‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 13 sur 470 · AU CHEVALIER DE CLERVILLE · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER DE CLERVILLE

COMMISSAIRE GÉNÉRAL DES FORTIFICATIONS

De. . . û octobre 166g.

Après avoir bien examiné tous les plans que vous m'avez envoyés con-

1 Le 5 juin précédent, Colberl avait déjà recommandé à Chcrlemps de dire à B rafle loflne : «de continuer u faire ses plans sur une mesnie osrhollf et de mesme grandeur. Et comme il

est nécessaire, ajoutait-il, qu'il observe en tout les ouvrages fait* d'avec ceux qui sont à faire, il faudra qu'il mette la date du jour qu'il les niirn levés. » ( Conrnp. Je Colberi, fol. 11.)

cernant l'agrandissement de la fortification de Toulon »'t le bastiment de nostre arsenal de marine1, je vous diray, premièrement, «jue vous devez compter pour rien toutes les traverses que l'on vous donne et toutes les petites brigues et cabales dont vous vous plaignez, d'autant que vous pouvez croire que cela ne sort point de la chambre de ceux qui les font ou tout au plus de la ville de Toulon.

Ensuite, vous devez considérer que l'arsenal de la marine de Toulon doit estre disposé pour y recevoir au moins 5o ou 60 vaisseaux; et comme il peut arriver des occasions de guerre qui obligeroient le Roy à faire passer toutes ses forces maritimes dans la Méditerranée, il seroit nécessaire que cet arsenal servist à un beaucoup plus grand nombre. Si vous joignez à cette raison qu'il vous paroist bien clairement que nous ne sommes pas en un règne de petites choses, vous verrez qu'il est impossible que vous puissiez imaginer lien de trop grand, ce qui doit toutefois avoir sa proportion.

En outre, il faut que nous ayons toujours à Toulon non-seulement le bois nécessaire pour continuer nos constructions ordinaires de 5, 6 et 7 vaisseaux , chacune année , mais mesme que nous ayons toujours le bois de 8 ou 1 o vaisseaux en magasin, près du lieu où se font les constructions, afin de remédier promptement aux accidens qui peuvent arriver pendant une guerre.

Il faut aussy faire estât d'avoir h à 5, 000 pièces de canon à Toulon, <*t il faut que tout le reste des marchandises propres à la marine, et tous les ouvriers et ouvrages soyent dans cette proportion. C'est ce qui me fait douter qu'il y ayt assez de bastimens dans vostre dessin, et c'est à quoy vous devez appliquer toute vostre industrie et toute vostre longue expérience.

Pour entrer un peu dans le détail, il me semble qu'il seroit nécessaire de faire un magasin fermé, proche du lieu des constructions, où on pust mettre le bois de 6 ou 8 vaisseaux, tout taillé et prest à mettre sur les chantiers; celte fermeture ne doit estre que d'une simple muraille. Le lieu pour mettre le bois ordinaire des constructions en devroit estre proche. Ensuite, l'on pourroit mettre dans une première cour, pour éviter la trop grande longueur, tout ce qui est dans l'actuel travail et qu'il est nécessaire de voir et de visiter incessamment.

Je crois vostre pensée très-bonne de diviser l'espace en deux cours. Dans le milieu, je voudrois y estahlir le logement de l'intendant, du con-

• Voir III , Marine, pièces n" 1 8, i !io, etc.

trôleur et du garde-magasin qui auroil vue dans les deux cours, afin qu'ils pussent voir, d'un coulé tout le travail qui se feroit dans la première, et de l'autre, les magasins de tous les agrès et marchandises disposés au service. Quoyque je croyc bien que vous ayez en quelque sorte trouvé cet ordre , il me semble néanmoins qu'il y pourroit estre ajouté quelque chose : surtout, que vous n'avez pas mis dans vostre dessin assez de logemens et de magasins, et que vous n'avez pas considéré cet arsenal pour servir à un aussv praird nombre de vaisseaux que celuy auquel il est destiné.

Je vous renvoyé, pour cet effet, vostre projeté! retiens seulement celuy que vous avez mis au net, afin que vous puissiez voir si vous pouvez encore y ajouter quelque chose. Je crois que vous devez occuper plus d'espace, et dans tous les cas, que l'on doit toujours réserver pour le roy les places qui se trouveront derrière l'arsenal pour s'en pouvoir servir en cas de nécessité.

Il faut que vous trouviez moyen de vous servir du bastiment de Testuve. Je sçais bien que M. d'Infreville a eu tort d'y faire travailler sans ordre; mais puisqu'il est fait et qu'il est beau ', il faut que vous trouviez moyen de vous en servir soit pour estuve, soit pour quelque autre usage qui soit plus noble et plus digne de ce bastiment3.

(Àrcb.des Ponts el chaussée», Correipowfanrt dé Colbert, tM9, fol. 97.)

INTEINDANT D'ALSACE.

De. . . 93 novembre 1669.

J'ay reçu vostre lettre du 1 3 de ce mois, avec celle qui vous a esté écrite sur le sujet du sieur Vouleau 3, duquel je vous envoyé encore une lettre qui est conforme; et comme, en m'envoyant celle lettre, vous ne me dites rien sur la vérité ou la fausseté de ce qui y est contenu, je ne puis pas m'empescher de croire que tout ce qu'il écrit est véritable, dont le principal point consiste à ce que vous ne luy avez voulu donner ni dessin , ni ordre

1 Ia 93 du moiH précédent , en adressant a ' Qualorie jours après, le chevalier Clerville

Colbert plusieurs plana pour l'arsenal de Ton- envoyait au ministre le plan définitif de l'arselon , Clerville l'assurait que dans tous "il avoit nal de Toulon.

cherché le moyen de faire servir cette noble es- On trouvera ce dessin et la lettre qui l'ac-

tuve, qui, pour n'estre qu'un bastiment ex- compagnaif , à la Bibliothèque Impériale, i

posé aux accidens éternels du goudron et de le vol. 1 9.1 des 5oo Colbert, fol. 69. la fumée, ne laissoit pas d'estre assez beau ' Entrepreneur des fortifications de Brisach

pour un trosne de rois ou au moins d'ami- et de Philipshourg. raui...» (5oo Colbert, vol. ia3, fol. Cth.)

FORTIFICATIONS. |y

|»our faire l'écluse d'Eckersberg , en sorte que vous voulez qu'un entrepreneur entame une place de la conséquence de celle de Brisach sans avoir aucun ordre pour le faire qui luy serve de décharge.

Il se plaint de plus qu'en quatre ou cinq mois de temps il n'a pu tirer ni ordre, ni réponse de vous sur tout ce qu'il y avoit à faire, et que vous ne luy avez fait donner que a 1,000 livres.

Je nesçais si vous en demeurez d'accord ou non; mais la vraisemblance veut que tout ce qu'il dit soit véritable, puisque vous ne me donnez aucun éclaircissement sur tous ces points. Vous voyez bien que les premiers entrepreneurs n'ont pu se souffrir avec vous, que le sieur Vauban a esté de mesme, qu'il a fallu chasser Valpcrgue, et enfin il faudra encore chasser Vouleau.

Cela ne se peut plus souffrir. Il y a six ans entiers que je souffre de vous une conduite la plus bizarre et la plus extraordinaire dont on ayt jamais entendu parler: je vous avoue que j'en suis rebuté, et vous pouvez disposer vos affaires pour vous en retourner à Metz ou à Reims au commencement de l'année prochaine.

Je suis bien fasché que l'âge et l'expérience qui rendent les hommes plus capables de servir n'ayenl point eu en vous cet effet.

J'ay fait jusqu'à présent mon devoir de bon parent ; je suis bien fasché que vous n'y ayez pas répondu.

( Areh. d« Put.U et cbouMëe*. Corrtspo^anct <U CoWrrl, 1669, foi t«7.)

De . . . 3o novembre 1 669.

Je ne sçais que vous répondre sur la dernière que vous m'avez écrite touchant le sieur Vouleau. Je vois par ce qu'il a dit et écrit, dont vous demeurez d'accord , qu'il dit :

«Je ne puis faire uue écluse, ouvrir une place, ni faire aucun travail que je n'aye un plan et un devis signés et un ordre par écrit de celuy qui est l'ordonnateur, qui puisse me servir de décharge.

«J'ay écrit quatre mois durant à mon ordonnateur; il ne m'a jamais fait un mot de réponse.

«L'argent que l'on m'a donné, je l'ay employé en amas de matériaux pour mon travail.

«L'on ne m'en donne plus, ou si l'on m'en donne, je ne sçais pour com-

bien d<; temps, ni si l'on m'en donnera toutes les semaines ou non; c'est ce qui m'empesche de restablir mon atelier, parce que je suis dans une incertitude continuelle de ce que j'ay à faire. »

Ces plaintes sont bien fondées, et vous ne dites rien au contraire. Vous demeurez tacitement d'accord de ne luy avoir donné ni plan, ni devis, ni ordre pour les ouvrages que vous voulez qu'il fasse; vous ne luy avez fait aucune réponse à toutes les lettres qu'il vous a écrites; el il ne paroist pas que vous sçachiez ce qu'il a reçu et ce qu'il a dépensé.

Dites-rnoy sur quoy vous voulez que je le blasme.

Faites-moy voir qu'au préjudice de l'ordre que vous luy avez donné, il n'y a point travaillé; faites-luy rendre compte de l'argent qu'il a touché, et faites-moy voir qu'il a plus reçu que dépensé; alors, ou vous avez droit de le faire arrester, ou, en me l'écrivant, je le feray. Mais tant que vous garderez une conduite si bizarre que celle que je viens de vous expliquer, il est impossible que vous puissiez continuer dans l'employ où vous estes.

Je fais travailler en une infinité d'endroits, mais si un entrepreneur avoit entrepris un ouvrage un peu considérable sans mon ordre par écrit, je le ferois arrester; et vous au contraire, un entrepreneur ne veut pas travaillera un ouvrage considérable sans vostre ordre, il vous le demande quatre mois durant, vous n'estes point sur les lieux, vous ne luy faites aucune réponse, et vous le croyez coupable. Il est difficile qu'une personne raisonnable convienne de cela avec vous. C'est tout ce que je puis dire sur une si fascheuse matière et qui dure il y a si longtemps.

(Areh. de* PonU ci cbaïutées, Correspondanct de Colbert, 1669, fui. i34.)

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