‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 193 sur 470 · SL R LES PLANS ET ÉLÉVATIONS DE LA FAÇADE DU LOUVRE · texte numérisé non relu

SL R LES PLANS ET ÉLÉVATIONS DE LA FAÇADE DU LOUVRE

ENVOYÉS DE ROUE PAR LE CAVALIER BEBNI1V. ( Minute aotoin-apbeM

La première observation qui se doit faire est que ce superbe palais doit estre regardé non-seulement pour sa magnificence et pour sa commodité, mais mesme pour sa seureté, estant le principal séjour des rois dans la plus grande et la plus peuplée ville du monde, sujette à diverses révolutions.

Il est nécessaire de bien observer que dans les temps fascheux, qui arrivent presque toujours pendant les minorités, non-seulement les rois y puissent estre en seureté, mais mesme que la qualité de leur palais puisse servir à contenir les peuples dans l'obéissance qu'ils leur doivent, sans toutefois qu'il soit nécessaire de construire pour cela une forteresse, mais seulement d'observer que les entrées ne puissent estre facilement abordées et que toute la structure imprime le respect dans l'esprit des peuples et leur laisse quelque impression de sa force.

1 Flavio Chigi, neveu d'Alexandre VH, envoyé en France avec le titre de légal pour prolester a Louis XIV «fde la très-grande douleur qu'avoient causée à Sa Sainteté les malheureux accident du ao août 166s.» Mort le i3 septembre i(h)3, n l'âge de soixante-trois ans.

• Mécontent des observations auxquelles suit plan avait donné lieu , le Rernin ne se décida m le ivlaire que sur de nouvelles et très-vive»

instances. Voir, à Y Appendice, la lettre du duc de Créqui A Colbert, du a décembre i664.

1 La bibliothèque du Louvre possède, en deux volumes in-folio, des mémoires autographes inédits et des dessins de Charles Perrault sur les travaux du Louvre et de Versailles.

♦ Les pièces a" 19, ao et ai sont très-diflicilcs à lire. Quelques phrases sont évidemment inachevé»; le sens est resté douteux.

Quoyquc l'on ne puisse douter que le cavalier Bernin ayt fait celle observation, son dessin mesme le tesmoignanl, on estime toujours nécessaire de faire cette première observation.

2° Il est pareillement nécessaire de considérer le climat sous lequel ce grand palais doit estre situé, les matières avec lesquelles il doit cstre construit, les maistres qui le doivent habiter, cl les officiers qui doivent prendre soin de sa conservation.

Pour le premier, il est certain par une expérience universelle que la quantité de ptuies et de neiges qui tombent à Paris, pendant les hyvers, empesebe qu'aucune terrasse, ni mesme les combles plais, y puissent subsister au plus vingt ou trente années.

Pour le second, que toutes les matières dont on se peut servir ne peuvent résister longtemps aux injures de l'air, sans estre soigneusement couvertes.

Pour le troisième, souvent nos rois ont esté longtemps sans habiter dans le Louvre.

Et pour le quatrième, dans les temps de guerre et de minorité, les maisons royales ont esté presque toujours abandonnées sons entretèucment.

De toutes ces observations il résulte qu'il est presque impossible que les grandes galeries ouvertes et les terrasses qui sont exposées à toutes les injures de l'air puissent subsister en France, et beaucoup moins encore dans les maisons royales qui courent risque d'estre souvent abandonnées pour longtemps.

H est vray que l'on pourroit fermer avec des croisées d'une forte menuiserie et des vitres la galerie haute, marquée dans le dessin dudit sieur cavalier; et à l'égard des terrasses, les atliques pourraient donner moyen de faire des combles plats qui ne seroient point vus de dehors. Mais ce dernier moyen peut estre difficilement pratiqué en la partie de la galerie attachée à la petite cour, parce que n'estant que de 3 toises i/a ou h toises de large, il est difficile de faire un comble plat en un si petit espace.

Quant aux appartemens. il paroisl clairement que ledit sieur cavalier Bernin a voulu mettre le principal et plus noble appartement dans celle face, et c'est ce qu'il convient examiner.

Sur cela, il y a diverses observations générales et particulières à faire.

Les générales sont :

i° Qu'en France, les hyvers y estant beaucoup plus longs et plus humides qu'en Italie, l'appartement d'hyver doit estre toujours considéré comme devant estre habité depuis le mois d'octobre jusqu'à la fin de may. r'esl-à-dire huit mois, et l'autre quatre;

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y0 Que dans les maisons royales, le bruit ordinaire des corps de garde des différentes troupes qui servent à la garde des rois, de la multitude incroyable de carrosses et d'allans et venans, ne peut presque pas permettre que les rois et rcynes logent sur cette face, encore qu'elle soît double;

3° Que la raison de la longueur et grande humidité des hyvers oblige ou à exposer les appartenons sains au midv ou au levant, ou au moins à leur donner assez d'ouvertures, afin que, dans les autres expositions du nord ou du couchant, le grand air purge les humidités de l'hyver.

h" Il semble qu'il soit nécessaire que quand on entre dans un grand palais on puisse voir, et en sa face et en son dedans, toute sa structure, avant que de monter et de voir la grandeur et la beauté des apparlemens.

Il est nécessaire de voir dans les observations particulières sur chacune des stances marquées sur le dessin dudit sieur cavalier, si ces observations générales auront esté faites.

Première pièce, marquée A. — Galerie ouverte en dehors.

dette galerie seroit superbe et magnifique. Elle paroisl néanmoins étroite, n'estant que de a toises 1/3 en son dedans, suivant l'cschelle. Elle peut s'accommoder avec la force du palais. Il faut observer qu'il y auroit beaucoup de difficulté, mesme impossibilité, de faire un comble plal en a toises i/a ou 3 toises de largeur.

Deuxième pièce , tmirauée li.

Cette pièce est destinée pour une entrée en forme ovale , ou pour servir de salle publique, en voulant habiter le premier plan. Cette seconde destination ne peut avoir lieu , vu que si l'on s'en servoit il n'y auroit point d'entrée dans ce superbe palais qu'au travers de cette salle. Il reste donc à examiner la première destination d'une grande entrée ovale.

Le dessus de cette entrée, marqué E dans le plan noble, estant destiné pour une salle ovale, par laquelle on entre en deux grands apparteniez, il est certain que cette entrée ovale ne peut avoir plus d'exhaussement que les autres pièces du plan appelé terrain, lequel n'ayant que 3o pieds de haut, c'est-à-dire U toises i/u il est impossible que cet ovale, ayant i(> toises et 10 toises de diamètre, soit dans la juste proportion qu'une si grande pièce, qui naturellement doit eslre la plus ornée et la plus belle,

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LETTRES, BEAUX-ARTS ET BÀTIME.NTS. m

puisqu'elle paroist la première à remplir l'esprit de ceux qui entrent pour voir la magnificence de ce palais en son dedans.

Il faut de plus observer que ce grand ovale ne prenant son jour qu'au travers des galeries qui l'environnent, il est impossible qu'il ne soit fort obscur.

Il résulte de ces observations que ce grand ovale ne peut pas demeurer en la forme de sa destination, «l qu'il faut nécessairement ou l'élever jusqu'en haut cl le percer en dôme, ou au moins l'élever jusqu'au second étage, afin qu'il puisse recevoir les jours des arcades de la seconde galerie nussy bien que de la première.

Cette nécessité osle le moyen de pouvoir faire les principaux appartenions sur cette face.

Troisième pièce, marquée C. — Galerie droite qui conduit aux deux escaliers

et aux deux salles.

Cette galerie est belle et commode, mais il faut éviter la nécessité de passer dessous pour approcher les escaliers, parce que la quantité de carrosses qui suivent les rois et reynes, quand ils sortent et entrent, ne permet pas sans un embarras perpétuel que l'entrée des escaliers soit dans un angle, ni empeschée par les colonnes et autres pièces d'une galerie.

Les escaliers marqués sur le plan aux deux bouts de cette galerie sont trop petits et obscurs, ne prenant jour par bas qu'à travers la galerie et de la petite cour du milieu, laquelle n'estant que de h toises serviroit bien plutost de cloaque que d'ornement.

L'escalier rond est trop incommode, l'inégalité de largeur faisant courre risque de tomber à toutes les personnes qui sont obligées de prendre le costé du noyau.

Toutes les pièces de l'appartement bas ont l'incommodité de l'obscurité, qui sera remarquée en l'appartement noble.

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