A M. D'ASPREMONT
INGÉNIEUR
Versailles, 90 septembre 167a.
J'ay reçu vostre lettre du 1 3 de ce mois, ensemble le petit plan qui y esloit joint pour nie faire voir Testât auquel est la fondation du bastion Nostre-Dame [d'Auxonne]. Sur quoy je vous diray qu'il me semble que le travail que vous faites faire par espaulée ne peut pas avoir la mesmc solidité (juc si vous faisiez élever en mesme temps toute une face de bastion, d'autant qu'en joignant l'ouvrage sec à l'bumide, il ne peut pas si bien se lier, et eslre aussy solide que s'il prenoil son affaissement tout à la fois. Je vous prie de faire réflexion sur celte observation, et de prendre toutes les précautions nécessaires pour faire que les ouvrages soyent solides et de longue durée , et qu'ils avancent avec toute la diligence que je vous recommande par mes lettres.
L'entrepreneur Anglart m'écrit que vous avez fait creuser les fossés aussy bas que la rivière, ce qui a rendu les chemins inaccessibles, et l'oblige à avoir des pompes pour vider les eaux; que les débordemens de ladite rivière luy ont fait déserter plus de 3oo ouvriers, qu'il n'a pas pu payer pendant qu'ils ne travailloient pas; et qu'il a fait plusieurs augmentations d'ouvrages suivant vos ordres. Je vous dis cecy seulement parce qu'il me l'écrit, et afin que vous y donniez l'ordre que vous estimerez à propos pour le bien du service du roy, et que vous puissiez faire avancer les travaux pendant cette saison-cy que les eaux vont estre basses, avec grande force et vigueur, et mettre cette place au meilleur estât qu'il se pourra.
(D4|mH des fortifications, Mm. so&, t675,fot. »*«.)
139 — A M. DE MOYENNEVILLE,
Versailles, «7 •eptombiv 1675.
J'apprends, par vos lettres des 10, et a 3 de ce mois, que les travaux d'Ardres avancent diligemment et que vous espérez que, dans quinze jours de temps, tous ceux qui ont esté commencés seront achevés. Sur quoy vous devez observer que, pendant tout cet esté, toutes vos lettres ont esté remplies de pareilles assurances : que tout alloit bicu, et que les
travaux estaient avancés; et cependant il s'est trouvé (jue, lorsque mon frère et M. de Vauban ont visité cette place et celle de Calais, tous ces beaux termes dont vous vous estiez servy se sont évanouis, et l'on a trouvé que ces deux places cstoient en fort mauvais estât.
C'est pourquoy vous devez prendre garde dans vos lettres de ne rien dire qui ne soit véritable , et il vaudrait beaucoup mieux en dire moins qu'en dire plus, parce qu'en une matière aussy importante que celle-là il faut que les effets parlent plus que les paroles. C'est à vous à y prendre garde et à faire en sorte que ce que vous me dites soit véritable, c'est-àdire que tous les travaux commencés à Ardres soyenl achevés incessamment et que ceux de Calais avancent à proportion ; et ne manquez pas de in'envoyer le mémoire de lestât dans lequel ils seront le dernier de ce
(DépAtdeaforlifleatioiu.MM. »o5, t675, foLiSi.)