‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 152 sur 470 · A M. DE VAUBAN · texte numérisé non relu

A M. DE VAUBAN

INGÉNIEUR

Fontainebleau, 19 septembre 1677.

Le Roy ayant donné ordre à mon fils d'aller visiter les places de Metz, Toul, Verdun, et ensuite toutes celles de Champagne et de Picardie , afin de voir lestât auquel en sont les travaux, et examiner ceux qui restent encore à faire pour l'entière exécution des dessins et des devis que vous en avez donnés; comme il doit se rendre à Toul, le 26 de ce mois, pour commencer celle visite, je vous prie de faire un peu de réflexion sur les ouvrages de chacune de ces places, afin de voir ce qu'il y auroit de mieux à y faire pour les mettre en leur perfection pendant cet hyver et dans le printemps prochain, soit en exécutant vos premiers dessins, soit en faisant quelque changement. Envoyez-moy au plus tosl un mémoire de vos pensées, afin que je le puisse faire lenir à mon fils et qu'il puisse profiter de vos bons avis pendant son voyage.

Comme il ira ensuite de Calais à Dunkcrque pour en visiter le port', et

•animent les terres de cette demy-courtine. Il est bien fascheux qu'une place a laquelle il a esté fait une aussy grande dépense et qui a donné tant de peine â fortifier «oit en si mauvais estât qu'elle est à présent, par le défaut d'épaisseur do la maçonnerie et de la manière qu'elle a esté construite..." {Dép. à M. de Brtleuil, pièce n* 989.)

1 Les travaux que l'un exécutait alors a Dunkerque, pour mettre le port en étal de recevoir de grands vaisseaux, étaient poussés avec

beaucoup d'activité. Le 3i juillet précédent, Colberl avait écrit à Vauban. au sujet de l'ingénieur qui devait conduire ces ouvrages :

«Je vous diray que le Roy destine le sieur de Combes à un autre employ, et ainsy il faut que vous choisissiez, do tous ceux que nous avons dans les places et que vous connoissci , celuy que vous estimez <|ui serait le plus capable de conduire ce travail, lequel demande un homme qui entende son fait et qui puisse bien dirig«T des ouvrages. Sur qtioy je vous diray

que je vois, par vostre dernière lettre, que vous pouvez vous y rendre au 8 ou i o octobre prochain , qui est le temps auquel il pourra arriver, vous me ferez plaisir de concerter ce voyage, en sorte que trois ou quatre jours de plus ou de moins ne l'enipesclienl pas de vous trouver et de faire cette visite avec vous.

( Dépit de* foruBealion». Mm. soi, 1G77, M, m.)

PJ5. —A M. DE BRETEL1L,

INTENDANT A AMIENS

(Lettre originale.)

Fontainebleau,^ septembre 1677.

Pendant le voyage de mon fils, je feray réponse à vos lettres et comnicnceray par celle du G de ce mois.

Je vous avoue que je suis bien satisfait d'apprendre que vous ayez fait charger de matériaux quarante-sept bastimens à Boulogne, et qu'ils soyent arrivés à Calais; mais je doute fort que la quantité de matériaux que vous croyez estre suffisante pour l'année prochaine soit bien juste, l'intention du Roy estant de faire un grand effort cette année-là pour achever entièrement le fort et tous les ouvrages qui restent à faire à la ville et à la citadelle de Calais. Ainsy, sans vous arrester à la quantité de matériaux que vous croyez suffisante, vous devez prendre toutes les précautions et toutes les mesures nécessaires pour envoyer sur les lieux, et par terre cl par mer, la plus grande quantité de matériaux qu'il vous sera possible.

Vous pouvez sans difficulté faire payer par le roy la différence qu'il y a entre le prix que vous paye/, de la toise de ces matériaux et le prix dont les entrepreneurs estoient convenus, ce qui faisoit par conséquent partie du prix de leur marché. Mais je vous avoue que, si les entrepreneurs avoient fait marché à 1 3 ou 1 4 livres la toise, et que vous en payiez 37, ce prix me paroist bien exorbitant, vu que la diligence que l'on fait et l'ordre que vous donnez d'assembler les bastimens d'Abbeville, Saint-Valery et bourg d'Ault, peuvent bien faire augmenter ces voitures de quelque chose comme du tiers ou de la moitié du principal, c'est-à-dire de U ou 6 livres sur cha-

que le sieur Dupuy eslant nécessaire a Calais, je n'en vois point qtij me paroisse plus iulellijçenl «pie le sieur Nicher, qui trn\ aille a la place ilo lui Kère , el tpf ntusy , à moins que vous n'en ron unissiez quelque nuire qui l'usl plus propre

pour la conduite de ce Iravail, jecrois que c'est le meilleur dont on puisse disposer pour le moment, ("est sur quoy je vous prie de me faire sçavoir nu plus ln.<l de vos nouvel les... * ,lr* fnrlif. 1C77. fui. I«a.)

que toise de ces matériaux; mais que cette augmentation aille à plus du double, c'est-à-dire de i3 à 37 livres, je ne sçais pas sur quoy cela peut estrc fondé; je vous avoue que cela me paroist Tort extraordinaire, et je vous prie de m'en faire connoistre la raison. Pour vous faire sçavoir que j'ay sujet de m'étonner de ce prix , je vous dirny que le sieur de Moyenneville m'écrit qu'en faisant voiturer ces matériaux par terre , l'on en auroit meilleur marché que par mer de 7 à 8 livres par toise; et vous voyez bien qu'il seroit difficile de trouver un autre exemple que ccluy-là dans le inonde, que les voitures par eau , et par mer, fussent plus cher que par terre.

Je vous prie de bien examiner ce point , d'y apporter toute l'économie (pie vous pourrez, et surtout de sçavoir sur quoy vous vous estes fondé pour régler ces voitures à 37 livres. Je vois mesme , par la lettre que vous avez écrite à M. de Moyennevillc et qu'il m'a envoyée, que vous dites que vous estes convenu à 37 livres la toise avec le sieur Petit, l'un des entrepreneurs de Calais; et c'est ce que je vous avoue que je n'entends point, parce que cet entrepreneur est obligé à la voilure de ses matériaux suivant son marché. Ainsy c'est à luy à fournir toutes les voitures pour tous les matériaux dont il a besoin pour cette année, et pour cela il n'y avoit ni fonds ni auginentaliou à luy donner. Mais comme le Roy veut faire un très-grand amas de matériaux celle année pour l'année prochaine, et que cet entrepreneur ne peut pas, sans l'autorité de Sa Majesté, avoir le nombre de baslimens nécessaire à de si grandes voitures, il falloit payer les matériaux el les voitures pour son compte , en luy avançant sur les ouvrages de l'année prochaine la valeur des matériaux rendus sur les lieux.

Et d'autant que l'assemblée que vous avez faite de tous les bastimens d'Abbeville , Saint-Valery et bourg d'Auit oblige les maistres de ces bastimens à un peu plus de dépense, il falloit leur donner le mesme prix que l'entrepreneur en donne pour l'ordinaire et y ajouter de plus un écu ou k livres par toise, en Gxant cette augmentation par voslre autorité et travaillant seulement à leur donner la facilité nécessaire pour charger et faire leur voiture diligemment. Comme je ne puis pas me persuader que vous ne puissiez exécuter ce que je vous écris sur ce point, je ne vous dis pas qu'il faille se servir des voitures de terre puisqu'elles sont à meilleur marché, mais il est bon et mesme nécessaire que vous vous informiez bien exactement du prix que la toise de matériaux pourroit couslcr en la voiluranl par terre au meilleur marché qu'il se pourra et dans les temps les plus commodes de Tannée, alin que l'on puisse s'en servir selon les occasions.

Au surplus, je me remets à mon fils, qui sera le 8 ou le 10 du mois prochain à Calais, pour régler avec vous toutes les autres choses qu'il y

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aura à faire pour les travaux des places de vostre département; et comme il les visitera chacune en particulier, vous pourrez facilement luy expliquer sur les lieux vos pensées sur ce qu'il serait le plus avantageux de faire pour la bonne conduite et l'avancement des ouvrages.

(Bibl. du Corp« lôgisUtif, Mm. D' i3. Ùépéthet de la cour à M. de Brtteuil, 1677. piùeo n* 33i. — Dépit des fortifications, Mm. »o5, 1677, fol. 3*6.)

1%. — A M. DE BRETEl'IL, iistkîsdant a amiens.

(Lettre ordinale.)

Versailles, iw octobre 1677. Je vous avoue que j'ay esté étonné que vous soyez entré en justification sur la lettre que je vous ay écrite concernant les voitures de Boulogne à Calais des matériaux des fortifications, parce que mon intention n'a jamais esté ni de vous accuser, ni d'avoir le moindre doute de la sincérité de vostre conduite; mais ce que je vous ay écrit n'a esté que pour vous ouvrir les yeux, pour ainsy dire, et vous faire voir une chose qui m'a sauté aux yeux dès lors que je l'ay vue; et, comme l'éclaircissement que vous me donnez ne me satisfait pas, je vous répéteray seulement que cela consiste en un seul fait que vous devez rendre certain, c'est-à-dire que les entrepreneurs des fortifications de Calais ont fait marché à i3 ou iâ livres, pour leur rendre une toise de matériaux de Boulogne sur leurs ouvrages à Calais. Si cela est véritable, assurément mon étonnemenl est bien fondé, et tout le raisonnement que vous faites ne peut pas détruire la vérité de ce que je vous ay dit, que, donnant 37 livres, vous en donnez trois fois autant que les entrepreneurs en donnent, et 8 livres par toise plus qu'il n'en cousteroit par terre.

Ce que vous dites, que vous avez fait venir les bastimens du bourg d'Aull, de Saiiit-Vulerv, Abbevillc et autres lieux de cette coste, et qu'ils sont obligés d'attendre l'escorte, ne détruit pas cette conséquence, parce qu'il seroil certainement juste de leur donner quelque chose pour le voyage qu'ils font des ports de leur séjour ordinaire en celuy de Boulogne pour charger; mais celte raison ne peut pas autoriser l'augmentation de deux fois autant pour le roy.

A l'égard de l'escorte, les maistres de bélandres qui ont fait marché à t3 ou ili livres sont obligés de l'attendre comme ccux-cy, et ainsy cette raison estant commune, elle n'a pas deu servir de fondement à aucune augmentation à l'égard de ces nouvelles voitures. Ainsy je vous avoue que,

si le principal fait est véritable . je suis toujours persuade* qu'un écu ou h francs davantage au plus, pour toise de pierre, sursoient.

( Bibl. du Corp» ).-gi»latir, Mm. B* i3. Dépêche* de la «wr a il. de Breteuil. >677, pitre n" 336.)

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