qu'ils donnent encore pr^sentement aux petits , il faul s^nvoir qu'ils nieltoient le tiers de la longnenr de la quille k r^lancpment de V6-

Irave et de restambot, en sorte qu'an vaisseau de cent pieds de quille aura trente-trois pieds de queste, dont il y en aura vingi-cinq pour I'^lrave el huit pour festambot; mais ils ont diminui^ de bcaucoup cette proportion , et ne s'en servent plus que dans les petits vaisseanx de qnatre-vingt-douze ou quatre-vingt-quinze pieds de quille , h qui mesme ils ne donnent plus tant de queste h Testambot.

Apr^ avoir done mis la quille, ils commencent, comme nous, h metlre les varangues de fond, et ne font point comme en Hollande , ou on borde de cinq ou six bordages avant que de poser aucun membre du vaisseau. lis tiennent un milieu entre les HoHandois et nous , basiissent beaucoup raoins h plates varangues que les Hollandois et un pen plus que nous. Ils disent qu'il pent arriver des inconv^niens k tailler trop les vaisseanx comme h ne pas les tailler assez. Quand ils sont trop taill^, ils roulent k la mer et ne portent pas si bien leur voile; quand ils sont h plus plates varangues , ils se tiennent bien mieux k la mer et en portent bien mieux leurs voiles, mais n'en sont pas si legers, ni si bons voiliers.

Apr^s que les varangues sont pos^, ils mettent les allonges de fond, auxqnelles ib donnent dix pieds de liaison. Ce quails observent g^n^ralement dans les constructions est de ne charger point trop leurs vaisseaux de bois; ils pr^tendent que la force et la dur^e d*un vaisseau viennent beaucoup plus de la liaison des pieces que des mesmes pieces plus ou moins fortes. C'est pourquoy ils prennent garde, sur toutes choses, que les membres du vaisseau soyent extr^mement bien li^, et disent qu'ils sont trop pesans quand ils sont si charg^ de bois. Ce n^est pas que les vaisseaux qu'ils bastissent ne Hoyent plus forts que ceux de Hollande , mais ils le sont assur^ment beaucoup moins que ceux de France, et je crois qu'il seroit bon de les imiter en cela , puisque assur^ment, outre la d^pense qui est espargn^ par ce moyen , un vaisseau si charg^ de bois n'est jamais si vite, ni ne va si bien k la voile qu'un qui ne Test pas tant.

Apr^ que le fond du vaisseau est fait, que la carlingue, les porques, genoux et allonges de porques sont mis k Tordinaire, en sorte que tous les membres du vaisseau se touchent et qu'il n y ayt point de jour entre deux, ils bastissent le premier pont. Ils prennent beaucoup plus de garde que nous k lier les ponts avec le reste du corps du vaisseau; ils mettent quatre courbes k cbaque bau, deux pos^ du haut en bas et deux mises en guirlande, pour joindre les baux avec lesbarots et les lier ensemble. II est vray que ces courbes sont assez minces; mais ik snivent en cela leur maxime ordmaire et ne se soucient pas de la force du bois, pourvu qu*il soit bien li^ Tun avec Tautre. II y a encore, sur le premier pont, une grosse courbe, entre cbaque sabord, qui est chevill^e dans le bau. Les baux sont plus ^loign^ qu'en France ; mais les barots qui sont entre deux sont beaucoup plus forts; ainsy cela revient k la mesme chose. Afin que leurs ponts soyent plus forts, et qu'ils puissent soutenir le canon, ils les ^tayent avec des piliers de distance en distance, dans les endroits oil ils ont un plus grand poids k soutenir, c'est-^-dire au fond de cale, pour soutenir la batterie basse, et au premier pont, pour la seconde batterie. La cause, k mon avis, de ce qu'ils mettent ces ^tais est que Tartillerie des vaisseaux est extrSmement pesante , mettant assez ordinairement des canons de quarante-huit livres de balle k leur basse , et de trente-six k leur seconde batterie, dans les vaisseaux du premier rang. Ils ont encore un fort bon usage, que nous n avons point en France, pour lier davantage le vaisseau et faire que les ponts se tiennent mieux et soyent plus forts; ils font partir du fond de cale des poutresfort longues, qui sont chevill^ dans les porques et qui passent depuis cet endroit jusqu'aux baux du troisieme pont. Ces ponlres sont mises en sautoir de dix en dix pieds et sont chevill^es

330 ANNEXES DBS INSTRUCTIONS.

fortemenl au fond de cale ei jointes aux baux avec des courbes. Get usage est assort ment fort bon et forlifie beaucoup un vaisseaa , sans ie rendre trop pesant.

Us ont dans leur fond de cale une chose particuliere qui doit estre fort utile pour fortifier le vaisseau et pour rem^dier aux coups de canon en cas de combat. Us font une mani^re de pont fort bas au-dessous de la batterie basse. Ce pont a quatre pieds de haut et est fait de la mesme mani^re que ceux que les cbarpentiers de HoUande font quand ils bastissent moili^ guerre, moiti^ marchandise, et dont ils se servent poiu* mettre les marcliandises les plus fines et pour les s^parer d avec les plus grosses. Ce pont sert aux Anglois h deux usages : le premier, h fortifier le vaisseau ; le second et le plus considerable, h donner ordre aux coups de canon dans un combat; les cbarpentiers et calfats sont dans cet endroit et vont partout pour rem^er aux coups de canon donn^ h Teau, qui sont les plus dangereux; ils ont des plaques de plomb toutes prestes pour y mettre et ont bien plus de facility que nous , parce qu'ils peuvent aller de tous cost^, au lieu que ceux qui nous vieiment au-dessous de noslre batterie basse font eatrer beaucoup d'eau devant que les cbarpentiers ayent est^ avec des eschelles pour y ranker.

Ckmmeni ils ehevillent leurt bordaget. — lis mettent beaucoup moins de cfaeviiles de £er que nous, quoyqu'ils en mettent plus que les Holiandois; ils ne s'en servent presque point sous Teau; ils en mettent aux extr^mil^s et au milieu de chaque bordage et dans les endroits ou les membres sont joints ensemble. Ils ehevillent de fer en Tendroit des pr^intes, des bordages, des courbes, des baux, et partout ou deux pieces de bois se joignent ensemble.

L^irs chevilles de bois sont de chesne de Sussex, qui est le meiUeur et le plus dur d'Angleterre. Ils le coupent en gros hastens carr^ et le laissent s^cher deux ans dans leurs magasins, apr^ quoy ils le donnent k des puvriers qui ne font autre chose que des chevilles, et qui les arrondissent h la mesure de certains anneaux de fer, afin qu'elles rempiissent justement les trous des bordages. Cet usage d'avoir des ouvriers expr^ pour travaiUer aux chevilles ne me paroist pas mauvais, parce qn'il est certain qu'un ouvrier qui n'a que cela k faire , les travaille bien mieux et avec plus de soin que ne feroit un charpentier.

S'ils tneltent bien leurs aabords plus proches que nous et la mamkre dont ils les disposent. — Bien que la distance des sabords doive estre toujours dans une proportion r^^ , j'en ay vu beaucoup perc^s de diflerentes famous; ce qui arrive parce que, quand ils radonbent les vaisseaux, ils sont quelquefois obliges, suivant leur force ou leur foiblesse, de boucber des sabords en un endroit pour les renforcer et d'en ouvrir en d'autres; ce qui souvent fait que , sur un mesrae vaisseau , il y aura des sabords de neuf et dix pieds de distance Tun de I'aulre, et d'autres qui ne seront qu'^ cinq ou six pieds. Cependant quand ils bastissent des vaisseaux neufs ou qu ils le peuvent faire h ceux qu'ils radoubent, ils observent de les mettre h sept pieds ou sept pieds et demy de distance Tun de Tautre h la batterie basse des vaisseaux de premier rang, et six pieds ou six pieds et demy h la seconde batterie. Pour ceux du deuxi^me rang et au-dessous, ils les mettent h six pieds et demy ou sept pieds k la batterie basse, et six pieds h la haute.

Us observent de ne mettre jamais les sabords les uns sur les autres , parce quails croyent que, en ouvrant le vaisseau dans le mesme endroit et en droite ligne, ils Faffoibliroient davantage qu en mettant Touverture du sabord de la batterie haute entre les deux sabords de la batterie basse.

Comme un des plus grands defauts que nous ayons en nostre maiine est de faire la batterie basse trop proche do Tcau et qu'il en arrive beaucoup d'iuconv^niens , dont Tun

des principaux esl que, ia balterie estant dispose de cette mani^e, on est oblig^ souvent de fernier les sabords de peur que la mer n*y entre quand elle est agit^, et ainsy cetle batterie devient inutile; outre que, quand elle est si basse, cela rend un vaisseau malsain et met souvent la maladie entre les matelots k cause du peu d'air qu il y a entre deux pouts; je crois qu'il n'y auroit rien de si n^cessaire que d'y rem^dier en prenant les proportions assez justes pour empescher ces accidens. J*ay demands k plusieurs charpentiers anglois leur sentiment IWessus; plusieurs m ont dit qu*il falloit ouvrir les sabords h trois pieds de la premiere pr^cinte; mais je n'ay pu s^voir au juste cette proportion. Le cbarpentier qui a basty le vaisseau k Pnnce ma dit qu'il croyoit Favoir trouv^e dansledit vaisseau; il a vingt pieds de creux, et la batterie est k vingtHjuatre pieds trois quarts de la quille. Ce qui est de fait est que ce vaisseau n'a point de d^aut; je crois que si nous nous servions de la mesme raesure k proportion du vaisseau et de ce qu'il tire d'eau , nous y pourrions trouver nostre compte.

Du dedans du vaisseau, des hgemens qui s'y praiiquent et de leur disposition. — Le fond de cale est dispose d'une autre mani^re que dans nos vaisseaux. Les soutes occupent plus de place et sont plus grandes que les nostres; le pont dont j ay parl^, qui est pris sur la profondeur du fond de cale, diminue de beaucoup sa hauteur, et les piliers qu'ils mettent pour soutenir ledit pont, tiennent beaucoup de place, de sorte qu'il n en reste gu^re de libre.

Le premier pont est aussy dispose d'une autre mani^re que celuy de nos vaisseaux. Comme ils font la poupe fort ^troite , la sainte-barbe n'a pas la mesme estaidue que les nostres, ce qui n en est assur^ment pas mieux, parce que les canonniers ont moins d'espace pour manoeuvrer le canon. Ce qui dtrc^cit et rapetisse encore leur sainte-barbe , sont les cabinets de planches qu'ils font pour les maistres canonniers et qui , quoyqu'ils s'ostent en cas de combat, ne laissent pas d'estre tr^s-enibarrassans et d'une d^pense inutile; ce quils font dans la sainte-barbe, ils le font aussy entre les ponts, mettant des cabinets aux premier et second ponts, entre chaque sabord. Mais ce qui est de plus extraordinaire est que le capitaine qui comroandoit k Souverain m'a assurd que les cabinets n'avoient point estd d^faits le jour du combat contre les Hollandois , quoyqu'ils ne laissent que tr^s-peu de place pour manoouvrer le canon. Ce qu il y a encore de particulier, c'est qu'ils ont double bitte pour amarrer le dible; ils pr^tendent que cela est n^cessaire aOn de le tenir plus ferme et de faire plus de force quand on vire au cabestan.

Le premier pont du Prince a six pieds de haut, k le mesurer de planche k planche; la sainte-barbe a la mesme hanteiu*. Le second pont est dispose de cette mani^re : la chambre des volontaires, qui est de six pieds et demy dehaut, de vingt de longueur et de dix-neuf de large; elle est foil agr^able, et les galeries y font un fort bon effel. La barre du gouvemail est dans la chambre des volontaires en ce vaisseau, au lieu que dans tous les autres die a accoustume d'estre dans la sainte-barbe. En sortant de cette cbanjbre , il y a une grande table fort longue pour les officiers , au bout de laquelle est fhabitacle. II y a des cabinets entre les sabords, a ce pont, comme a celuy d'en has; la cuisine est entre deux ponts, sur Favant du vaisseau, au-dessus des bittes; la cuisine de r^uipage est aopr^ de celle du capitaine, et elles sont beaucoup plus grandes que les autres; la chemin^ se va rcndre au-dessus du gaillard d^avant; et le trou par oil sort la fum^ se toume k tout vent afm qu'elle n'inconunode point T^uipage.

Les chasteaux d'aiTi^re et d avant avancent si fort sur le troisi^ine pont qu'ils laissent un assez petit espace;ils prdtendent que, le troisi^me pont estant petit, il ne faut pas

tant de monde pour faire les manoeuvres, qn'eo cas d'abordage fls se reCrandieroieDt sons ies gaillards et feroient grande r^istance.

Le chasteaa d*avant a six pieda et demy de hautear, le ehastean de poupe et le couronnemeot en a vingt et on. La charobre de Tamiral est de vingt-trois pieds de long et dixsept de large; il y a one grande antichambre de Ireize pieds de long et le corps de garde SOT le devant. U y a des cheminto dans les cbambres des capitaines qoi me paroissoit d*on dangereox usage. En sortant de la chambre de lamiral, il y a deia escaliers qoi montent h la dunette, ou lesofficiers sont log^ fort commod^raent En g^^ral , les logemens de lenrs vaisseaux sont beaucoup mieux entendus que les nostres et plus propres, mais je trouve qu'ils ont un pen trop d'^rds k la commodity du capitaine et des ofiiciers et que cela fait souvent qu*ils font des cbambres ou il n*en faudroit point, oh mesme il est dangereux d*en mettre.

Cambien de canons de fotUe ils meUent sur chaque bard, eandfien defer, et U lieu, d'ek lew vient le canon defer. — L*artillerie d'Angleterre est fort difii^rente de la nostre; ils ont des calibres de quarante-deux livres de balle, de trente-deox, de vingt-deox, de seize, de fauit et de quatre; mais je ne veiu point parier icy de Tartillerie, remettant d'en parier aillenrs.

Les.grands vaisseaux du premier rang sont d ordinaire tons artill^ de fonte, la batterie basse de quarante-deux livres de balle, la seconds de trente-denx, la troisitoe de vingt-deux, seize, douze et huit pour les gaillards. Sur les vaisseaux du deuxi^me et du troisi^e rang, ils en mettent le tiers en fonte et le reste de fer; quant aux antres vaisseaux, on en met h proportion qu*il y en a dans les magasins.

Pour les canons de fer, ils en fondent en Angleterre et en font venir quelques-nns de Su^e , mais il y a une fort grande difii^rence entre les premiers et les denuers; les canons fondus en Angleterre estant inGniment meilleurs, ce qui se voit k Toeil, le fer estant beaucoup plus uny et plus serr^. Ils en ont 9,5oo pieces k Cbatam, et, pour le canon de fonte, ils en ont environ 1,000 pieces dans leurs magasins.

Du nombre d' equipage qu'iU mettent sur chaque vaisseau^ combien de tnatelots, de sol-dats, d'officiers mariniers, etc, — Ayant marqu^ dans Tinventaire des vaisseaux le nombre d*^quipage qui se met sur cbacun de chaque rang, je diray seulement icy la mani^re dont il se l^ve et comment il est dispose h bord.

Apr^s que les officiers du navy-ojiee ont re^ I'ordre d'armer le nombre des vaisseaux que le roy veut mettre k la mer, ils envoyent aux maistres entretenus sur chaque vaisseau dans le port la commission de lever tel nombre d*^uipage; en vertu de cette commission, les maistres et pilotes des vaisseaux Invent le nombre d'hommes qu*ilfaut pour servir dans le bord, ils touchent leurs gages du jour qu'ils sont engag^, et s'ils ne se rendoient pas h jour nomm^ dans le vaisseau, ils seroient traits comme d^serteurs.

Quand T^uipage ne se l^ve pas assez promptement, et que ledit maistre ne trouve pas assez de matelots qui veuillent s'engager volontairement, il en donne avis aux officiers du navy^ffce, qui donne audit maistre un ordre de ramiraP, en vertu duquel il pent contraindre tons ceux qu'il juge propres h servir sur son bord , en leur donnant un schelling d'avance.

Le nombre de T^uipage qui se met sur chaque vaisseau est fort diil^rent; quand on arme seulement Tescorte des manchands ou pour envoyer dans la M^diterran^, on

'- * II a A^\\ ^{^ question de eel ordre quails appellent ^warrani.71 (Voir page SaS.)

MARINE FANGLETERRE. 333

met beancoup nioins d'hommes; en temps de guerre, on met le nombre portd pai' rinventaire que j'ay fait de tous ies vaisseaux. En g^ni^ral, ils mettent ]e moins de soldats qu'ils peuvent, parce que Ies matelots servent volontiers de soldats quand {'occasion s'en pr^sente, mais Ies soldats ne peuvent pas servir de matelots. En temps de guerre , ils mettent d*ordinaire Ies deux tiers de matelots et le tiers de soldats. Us donnent diBl^rente paye aux motelots, suivant le temps qu'ils ont servy et la bonne opinion qu'ils ont donn^ d'eux ou par ieur bravoure ou par leur babilet^. Mais j'ay desj^ parM des diffi^rentes payes des matelots dans le premier m^moire de la marine d'Anglelerre.

Le capitaine n'a souvent point de part k la lev^e de T^quipage et n'est quelqnefois nomm^ pour commander le vaissean qu'apr^ que la lev^ est enticement faite et que le Vaisseau est en estat de sortir du port. S'il est nonmi^ devant, il doit aussytost aller h son bord, son devoir est, d^ quit arrive, d'avoir soin que toutes Ies choses soyent en bon estat, que tout ce qu'il luy faut d'agr^ et de rechange luy soit fourny, de presser Ies ouvriers et ceux de qui il doit recevoir Ies munitions de bouche et de guerre , et d'avoir soin que tout soit fait avec diligence. S'il trouve que, par la faute de quelque particulier, sou vaissean ne soit pas assez promptement en estat, il en doit avertir Ies officiers du nopy-ojtce, qui ont le soin d'y pourvoir suivant ce qu'ils jugent h propos.

Les lieutenans sont nomm^s en mesme temps que le capitaine; sur Ies vaisseaux du premier rang, il y en a jusqu'^ trois; sur ceux du deuxi^me rang, deux; sur ceux des troisi^me, qnatri^me et cinqui^me rangs, un; ils commandent k bord en Tabsence du capitaine et doivent prendre garde que F^ipage travaille h mettre le vaisseau en estat de sortir k la mer. Ce quHls ont de meilleur que nous, c'est qu'ils ne demeurent pos si longtemps en rade; et sur ce que j'ay dit h un capitaine, k qui j'ay pari^ icy, que souvent il arrivoit que nos vaisseaux estoient six semaines en rade sans pouvoir sortir k la mer, k cause du vent, il m'a assur^ que les fixates angloises sortoient de tout vent, k moins qu*il ne fist tourmente, et que, pour les grands vaisseaux, ils estoient quelqnefois longtemps k Tembouchure de la Tamise sans pouvoir avancer davantage, mais que cela leur arrivoit rarement et qu'ils sortoient toujours k la moindre apparence de bon vent, sans attendre que le temps fust parfaitement assur^. U est certain que ce retardement dans les rades est fort pr^judiciable et qu*il seroit tr^-important d*y mettre ordre, puisque, outre que c'est une grande d^pense et un grand temps perdu, il est seur qu'un vaisseau espalm^ de firais va beaucoup mieux k la mer que quand il a est^ un mois on six semaines k la rade. Les officiers mariniers se Invent de cette mani^re : les officiers des cours les choisissent et tireot une caution bourgeoise pour leur pouvoir livrer avec assurance les agr^ et ustensiles convenabies k la fonction de chacun et dont ils doivent rendre compte k leur retour.

Estat du nombre des officiers mariniers de chaque vaisseau, ensembk Imtrs gages suivant la diffdrence du rang de chaque vaisseau. — Comme ce sont toujours les officiers les plus connus qui montent les plus grands vaisseaux et ceux dont Thabilet^ est la plus ^prouv^e, ils ont plus de gages que ceux qui en montent de plus petits, chaque rang faisant une difference particuliCe de payement.

Les capitaines des vaisseaux du premier rang ont 8 livres 1 5 sols de France par jour; ceux du deuxi^me, 7 livres 16 sols; du troisi^me, 6 livres 10 sob; du quatri^me, 4 livres 17 sols; du cinqui^me, 3 livres 18 sols; pour ceux du sixi^me rang, comme ils n out pas le nom de capitaine et que ce ne sont que des maistres qui les

commandent, iis n'ont que la paye ordinaire desdils maistres, qui est de 3 livres 1 0 sols de France.

Les liculcnans ont de gage . .. a' 9' — 1' 19* — 1' i6* — 1' lo*

Le maistre U 11 — h h — 3 5 — a 18

Le pilote l\ \x — l\ /i — 3 5 — 218

Sous-piloles 3 3 — a 10 — 1 19 — 1 la

Sous-maistres 3 3 — a 10 — 1 19 — 1 la

Dans les plus grands vaisseaux , il n'y a qu'nn maistre et un pilote comme dans les plus petils, trois sous-pilotes et trois sous-maistres; dans ceux du deuxi^me et troisi^me rang, un sous-pilote et un sous-maistre. Outre ces officiers, il y en a d'autres appel^ mendhipe8{s{c) qui ont soin des principales manoeuvres et qui aydentaux maistres el pilotes quand ils en ontbesoin. II y en ahuit dans les vaisseaux du premier rang, six dans ceux du deuxi^me, quatre dans ceux du Iroisi^me, trois dans ceux du quatrieme, ei deux pour ceux du cinqui^me. Hs ont de gages : mendhipes: 1 iivre 1 1 pence, — 1 livre 6 pence, — 1 livre, — 1 livre*.

On pent remarquer qu'ils nont que deux ou trois canonniers sur chaque vaisseau, ce qui vient de ce que tons les matelots s^appliquent h Fexercice du canon et s'y rendent fort habiles : estant certain que les Anglois sont les meilleurs canonniers du monde et qu'ils tireront toujours cinq coups contre les Hollandois et les Francois quatre, ce qui est d une tr^-grande importance dans les combats de mer, oil tout se d^ide par le canon.

Outre les matelots, il y a sur chaque vaisseau dix ou douze petits gar^ns qui s'appelent jToom#^ qui viennent h la mer pour apprendre leur metier, lis ne re^oivent point de paye, et elle va au profit des officiers k la charge de qui ils sont commis. Outre ces peti(8 gar^ns, il n'y a aucun batelier sur la riviere, ni aucun maistre de vaisseau marchand qui ne soit oblig^ de tenir deux, trois, quatre apprentis, plus ou moins, selon la grandeur du bastiment , ce qui fait un fort grand nombre de matelots capables de servir le roy. II faut qu'ils soyent sept ans en apprentissage devant que de recevoir aucune paye, et apr^s qu'ils ont servy sur les vaisseaux du roy sur le pied d' ordinary seamen, ainsy que j'ay desjh expliqu(^, ils ont la haute paye et s'appellent able seamen.

De lafonction des officiers, tant en guerre qu'en paix. — Apr^s que le capitaine a lev^ son Equipage , qu'il s*est fait fournir tout ce qui est n($cessaii*e pour son vaisseau , il doit tirer des mains du contr^leur de la cour ou arsenal un mdmoire de tons les agr^ , armes, munitions de guerre qui sont sur son vaisseau. II en fait la revue et voit si tout ce qui est portd dans le m^moire est embarqu^, si tout est de bonne quality et si on ne luy a rien donn^ de vieux de ce qui doit estre neuf.

II faut aussy qu'il se fasse donner un m^moire de toutes les victuailles du vaisseau , qu'il examine devant le purser si elles sont dans la quantity et la quality qu'elles doivent estre et, en cas qu elles soyent mauvaises, il peul les faire jeler ^ la mer apr^ avoir appel^ quatre de ces officiei-s pour tesmoins de leur pourrilure ou autre d^aut, ce qui va sur le compte du munitionnaire.

D^ qu'il a lev^ I'ancre et qu'il est sorty du port, il doit fairc une revue de tout son

* Ici se trouve la lisle des principaux offi- sur chaque esp^ce dc bAliment. Son peu d'iniciers marinicrs, avoc le gage de cbacun d'eux porlance nous Ka fail supprimor.

^uipage en pr^ence du survoyeiir ou commissaife , prendre Tavis des maistres et piiotes sur la distribution qu'il en doit faire en trois parties , afin qu'une Teille toujours et soit sur le vaissean pour les manoeuvres. II a ^ard dans cetle distribution h Thabiiet^ de chacun aGn de faire en sorte que les trois parties en quoy son pipage est divis^ soyent ^ales autant qu*il se pent, non-seulement en nombre, mais en force et en expcri^ce. II 86 met h la teste de la premiere partie avec le maistre; le premier lieutenant , h la seconde avec lepilote etie sous-maistre; le second, h la troisi^me avec le sous-pilote et un sous-maistre. II doit faire tons les mois une revue exacte de toutes les victuailles dn vaisseau pour voir ce qui est consomm^ et si les oflSciers n'en font point nnetrop gr^nde dissipation, ou s'ils ne le trompent point afm de les vendre an retour.

S*il y a quelque rhabillage h faire aux agr^ pendant la campagne, il doit prendre garde qu'il soit n^cessaire et prendre sur cela I'avis du maistre du vaisseau. Si c'est quelque chose de cons^uence, comme de couper un dible ou une grande voile, il ne doit point le faire sans en averlir les officiers du namj-office, s'il en a la commodity; sinon , il doit prendre les avis sign^ des principaux ofiiciers de son vaisseau , afin qu'ils luy servent de d^barge quand il sera oblig^ ifen rendre compte. II doit tenir registre de toutes les consommations qui se font pendant le voyage et, s'il y a quelque manoeuvre, ancre, cAble, on autre chose de perdu, il doit faire mention du lieu et par quel accident.

II prend nn compte toutes les semaines de la consommation qui s'est faite , et les ofBciers qui sent charg^ du soin des agr^ et munitions luy doivent foumir ledit compte; il en fait un livre expr^ , aOn de connoistre toujours I'estat de ses provisions et pouvoir avec connoissance signer les comptes de chacun desdits officiers an retour dn voyage.

Si quelque officii charg^ des agr^ , munitions et provisions du navire , vient h estre tu^, il fait faire un inventaire de ce qui se trouve apr^ sa mort, le fait signer It ses principaux officiers et Tenvoye aux officiers de Tamiraut^.

Pour le canonnier qui est charg^ de la poudre et de toutes les munitions appartenant h Tartillerie, le capitaine ne luy doit passer en compte que ce qui luy apparoist avoir est^ consomm^ dans le service; il doit avoir un compte de la poudre qui se d^pense en saints, et quand il a livrd combat, il doit anssytost apr^ faire la revue de toutes les munitions de guerre, en faire un eslat et le faire signer par ses officiers, afin qu'au retour les officiers dn navy-offiee s^achent an juste ce qui a est^ consomm^.

En cas qu'il ayt pris un vaisseau ennemy et qu'il en tire les poudres, boulets et autres munitions de guerre, il les doit donner en compte an canonnier apr^ avoir sign^ Testat et Tavoir fait signer aussy par ses principaux officiers.

U doit tenir la main h ce que Texercice du canon soit fait sur son bord une ou deux fois la semaine; il se fait sans tirer, parce que cela seroit inutile.

II doit faire, tons les quinze jours, une revue sur son bord, et, toutes les fois qu'il sort des ports ou rades , il doit marquer ceux qui se trouvent avoir d^erl^ ou qui sont morts dans le service, afin de payer h leurs veuves ce qui leur est den.

II doit avoir de Tintendant une liste de tout son Equipage , ou les noms de chacun et les avances qu ils ont regies soyent marqu^ et le jour auquel ils se sont engag^ , afin qu'au retour il puisse marquer au juste sur les billets qu'il donne h tout son Equipage , la somme qui est due k chacun et combien de temps ils ont servy.

Outre toutes ces choses qu'il est oblig^ de faire, il y en a plusieurs autres h quoy il doit prendre garde et dont il est charg^ par rinstruclion qui luy est donn^.

II ne doil employer pour car^neret calfater son navire, quand ii en a besoin, que \es gens de son Equipage. II luy est ^galement d^fendu d'emprunter des bonimes aiix autres vaisseaux avec qui il se trouveroit ou d'en faire venir de terre , ia d^pense qu'il feroit pour les payemens ne luy estant point mise en compte.

n luy est expr^s^ment command^ de ne point sonffrir de chandelle ailum^ en aucon endroit de son vaissean , d'envoyer de temps en temps un officier 2i qui il se fie dans tons les ponts, a6n d'empescher qu'on ne fume autre part qu'^i proue sur un baril d'ean, qui est mis sur ie troisi^me ponl. II doit donner protection h tons les sujets du roy, et les escorter mesme en cas de besoin. II luy est express^ment ddfendu de charger en son vaisseau aucune marchandise des pays estrangers , except^ de la vaisselle d'argent, de Targent monnoy^ et en barres et ce qui peut estre pour son usage particulier.

En cas de combat, Ie capitaine doit aller luy-mesme entre deux ponts pour faire rompre toutes les cloisons qui ponrroient empescher les soidats et matelots de faire ce qu'ils doivent. II doit disposer lout son monde, mettre les calfats et charpentiers sous la premise batterie et sur Ie petit pont qui s^pare Ie fond de cale d'avec Ie premiei* pont; il doit poser Ie premier lieutenant et Ie maistre canonnier k la batterie basse, disposer les canonniers k chaque pi^, mettre deux honunes h la soute aux poudres de la poupe et deux h la soute aux poudres de proue, faire disposer des tonneaux pleins d'eau entre deux ponts, faire jeter des coquilles broy^ sur Ie pont afin d'empescher de glisser ceux qui sont oblig^ d'aller continuellement de poupe h prone. An second pont, ii dispose toutes choses de la mesme mani^re, met Ie second lieutenant avec Tayde-canonnier pour avoir soin de la seconde batterie. Au troisi^me pont, il fait mettre les soidats en estat de combattre, leur fait donner des armes, les dispose chacun dans Ie poste qu*ils doivent tenir dans Ie combat, et a Toeil k tout ce qui se fait dans Ie vaisseau, aftn que toutes choses soyent en estat de se pouvoir d^fendre.

U est, pendant Ie combat, sur la dunette, d'ou il commande; personne que luy ne peut commander de mettre Ie feu aux canons ; il fait passer parole de la troisi^me k la deuxi^me batterie et de celle-lli k la premie. II a aupr^ de luy Ie maistre qui commande les manoeuvres selon Tintention du capitaine, et qui les fait ex^uter k T^quipage.

Voilli k pen pr^ toutes les fonctions du capitaine. Pour Ie lieutenant , il commande son quart avec Ie pilote, et a les mesmes fonctions en Tabsence du capitaine que Ie capitaine mesme. En cas de combat, il est , comme j'ay dit, ^ la pr^ni^re batterie avec Ie maistre canonnier.

Le maistre du vaisseau est celuy qui commande les manoeuvres et qui les fait ex^ter k r^nipage; c est sur luy que roule le soin de la navigation, le capitaine luy dit seulement le lieu oil il veut aller, et, du reste, il laisse agir le maistre et le pilote sans se mesler de la navigation , k moins qu'il ne reconnoisse en eux quelque abus ou mauvaise volontd. II est responsable du vaisseau , et son devoir est de le garder conlre les vents , comme le devoir du capitaine est de le garder contre les ennemis ; ce n'est pas qu'il n'y ay t toute superiority du capitaine au maistre , et que le capitaine ne puisse conunander contre son avis mesme; mais, en ce cas, le maistre se d^harge du soin du vaisseau et laisse faire le capitaine sans plus se mesler des manoeuvres.

Le pilote a soin de conduire le vaisseau et en est responsable conjointement avec le maistre; il dirige la route et c'est k luy que le capitaine s'en prend quand il a manqu^ d'aller ou ii avoit ordonn^ qu on allast. II doit faire un journal exact de toute sa navigation, marquer les teri'es qu il a vues, par quel vent il a navigud, combien de sillages

il a faits par tel et tei vent , combien il a dur^ , ]es ports et rades ou il a mouiil^ , enOn tout oe qui est arriv^ dans le cours de son voyage.

Dans ie gros temps, ie capitaine, lieutenant, maistre et pilote doivent monter sur le tillac et ne le point quitter que le danger ne soit pass^ , aOn de donner ordre k toutes choses et de faire que tout T^ipage travaille.

Pour les autres officiers, comme bossemans, charpentiers, calfats , etc. on s^ait assez leurs fonctions, et je crois que je puis me dispenser d'en parler.

De hfonctitm des amiraux , viee-amiraux , eontre-amwaux et de leur pamUon. — D y a dans toutes les arm^ navales d'Angteterre un amiral , vice-amiral et contreamiral; mais ils ne portent pas les mesmes pavilions; toute leur flotte est s^par^e en trois escadres, dont chacune a son paviUon partictdier.

La premiere est Tescadre du pavilion rouge, qui est command^ par le grand amiral ou par celuy qui commande toute Tarm^ en sa place; cette escadre a un vice-arairal et un contre-amiral particulier. Quand le due dTork y est en personne ou que le prince Robert la commande en sa place , il porte au graod mast le grand pavilion royal d'Angleterre, qui sont les armes d'An^eterre sur un fond rouge; au mast d'avant, le pavilion d'union qu'ils appellent, dont le fond est bleu, coup^ en quatre par une croix rouge bord^ de blanc, avec quatre flammes ou rayons blancs qui partent des quatre coins du pavilion et viennent aboutir au milieu; au mast d'artimon, le pavilion rouge, qui est le signal du combat quand il est d(^ferl^; et, sor le cooronnement, il porte un autre pavilion rouge avec une croix rouge sur un fond blanc dans un des coins, qui est la marque de tons les vaisseaux de Tescadre du pavilion rouge.

Quand un autre qu un prince du sang monle Tamiral de Tescadre rouge , il potato le pavilion d*union k son grand mast et le pavilion , marque de son escadre , au mast d'artimon ; pour le mast d'avant, il est r^erv^ pour faire des signaux comme pour meltre le pavilion rouge en cas de combat et autres dont je parleray.

Le vice-amiral de Tescadre rouge porte le pavilion d'union au mast d avant , et le contre-amiral au mast d artimon.

L'escadre blanche suit apr^ Tescadre rouge; Tamiral de cette escadre porte au grand mast un pavilion blanc avec une croix rouge au coin , et sur Tarri^re il porte son pavilion blanc avec la croix rouge de la mesme mani^re qu'au grand mast. Tous les vaisseaux de cette escadre portent le mesme pavilion k Tarri^re , ie vice-amiral le porte au mast d'avant et le contre-amiral au mast d'artimon k Tordinaire.

La troisi^me escadre est celle du pavilion bleu ; il n'y a de diff(^rence de cette escadre aux autres que parce que.le fond du pavilion est bleu, avec la croix I'ouge sur un fond blane k un des coins, de la mesme mani^re qu'aux autres pavilions.

L'amiral de Tescadre blanche sertde vice^miral en corps d'arm^;il a I'avant-garde , d^ordinaire , et tous les vaisseaux de son escadre le suivenL L'amiral de Tescadre bleue sert de contre-amiral et a Tarri^re-garde avec tous les vaisseaux de son escadre. Ce poste change en cas que I'arm^ prist chasse. Le vice-amiral prend le poste d'honneur, qui est Tarri^re-garde , et donne Tavant-garde au contre-amiral. L amiral de chaque escadre a son vice-amiral k sa droite et son contre-amiral k sa gauche. Si Tamiral de Tescadre rouge estoit tu^ dans le combat, Tamiral de Tescadre blanche arboreroit d abord le pavilion d' union et commanderoit k sa place et ensuite celuy de la bleue , si Tamiral de la blanche venoit k manquer.

Chaque escadre observe ie mesme ordre en son particulier que toute i'arm^ en g^n^ral. L'amiral commande en chef tous les vaisseaux de son escadre, il donne des signaux

imlB qai sonl disUiba^ k diaqne vaisseaii, cheque signal marque on commandenieDt diflC^rant Ed corps d'ann^ Taimral comfnandant Tes^Klre rouge eovoye des signaux am Taisseam de foo e9ca<k« et aax amiraiix des deux antres escaAres, qui ont soin de les distrilmer k tons ies aatres vaisseanx; ramind faisant im signal, tons les aotres vaisseanx , qui s^vent la manoeavre que oe signal ordonne, soot oblig^ de soifre ie commandemeot et ne connoissent ce qa*ils doivent faire que par oes signaox, n'ayant point de majors dans Tarm^ poor porter les ordres de Famind. Ce n*est pas que les capitaines des vaisseaox ne soyent oUig^ autant qn*ils le peavent d*envoyer lenrs lientenans h Tordre k bord da Yaissean commandant Qoand Tarm^ se met en bataiHe , die commence k se mettre sor nne mesme ligne, apr^ qooy les deux vaisseaax des deox cost^ s'avancent et se disposent de cette mani^, comme en croissant L*amiral se met dans Tenfoncement, imwuMiatement an miliea de tons les vaisseaox; le yiceamind prend la droite et le eontre-amiral la gandie.

De$ iignoHX eneoi de cmnbat et dans U navigatum ordmaire. — U est asset difficile de parier bien juste sor les signaox, qoi changent k la volenti do commandant de la flotte et qui rarement se trouvent les mesmes. Cependant , comme ii y eo a queiqoes-uns qui ne dumgent point, je diray ceux qui se font le plus ordinairement

Sigfumx dejaur. — Pour leter Tancre , aussytost que Tamiral a d^Brl^ scm petit hunier et qu*il a tir^ on coup de canon, estant k Tancre, tons les natures de la flotte se mettent k pic, dtferlent leurs vofles et l^ent Tancre pour suivre chacun leur pavilion.

Pour appeler tons les capitaines k bord de Tamiral , fl met un pavilion blanc k Vatriire du vaisseau et tire un coup de canon , anqud coup les capitaines sont oblige de s'embarquer dans la chaloupe et de venir k bord de Tamiral, et en cas qu*ils ayent qudque l^time empeschement ik envoyent leur lieutenant pour recevoir Tordre; que si queique capitaine, sans empeschement l^time, se diq>en8oit d'y aller, il seroit puny par le retranchement d'un jour de ses appointemens.

Lorsque Tamiral veut appeler quelqnes offiders en particulier, il a diffifrens signaux pour les faire venir.

Quand on met un estendard rouge au basttm de pavilion de poupe , les amiraux commandant les escadres, vice-amiraux et contre-amiraux de toute Tarm^ doivent vemV k bord du vaisseau commandant; si on y met une flamme biandie, les seuls capitaines de fr^fate l^fke y doivent aller; si on attache un pavilion blanc aux haubans de Tartimon , le vice-amiral , le eontre-amiral et tons les capitaines de Tescadre du pavilion rouge s'y doivent trouver ; et si c'est une flamme, c'est marque que Tamiral veut consuiter sur qndques manoeuvres ou sur la route qu'il veut tenir, et tons les maistres et pilotes de Tarm^ doivent se trouver k bord pour recevoir ses ordres et loy r^pondre sur ce qu'il leur demande.

Quand qndque navire de la flotte donne chasse k qndque vaisseau ennemy et que Tamiral veut la faire finir, il tire un coup de canon et abaisse son grand hunier, auquel coup lesdits vaisseaux doivent quitter ceux qu*ils poursuivent; que si les vaisseaux qui sont entre Tamiral et ceux qui donnent chasse jugent qu'iis ne peuvent pas voir les signaux Il cause de Tdoignement , ib doivent faire les mesmes signaux que Tamiral afin de leur faire entendre ce que Tamiral ordonne.

Quand qudqu'un des navires de la flotte d^uvre des vaisseaux k la mer, il doit mettre sa flamme et la baisser et la lever autant de fois qu'il voit de vaisseaux; que s'il juge la flotte trop doign^ pour voir son signal, il doit tenir le cap vers les navires qu'O voit, carguer ses deux basses voiles et amener et hisser ses deux huniers tant

qa'il ayt eM aper^ de ramiral, qui am^ne ei mesme temps ses hatiiers ponr hy r^ pondre.

Qoand an vaisseau fait une voye d'eau oa qa'il lay arrive queiqne aoddent qui Temperiie de sornre l*arm^, il tire deux coups de canon et embrouille sea deux basses voiles afin que quelqae vaisaeaa vienne h son secours.

Comme tons les signaux qui se font de jour se font par le moyen des pavilions, des voiles et des flammes, tons ceux qui se font de nuit se font par le moyen des feux et du canon.

Sigmmx de muf. — Les vaisseaux se distinguent la nuit par leors feux : Famiral commandant Tarm^ porte trois fanaux k Tavant et un dans sa grande hnne, les amiraux des escadres particuli^res ne portent que les trois fanaux h Tarri^, les vice-amiraux en portent deux et les oontre-amiraux un.

Lorsque Tamiral teve Tancre la nuit, il idioms un feu dans les haubans du mast de hune au-dessus du fanal qu*il porte d'ordinaire dans la grande hnne, et tire en mesme temps deux coups de canon; les vaisseaux de Tarm^ y r^pondent en ailnmant un feu sur la hune de Tartimon, qui y demeure jusqu^ii ce que Tamiral ayt ost^ le sien. Outre ce feu que ehaque vaisseau allnme, tant pour r^pondre k Tamiral que pour empeschar la confosion et ne se toucher Tun Tautre, les pavilions r^ndent h Tamiral de leur canon , s^avoir : les amiraux , de chacun deux coups , et les contre-amiraux , de chacun un.

Qnand Tarm^ estant sous voile il vient k venter gros vent, famiral allume deux nouveaux feux , Fun h la poupe et Vautre au mast de hune , aGn que les vaisseaux ne le perdent pas. S*il veut faire moins force de voile et qu'il am^ne ses huniers , il diminue ses lumi^res d^une ou de deux, selon ce qu*il am^e de voiles, et tons les autres pavilions doivent r^pondre h ce signal. Qnand il veut reconnoistre oA sont tons les vaisseaux et qu*ils luy paroissent trop &o\gn4s, il fait aHumer deux feux d'une ^le hauteur au plus haut des masts de hune, k quoy les vaisseaux r^ndent m s'approchant le plus qu*ils peuvent et taschant de luy montrer le feu qu'ib out k la poupe. S'il revire de bord la nuit, il tire un coup de canon et met deux lumi^es plus qu'^i Tordinaire sur la poupe; ehaque vaisseau luy r^pond en mettant une lumi^re sur la poupe, qu*ik n'ostent point que quand Tamiral oste les siennes.

Qnand quelque vaisseau fait eau ou est endommag^, il met trois Inmi^res sur ses galhaubans, et s'il est dans la n^cessit^ pressante, il tire un coup de canon pour appder d'autres vaisseaux k son secours.

Qnand quelque vaisseau d^uvre quelque banc de sable ou qudque autre danger, il tire un coup de canon et allume autant de feux qu*il luy est possible; si Tamird et le reste de la flotte est en non-vue, il se met k la cape et tire tontes les heures un coup de canon , k quoy les vaisseaux portant pavilion doivent r^pondre.

Les signaux, dans les combats, changent suivant la volenti de Tamiral, qui les envoye Merits k tons les vaisseaux, a6n qu*ils sy conferment; ainsy on n'en sgauroit rien dire de certain. Le signal du combat est un paviHon tout rouge sur rarri^ du vaisseau; quand Tamiral veut qu*on se mesle, il met le paviHon rouge sur le penroquet de fougue.

Qnand un vaisseau est maltrait^ dans le combat, qu'il a besoin de secours, il met une flamme au mast d*artimon, et quand il court risque de couler k fond, il en attache une k ehaque bout de la vergue. VoiUi les signaux ordinaires qui se font dans les combats; pour les autres, qui changent comme j'ay desj^ dit k la volont^ de Tamiral, il me seroit diflScite de les rapporter.

De I'ordre de baUuUe, et de celle qui a esU donnSe entre les AngUns et les HoUandoi*, sous le commandement du due d'York, — Comme i ordre de batailie se doit r^^er par i*amiral, dans le coDseil de tons les officiers de rarm^ qui y son! appel^s, sur la force, la disposition el la contenance des enoemis, iTn'y a point de r^e certaine qui puisse s'observer dans tous les temps; ainsy on ne peut autre chose que rapporter une occasion particuli^ , afin de juger par \k ce qu'ils ont accoustum^ de faire en tons les rencontres.

Le due dTork ayant rencontr^ la flotte hollandoise, vers les mers d'l^cosse, allant du nord au sud, qui estoil divis^ en trois escadres, il jugea que la flotte, tenant une route oppos^ , ne pourroit faire que de leur donner qudques bord^ en passant aupr^s de leurs vaisseaux, et, conrnie il les vouloit forcer k un combat plus long et plus d^isif , il fit signal h mylord Sandwich , qui commandoit la troisi^e escadre et qui faisoit Tarri^re-^arde, de revirer de bord et de prendre Tavant-garde, ea sorte que, les deux autres escadres faisant la mesme chose, ils suivissent la mesme route que les HoHandois et qu'ils les canonnassent incessamment, les empeschant mesme de naviguer vers la Hollande; mais cet ordre ftit si mal ex^t^ et avec tant de lenteur que la flotte angloise ne put rejoindre les Hollandois que longtemps apr^ , et d'une mani^re qui ne les empeschoit pas de naviguer vers leurs costes. Les deux flottes disput^rent longtemps le vent, qui demeura enfin aux Anglois; c*est ce qu'on dispute d ordinaire avec le plus d^opiniastret^ et d*adresse ; cependant ceux qui sont au-dessous du vent ne laissent pas d'avoir quelque avantage, et de telle sorte que si le vent est frais il y en a qui assurent qu'il est plus avantageux d'avoir le dessous du vent , parce que, quand on a le dessus, le vaisseau carguant du cost^ qu'il attaque et la mer estant ^ue, la batterie basse devient inutile; au Ueu que, si vous avez le dessous du vent , vous vous servez faciljement de vos deux batteries et pouvez donner la bord^ enti^re k Tennemy. Ce n'est pas que quand les vaisseaux portent bien la voile el que la premie batterie n'esl pas trop basse cet accident n^arrive plus , et toutes les fois qu'on peut combattre et que le vent n'est pas assez fort pour en empescher, on se sert facilemenl de la batterie basse, et de cette mani^re il est avantageux d'avou* le vent.

La flotte angloise attacha le combat, en suivant la route des ennemis et les costoyant le plus pr^ qn'il se pouvoit. Au lieu de se mettre au milieu deTarm^, qui est le pos(e ordinaire de Tamiral, il se mit h la pointe de I'avant-garde, afin de tascher, par ce moyen , de roropre Tordre de batailie des Hollandois.

Leur maxime n^est pas qu'on doive venir It Tabordage au conunencemenl du combat, non-seulement parce qu'il est fort difficile d'aborder, mais parce qu on court risque d'estre coul^ h fond , et qu'un vaisseau qui se defend a toujours Tavantage sur celuy qui attaque.

Us canonnent incessamment et le plus pr^ qu'ils peuvent , parce qu'il croyent avoir Tavantage en ces sortes de combats, et parce que, lorsqu'^ force de coups de canon Us ont maltrait^ les vaisseaux ennemis, ils peuvent, en ce cas, aborder et se rendre maistres de ceux qu'ils voyent faire moins de feu, ou les faire bmsler, en faisant approcher les bruslots h la faveur des coups de canon.

lis bruslent et coulent h fond autant de vaisseaux qu'ils peuvent au commencement de leur victoire, afin d'avoir moins d'embarras et de n'estre pas oblig^ d*envoyer de leurs Equipages pour garder les vaisseaux qu'ils auroient pris sur les ennemis et de s^ parer leurs forces, ce qui pourroit eslre de fort grande cons^ence, parce que les ennemis , venant h reprendre le dessus , pourroient se rendre les maistres des vaisseaux

MARINE D'ANGLETERRE. 3/il

qui auroient estri affoiblis en leur ostant leur Equipage pour le mettre sur les vaisseaux des ennemis.

II y a toujonrs dans rarm^ plusieurs petits vaisseaux destin^ pour le transport des malades et bless^, qui ne regoivent que le premier appareil par le chirurgien du vaisseau, apr^ lequel ils k>nt transport^ au {Hremier port, ou il y a toujours des chirurgiens pay^ par le roy pour avoir soin desdits bless^. Ils sont \og6s d^ qu'ils arrivent chez les bourgeois, qui sont oUig^ de les nourrir et coueher pour i3 pence par jour, lesquels 1 3 pence sont pris sur la paye desdits matelots et sur le revenant-bon des vivres qui restent au retour de la campagne.

De I'ardre qu'tit Uennenipaur h dile$tage et des lieux destinie powrjeler h lest, — Apr^ que les vaisseaux sont arriv^ dans le port, il y a de grandes gabares de trente ou quarante tonneaux , qu'ils appellent wherry, qui voot prendre le lest de tons les vaisseaux; ils le d^hargent ensuite sur le bord de la riviere en certains endroits marqu^ pour oela, oji les bateaux le viennent reprendre pour lester de nouveau les vaisseaux quand ils doivent retoumer k la mer. Pour les vaisseaux marchands qui viennent dans la rivi^, ii y a des endroits marqu^ pour mettre leur lest, qui ne ressert jamais deux fois. D y a des gens establis par les officiers de Tamiraut^ qui vont tirer du fond de la rivi^ le sable et le lest n^cessaires pour chaque vaisseau, dont on paye tant pour chaque tonneau, ce qui leur sert k nettoyer le fond de la rivi^ sans qu'il leur en couste rien.

De rarsenal de Chatam etdece qui e'y observe, — L'arsenal ou cour de Cbatam est un de ceux ou le roy d'Angleterre a le plus de vaisseaux, et ou ils se bastissent le plus souvent; tons les autres arsenaux qui sont le long de la Tamise dependent de celuy-lli, et Tordre qui y est estably s'observe dans tous les autres ports du royaume ou le roy d'Angleterre a des vaisseaux de guerre.

Chatam est une petite ville qui joint et fait partie de celle de Rochester. Elle est situ^ sur la riviere de Medway , qui est assez large et assex profonde pour que les plus grands vaisseaux y montent avec leur lest et leur canon. L*endroit oil sont les vaisseaux de guerre se ferme par une chaisne de masts li^ ensemble, qui sont enfonc^ dans Teau par le moyen de poids fort pesans que Ton met dessus afin d'empescher qu'on ne rompe ladite chaisne k coups de canon.

Depuis Taction des Hollandois dans cette riviere; ils y out fait bastir plusieurs forts et plusieurs batteries qui empeschent enti^rement Tentr^ de ladite chaisne et il y a toujours cinq vaisseaux h la teste de la rivi^, qui sont arm^ pour garder son embouchure.

L'arsenal est basty sur le bord de la rivi^, la cour ou se font les constructions est un carr^ long d'environ cent toises de long et quarante-cinq k cinquante de large. Les bastimens sont disperse en plusieurs endroits, sans que Tordre y soit observe. En entrant dans Tarsenal, du cost^ du nord, sont les logeroens de tous les officiers, qui liennent un assex grand espace, y en ayant une grande quantity de log^ dans ledit arsenal.

An bout de ces logemens est la forge des menus ferremens , qui est assez grande et ou il y a quatre chemin^; le reste de la face de ce basliment est occup^ par un magasin pour le goudron et un autre pour les dons, chevilies et autres ferremens. De ces magasins, on monte dans une grande galerie qui tient toute Taile du bastiment qui est au sud; dans cette galerie sont rangi^ les voiles de Irente-neuf vaisseaux de guerre. D y a trois jeux de voiles pour chaque vaisseau; Tinscription du vaisseau auquei les voiles

appartienneni est attach^ au plandier; les voiles de chaqae mast soot attadito epsemble avec une inscription sur chaque paqnet qai marque k qael mast elles appartiennent. On ne donne que deux jeux de voiles k chaque vaisseau lorsqn'il va k la mer, ainsy il en reste toujours un dans le magasin. Au-^lessous de cette galerie est le magasin des cordages, qui sont rang^ par paquets de la mesme mani^e que les voiles ; k oost^ de la galerie dee voiles est une autre galerie moins longue, ou on les coud; le 61 donl ils se servent est de la grosseur ordinaire et couste i o sols la livre. lis font venir leur toile de Hollande et de France outre cdle d'An^eterre dont ils se servent; celle de Hollande leur couste aS h ^k sols la verge, ceile de France 18 k so sols et celle d'Anglelerre 90 ii sa sols. lis ont nn magasin particulier pour mettre leur toile, qui est aupr^ du lieu oil on coud les voiles; ils mettent aussy les pavilions, les flammes, les ii^es de couleur, les compas, les horioges et le reste des menus ustoisiles dans le mesme lien.

II y a aupr^s de la galerie des voiles un pr^ qui est de plain-pied , ou de grands masts sont .plants ; ils enverguenl les voiles et les hissent au haut de oes grands masts apr^ qu'elles sont cousues, a6n de voir si dies sont Lien taill^ et si dies jouent bien au vent; ce qui sert encore pour les s^er au d&armement des vaisseaux devant que de les mettre dans le magasin. Outre oes bastimois, il y a au milieu de la cour une galerie de planches oil sont tons les menuisiers, sculpteurs, poulieurs et autres ouvriers; au-dessous de cette galerie est Tatelier des scieurs. II y a de la difference dans leur mani^ de sder et la nostre, en ce qu'ils n*d^vent pas comme nous le hois qu'ils scient sur des ch^vres; il y a des irons en ten'e ou se met celuy qui tient le dessous de la scie , et de cette mani^re , ib n'ont que la peine de coucher le hois sur lesdits trous au lieu qu'il faut beaucoup de force pour dever une grosse pi^ de bob en Tair de la mani^re dont nous le faisons.

Des docks dont ils se servent pour les constructions et radoubs, — Sur le bord de la rivi^, il y a deux formes pour les constructions; ce sont des canaux pero& dans la terre, assez longs pour bastir deux vaisseaux, qui sont entourds et revestus de planches. Afin que le dock puisse servir, il faut que la mar^ remonte assez haut pour y porter les plus grands vaisseaux, et que, quand die se retire, die ne laisse point d*eau dedans et qu*il n y ayt point de source au fond dudit dock. Ib bastissent tons lenrs vaisseaux dans ces formes , et, toutes les fois qu'ib ont besoin d'estre radoubs, ib ouvrent T^use qui ferme ledit dock et font entrer le bastiment dedans , apr^ quoy, ib fermait TMuse afin que, ia mar^ revenant, die n*y puisse pas entrer. Apr^ que le vaisseau est hasty ou radoubs, ils laissent entrer la marde qui Tenl^ve de dessus les tins et le met h flot Cette invention n'est pas de grande d^pense, n'y ayant qu'ii oster la teire k la profondeur du port et faire un canal assez large pour tenir un vaisseau , et cependant ne laisse pas d'estre d une utility fort grande. On ^vite tons les pr^aratife qu*il faut faire et tout Tembarras que donne un vaisseau pour le mettre k la mer, le danger qu'il court k ce moment de se faire qudque effort k la quille et la peine qu'il y a de le mettre k Teau, qui est fort grande. Outre cet avantage, il y en a un autre fort consid^able, qui est la dur^ des vaisseaux, estant certain que la facility qu'ils ont pour les radouber jusqu'ii la quille, leur oster les bordages et membres qui sont pourris, fail que leurs vaisseaux en durent beaucoup plus longtemps.

liOs docks, comme j'ay dit, ne se peuvent pas faire en loute sorte d'^droils. Ceux de Chatam mesme, quoyqu*ils servent k bastir les plus grands vaisseaux, ne laissent pas d'estre incommod(f8 par noc source qui est dans le fond , qui non-seulement em-

pescbe les ouvriers, mais aossy rend Tendroil humide et nuit h la conservation des vaisaeaoi.

Le bois destin^ poor la construction et radoab des vaisseaux est rang^ dans la oour de Tarsenal en assez bon ordre. Tontes les pieces qui sont propres k faire de send)laMes choses sont mises ensemble, les conrbes avec les courbes, etc. et g&i^ralement toate sorte d*autres pieces de bois. Ds ne les mettent point k couvert, et ils croyent qu*elles sont bien mieux k Tair ou elles se s^ent pendant un an qu'ils les conservent ayant que de les mettre en oeuvre. Poor les planches, ils les conservent k convert sous des toits quails avancent en mani^ d'auvents; ils les conservent un an dans le magasin pour les faire sidiGr. Ils ont aussy dans le mesme magasin du bois qu'ib appellent ligmm mtw, qui leur vient des Indes occidentales, et leur sert k faire des poulies et leur couste quelquefois jusqu*^ a sols la livre. G*est un bois fort dur et fort propre k ce k quoy ils Temployent. lis se servent de bois d'orme dans leur construction , ils le conservent dans le mesme endroit que les planches et bordages, parce que le bois d'orme se pourrit k la pluie; ils observent quand ib s'en servent dans leurs vaisseaui de ne point le mettre dans des endroits oik il pent toucher k Teau, parce qu'il pourrit aussytost. L*usage le plus ordinaire k quoy ils Temployent est k des conrbes, k des empattemens de varangues et k tout ce qui sart de liaison au dedans du vaisseau.

lis ont un endroit particidier ou ils conservent leurs masts. G^est un grand canal de cent toises de long, on ils les mettent dans Teau avec de grosses planches parnlessus pour les enfoncer et bire que tout le corps du mast spit dans Feau.

Les diarpentiers de France sont persuade que le vieux bois avec le neuf ne peut jamais faire un bon effet, et que les vaisseaux ^ qui il faut faire de grands radoubs ne sont jamais bons, parce que le bois neuf ne se lie pas avec Tautre. Les Anglois, au contraire, croyent qu*un vaisseau bien radoub^ est aussy bon qu*un neuf, et ils en ra* doubent souvent 1^ qui ils ne laissent de vienx que le fond du vaisseau; k Boyal-lAmirea , qui est un de leurs plus beaux vaisseaux, ayant est^ basty de cette maniere sur le fond d'un vieux vaisseau brusl^ par les Hollandob. Ib pr^tendent mesme que, bastissant ainsy, sur ie mesme vaisseau et sur les mesmes proportions, ib peuvent corrigar les d^uts qui se seroient trouv^ dans la premie construction et qu*ainsy ib ibnt des vaisseaux beau(»up plus parfaits.

Pour les machines qu*ib pourroient avoir pour faciliter leurs constructions, je n'en ay remarqu^ aucune et je ne crob pas qu'ib en ayent phis que nous.

Ib carteient et calfotent leurs vaisseaux dans leurs formes. Quand elles sont occupto par de grands vaisseaux , ils ne font point de difficult^ de bastir cenx du troisi^e et quatri^e rang k la mode de France, et de les career en les couchant sur les pontons.

J'ay pari^ dans le premier m^moire de la marine d'Angleterre de tons les offiders des cours et arsenaux; j*ay dit qu'il y avoit un commissionnaire dont la fonction r^pond k celle d'intendant, un survoyeur qui est comme le commissaire de marine, qui a Toeil k tout ce qui se passe et qui ordonne de toutes choses conjointement avec le conmibsionnaire. II me reste k parier pr^ientement des ouvriers, de la mani^ dont ib travaillent, Il prix fait ou k joum^, et de ceux qui ont le soin de les faire travaiUer.

Les ouvriers sont en partie pris des matelots entretenus sur les vaisseaux du roy qui travafflent chacun k leur metier. Ib travaillent presque tons k joum^; ib entrent au travail k six heures du matin en est^; ib ne sortent point de Tarsenal pour d^ jeuner; il y a une raaison oil se vendent le pain et la bi^re n^cessaires pour tous les

ouvriers, qoi ont une demy-heure pour se reposer apr^ qu'ils oDt travailid Irois heures. lis sortent de Tarsenal h midy et n*y retouroent qu'^ une heure et demie , aprte avoir disn^; ils gonstent dans Tarsenai k trois henres et en sortent h six heures et demie en est^ et h cinq heures en hyver.

L ordre qui s observe pour I'entr^ et la sortie des ouvriers est tel : un commissaire se tient k la porte, Ic matin, et les nomme tous par leurs noms, marque les absens et leur retranche leur paye. Ceux qui viennent une demy-heure trop tard sont oblig^t de smaller montrer au commissaire, qui les oblige de travailler pendant que les autres d^jeunent, ou qui leur retranche quelque chose du prix de leur joum^. II fait la mesme chose quand ils retoument de disner; et, le soir, il les nomme encore pour voir si ceux qui sont entr^ ont travaill^ toute la joum^e, et en cas qa'il en manque quelqu*un, il le marque et luy retient sa joum^e cnti^re.

A fin que les ouvriers qui sont entretenus dans Tarsenal fassent lear devoir et em-^ ployent leur temps k Touvrage qu'ils doivent faire, le commissaire qui les nomme fait souvent des tours dans les ateliers pour voir s'ils font leur devoir et s'ils sont attach^ h leur ouvrage. Le maistre charpentier et les aydes font la mesme chose et se prom^ent incessamment d'un cost^ ou d'autre pour examiner ce que les ouvriers font et voir que tout se passe avec ordre. On prend de plus une autre pr^ution pour les faire travailler, encore bien qu'ils travaillent et soyent pay^ ^ joum^e, les aydes charpentiers ne laissent pas de donner k chacun leur tasche, qu'ils doivent avoir achev^ avant la fin de la joum^, h faute de quoy on leur diminue le prix de leur travail. Cependant, bien qnil y en ayt quelques dassez diligens pour Tavoir achev^, il n'est permis k aucun de sortir avant Theure, et ils se doivent tons montrer an commissaire, qui les nomme, apr^ que la cloche de la fin de la joum<^ a sonn^.

La paye des ouvriers est r^gl^e suivant leur habilet^. Le maistre charpentier qui est dans tous les ateliers en est le juge ; c'est un oiBcier considerable et sans le conseil duquel le conunissionnaire ne pent rien faire. 11 a i oo livres sterling de gage , son logement dans Tarsenal et son chauflage. Au-dessous de luy est un assistant qui a 60 livres sterling, et quatre maistres qui n'ont au-dessus de la paye ordinaire, que leur logement dans Tarsenal. II pent y avoir, dans Tatelicr de Chatam, k k 5oo ouvriers; les charpentiers habiles qui ont servy longtemps, ont a 5 sols par jour, qui est la paye ordinaire des maistres; les apprentis ont is sols la premiere ann^ qu'ils travaillent , et leur paye augraente , tous les ans, de 'J sols par jour, ou plus s'ils se rendent habiles, le tout k Tarbitre du maistre charpentier. Outre ce qu'ils gagnent, on leur permet encore d'emporter, une fois par jour, quelques copeaux ou morceaux inutiles; mais tous, abusant de la liberty qu*on leur donne, se chargent de bois autant qu'ils en peuvent porter, et prennent non-seulement des pieces qui pourroient fort bien servir, mais ne travaillent souvent, pendant toute la joum^, qu'^ gaster du bois et le r^duire en copeaux afin d'avoir permission de Teraporter. Ce n'est pas qu'on ne prenne quelque pr^aution pour empescher ce d^rdre; le maistre charpentier et ses aydes visitant souvent les ouvriers pendant la journ^e, pour empescher la dissipation du bois, et un des aydes du maistre charpentier se tenant k la porte pour voir si les ouvriers qui se retirent n'emportent point quelque pi^ce qui puisse servir; auquel cas, ils sont condamn^ i une grosse amende, qui leur est impos^e par le comraissionnaire. Mais toute cette precaution n'empesche pas que souvent ils n'emportent de fort grosses pieces de bois , d'autant plus qu on n Wroit user de s^verite parce que ces ouvriers sont mal pay^s , et qu'ainsy on leur passe souvent des choses k quoy on n'oscroit reniedier.

MARINE DANGLETERRE. U5

lis sont pay^s tous les trois mois, et, pour lore, il vient un commissaire da navy-ofice de LoDdres qni fait sa ronde en mesme temps dans tous les ports; mais comme les artisans qui ne vivent que de leur travail ne pourroient pas attendre si longtemps leur payement, on fail en sorte que les gens chez qui Us logent leur avancent leur nourriture, estant assured que, le temps du payement venu, ils recevront, des mains du tr^smier ce qui leur est deu par les ouvriers. Les calfats sont pay^ de mesme que les charpeutiere, c'est-^-dire , le maistre a 60 livres sterling, et les quatre autres maistres qui sont sous lay leur logement dans Fareenal.

Toutes les constructions qui se font dans les arsenaux du roy se font h journ^, de la mani^re que je viens de dire; quand on est fort press^ et qu'on a une guerre sur les bras, ou qu'on craint d*en avoir une, et que le nombre des vaisseaux n'est pas complet, on passe un oontrat avec un maistre cbarpentier pour foumir le bois et bastir le vaisseau pour un tel prix. Ge march^ se fait h Londres, par les officiero du navy -office assemble, qui ordonnent en mesme temps h un oflScier qu'ils ehoisissent de demeurer sur les lieux , de voir et examiner la quality du bois qui s'employe k la construction du vaisseau, afln que tout soit bien condilionn^ et que le vaisseau soit aussy fort de bois qu'il est n^cessaire. On pretend qu'une fixate perc^ pour cinquante pieces de canon, toute mast^ et agr^^ et n*y manquant que Tartillerie, revient k 8,000 pieces, qui sont 10/1,000 livres, monnoye de France. 11 faut juger du reste k proportion.

Des marckandises qui mnU dans I'areenal, de la manihe dont its les repowerU. — Toutes les fournitures qui se font pour gamir les arsenaux sont sur des marcb^ faits h Londres par les oiBciere du navy-office, J'ay expliqu^ la mani^re dont ils les re^oivent dans les magasins , quels oiBciere visitent lesdites mai*chandises , quels en sont chai*g^ et ce qui se fait pour que les marchandises soyent de bonne quality et dans la quantity port^ par le marchd fait.

Ils ont une fort grande quantity de bois dans Tarsenal de Chatam; la facflit^ qu'ils out de le faire venir est fort grande; ils le prennent dans les pays de Sussex, Somerset et Comouailles. Ils le font remonter la Tamise pour le porter dans le magasin auquel il est destin^; il couste d ordinaire 3o k ho schellings le had, qui fait 53 pieds de France en carr^.

Le fer vient encore de leur pays par la Tamise, y en ayant un quantity fort grande en Angleterre; maislapeur qu ils ont de ruiner leure forests par la grande consommation qui se £ait aux forges, est cause qu'Us en font venir souvent de SuMe, quoyque celuy d' Angleterre soit meilleur. Le fer en barre leur couste 10 ^ is schellings le cent (le schelb'ng vaut i3 sols de France); ils Tach^tent souvent davantage, et le fer ouvrag^ leur revient souvent ^16, 18 et 90 schellings. Le goudron leur vient de Norw^e et de Su^de; il ne s'en fait point du tout en Angleterre. lis en ont nn grand magasin assez bien foumy; il leur revient ^16 schellings le baril pesant cent vingt livres

Tout le cuivre en rosette vient de SuMe; il revient k pr^ de U pieces le cent, c est- Wire, 63 ou 64 livres de France.

Le meilleur estain du monde est en Angleterre; il vaut environ 5o livres de France le cent La facility qu'ils ont d'en faire venir qaand ils veulent est cause qu'ils n'en font pas grande provision; le meilleur est celuy de Gornouailles. Le plomb leur vient aussy de leur pays et couste environ 1 s schellings le cent.

Les boulets viennent de SuMe et valent environ 6 schellings le cent; pour les boulets k deux testes, ils valent a 9 kjkS schellings le cent.

On pent dire, en g^n^ral, que les Anglois ne sont pas, h beaucoup pr^, nussy

habiies que ies Hollandois, et qu'ils aeh^tent plus cher qu'eux , parce que les fioUandok payent beauooup plus r^guii^rement ieurs ouvriers et tirent, par cette raison, beaucoup meilleur mardi^ de toutes choses.

Dei aneres etdela maniire dotU ils le$ travmliaU. — Les ancres sont toujours donn^ h prix iait, la grosseur de Tancre fait la diflC&'eDoe du prix; le maistre forgaron avec qui le march^ est fait fournit le charbon, le fer et les ouvriers. D a 36 scheilings pour cent pesant des petites ancres de trois et quatre cents^ et le prix augmente suivant la grosseur jusqu'^ 80 sdieliings le cent des ancres de six , sept et huit milliers.

De la longueur, largeur et kmtieur du basUment deelM pour la forge. — Le bastiment destin^ pour la forge des ancres doit estre proportionn^ au nonobre des ancres qu'on y veut forger; il doit, sur toutes choses, estre d'une hauteur considerable, et, par-dessus les cheminto , il faut que le couvert ayt plusieurs petites lucames couvertes avec des tuiles, pour empescher la pluie. Ces lucames sont n^^saires pour donner de Tair et laisser ^vaporer la iiun^ du diarbon, qui ^toufferoit les ouvriers; il faut, de plus, qu'il y ayt deux grandes portes vis-^vis Tune de Tautre, aGn que la fum^ sorte encore plus facilement Suppose que le bastiment soit destin^ k forger deux ancres de huit milliers chacune, il font qu'il ayt environ soixante-douze ou soixantOHpiinze pieds de long et vingt-six h trente de large. II feut quatre foumeaux , avec chacun son endume; les deux foumeaux qui servent ii la mesme ancre doivent estre vis4hvis Tun de Tautre; ils sont dispose tons quatre sur la mesme ligne, dans la longueur du bastiment, parce que, s*ils estoient dispose aux qua<re coins, outre qu'il faudroit que le bastiment fust beaucoup plus grand, aGn que les ouvriers ne s'embarrassenl pas, la chaleur seroit adcore plus grande qu^elle nest, parce qu'elle se conoentreroit au milieu. Les deux foumeaux, avec Ieurs soulOets, ne doivent occuper que dix-huit k vingt pieds de la longueur du bastiment, pourvu que les soufflets d'un foumeau soyent plac^ dans la longueur et les autres dans la largeur dudit bastiment La distance d'entre les deux foumeaux ne doit pas estre plus de dix-hnit pieds, qui est la longueur que doivent avoir les palans, aGn que les bras et la verge de Tancre se puissent transporter facilem«Qt et n*aillent pas au del^ de Testendue desdits palans. On fait la vei^ dans Tun des foumeaux, et les bras , ies pattes et Torganau dans Tautre; on pourroit avoir un foumeau h part pour forger Torganou et lesdites pattes , cependant ils ne s en servent IM)mt en aucune forge d'Angleterre, et le foumeau dans lequel on fait les bras sert aux pattes et k Toi^anau.

Comlnen il/aut d'kommeepaur lafabrique d'une anere de huit milUers et uue autre de quatre mlliers, — II faut trente-huit hommes pour faire aller une forge oil il y aura quatre foumeaux, dans deux desquels on fabriquera deux ancres, Tune de huit et Tautre de quatre milliers. La division de ces ouvriers se doit faire de cette sorte : il faut huit forgerons au foumeau ou se fait la verge de huit milliers et six au foumeau on se font les pattes et organau de la mesme ancre. II faut deux hommes au soufflet de chaque foumeau, Tun qui soit dessus lesdits soufflets et Tautre qui les l^ve et baisse par le moyen d*une barre de fer qu*il pousse, et deux hommes k chacun des palans. II ne faut que huit forgerons pour les deux foumeaux de Tancre de quatre milliers, et six hommes aux soufflets et palans, oomme aux foumeaux de la grosse ancre de huit milliers.

Les mancBuvres qui servent aux soufflets aydent k ceux qui s^mt aux palans quand on tire le fer du feu. Les forgerons Ies plus forts se mettent aux gros marteaux; ils nont pas plus de paye que les autres, parce que^ conmie ils ne ii^ppent pas si sou-

vent que ies petite, pourvu qu'ils ayent la foree de ie8 lever, ils ne se fatigaent pas da vantage.

Bs ont une m^lhode pour battre qu'ils apprennent piutost en travailiant qa on ne s^auroit leor enseigner. Pour les coups'qu'ils irappent, il seroit dilBcile de ies compter; lis observent settlement de se disposer en sorte, autour de Tendume, qu'ils ne puissent s embarrasser entre eux. Ils ne Invent jamais gu^ le marteau plus haut que leur teste et ne le jett^t pas trop k cost^ deux, parce que, estant rang^ fort pr^, si un d*eux ^levoit son marteau en toumant un peu trop k cost^, il blesseroit son compagnon. Les mennes ouvriers travaillent toujours, et iis ne se reposent que quand le fer est dans le feu, ce qui suiEt, une grosse verge d'ancre estant une demy-heure dans le feu avant qu on Ten tire pour battre dessus. Apr^ qu'elle est tir^ du feu , ils battent dessus pendant une demy-Jieure; apr^ quoy on la remet au feu; ainsy ils se reposent et travaillent altemativement de demy-heure en demy-beure.

lis sent un mois k faire une ancre de huit railliers. Us Tassemblent de cette mani^re : quand les bras sont forg^, que les pattes y sont attache et que la veige est adiev^, on ^pproche ladite vei^ et les bras, par le moyen des palans de chaque foumeau, on les sonde Tun avec Yaatre et on bat beaucoup [Jus longtemps en cet endroit que dans un autre , parce que c est d'ordinaire par 1^ que les ancres manquent.

Les forgerons ont i & scheliings par semaine ; les officiers du roy ne se meslent point de les payer et ils re^ivent leur argent du forgeron qui a entrepris Touvrage. On employe cinq charret^ de charbon k faire une ancre de buit milliers , et chaque charret^ de charibon est de quatre-vingt-seize boisseaux. Le charbon vaut 18 scheliings le ehalder, qui est une mesure qui contient trente-six boisseaux. Le d^het du fer est d*un millier sur huit.

De la peiiieferremmU etde la maniere dont le$ ouvrien s(nUpayes. — Toute la petite ferremente se fait k prix fait; le maistre forgeron a a8 et 3o scheliings du cent pesant, moyennant quoy il foumit le fer et le charbon et paye la joum^ des ouvriers. D est €hhg6 de foumir tons les magasins d'autant de dous, chevilles et autres ferremens qui •ont n^cessaires pour le radoub et construction des vaisseaux. II y a une forge a trois foumeaux et une autre k un foumeau, dans lesquelles il fait tons ses ouvrages. 11 donne 10 sehellings par semaine k chacun de ses ouvriers et foumit le fer et le charbon, moyennant 3o scheliings, conune je Tay desjk dit.

Des eorderiei et de ee qui s*y observe, — U y a deux corderies k Chataro qui sont basties hors de Tarsenal; elles sont fort basses et ne sont faites qu'avec des planches; dies ont environ cent dnquanle toises de long. Elles sont ouvertes par le bout et on continue de filer dehors environ cent toises. On commet et file le cordage dans une de ces corderies, et dans Fautre on ne fait que le filer. II y a au bout de ces corderies un grand magasin de chanvre qui leur vient de Riga , d'Angleterre et de France. Cduy de Riga et d*Angleterre vaut 96 scheliings le cent pesant, et cduy de France, ao k an scheliings. II y a un lieu destin^ k le peigner, qui est aupr^ du magasin; on donne 17 sols aux ouvriers qui le peignent, et i5 sols k ceux qui le battent avant que d'estre peign^. Les cordiers sont pay^ k joum^; les plus habiles ont ao sols, et ceux qui ne servent pas depuis longtemps, 16 ou i5 sols. Apr^ que les cordiers ont fait leur fil , ils le metlent dans le magasin des chanvres; apI^^ qu'il a demeur^ 1^ trois on quatre jours , on le porte dans Fendroit oi!i il est goudronn^ , de cette maniere : on met cent dix-huit fils ensemble , on les fait passer par un gros tuyau qui va dans une chaudi^re de goudrou chaud, parlaqudle il ne fait que passer, sortant par un autre tuyau,

qui est de Tautre cost^ de la chaudi^; en sortant dudit tayau il est devid^ par ie moyen d*ane grande roue qui est tonmde par deux hommes. Quand ce fil est goodronn^ de cette sorte, ils le mettent en cordages et commeltent les plus gros cAbles sans les goudronner da vantage; ils pr^tendent que Tusage de le goudronner ainsy en fil est meilleur que de le faire lorsqu'il est commis, parce que ie goudron p^n^tre davantage, et, Bur ce que je leur ay dit que, ne le mettant point k Testuve, rhuroidit^ qui reste dans Ie cordage estoil capable de le pourrir, ils m'ont assur^ au contraire que cette humidity entretenait le cordage et luy servoit de nourriture; ce qui m'a para une fort mauvaise raison, estant seur qu'il n'y a rien de si nuisible que rhumidit^ ni qui soit plus capable de pourrir un cAble en pen de temps*

Qs ne se servent done point d'estuve pour les cordages ordinaires; il y en a pourtant en certains endroits, comme h Woolwich; ils y mettent les cordages dont ils se servent pour leurs voiles, parce qu'ils disent que le cordage estuv^ et goudronn^ est plus souple et plus ays^ h manoeuvrer. Apr^ que le cordage est achevi, on le porte dans trois grands magasins qui sont sur le bord de Teau. II y en a un qui est assez petit et deux autres k deux Stages qui sont fort grands; ils sont bastis sur cent vingt pieds de longueur et sur trente-cinq k quarante de lai^eur. On met dans le premier ^tage les gros clibles et les funins; k chaque cAble est attach^ une Etiquette sur laquelle est ^rite la longueur, grosseur et pesanteur dudit cAble, Tann^ qu'il a est^ fait et ie jour auqud il a est^ d^livr^ dans le magasin. Ce qui s'observe pour les cAbles s observe de la mesme mani^re pour les hauftsi^res, greslins et petits cordages.

II y a un clerc ou ^rivain qui a soin du chadvre de la corderie. II a 70 livres sterling de gage et a encore un clerc aupr^ de luy qui a a 5 sols par jour. II est charg^ et doit tenir un regislre du chanvre qu'il donne , du GI qu'on luy rend , da d^et qui y arrive, du cordage fait qu'on luy remet et g^n^raleraent de tout ce qui se passe dans ia corderie dont il a la direction.

U n'y a point de prix faits avec les menuisiers; its travaillent tons k joum^. Les maistres menuisiers ont a 4 sols par jour, et les gar^ns, 18 et ao sols. Les poulieurs ont k peu pr^s la mesme chose; il arrive quelquefois qu'on fait un march^ avec le roaistre pour foumir toutes les poulies d'un vaisseau ; mais cela est fort rare.

Pour la sculpture, c'est toujours un prix fait; on s^it que donner k un ouvrier pour un ouvrage de sculpture k tant par figure, suivant sa grandeur.

(Bibl. Imp. Mss. Melanges Colbert, yoL 8&.)

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