‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 88 sur 246 · S'EN ALLANT INTENDANT DANS LA NOUVELLEFRANCE · texte numérisé non relu

S'EN ALLANT INTENDANT DANS LA NOUVELLEFRANCE

Paris, 97 mars i665.

Sa Majesty ayant fait choix du sieur Talon pour remplir cette charge, a consid^r^ qu il avoit toutes ies qualit^s n^cessaires pour prendre une connpissance parfaile de Testat dudit pays, de la mani^re que la justice, police et finances y ont est^ administr^es jusqu'^ present, en reformer Ies abus, et, en ce faisant, maintenir Ies peuples qui composent cette grande colonie dans la possession l^time de leurs biens et dans une union parfaite entre eux, ce qui pourra produire avec le temps une augmentation considerable, qui est la fin principale ou Sa Majesty desire parvenir.

Pour cet efiet, le sieur Talon sera inform^ que ceux qu! ont fait Ies relations Ies plus fiddles et Ies plus d^sint^ress^es de ce pays ont toujours dit que Ies J^suites , dont la pi^t^ et le z^lc ont beaucoup contribu^ h y attirer Ies peuples qui y sont a present, y ont pris une autoritd qui passe au del^ des bomes de leur veritable possession, qui ne doit regarder que Ies consciences. Pour s'y maintenir, ils ont est^ bien ayses de nommer 1'^ vesque de P^tr^ pour y faire Ies fonctions ^piscopales, comme estant dans leur enti^re d^pendance; et mesme jusqu'icy, ou ils ont nomm^ Ies gouvemeurs pour le roy en ce pays-1^, ou ils se sont servis de tons moyens possibles pour faire r^voquer ceux qui avoient est^ choisis pour cet employ sans leur participation, en sorte que, comme il est absolument u^cessaire de tenir dans une juste balance Tautorit^ temporelle, qui r^ide en la personne du Roy et en ceux qui le repr^sentent, et la spirituelle, qui reside en la personne dudit ^vesque et Ies J^suites , de mani^re toutefois que celle-cy soit inf^rieure k Tautre, la premiere chose que le sieur Talon devra bien observer et dont il est bon qu'il ayt en partant d'icy des notions presque enti^res, est de connoistre parfaitement Testat auquel sont maintenant ces deux autorit^s dans ce pays et celuy auquel elles doivent estre naturellement. Pour y parvenir, il faudra qu'il voye icy Ies pires Jdsuites qui ont est^ audit pays et qui en ont toute la correspondance, ensemble le procureur g^n^ral^ et le sieur Villeray', qui sont Ies deux

' Envoy^ en Canada le 93 roars i665, nier voyage est ausd k la Marine, dans Ic

Talon arriva 4 Quebec le t novembre suivant m^me volome, fol. i35.

II revint en France le 8 avril 1668 et fut ren- * Bourdon, procurear g^ndral du conseil

voye le 10 mai 1669 dans la colonie, qu^il souverain.

quitta enfin le ao mai 1679 (voir 11, 93o}. ' Louis Rouer de Villeray, Tun des meni-

L'instruction qni lui fut donn^ pour ce der- bres du conseil souverain.

principaux du conseil souverain estably h Quebec, que Ton dit estre entierement d^vou^s aux J&uites, desquels il tirera ce qu'ils en peuvent s(avoir, sans n^anmoins se d^couvrir de ses intentions.

II importe qu'il s^ache que ce pays avoit esi6 conc^d^ h une compagnie forra^e du temps du minist^re de feu M. le cardinal de Richelieu, en 1698; que, cetle compagnie n'ayant point assez de force pour soutenir le pays, elie remit en 16/16 entre les mains des babitans la traite de la pelleterie, qui est le seul avantage qu'elle en tiroit, k condition seulement d'un miliier de castors tons les ans pour son droit de seigneurie; et, en 1669, ladite compagnie n'estant plus compos^e que de quarante-cinq parts, de cent dont elle estoit compos^e dans son commencement, les int^ress^s en ces quarante-cinq parts Tout remise purement entre les mains du Roy , n'estant pas en estat de fournir h la grande d^pense qu il falloit faire sans qu'ils en retirassent aucun profit.

Depuis cette ann^e 1669 , Sa Majesty a joint ledit pays k la concession quelle a faite k ia compagnie des Indes occidentals, dont il est n^cessaire que le sieur Talon voye les titres de concession par lesquels la compagnie est en droit de nommer les gouverneurs et tous les autres officiers; et comme la compagnie connoist assez qu'elle ne pourroit pas trouver de personnes qui eussent assez de m^rite et qui fussent assez autoris^es pour occuper ces postes et les remplir dignement, eile a est^ bien ayse que le Roy fist cette nomination jusqu'^ ce que, par la continuation des bont^ et de la protection de Sa Majesty, cette colonie s'augmentant consid^rablement, ladite compagnie puisse alors par elle-mesme trouver des sujets propres k y envoyer.

II a est^ bon que le sieur Talon s(ust toutes ces choses pour luy faire connoistre que Tintention et la volont^ du Roy sont qu'il protege, appuye et travaiile , autant qu'il sera en son pouvoir, k bien establir Tautorit^ de la compagnie dans ledit pays, dont, pour luy donner de plus grandes lumi^res, il pourra voir les instructions qui ont est^ donn^es au sieur de Tracy ^, r^dit portant establissement du conseil souverain , Tarrest du conseil donn^ sur le sujet de la concession et d^frichement des terres, el toutes les lettres qui ont est^ ^crites depuis un an par le sieur de M^zy^, gouvemeur, r^vesque de P^tr^e' et les officiers dudit conseil souverain, par lesquelles il sera amplement inform^ des d^mesl^s qui sont survenus entre eux.

> Le marquis de ProuviUe de Tracy avait ^t^ du Gblteau-Troinpette , Ji Bordeaux. (Voir 1 , 5 .)

nomin^ gouvemeur et iienienant g^n^ral de ' Nomin^ gouYemeur g^o^l au Canada

TAm^rique le 19 novembre i663. II revinien le 1" roai i663, il fut remplace par M. de

France ea 166 7 eteut^ son retourleooiDinande- Gourcdles, le 1 3 mars i665.

mentdeDunkerquc,eteD8niteleg<ravemement ^ Pran^isdeLaval^abbe He Montigny, avait

Pour luy en faire une deduction succincte, il sera [inform^ que les J^suites firent tant de plaintes, il y a deux aus, contre le sieur baron Dubois d'Avaugour^ qui estoit gouverneur du pays, et lequel depuis a est^ tu^ en defendant avec beaucoup de valeurle fort de Serin contre les Turcs, sur la frontiere de Groatie, que le Roy, pour leur donner satisfaction, r^solut non-seulement de le rappeler, mais mesme de leur laisser le cboix d'un autre gouverneur; ils jet^rent done les yeux sur le sieur de M^zy, major de la ville de Caen, qui faisoit profession d'estre d^vot et qu'ils croyoient sans doute qui se conduiroit par leurs sentimens ; mais ils se

les extenniner enti^rement, n'y ayant aucune seuret^ dans ieur parole, et violant ieur foy aussy souvent qu'ils tronvent les babitans de la colonie h Ieur avantage. Pour cet effet, il a ordonn^ au sieur de Tracy d'y passer des Antilles avec quatre compagnies d'infanterie de troupes r^gl^s pour y commwder cette expedition; en outre, il envoye milie bons hommes sous la conduite du sieur de Sali^res^ ancien mestre de camp d'infanterie, avec toutes les munitions de guerre et de bouche qui ont est^ estim^ n^cessaires pour cette entreprise, dont il est remis un ample m^moire au sieur Talon , comme aussy des fonds qui ont est^ faits lant k ce sujet que pour les autres dispenses qui pourront estre h faire dans le pays, lequel foumira aussy trois h quatre cents soldats qui s^avent la maniere de combattre ces peuples sauvages.

Comme Tintention du Roy est qu'il assiste dans tons les conseils de guerre qui se tiendront dans le cours de cette exp^tion et qu'ainsy il sera exactement inform^ des r^lutions qui se prendront , sa principale application devra estre en ce temps-1^ h faire en sorte que toutes les choses dont on aura besoin pour le service et le soulagement des troupes ne manquent point, et de pourvoir par sa vigilance et son industrie aux incidens impr^vus; et comme peut-estre cette entreprise estant finie k la gloire des armes de Sa Majesty et k la seuret^ de la colonie, ainsy qu'il y a lieu de Tesp^rer, lesdits sieurs de Tracy, de Gourcelles, de Sali^res et les autres chefs estimeront a propos de construire quelques forts pour la conservation des lieux que Ton aura occup^, il faudra en ce cas qu'il donne pareillement tons ses soins pour les pourvoir des vivres et munitions n^cessaires pour Ieur defense et la sub^stance des soldats que Ton y pourroit iaisser.

Avant que de partir de Qu^ec pour cette expedition , il sera bon qu'il prenne, autant que le temps le luy permettra, toutes les connoissances qu'il pourra , tant de ce qui concerne I'administration de la justice , que de ce qui regarde Festat des families, afin que, s'il y avoit quelque chose k redresser au premier point et qu'il y pust travailier utiiement au second, il le fist auparavant que d'entreprendre ce voyage; mais, au retour, comme il sera plus lilnre et d^charg^ des principales affaires de la guerre » et que, suivant le pouvoir qui luy est donn^, et aux susdits sieurs de Tracy et de Courcelles, ou ils auront licenci^ le conseil souverain pour le ^composer d'autres personnes, en cas qu'ils ayent remarqud qu'ils n'ayent pas fait Ieur devoir, ou ils se seront content^s d'en oster quelques-uns , ou enfin

' M. de Sali^res ^Uit colonel du r^gunenl guerre en Hongrie contre les Turcs. — H arde Garignan-Sali^ret, qui venait de faire la riva A Quebec en jutn i665.

les auront tous confirm^s, si effectivement lis auront reconnu qu ils ont de bonnes intentions et qu'ils n'envisagent que le bien de la justice, il importe qu'il ayt perp^tuellement dans Tesprit que, cette mesme justice devant faire la f^licit^ des peuples et remplir la premiere intention du Roy , sa principale application doit estre de la faire r^gner sans distinction de qui que ce soit, en prenant garde que le conseil souverain la rende toujours avec int^grit^, sans nulle cabale et sans frais. Et, quoyqu'il luy soit conf^r^ Tautorit^ de juger seul souverainement et en dernier ressort les causes civiles, il sera bon n^anmoins qu'il ne s'en serve que dans une n^ cessit^ absolue, estant de consequence de traiter les affaires dans leur ordre naturel et de n'en point sortir que pour des occasions indispensables.

Gomme la colonie tirera un autre avantage tr^s-consid^rable de Testablissement d'une bonne police tant pour ce qui regarde Tadministration des deniers publics, la culture des terres, que dans les manufactures que Ton pourra establir, le sieur. Talon concertera avec les ofHciers qui composent le conseil et les principaux habitans du pays les moyens de faire quelques reglemens sur ce sujet pour les faire observer inviolablement, les fondant, s'il se peut;*sur Texemple de ceux qui sont en vigueur dans les villes du royaume oil Tordre est le mieux estably.

II luy est remis un estat du revenu du pays et de Femploy qui s'en est fait jusqu icy, ensemble des dettes qui ont est^ contract^es et des interests qui s'en payent annuellement ; mais comme il pourra, estant sur les lieux, en tirer encore plus d'^claircissement, Tintention du Roy est qu'il tasche d'entrer si avant dans cette mati^re qu'il connoisse avec certitude jusqu'au dernier sol k quoy ce revenu monte effectivement, el mesme, s'il s'y est commis quelque abus, qu'il en fasse informer pour faire punir les coupables s'ils se trouvent pr^venus de malversations considerables.

L'une des choses qui a apport^ plus d'obstacles h la peuplade du Canada a este que les habitans qui s'y sont all^s establir ont fonde leurs habitations ou il leur a plu , et sans se pr^cautionner de les joindre les unes aux autres et faire leurs d^irichemens de proche en proche pour mieux s'entre-secourir au besoin. Ils ont pris des concessions pour un espace de terres qu'ils n'ont jamais est^ en estat de cultiver, par leur trop grande estendue, et, estant ainsy ^pars, se sont trouv^s exposes aux erabusches des Iroquois, qui, par leur vitesse, ont toujours fail leurs massacres avant que ceux qu'ils ont surpris ayent pu estre secourus de leurs voisins; c'est aussy par cette raison que le Roy fit rendre, il y a deux ans, un arrest du conseil dont il sera d^livr^ une expedition audit sieur Talon , par lequel, pour rem^dier ^ ces accidens, Sa Majesty ordonnoil qu'il ne seroit

plus fait a Tavenir aucun d^frichement que de proche en proche , et que Ton r^duiroit les habitations en la forme de nos paroisses et de nos bourgs, autant qu'il seroit dans la possibility; lequel arrest n^anmoins est demeur^ sans effet, parce que, pour r^duire les habitans dans des corps de villages, il faudroit les assujettir k faire de nouveaux d^frichemens et k abandonner les leurs. Toutefois, comme c'est un mal auquel il faut trouver quelque remede pour garantir les sujets du Roy des incursions des sau* vages qui ne sont pas dans leur alliance, Sa Majesty laisse h la prudence du sieur Talon d'aviser avec le sieur de Gourcelles et les officiers du con* seil souverain de Quebec k tout ce qui sera praticable pour parvenir h un bien si n^cessaire.

La difficult^ qui s'est rencontr^e, ainsy qu'il est dit cy-dessus, k I'ex^ cution de cet arrest pour r^unir les habitans en corps de paroisses, ayant empesch^ Teffet d'une chose qui est tout k fait salutaire au pays et la* quelle pent le plus contribuer k rendre cette colonie florissante, il sera important que, sans s'arrester k vouloir ex^cuter cet arrest k la rigueur, le sieur Talon travaille de concert avec les habitans k Tex^cuter en partie, s'il ne pent estre ex^cut^ enti^rement; et le temp'^rament que Ton y pourroit apporter seroit, par exemple, qu'un habitant qui auroit une concession pour cinq cents arpens de terre dont il n'auroit d^frich^ que cinquante en abandonneroit cent arpens au nouveau Fran(;;ois qui viendroit s'habituer aupays; k quoy s'il s'opposoit, on pourroit mesme Ic menacer de luy oster toutes celles qu'il n'auroit pas encore mises en culture. Et effectivement, en cas de besoin, il sera exp^di^ une declaration pour estre enregistr^e audit con^eil souverain de Quebec , portant que lesdits habitans seront obliges de d^fricher toutes les terres qui leur ont est^ conc^d^es, sinon, et k faute de ce faire, il leur en sera retranch^ chaque ann^e le dixi^me ou quinzi^me pour les donner a de nouveaux colons; et par ce moyen il y auroit lieu d'esp^rer que dans un petit nombre d'ann^es toutes les terres conc^d^es seroient g^n^ralement mises en culture.

II reste encore sur la mesme mati^re une chose a faire qui servira beaucoup a I'augmentation de la colonie, qui est que le Roy desire que, dans le cours de chacune ann^e, le sieur Talon fasse preparer trente ou quarante habitations pour y recevoir autant de nouvelles families , en faisant abattre les bois et ensemencer les terres que Ton aura d^frich^es aux d^pens de Sa Majesty.

Le Roy, consid^rant tous scs sujets du Canada depuis le premier jusqu'au dernier comme s'ils estoient presque ses propres enfans, et d^sirant satisfaire k Tobligation oii il est de leur faire ressentir la douceur et la

f^licit^ de son r^gne ainsy qu'& ceux qui sont au milieu de la France , le sieur Taion s'^tudiera uniquement k les soulager en toutes cboses et k les exciter au travail et au commerce, qui seuis peuvent attirer Tabondance dans ie pays et rendre les families accommod^es. Et d'autant que rien ne pent mieux y contribuer qu'en entrant dans le detail de leurs petites affaires et de leur domestique, il ne sera pas mel k propos qu'apr^s s'estre estably, il visile toutes les habitations les unes apr^s les autres pour en reconnoistre le veritable estat, et ensuite pourvoir autant bien qu'il pourra aux n^essit^s qu'il y aura remarqu^es, afin qu'en faisant le devoir duii bon p^re de famille , il puisse leur faciliter les moyens de faire quelques profits et d'entreprendre de labourer les terres incultes qui sont les plus prochaines de celles qu'iis ont desj^ mises en culture.

II observera que Fun des plus grands besoins du Canada est d'y establir des manufactures et d'y attirer des artisans pour les cboses qui sont n^cessaires h Tusage de la vie; car jusqu'icy il a fallu porter en ce pays des draps pour habiller les babitans , et mesme des souliers pour les chausser, soit qu'estant obliges de cultiver la terre pour leur subsistance et celle de leur famille ils en ayent fait leur seule et plus importante occupation, soit par le peu de zMe et d'industrie de ceux qui les ont gouvern^s jusqu^i pr^ent. G'est pourquoy il examinera tous les moyens que Ton pourra embrasser pour introduction d'une chose si utile audit pays , k laquelle Sa Majesty contribuera par Touverture de ses cofires, estant bien persuad^e qu'elle ne s^auroit employer une bonne somme d'argent k un meilleur usage. • L'^ducation des enfans estant le premier devoir des p^res k leur ^gard, le sieur Talon les excitera k leur inspirer la pi^t^ et une grande v^n^ration pour les cboses de nostre religion (quoyque T^vesque de P^tr^e et les J^suites s'y appliquent avec beaucoup de fruit) , et ensuite beaucoup d'amour et de respect pour la personne royale de Sa Majesty, et apr^s, ^ les accoustumer de bonne heure au travail; car Ton a toujours fait une experience certaine que la fain^antise des premieres ann^es de la vie est la veritable source de tous les d^sordres qui la traversent, au lieu que Tappiication produit un effet contraire parmy ceux qui ^vitent Toisivet^ dans ces premiers temps*

L'exp^dition centre les Iroquois estant achev^e, le Roy desire qtle le sieur Talon invite les soldats, tant du regiment de Garignan que des quatre compagnies d'infanterie qui ont d'abord pass^ en Am^nque sous le commandement du sieur de Tracy, k demeurer dans le pays, en faisant k chacun d'eux une l^gere gratification au nom de Sa Majesty pour leur donner plus de moyen de s'y establir, et qu'il leur procure mesme, des

anciens babitans, quelques terres d^fncb^es outre celles qu*ii pourra leur accorder pour les mettre en culture.

Par un arrest du conseil que I'^vesque de P^tr^e, qui travaille avec beaucoup de zMe et de ferveur h ravancement et h la perfection du cbristianisme de la Nouvelle-France , emporta du dernier voyage qu'il fit k la cour, le Roy establit des dixmes sur les fruits de la terre et luy permit et h son clergd de lever le vingti^me pour ayder h la subsistance du s^minaire et des eccl^iastiques qui font les fonctions curiales ^ Quebec, Montreal, Trois-Rivi^res et autres habitations de la colonie, Sa Majesty estimant alors que cette charge ne seroit pas grande auxdits babitans, attendu que TEglise prend le onzi^me pour la diime en la plupart des lieux du royaume. N^anmoins son intention est que le sieur Talon examine avec lesdits sieurs de Tracy et de Gourcelles si, effectivement , cet establissement est trop on^reux au pays, parce que, en ce cas, il faudroit voir le temperament que Ton y devroit apporter, et que Sadite Majesty contribueroit plutost d'ailleurs a Fentretien du s^minaire et des prestres qui le composent.

Par tons les rapports qui ont est^ faits du Canada, il est constant quil s'y trouve une tr^s-grande quantity de bois propres h toutes sortes d'usages et mesme &*la construction de toutes les parties d'un vaisseau, et quil y a des arbres de la grosseur et de la hauteur n^essaires pour master. Gomme c'est un tr^sor qu'il faut soigneusement conserver, et qu'on pourra avec le temps dresser quelques ateliers pour y bastir des vaisseaux pour le roy, il sera bon, lorsqu'il sefera quelque nouveau d^frichement, d'empescher I'abatis du bois qui sera de la plus belle venue, et que Ton pourra employer a Teffet susdit. Gependant le sieur Talon oendra au Roy un service qui luy sera bien agr^able et contribuera en mesme temps a Testablissement du commerce dans la colonie, s'il pent disposer les babitans les plus accommodds a entreprendre quelques bastimens pour eux; k quoy mesme its trouveront d'autant plus de facility, si Ton vient h ouvrir les mines de cuivre, de plomb et de fer que Ton a v^rifi^ estre tr^s-abondantes par les divers essais qui ont est^ faits.

Le sieur Talon examinera de plus si les terres rapportent beaucoup de bled par leur fertilit(5, et, par ce moyen, si y en ayant dans le pays au dela de ce qui est n^cessaire pour la nourriture de tons les babitans qui composent la colonie et de leurs families, il ne seroit pas plus avantageux auxdits babitans de semer en quelques-unes des chanvres et des legumes; et en cas qu'il Testime n^cessaire, il pourra par la participation du gouverneur et du conseil en dresser un r%lement pour le faire ex^cuter.

Gomme les nourritures dc b^tail , h quoy le pays est fort propre par la salu-

brit^ des eaux cl la vastc estendue des prairies , contribueront a Tavanlage de la colonic, il serabonaussy que ledit sieur Talon examine, avec la participation dudit gouverneur et dudit conseil, s'il ne seroit pas h propos de faire des defenses de tuer desbceufs, vaches, veaux, brebis, pores et g^n^ralem'ent toute autre esp^ce de b^tail pendant un temps dont ils conviendront. Au surplus le sieur Talon doit estre fort soigneux k informer le Roy de tout ce qui se passera audit pays, et d'envoyer k Sa Majesty les observations qu'il aura faites sur la pr^ente instruction.

(Arch, de la Mar. Regittre det ordret da roipour les compagmet des Jndcs, fol. 75.)

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