A M. CH ANTEREAU
Vemilles. 17 aoust 167$.
Pour réponse à vostre lettre du 7 de ce mois, il est bien nécessaire que vous vous en alliez à Guise pour résoudre la fondation de la muraille qui ferme la ville du costé de la rivière, et pour en faire toujours avancer les ouvrages. Et sur ceux des deux autres places dont vous prenez soin , je ne puis assez vous recommander la diligence et l'application en sorte qu'ils avancent tout autant qu'il sera possible pendant ce beau temps; et surtout de celle de Ham, comme estant la moins avancée, et où il faut que vous establissiez vostre séjour ordinaire, afin d'examiner toutes sortes de moyens et d'expériences pour en diligenter les ouvrages et la mettre en défense au plus tost. C'est à vous à faire voir, dans une occasion aussy importante que celle-cy, que vous sçavez pousser avec force et vigueur un travail quand il est absolument nécessaire, et que la nécessité le veut. Ne manquez donc pas, dès que vous aurez reçu cette lettre, de vous en venir à Ham pour mettre en pratique les moyens d'augmenter le nombre des ouvriers de toute sorte et pour avancer les ouvrages.
Sur les arbres qui doivent se prendre dans la forest de Saint-Gobain1, je vous ay tout dit par ma lettre du 6 du mois passé, ce qui ne consiste qu'en trois mots : espargner la quantité de bois autant qu'il se pourra en faisant ce qui est nécessaire ; faire en sorte que généralement tous les bois nécessaires soyent fournis à pied d'œuvre,sans qu'il en coustc rien au roy; et, au surplus, mesnager ce qui peut dépendre de l'intérest de M. lo duc Mazarin. C'est à vous a faire ce que vous estimerez le plus à propos on exécutant à la lettre ces trois articles. 1 Voir pito> n° 1 1 8 <>l nol<-.
Pour ce ijui esl des prétentions des entrepreneurs de l'année dernière que vous avez réglées, il faut plutost, dans la conjoncture présente des affaires, appliquer les fonds aux ouvrages à faire qu'au payement de ceux qui sont faits.
Néanmoins, s'il y a quelqu'un de ces entrepreneurs qui soit actuellement dans le service et qui fasse bien son devoir, vous pourrez le faire payer d'une partie ou de tout ce qui luy est deu
(Depot de* fortification*. Mm. ao5 , 1676, fol. 179.)
130 — A M. DE MOYENNEV1LLE,
INTENDANT DES FORTIFICATIONS
Versailles, a A aoust 1670.
Le Roy a esté fort surpris de voir, par les deux mémoires du sieur de \ .tu ban dont je luy ay rendu compte , le mauvais estât où sont à présent les places d'Ardres et de Calais, qui sont assurément les deux plus importantes de l'Estat, Sa Majesté ayant vu qu'à celle d'Ardres il faut encore deux mois pour l'achever; et à celle de Calais, non-seulement il faut ce mesme temps et plus, mais mesme la plus grande partie des articles contenus au mémoire qui vous a esté envoyé dès le commencement de cette année ne sont pas encore commencés. Sur quoy je ne puis pas m'empescher de vous dire que Sa Majesté n'a pas sujet d'estre satisfaite de la confiance qu'elle a eue en vous pour avancer ces travaux et mettre ces deux places en estât d'estre bien défendues.
Comme vous sçavez que je vous ay continuellement écrit sur cette matière, je ne sçaurois assez vous exprimer combien il est nécessaire que vous redoubliez vostre application et que vous recherchiez avec un extrême soin tous les moyens qui seront praticables pour augmenter le nombre des ouvriers en chacune, et les avancer avec une diligence tout autre que celle que vous avez pratiquée jusqu'à présent sur toutes choses. Faites travailler nuit et jour aux ouvrages que le sieur de Vauban dit
1 Ces recommandations en expliquent d'antres, notamment celle que nous trouvons dans une lettre du 9 juillet 1676, a M. de Bretcuil : -Vous devet bien prendre garde, lui disait Colbert, de ne pas donner aux entrepreneurs une connois*at)c<< si exacte que vous f.ulc* do* fonds qui sont réglés par chacun mois pour chacune des places dont vous avet soin , parce
qu'ils prennent de la occasion de réduire les ouvrages aux fonds qu'ils croyent recevoir et r]u 'ds.siiri'iiienl ils en font moins. Ainsy il faut toujours les exciter d'avancer, parce que, quand mesme il leur serait den quelque chose à la fin de leurs ouvrages, on y pourrait pourvoir...» (D*p. à Af. rf« Bretmit, pièce n" «3 1.)
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pouvoir oslre faits dans huit , dix et quinze jours après la date de ses lettre , et continuer ensuite les autres avec la mesme force cl vigueur.
A l'égard de Calais , Sa Majesté a vu que cette place est encore en plus mauvais estât que celle d'Ardres , et que du grand nombre d'articles auxquels vous n'avez pas touché, il y en a beaucoup qui auroient pu estre faits en quinze jours, trois semaines, ou un mois, si vous vous en fussiez avisé; et il semble que vous n'avez point regardé le mémoire qui vous a esté envoyé au commencement de cette année, puisque assurément vous vous seriez appliqué à faire tous les petits ouvrages détachés qui peuvent estre faits en peu de temps. Mais ce qui a le plus surpris Sa Majesté est que vous n'ayez pas touché au ravalement des dunes, qui est assurément le plus important travail, parce que c'est le seul qui peut favoriser l'approche de la place, et que vous pouviez mettre un atelier qui travaillast continuellement à cet ouvrage, aussy indépendant de tous les autres. Je ne puis pas me persuader que si vous vous en fussiez avisé et que vous en eussiez parlé à M. le duc de Charosl, il ne vous eusl donné toutes les facilités que vous auriez désirées pour establir des paysans pour travailler à corvées ou ajournées, d'autant plus qu'en ce pays-là ils ont une grande pratique et une grande facilité pour le remuement des terres.
Mais comme il faut tascher à l'avenir de remédier au mal passé , vous ne sçauriez donner trop d'application à avancer généralement tous les ouvrages. Et comme le sieur de Vauban écrit que M. le duc de Charost fait généralement tout ce que l'on peut désirer pour avancer les travaux, je luy écris de vous assister de son autorité et de tous les moyens qu'il croira pouvoir estre pratiqués pour avancer ces ouvrages. Conduisez-vous-y comme si cette place devoit estre tous les jours attaquée, et ne manquez pas toutes les semaines de me faire sçavoir, en peu de mots, par rapport au mémoire dudit sieur de Vauban. tous les ouvrages que vous aurez achevés ou avancés; et soyez assuré que vous ne manquerez pas d'argent pourvu que vous preniez toujours bien vos mesures pour le bien mesnager.
Sur ce qui concerne la dissipation1 qui se fait par la garnison d'Ardres
1 Voici d'un autre coté ce qu«* Colbcrt frirait a M. de Breteuil «t. r I- même sujet, quatorze jour» auparavant :
■ Tournant les vieux bois que Ira major» et les ingénieur» de» places prétendent leur appartenir, romme ces prétentions sont rhi incrin nos, il faut le» vendre au profit du roy, ou , s'ils sont encore propres à servir aux fortifications, le» y faire employer le plus utilement qu'il sera
possible...*! {D*p. à M. dr Rrrttuil, 167b, pièce n" 19s.)
Malgré des ordres aussi formels , les dissipations continuèrent. Chantereaii en prévint Cnlbert.qui lui répondit, le 10 janvier 1676:
c l/C Roy s'est dcsjà explique, il v a quelque temps, que sou intention u'estoit pas que les
vieux boi« des fortification», mais au contraire
des matériaux et palissade* , il est nécessaire que vous en fassiez vos plaintes au gouverneur, au major, et mesme à mon frère'.
(Deptt de fortification... Mm »o5, .67!». fol. .8,. )