VICE-ROY D'AMERIQUE
De. . . 11 seplembrc 1663.
Je vous ^crivis, il y a quelque temps, sur ce qui avoit est6 propose de vostre part h mon secretaire par le sieur de Goulome touchant Testat auquel est h present Tisle de la Martinique^, laquelle, h ce que Ton pretend, est fort mal gouvem^e par le sieur de Vaudroques^, fr^re du feu sieur Du Parquet^, qui en avoit acquis la propriety et auquel le gouvernement en avoit est^ confix par le Roy. Ledit sieur de Vaudroques, qui a esti i\u tuteur des enfansde son fr^re, et ^ qui, a la sollicitation de feu M. de Miromesnil ^ il a est^ exp^di^ une commission pour commander en la mesme isle jusqu'^^ce que Sa Majesty eust fait choix d'un gouverneur pour y envoyer, est, h ce que Ton nous a fait entendre, un homme incapable de se conduire luy-mesme et, par consequent, de r^gir les peuples de ce pays-1^; s'estant associ^ les plus debauches et ceux qui se sont abandon^ n^s a toutes sortes de violences, de fa^on que, non-seulement la discipline militaire n'y est plus observ^e ni la justice administr^e , mais que le commerce y est enti^rement abattu.
Le rem^e k cela seroit d'envoyer sur les lieux une personne de probite et d'experience, qui s'appliquast particuli^rement k faire fleurir le culte divin et les bonnes m<^urs, qui tinst la main au restablissement de la dis-
* Le comle d^Estrades avail el^ appel^ a ce po6te en 1669 , k la place du marquis de Feuqui^res.
* Pierre Belain , sieur d^Eaoaoibuc, avail pris, au nom de la France , possession dela Martinique )e 1 5 septembre 1 635. — (M. Pierre Margry a public r^cemmeal une inl^ressante et cnrieuae ^tude intitule : Betain iTEinamhuc et le$ iVormandt aux AnuVei. Ceti le commencement d*uu important ouvrage que Tauteur prepare d*apr^ les sources m^mes, et qui aura pour titre : Les origmeeJranfai$ee dee pays d'outre-mer,)
' Adrien Dyel de Yaudroques, d^abord capitaine i Saint-Christophe; son frire itii ayant laiss^ la lulelle de ses enfants, il revint
aux Antilles en i658 avec le litre de lieutenaut g^n^ral des lies et mourut 4 la Martinique, le 94 octobre 1669.
* Jacques Dyel Du Parquet, neveu de Belain d'Esnambuc, lui succ^a comme gouverneur s^n^al pour la compagnie, en 1687.
En i653, il prit le litre de g^n^ral et devint seigneur et propri^irede la Martinique, lorsque la compagnie formee par Richelieu abandonna son privil^e. Mori le 9 Janvier i658.
^ Dyel de Miromesnil, mallredes requites, puis conseiller d'etat Mort le 7 juin 1669. — Sa etenr ^tail la m^re de Thomas Hue de Miromesnil , intendant de GhAIons.
cipline militaire et du commerce, et qui, en procurant le soulagement des insulaires, fist toutes les fonctions d'un sage gouverneur; mais Ton oppose h cette pens^e, qui sembleroit la meilleure, que, si on la suivoit maintenant, Ton commettroit Tautorit^ du roy, et que Ton exposeroit celuy dont Sa Majesty auroit fait cboix h une insulte, parce que le sieur de Vaudroques ayant ses creatures en nombre dans Tisle , qui sont int^ress^es ^ le maintenir dans le commandement pour se conserver ellcs mesmes dans la liberty de leur vie licencieuse, il seroit h craindre que Ton n'eust pas pour les ordres du roy, en ces lieux ^loign^s, toute la d^f^rence que Ton doit avoir.
G'est pourquoy le sieur de Goulome estimoit et assuroit mon secretaire que c'estoit vostre avis qu'il falloit d'abord, pour ne pas alt^rer les esprits par un grand cbangement, donner le commandement h quatre des principaux babitans de la Martinique que vous d^igneriez, lesquels, estant accr^dit^s et se pouvant assurer du secours des gens de bien , feroient ex^cuter les volont^s de Sa Majesty, rem^dieroient aux d^sordres pr^sens et mettroient les affaires dans une autre forme. Du reste , la situation de cette isle estant foft avantageuse et ladite isle pouvant servir d'eintrepost et mesme de place d'armes pour toutes celles qui sont habitues par les Franfois en rAm^rique, k cause de la commodity de sesrades et de sa fertility, il importe extrfimement de prendre une bonne et prompte resolution sur ce que Ton devra faire, et pour maintenir Tautorite. du roy, et pour en empescber le d^peuplement, m'ayant est^ confirm^ qu'il est sorty plus de millc Ames depuis que le sieur de Vaudroques y a est^ reconnu.
Gomme vostre relation et vos sentimens seront d'un grand poids pour les mesures que Ton pourra suivre sur cela, je vous supplie tr^s-humblement, Monsieur, de me mander si la connoissance que vous avez de Testat de cette isle se rapporte a celle que Ton m'en a donn^e; si, les choses estant en la mesme disposition qu'on me Ta fait entendre, vous estimez que Ton doive suivre les mesmes mesures poury rem^dier; et particuli^rement, si vous croyez que Ton puisse ex^cuter avant la fin de cette ann^e ce que Ton aura r^solu, h cause que, la saison estant desj^ fort avanc^e et la mer fort grosse dans les commencemens de Thyver, il n y a gu^re de vaisseaux marcbands qui se hasardent au passage, et que d'ailleurs il n'y a point d'apparence d'y envoyer de ceux du roy, par les raisons que je viens de vous expliquer. Enfin, je vous conjure de me faire une ample r^ponse.
( Arch, de la Mar. Reeueil de divenet Itttret, fol. 109.)