A M. DE VAUVRÉ
INTENDANT DE MARINE A TOULON*
Fontainebleau, 7 septembre 1681'.
Je fais réponse aux lettres que vous m'avez écrites au sujet des fortifications depuis le 2 3 juillet.
Je coinmcnceray par vous dire que jamais aucun travail dont je me suis mcslé ne m'a causé tant de peine et d'inquiétude que celuy des fortifications de Toulon, et qu'il est bien dilFicilc que je puisse estre satisfait de la confusion extraordinaire dans laquelle vous l'avez laissé. Je vous avoue que je suis surpris de l'acharnement continuel que vous faites paroistre contre Niquct, et il me semble qu'après que je vous ay écrit que
' Benjamin de Combes servit en 1669, comme officier de marine , au siège de Candie. Ingénieur en chef en 1671, il fut, quatre ans après, nommé capitaine au régiment de Navarre ; il dirigea, dès celte époque, les fortifications de différentes places cl fut envoyé, comme ingénieur, au Canada, en 1077. De Combes conduisit les travaux de Dunkcrque et ceux du Havre, il visita avec Seignelay les port» de Provence, prit part aux expéditions de Gènes et d'Alger et devint, en ifigô, directeur général de» fortifications de Normandie. En mors iGS;"», Louis XIV lui accorda, ainsi qu'a
son frère , Pierre de Combes , des lettres de noblesse. ( Aperpi hitloriqHe tttr In forhfication$, par le colonel Augoyat, I , I 97. )
* Cette lettre fut adressée eirculairement le même jour a plusieurs antres ingénieurs.
* M. de Vauvré avait dans ses attributions tontes les places fortes de la circonscription de Toulon.
1 Le volume contenant la correspondance relative aux fortifications pour l'année 1680 manque dans la collection du Depot des fortifications.
je n'avois personne aulrc à envoyer à Toulon , qui fusl capable de conduire les travaux , cela vous devoit sufiire pour vous obliger à faire rosser les contestations continuelles que vous avez avec cet ingénieur, et dans lesquelles je trouve qu'il se mesle toujours beaucoup d'nnimosité de vostre part.
Et pour vous dire, en un mot, quel est mon sentiment là-dessus, je crois que Niquet est un nomme fort difficile à conduire; je crois mesme qu'il est très-inquiet et que l'envie qu'il auroit d'avoir le soin des ouvrages en chef, sans que vous vous en meslassicz, augmente fort son chagrin. Aussy je n'ajoute pas beaucoup de foy à la plupart des choses qu'il pour roit me dire ou m'écrirc; mais quand il m'écrit que les travaux avancent lentement et que vous n'obligez pas les entrepreneurs à avoir un assez, grand nombre d'ouvriers, que Boussonncl travaille aux choses les plus aysées, laissant les plus difficiles pour chercher davantage à gagner, ce sont des faits qu'il n'est pas nécessaire de m'écrire pour m'en faire connoislre la vérité.
A l'égard des discours impertinens que vous m'écrivez qu'il a faits à Toulon , je ne sçais comment vous vous laissez aller si facilement aux rapports ridicules que quelque Provençal vous aura mal faits, et comment vous daignez m'en écrire en l'air sans qu'il y ayl aucune preuve, ni qu'il y en puisse avoir mesme de pareils discours. Je vous avoue que cela est fort éloigné de la supériorité d'esprit que devroit avoir un homme qui est à vostre place et qui ne devroit tendre uniquement qu'à bien servir le rov, sans se laisser aller à des animosités particulières. Mais il y a trop longtemps que je vous écris inutilement sur celte affaire, sans voir aucun succès de la peine que je me suis donnée de vous instruire et sans voir que les travaux qui sont conGés à vostre conduite avancent en aucune manière.
Ce qui est arrivé à l'occasion des toisés des derniers ouvrages me fait connoislre que vous prenez la liberté de faire des compensations aux entrepreneurs et de passer dans ces toisés des choses qu'ils n'ont pas véritablement faites, pour les dédommager des autres choses qu'ils ont faites au delà de leurs devis. Sur quoy,je vous avoue qucje ne comprends pas qu'un homme qui travaille depuis si longtemps puisse tomber dans cet inconvénient , qui va à détruire tout l'ordre des toisés et à rendre les ingénieurs maistres de faire toutes les friponneries dont ils pourront estre capables.
A l'égard de Niquet , il y a trop longtemps que h- Roy souffre les impertinences que son chagrin luy a fait faire; et ce que vous m'écrivez en dernier lieu, qu'il a interdit Molart sur le seul avis qu'il m'avoit donné du
loisé de l'Egoutier, est d'une folie si outrée qu'enfin le Hoy a résolu de le faire mettre en prison. Vous trouverez cy-joinl l'ordre au prévost de la marine de le prendre et de le mettre ù la Tour, que vous ne manquerez pas de faire exécuter1. Du reste, prenez garde que les travaux n'en soyenl pas retardés, ce que je ne crois pas qui puisse arriver, puisqu'il n'est question que de la continuation de la jetée et d'autres ouvrages faciles à conduire, auxquels les ingénieurs qui travaillent à Toulon pourront suliire.
<n*pol .le* fortifications. Mm *o&. 1681 , toi. t8i.)