A M. BAZIN
1NTE!\DANT A METZ.
Sainl-Ccrmnin, «4 novembre 1G77.
J'ay reçu voslrc lettre du 1 7 de ce mois; je vous avoue que j'ay esté surpris de voir qu'après une négociation de deux mois pour joindre les anciens et les nouveaux entrepreneurs dans un mesme marché, et après vous avoir écrit sur ce sujet autant de fois que je Fay fait pour presser celle affaire, qui, au lieu de contribuer à la diligence des ouvrages, les relarde considérablement, parce qu'en attendant que le marché soit conclu, tout demeure en suspens, vous m'écrivez, après deux mois, que ces nouveaux entrepreneurs demandent 37 livres 10 sols de la toise de maçonnerie, et que vous me proposez de leur donner 36 livres de ce qui n'a cousté au roy que 3o livres jusqu'à présent.
Je dois vous avertir que Sa Majesté a esté fort surprise de tout ce qui s'est passé dans celle circonstance, et qu'il est difficile qu'elle s'attende, après si longtemps, à une proposition aussy extraordinaire. Sa Majesté veut que, de quelque manière que ce soit, c'est-à-dire avec les nouveaux ouïes anciens entrepreneurs, vous continuiez le marché à 3o livres la toise, et que vous fassiez finir une chose qui dure desjà depuis trop longtemps et qui aura encore retardé beaucoup les ouvrages de Metz.
Je suis obligé de vous avertir que, si les choses vont encore à Metz de la mesme manière qu'elles ont esté jusqu'à présent, je prévois qu'on ne fera pas d'amas de matériaux pendant Phyver; et j'estime qu'il est bon de vous en informer de bonne heure, afin qu'il vous plaise y mettre ordre et que vous contribuiez, autant qu'il sera en vostre pouvoir, à l'exécution des intentions de Sa Majesté, que je vous ay fait connoistre si souvent.
(Dépôt des fortification», Mn. ao5, 1077, fol. 4i3.)
Sainl-Germuin , 3o novembre 1677.
J'ay répondu par avance à vostre lettre du ai de ce mois, par celle que je vous ay écrite le mesme jour.
Je vous répète encore que, lorsque le Rov a sçu que les principaux bourgeois do In ville de Metz s'estaient proposés pour entrer dans le marché des
FORTIFICATIOI^S.
anciens entrepreneurs, Sa Majesté a cru que celte société seroit conclue en quinze jours de temps tout au plus, et que ces nouveaux entrepreneurs qui avoient proposé un rabais considérable sur le marché de Gibaull, le premier entrepreneur, prendroient avec joye les conditions du mesme marché, puisque Sa Majesté vouloit bien leur donner le inestne prix et se contentoil de les joindre à Gibault pour avancer davantage les travaux. Cependant, loin que cette société ayt eu ce bon effet, Sa Majesté a vu avec déplaisir, après avoir esté plus de deux mois sans se conclure, que vous avez proposé G livres par toise d'augmentation au prix ancien de la maçonnerie. Sur quoy je vous ay desjà écrit qu'il falloit terminer cette affaire de quelque manière que ce fust, soit en faisant continuer les travaux à Gibaull et sa société seule soit en obligeant les nouveaux entrepreneurs d'entrer en société avec eux au mesme prix de 3o livres, quia toujours esté donné pour la maçonnerie. C'est sur quoy je vous prie de me faire réponse , et de faire finir promptement la confusion et l'embarras dans lequel celle affaire a eslé jusqu'à présent.
Vous avez bien fait d'empescher que Gibault ne prist encore les travaux qui vont se faire à Nancy, estant certain que cet homme n'auroit pas pu suffire à tant d'entreprises.
Soit que le marché demeure aux anciens entrepreneurs seuls, soit que les. nouveaux y entrent, il faut que vous les obligiez a acheter les chevaux qui sont à vendre à Marsal, et que, pour leur faciliter cet achat, vous leur fassiez faire les avances que vous estimerez nécessaires.
< Depot de* fortification*, Mss. 906, 1677, foi. ftin.)
' (-'est en effet ce que l'on fit. A ce sujet, Colbert écrivait à l'intendant , le 91 du moi* suivant :
«Salikeher, qui est venu icy, prétend avoir deï raisons de demander d'eslre déchargé du marché qu'il a fait conjointement avec Gibault. pour les ouvrages à faire à la place de Met/. Comme c'est nn entrepreneur bon et solvable, et que les nouveaux qui s'esloiciit proposés ne veulent point entrer dan* le marche à 3o livre» la toise de maçonnerie, il est bon de tuy Taire continuer et de luy faire achever les ouvrages portes an devis..." {Dépôt da forttf. 1677, fol. 43g.)
Les travaux de Meli se ressentirent des différends survenus entre le* en I repreneurs. Aussi , lorsqu'au mois de février 1 d-jH le Roi partit de Saint- Germain et se dirigea ver* Metz. Colbert écrivit-il à l'intendant :
«Je vous avoue que ce voyage me donne, beaucoup d'inquiétude, par la crainte que j'av que Sa Majesté ne trouve les ouvrages de cette place peu avancés. Vous sçavei asse* de quelle importance elle est, et je puis vous dire que je n'ay point tu Sa Majesté souhaiter rien davantage que son avancement ; et cependant, il n'y a pas de remède de réparer le peu de diligence qui y a eslé fait l'année dernière ; mais au moins peut-on à présent augmenter les ateliers des terres du plu» grand nombre d'ouvriers qu'il se pourra, presser avec une diligence extraordinaire les amas de matériaux, polir et ragréer les ouvrages faits , en sorte qu'il» wycnl en Testât de propreté que le Roy désire, et enfin donner tous vos ordres à Niquel pour faire 1*11 sorte que le Roy trouve toute chose en bon estai...* (Dépôt denfortif. 1678. fol. |8.)
200 — A M. DE BRETEU1L,
INTENDANT A AMIENS
( Utlrc ori(,ànale. )
Sainl- Germain, ao docctiiNre i («77.
Je vois, par une lettre que vous avez écrite à mon fils , le 1 k de ce mois, sur le sujet des fortifications, que vous deviez vous rendre, le 19, au Monthulin pour le faire raser1; et quoyque ce ne soit pas aujourd'huy un jour d'ordinaire à vous écrire et que je laisse à mon fils le soin de le faire sur cette matière , je suis néanmoins bien ayse de vous faire connoistre que l'ajournement du parlement d'Angleterre, qui a esté fait au a 5 du mois prochain, ainsy que vous l'aurez appris au pays où vous estes, doit obliger de redoubler vos soins et vostre application pour tout ce qui peut regarder et le rarement de Monthulin et les ouvrages de Calais, sans toutefois vous déclarer à qui que ce soit des raisons que vous avez pour cela.
Il est donc nécessaire que , autant que vos autres emplois vous le pourront permettre, vous demeuriez plus longtemps sur les lieux et que vous donniez une entière application pour amasser le plus grand nombre de bastimens qu'il vous sera possible, et travailler incessamment et sans discontinuation au transport des matériaux qui sont nécessaires pour tous les ouvrages qui pourront estre faits l'année prochaine à Calais. Je ne puis assez vous exagérer combien cela est important et nécessaire au service du roy, en sorte que vous y devez donner une application continuelle; et, au cas que vous ne puissiez demeurer sur les lieux, donnez tous vos reins pour vous faire informer de tout ce qui se passera en cela, et pour donner tous les ordres nécessaires, en sorte qu'il ne soit pas perdu un seul moment de temps, tant pour amasser le plus grand nombre de bastimens qu'il sera possible, que pour faire en sorte que les voitures ne retardent pas dans les ports, et qu'elles fassent une grande diligence, tant pour l'aller que pour le retour.
Je vous prie aussy de voir Testât auquel sont les ouvrages de Calais, et d'exciter tous ceux qui en prennent soin à faire la plus grande diligence qui sera possible pour les avancer et pour profiter avec soin de toutes les journées que l'on pourra mesnager, entre les gelées, pour travailler à la maçonnerie.
1 L'ordre du roi de Miser les fortifications do Moiilliuliii «-st du 7 doremlire 1677. el s* trotmdaiif li- mivmc »«limn.' qu«- In Min», sous \c n* ^197.
FORTIFICATIONS. iu'J
Il n'est pas moins nécessaire de raser le Monlhulin avec lant de soin que jamais on n'y puisse faire aucun établissement.
(Bibl. du Corps législatif, M». IV 1 3. Déj^he» dt la «>«r <t JT. dr lirvlcuil. 1677. pièce n* 4*6.)
201— SEIGNELAY A M. DE MOYENNEV1LLE, INTENDANT des fortifications.
Paris, 17 mars 1678.
Je parliray dimanche ou lundy sans faute, pour me rendre à Calais, et si les ouvrages vont comme M. le duc de (iharost écrit au Roy, j'auray bien peu de satisfaction de mon voyage, puisqu'il dit qu'à peine on a travaillé à la teste de Gravelines, qu'on n'a rien fait à la citadelle, et que le demybastion de la teste du fort de Nieulay ne peut eslre fondé de plus de quatn» mois.
Je vous avoue que je n'ay jamais esté si surpris de rien que je l'ay esté de cela, et je ne comprends pas qu'après les ordres qui vous ont esté donnés et répétés tant de fois, et les facilités que vous avez eues tant par l'envoy des chevaux, des vivres, que par le nombre des troupes qui y ont esté pendant l'hyver, vous ayez laissé aller les choses avec tant de négligence. Mais je puis vous dire, sur ce sujet, que ce sont des matières d'une telle conséquence qu'il n'est pas question de donner de mauvaises excuses, et que, s'il est vray, comme je ne le vois que trop, que vous ne vous soyez pas servy des secours d'hommes et de chevaux qui vous ont esté donnés, par la négligence que vous avez eue de ne pas faire faire des tombereaux et des outils nécessaires pour les mettre en œuvre, vous serez responsable au Roy du préjudice que son service en peut recevoir.
Je vous déclare en mon particulier que moy, qui ay l'honneur d'estre chargé de la part de Sa Majesté d'une chose aussy importante dans lo temps présent , je ne souiïriray pas que mes ordres soyent si mal exécutés.
Je vous diray plus amplement mes sentimens sur ce sujet lorsque j'auray vu les ouvrages, quoyque je ne sois que trop persuadé, par la lettre que m'a écrite aussy le sieur Dupuy, que ce que M. le duc de Chaiost a dit est véritable.
(D*pAl d« fortifimtions, M<*. aoS, 1678, M. '..