INSTRUCTION POUR LE SIEUR CHERTEMPS
Saint-Germain, 5 décembre 1669.
Le sieur Chertemps se rendra diligemment à Rocroi,où il visitera, plus particulièrement s'il se peut qu'il n'a fait ey-devant, les fortifications de cette place, examinera les réparations qu'il sera nécessaire d'y faire et ensuite passera les marchés des ouvrages qu'il estimera les plus pressés; après quoy, il tiendra la main que les entrepreneurs fassent des amas de matériaux pendant cet byver à proportion des travaux qu'ils auront entrepris, afin qu'ils soyent en estât de commencer leur travail aussylost que la belle saison leur pourra permettre; et pour leur faciliter d'autant plus les
moyens tic faire lesdils amas de matériaux , il leur fera avancer les sommes qu'il jugera à propos.
Comme il a desjà fait un mémoire de tous les travaux qui se doivent faire en 1670, aux places de Picardie et Champagne, et qu'il est amplement informé des marchés qui ont esté passés et de ceux qui sont à faire , il prendra garde présentement à proportionner les ouvrages aux fonds que Sa Majesté veut y estre employés, et il n'oubliera rien de ce qu'il croira pouvoir contribuer à l'économie des deniers destinés pour les réparations des places de Picardie et Champagne dont il a la direction. Il observera de plus, par toutes les places, le mesme ordre qui luy a esté prescrit cvdessus pour Rocroi.
Il observera aussy soigneusement si les ouvrages qui ont esté faits l'esté passé ont esté bien construits, si Phyver ne les a point endommagés, et si ceux auxquels il avoit confié le soin de les faire réparer se sont bien acquittés de leur devoir; et en cas qu'il reeonnoisse que quelques-uns desdits ouvrages u'ayent pas esté faits avec la solidité requise, il obligera les entrepreneurs à les restablir.
Lorsqu'il passera à Corbie il verra si le rasement des fortifications de celte place s'avance avec toute la diligence possible, et examinera en mesme temps si les ordres qu'il a cy -devant donnés ont esté ponctuellement exécutés.
Il ne perdra point de temps à se rendre à Rue *, où, après qu'il aura rendu au gouverneur de celte place la lettre du Roy, il commencera à faire travailler au rasement de toutes ses fortifications. Comme les marchés à prix faits sont avantageux pour diminuer la dépense et mesme diligenter le travail, il passera de celte sorte, s'il est possible, tous les marchés pour la démolition de ladite place.
Estant à Cnlais, il examinera Testât des travaux qui y ont esté faits cette année et particulièrement si ceux des jetées d'amont et d'aval ont résisté aux différons efforts de la mer, et si les lieux qu'elle attaque avec le plus de violence n'onl point esté endommagés.
Après avoir achevé la visite de toutes ces places, il s'en ira à Dunkerque, où il conférera avec le sieur Gravier sur tout ce qui peut servir a l'instruire, tant de Testât de son port que de tous les uutres travaux qui se sont faits et qui se font pour la fortification de cette place, et en son particulier il
' Chef-lien de canton sur In rive droite de 8 Arrondissement d'Alibeville. Celle j.lac.
la Somme, dan* l'arrondissement d'Amiens. fui démantelée en 1670, sou» In direction d<-
— On commença en 1669 a démolir cette Ferry, qui, avec un fond* de ao.'ioK livres, \
puw ; mais elle no fut entièrement rasée qu'en employa «70 ouvriers; en i<>73, on la
1678. — Les fonds mi» a la di»|iosition d«* complètement . Cherlcmps en i66<> étaient de iS.noo livres
fera toutes les observations qui pourront contribuer à le rendre tout à fait capable de bien servir Sa Majesté dans les fondions de son employ.
11 ira aussy à Ostende, où il observera les mesmes choses qui luy ont esté marquées cy-dessus pour son instruction.
Ensuite, il passera en Zélande et en Hollande pour visiter toutes les places et bien observer tous les ouvrages qui se font dans ces provinces-là contre les différens efforts de la mer. Il taschera aussy de tirer une connoissanec parfaite de tout ce qu'il y aura de plus particulier et de plus remarquable; enfin, il s'appliquera extraordinairement à toutes les choses qui pourront luy acquérir de l'expérience et de l'habileté dans les travaux des places tant maritimes que non maritimes.
Les Hollandois estant naturellement défians, il se conduira dans tout le cours de ce voyage avec grande circonspection. Pour cet effet, il prendra les avis de M. de Pomponne, et fera en sorte de ne leur donner aucun soupçon du sujet de sa mission.
A son retour en France, il se rendra au Havre pour faire sur ses fortifications et son port les mesmes observations qui luy ont esté marquées cydessus, et toutes celles encore qu'il croira luy pouvoir estre utiles.
L'intention de Sa Majesté estant que le sieur Chertemps fasse travailler au commencement de la belle saison aux places dont il a la direction, il prendra si bien ses mesures qu'il n'employé que trois mois dans ce voyage , en sorte qu'il puisse estre de retour au i 5 de mars au plus tard.
( Arch. des Ponts cl changées. Corrttp«ndanct de Colbtrt, 1669 , M. i36. )
INTENDANT D'ALSACK.
De ... 11 décembre 1 66g.
Le sieur Vouleau est arrivé icy, et pour faire encore un effort et vous donner moyen de vous restablir dans l'esprit du Roy au point que je le désire, je l'ay querellé et luy ay dit que s'il ne changeoit de conduite à vostre égard, je le punirais de sorte qu'il servirait d'exemple aux autres. Mais, pour vous dire le vray, il ne m'a paru en luy qu'une grande douleur de n'avoir pu obtenir de vous aucune des choses qui estoient nécessaires pour son travail, et il est impossible de pouvoir luy répondre'.
« Cette lettre , dans laquelle Colbert poii»« s'adrewait , le 3o du moi* prêchent , au tàciir ai loin Ih condescendance à l'égard d'un parent, Vouleau :
explique le» tenues étrniitfOfi dan» lesquels il -Je mVloniie fort, datif l.i lollrc que j'av
Il dit qu'il n'a touehé que aA.ooo livres, qu'il a neuf milliers de briques el une très-grande quantité* de pierres; qu'il n'a pu tirer de vous ni le plan, ni le profil, ni le devis, ni le marché du fort du Rhin, et encore moins aucun ordre ni marché pour faire l'écluse; qu'on luy a laissé périr son équipage faute d'argent; en un mot, il m'a paru bien soumis et avoir bien des regrets de n'avoir jamais pu obtenir vos bonnes grâces.
Enfin, ce que je vous puis dire est qu'il faut que la place de Brisach et celle de Philipsbourg s'achèvent. Je vous rends le maislre de prendre tel entrepreneur qu'il vous plaira, à deux conditions : que le compte du roy s'y trouve et que les ouvrages soyent bien faits. Mais si vous ne pouvez conduire aucun entrepreneur el luy donner les choses qui doivent venir de vous, il faut que vous quittiez, d'autant qu'il faut absolument que ces places s'achèvent.
Je renvoyé le sieur Youleau à Brisach, et je suis persuadé que, pourvu que vous le vouliez, il travaillera bien et à voslre satisfaction. Mais en ce cas, il n'y a pas un moment de temps à perdre pour ouvrir le fondement du fort, et l'avîincer avec toute la diligence possible. Je vous envoyé son mémoire auquel je ne trouve rien à redire.
L'on se plaint de plus icy que vous n'achevez pas la place de Philipsbourg, que les bastions ne sont point encore entièrement remplis de terre, ni les parapets fermés, les fossés vidés, les demy-luues, contrescarpes et autres dehors faits. Je vous avoue que je croyois que cette place fust entièrement achevée des l'année passée; je ne sçais ce que vous attendez, puisque vous avez des fonds cl qu'il y a plus de deux ans que la maçonnerie est entièrement achevée.
(Arc U. de* Pouls el chaussées, Corrw/wtwWe de Celberl. 1 669 , fol. ih6 .)