‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 155 sur 470 · A M. DE MOYENNEVIELE · texte numérisé non relu

A M. DE MOYENNEVIELE

INTENDANT DES FORTIFICATIONS

Paris, 9 avril 1678.

Mon fils n'estant pas en estât de vous faire réponse, je satisfais pour luy à vos lettres des 10, 18 et qo du mois passé.

M. le duc de Cliarost me fuit plaisir de me faire sçavoir lestât des travaux de Calais, et il y a assez d'intérest pour donner créance à ce qu'il en dit. Ainsy vous devez prendre vos précautions pour luy faire connoistre l'avancement des travaux, et ce qui en a esté fait pendant l'hyver, et niesine ce qui en sera fait dans la suite, semaine par semaine, et mois par mois, afin qu'il voye et soit persuadé qu'il ne manque aucune chose de vostre part. Pressez-le aussy de vous faire donner toutes les assistances de voitures et d'hommes qu'il pourra trouver dans son gouvernement. Je luy écris en cette conformité.

Je ne vous dis rien sur ce que vous dites que la fondation par coffres n'a pas pu réussir; mais vous devez prendre bien garde que si M. de Vaiiban l'a mise dans son mémoire, il ne l'a pas mise assurément sans bien sçavoir que cela se pouvoit; et comme il n'a jamais ordonné d'ouvrages dans toutes les places du roy sur lesquels il y ayt eu aucune difliculté à l'exécution du détail des projets qu'il a faits, vous ne devez pas espérer qu'on ajoute créance à ce que vous dites que cela ne se soit pas pu, contre ce qu'il aura cru eslre possible et ce qu'il aura résolu; en sorte que c'est à vous de bien prendre garde de n'avoir pas résolu légèrement un changement aussy considérable que celuy-là, parce que la fondation par coffres est seure, beaucoup plus prompte et de beaucoup moins de dépense, et celle par pilotis est incertaine, parce qu'elle dépend de la qualité du fond, beaucoup plus longue, d'une plus grande dépense et d'une plus grande consommation de bois.

Ainsy, comme je ne puis pas croire que de vostre chef vous ayez fait ce changement, je me confle que vous en aurez reçu l'ordre après que cela aura esté fort examiné. Surtout prenez bien garde que le bois ne vous manque point, parce qu'il n'y a rien de si important dans l'Estat, à présent, que de mettre en défense le fort de Nieulay, et de le fermer entièrement dans son pourtour dans le courant de l'esté.

Prenez bien vos mesures pour cela, examinez avec soin tout ce qu'il faut faire, et faites-moy-le sçavoir.

(I)ppol iIch ff>rliGc»tion* , Msv io5 , 1C7», fol. C,fJ )

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