‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 195 sur 470 · OBSERVATIONS À PAIRB SUR LES APPARTEMBNS NÉCESSAIRES DANS LE NOUVEAU · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS À PAIRB SUR LES APPARTEMBNS NÉCESSAIRES DANS LE NOUVEAU

BASTIME.NT DU LOCVnE.

Élage bas ou plan terrain.

Il faut observer, dans le plan, qu'il y ayt le plus proche de la porte qu'il se pourra, sans toutefois gaster la beauté* et la magnificence du portique, un corps de garde pour les gardes de la porte le jour et pour les gardes du corps la nuit, accompagné d'une chambre pour les officiers.

A costé et proche des escaliers, une salle pour les Cent-Suisses; les offices de cuisine, bouche et gobelet du Roy, des Reynes et de MF le Dauphin, avec toutes les commodités et décharges nécessaires, en observant que ces offices soyent proches l'un de l'autre, afin de s'en pouvoir servir dans les grandes occasions et que le service se puisse faire à couvert et proche autant qu'il se pourra.

Le reste du plan terrain servira pour loger les principaux officiers du Roy et des Reynes, et mesme les principaux officiers de la couronne.

Observer soigneusement pour les oflices les décharges des eaux.

Au plan noble.

Outre la grande salle des gardes et le salon qui y est attaché, il est encore nécessaire de disposer une grande salle des bals, à laquelle il est nécessaire d'attacher une pièce, séparée de la grande entrée , pour y pouvoir disposer l'entrée des collations, avec un escalier particulier pour y monter.

Une autre grande salle des festins royaux, à laquelle il faut de mesrnc attacher une pièce pour y pouvoir disposer le service avec ordre, et que cette pièce reçoive, par un escalier particulier, le service des offices.

Ces deux salles doivent aussy estre disposées pour la musique, en y observant des tribunes situées de sorte que la voix se puisse répandre également dans toute la salle, et que le vaisseau de cette salle soit disposé de sorte que le son s'y puisse conserver.

La salle des festins royaux pourroit estre disposée de sorte que tous les assislans pussent voir le festin, que le lieu de la table fust séparé et ne pust estre environné des assistans, et que le service au buffet et à la table se pust faire sans entrer dans la foule des assistans.

Ces salles doivent estre aussy disposées de sorte que l'on puisse aller

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facilement de l'une à l'autre, et qu'elles ne soyent engagées en aucun passage public, afin que l'on y puisse préparer toutes les choses nécessaires, sans altérer ni diminuer les grands apparlcmens.

Pour la chapelle, il faut observer qu'elle soit grande et spacieuse et séparée entièrement des appartemens, parce qu'il est nécessaire qu'elle soit de facile accès à tous les petits officiers et valets, d'autant plus que le veut que le service s'y fasse avec les mesmes cérémonies que dans les paroisses, Sa Majesté désirant l'establir en paroisse de sa cour et suite: en sorte qu'il scinbleroil nécessaire ou de la mettre hors du Louvre, y estant toutefois attachée, ou de la mettre au dedans, au plan terrain, et luy donner toute l'élévation, ou de la faire double, sçavoir une basse et une haute. De quelque façon qu'elle soit faite, il faut observer que les personnes royales y puissent aller facilement de tous leurs appartemens, que leur entrée, leur passage et leur place soyent séparés du public.

Observer tout ce qui est nécessaire pour bien placer la musique et pour conserver la voix.

Il ne resteroit, au surplus, au grand et magnifique dessin que M. le cavalier Bernin a fait, que de rendre les costés du dehors du Louvre un peu plus conformes à la grande et magnifique façade, ce qui se pourroit en élevant de quelque peu les murs et luy donnant un ornement à balustres avec ligures, ce qui produirait encore la beauté que les combles seraient cachés.

Il serait encore nécessaire, ainsy qu'il a plu au Roy de l'ordonner, de faire une autre façade du coslé de la cour des cuisines, et doubler le corps de logis pour y trouver le logement du Roy et des gardes.

A l'égard du dedans, ou il faut élever les murs pour leur donner les mesmes ornemens de balustres et figures, ou continuer les logis.

SUITB l)D MKMOIRK.

Il serait bien nécessaire que le cavalier Bernin vist, une ou deux fois, l'entrée du Louvre, depuis dix heures du matin jusqu'à midy, afin que d'après le grand nombre de carrosses et l'affluence du monde, il pust juger si la place qu'il dispose au devant du Louvre sera suffisante pour contenir le tout.

Quoyque ledit sieur ravalier Bernin dispose une très-grande suite d'apparlemens pour toutes les saisons de l'année, il est nécessaire néanmoins qu'il considère toujours et nostre climat et la manière de vivre de nos rois. Comme il est certain que nous n'avons que quatre à cinq mois d'esté, et que pendant ce temps nos rois ne sont jamais à Paris, il est nécessaire

de considérer l'appartement d'hyver comme celuy où nos rois feront presque toujours leur séjour; et par conséquent, il le faut rendre plus beau, mieux disposé et plus commode que tous les autres. Sur quoy le cavalier Bernin observera, s'il Juy plaist, que tous les beaux apparlemens qu'il ajoute au Louvre, soit sur la face du devant, soit sur celle de derrière, sont exposés sur le devant, au levant, niidy et nord, sur le derrière au couchant et au nord, et que le logement exposé au midy, qui est presque le seul où les rois logeront , demeure au mesme estât qu'il estoit auparavant, n'estant pas possible qu'ils puissent loger sur le devant à cause du bruit des carrosses et des gardes; en sorte que l'on peut dire, dès à présent , que toute la dépense que Sa Majesté fera ne luy produira aucune plus grande commodité pour son logement ordinaire que celuy qu'elle occupe à présent , vu que ce sera toujours la mesme chose.

Par la mesme raison du long hyver et du séjour ordinaire de nos rois pendant cette saison , il est nécessaire que ledit cavalier Bernin pense aux moyens de fermer avec facilité et clarté toutes les grandes arcades des logis des salles et des appartenions, parce que si l'on ne trouvoit moyen de les fermer avec facilité, il seroit impossible d'y pouvoir passer un hyver, sans beaucoup d'incommodités, ni mesme de sauver les voûtes si elles estoient exposées aux pluies et aux neiges.

11 est nécessaire de bien observer de rendre extraordinairement faciles toutes les conduites des eaux, les décharges des ordures et immondices; que les aqueducs soyenl grands, larges et spacieux et qu'ils communiquent partout.

Il faut bien observer la facilité de la décharge des excrémens; que les fosses à privés soyent mises en lieux commodes, en sorte que la puanteur n'en puisse jamais incommoder les appartemens ni le dedans du Louvre; et que, dans tous les étages, il y ayt des décharges faciles. Il est nécessaire de considérer ce point comme l'un des plus importans et duquel dépend la santé des personnes royales.

Examiner en quel lieu l'on prendra toutes les eaux nécessaires pour le Louvre, pour en observer l'entrée, la distribution et la décharge, en sorte que la rupture des tuyaux ne puisse jamais altérer la bonté des fondations.

Faire choix d'un lieu, le plus élevé qu'il se pourra, pour y faire un réservoir d'eau avec un magasin suffisant pour y mettre tous les instrmnens nécessaires pour le feu. Observer que. de ce réservoir, l'on puisse tirer avec des pompes, s'il est possible, l'eau dans trois ou quatre autres réservoirs au dernier étage, près des combles, pour le mesme accident.

11 seroit bien nécessaire que M. le cavalier Bernin vist la forme «les

offices de bouche et gobelet du Roy et des Reynes, pour en voir la disposition et le nombre des pièces qui y sont nécessaires, afin qu'il pust les placer en l'endroit le plus commode pour le service de Leurs Majestés.

Il semble, pour cet effet, que le seul endroit où on puisse les placer est le plan terrain des pavillons du devant, du costé de la rivière, parce que de là le service se pourra faire plus commodément et à couvert dans les nppartemens qui seront le plus souvent occupés par le Roy et les Reynes, qui sont les mesmes qu'ils occupent à présent.

Ces offices doivent estre toujours dans le corps du Louvre et ne peuvent jamais estre mis au dehors.

Il faut quatre corps d'offices, sçavoir : un pour le Roy, un pour la Reyne mère, un pour la Reyne et un pour le Dauphin. Ils doivent estre composés chacun d'une grande cuisine , un garde-manger et une salle qui puisse servir aussy d'une cuisine de décharge en cas de nécessité.

Pour le gobelet : deux grandes pièces.

Quelque soin que M. le cavalier Bernin prenne de faire de grandes et commodes décharges pour les eaux et pour les immondices, il faut toujours faire estât que, du premier au dernier étage, on jettera par les fosses une infinité d'immondices, et, par conséquent, il doit, s'il luy plaist, observer que le mont ou rocher sur lequel le Louvre sera basty soit taillé de sorte qu'il ne retienne pas les ordures, ce qui scroit fort vilain et fort incommode.

Après avoir parlé des offices de bouche qui doivent estre dans le plan terrain, il sera peut-eslre bon que M. le cavalier Bernin voye un mémoire de toutes les personnes qui sont à loger dans le Louvre, mesme de tous les apparleraens qu'il est nécessaire d'y observer.

Isogcmcna à observer dam le Louvre.

Quatre corps d'offices de bouche, sçavoir : un pour le Roy, un pour la Reyne mère, un pour la Reyne et un pour M** le Dauphin.

Chaque corps d'office doit estre composé d'une grande cuisine divisée ainsy qu'il est accoustumé. Un garde-manger, une salle pour servir de décharge de cuisine en cas de nécessité, quelques chambres dans les entresols pour les officiers coucher et manger.

Pour le gobelet : deux pièces à cheminée et quelques chambres en entre-sol.

Le Conseil du roy, sçavoir : une salle pour luv parler, une antichambre, une grande salle de conseil, un grand cabinet proche, une buvette, accom pagnée d'une chambre de retrait, une chambre pour le buvelier el concierge.

Outre le corps de garde, dont il est parlé par le premier mémoire, il est nécessaire, dans le mesme plan terrain, d'un appartement pour le capitaine du Louvre, composé de trois ou quatre pièces médiocrement grandes; une chambre et garde-robe pour le lieutenant; une chambre et garde-robe pour le concierge; une chambre pour le [mot illisible); un appartement, composé d'antichambre, chambre, cabinet et garde-robe pour le capitaine de la porte1; autre, de mesme, pour le grand prévost de l'hoslel; autre, de mesme, pour le grand mareschal des logis; un grand magasin pour les bastimens; une grande salle proche le réservoir d'eau pour y mettre les eschelles, crocs, seringues, sceaux et autres instruirions pour le feu; une grande salle proche les escaliers pour les Cent-Suisses de la garde, accompagnée d'une chambre et garde-robe pour l'officier; un appartement de quatre pièces pour le grand maistre de France; autre, de mesme, pour le grand chambellan.

A costé et proche de l'appartement de la Rcync mère, il est nécessaire de loger :

Le capitaine de ses gardes, quatre pièces comme au capitaine de la porte; la surintendante, cinq pièces; sa dame d'honneur, cinq pièces; son chevalier d'honneur, trois pièces; sa dame d'atours, quatre pièces; sa première femme de chambre avec sa garde-robe, cinq ou six pièces; son apothicaire, trois pièces.

Tous ces logemens doivent estre mis au plan terrain.

On peut loger au troisième étage : son premier médecin ; son premier chirurgien; la femme de chambre qui a soin de Mesdemoiselles; trois ou quatre autres chambres, pour des femmes de chambre; les filles damoiselles, leur gouvernante et sous-gouvernante, quatre ou cinq pièces, un peu grandes.

Outre tout ce qui est dit cy-dessus pour le plan terrain, il est encore nécessaire d'y loger :

Le mareschal de Villeroy, gouverneur du Roy, quatre pièces; le mareschal de Graraont, colonel des gardes, quatre pièces; et trois ou quatre appartemens pour les princes du sang et vieux officiers de la couronne.

Pour le Roy.

Sous la chambre de Sa Majesté : le capitaine de ses gardes du corps, chambre et garde-robe.

Au troisième étage : le premier gentilhomme delà chambre: la garde-

1 En marg»' du mnniificril »*l tVrit : »Sça»oir si une salle |MHir ta archers ? *

robe avec une chambre pour garde-robe pour le grand maistrc, el une chambre pour les valets de garde-robe; son premier médecin, trois pièces; son premier chirurgien, deux pièces; son confesseur, deux pièces; son premier valet de chambre en quartier, deux pièces.

Proche la chambre du Roy, une petite chambre pour les valets de chambre en quartier, et une autre petite chambre pour les garçons de In chambre.

Au plan terrain : l'apothicairerie, composée de trois pièces.

Pour la Reyne.

11 est nécessaire d'observer que son appartement soit beau, commode, et soit attaché à celuy du Roy.

Pour sa dame d'honneur, quatre ou cinq pièces; sa dame d'atours, idem; son chevalier d'honneur, trois pièces; sa première femme de chambre espagnole, quatre pièces; sa première femme de chambre française, idem.

Cinq ou six chambres différentes avec garde-robes, pour loger les autres femmes de chambre espagnoles et francoises; les filles d'honneur, gouvernante et sous-gouvernante, six pièces.

Pour Mr le Dauphin et les en/ans de France.

Il est nécessaire d'avoir un appartement fort commode et bien exposé pour ce sujet, composé de plusieurs chambres, afin de pouvoir loger commodément les princes et princesses suivant leur âge.

Un appartement de quatre pièces pour la gouvernante, autant pour le gouverneur; pour la sous- gouvernante , chambre et garde-robe; une chambre et garde-robe pour la première femme de chambre; deux chambres pour les autres femmes de chambre.

Outre tous ces appartenons et logemens, le Roy veut encore loger dans le Louvre les quatre secrétaires d'Estal et trois officiers principaux des finances, à chacun desquels il faut cinq ou six pièces, attendu qu'ils ne peuvent pas y loger sans y avoir tous leurs commis.

Chacun de ces appartenons doit estre composé : antichambre, grande chambre, petite chambre ou grand cabinet, deux garde -robes, deux chambres pour des commis.

Le Roy prétend occuper pour sa personne et celle de la Reyne le plan noble ou premier étage tout entier.

11 seroit bien à propos d'y observer un appartement propre pour y mettre les tableaux de Sa Majesté, où les jours fussent bien disposés, et un autre appartement à orner de statties et bustes: el penser, dès à pré-

sent, aux orncmens de ces deux appartenons, en sorte qu'ils servissent à relever la beauté desdits tableaux , statues et bustes.

Il est nécessaire de bien observer de mettre les salles dont il est parlé au présent mémoire en lieux commodes, où le service se puisse faire facilement et où la beauté et la magnificence paraissent.

De plus, il serait bon que M. le cavalier Bcrnin vist les lieux disposés pour les comédies, tant du dedans du Louvre que du dehors, pour les réformer ainsy qu'il l'estimera pour le mieux.

U sera encore nécessaire de disposer un lieu pour les grandes fesles à cheval, comme ballets, machines, tournois, luttes et autres divertissemens qui désirent de grandes places et des lieux propres pour y recevoir un grand peuple.

La pensée du cavalier Bernin de faire des citernes est excellente; il observera, s'il luy plaist, en quel lieu cela se pourra faire plus commodément.

Outre tout ce que dessus, il faut encore observer que hors et attenant le Louvre, il faut une basse-cour ou cour des cuisines , dans laquelle il est nécessaire de mettre les cinq offices, scavoir : la cuisine commune, l'échansonnerie, la panneterie, la fruiterie et la fourrière, lesquels doivent estre composés de quatre pièces chacun, outre quelques chambres en entresol pour coucher les officiers.

Plus, un bureau composé de deux pièces, anti-salle et une belle salle pour la table du grand maistre de France. Autant pour la table du chambellan. Une autre salle pour celle des maistrcs d'hostel. Autre pour les gentilshommes servans. Autre pour les grands aumosniers , [mot illisible) et autres petits officiers. Autre pour les premiers valets de chambre. Autre pour les valets de chambre de quartier.

Pour la Reyne mère, pour la Reyne et pour Mr le Dauphin.

Cinq offices de raesme, trois salles pour le bureau, table du premier maistre d'hostel, et autre salle pour les officiers.

Au dedans ou au dehors du Louvre, il faut faire choix d'un lieu pour bastir une grande et superbe bibliothèque, qu'il n'y en ayt pas, s'il se peut, de pareille au monde (Sa Majesté ayant un très-grand nombre de livres très-rares pour la remplir), et donner, dès a présent, les dessins de la menuiserie du dedans. Cette bibliothèque doit estre accompagnée d'un beau logement pour le bibliothécaire.

Il faut, de plus, au dedansdu Louvre, un cabinet d'art beau et superbe.

Au dedans et au derrière du Louvre, il faut deux corps de garde pour

itiO SCIENCES. LETTRES, BEAUX-ARTS. BÂTIMENTS.

Les faces du dehors sont unies, sans au Ire ornement que les croisées, avec une grande corniche d'entablement qui règne tout autour.

La hauteur des murs, tant du dedans que du dehors, est de 76 pieds de France, composés de 1 9 pouces chacun pied, qui font io4 î/a palmes romaines, à la raison susdite de 8 pouces 1/9 chacune palme.

Il est encore nécessaire d'observer que depuis la ligne du dehors du fossé de la face du costé de la rivière de Seine, il va «*6 toises ou 390 palmes romaines jusqu'au quay de ladite rivière.

A l'égard de la face du devant, depuis la ligne du fossé jusqu'à la grande église de Sainl-Germain-de TAuxerrois, qui est la paroisse du Louvre et l'une des plus grandes paroisses de Paris, il y a 33 toises ou 979 1/9 palmes romaines.

De plus, le Louvre estant situé proche le Pont-Neuf, et par conséquent presque au milieu de Paris, et environné de toutes parts de maisons, dont ta toise en superficie, compris les bastimens, vaut environ 3ooécus romains, il est certain que pour peu que l'on augmente son estendue, la dépense multiplie prodigieusement. Car, encore que, dans les beautés et commodités essentielles, la raison de la dépense ne doive eslrc de nulle considération, néanmoins, quand l'excès de la dépense augmente peu la beauté et la commodité, on estime qu'elle doit entrer dans les considérations d'un grand architecte pour former son dessin.

Voilà les observations que Sa Majesté a estimé devoir estre faites sur Pestai présent des lieux.

Pour ce qui concerne le climat.

11 est certain que depuis le mois d'octobre jusqu'au mois de raay, le froid et l'humidité, par la quantité de pluie et de neige, sont tels qu'ils obligent à avoir du feu dans les appartenons pendant tout ce temps, c'est-àdire sept à huit mois de l'année. En sorte qu'il est nécessaire, dans les bastimens de France, de chercher plutost à se garantir du froid que du chaud, qui n'est jamais assez grand pour donner de l'incommodité au plus qu'un mois ou six semaines de l'année; encore cela arrive-t-il assez rarement. De plus, il est encore certain que cette abondance de pluie et de neige, jointe aux vents, a fait connoistre jusqu'à présent, par un nombre infiny d'expériences, qu'il est impossible de maintenir des terrasses, ni mesme presque des comblcsplats, n'y ayant en France nulle matière qui y ayt pu résister jusqu'à présent. Et cette humidité qui reste d'un si long hyver en dedans des maisons est telle, qu'il est nécessaire de les exposer à l'air et au soleil, tout autant qu'il est possible.

Pour ce oui concerne la volonté du Roy.

Il n'y a pas de doulc que Sa Majesté soumettra toujours ce qui sera de sa volonté à ce qui sera nécessaire pour la beauté et la magnificence d'un si superbe palais; néanmoins, elle seroit bien ayse, en tant que celle beauté et celte magnificence se pust trouver égale ou peu différente, de conserver en leur entier les parties du grand bastimenl qui ont esté élevées par les rois ses prédécesseurs, et qu'elle-mcsme a élevées sur les premiers dessins faits du temps des premiers hommes du monde qui ont retiré l'architecture du tombeau où la barbarie des Golhs et les siècles qui les ont suivis favoient ensevelie; d'autant plus que deuv parties et demie de quatre de ce grand bastiinenl estant desjà faites, il y auroit peu d'apparence de les ruiner entièrement.

Toutes ces observations ainsy faites, il est nécessaire de passera l'examen du dessin dudit cavalier Bernin, afin qu'il puisse, s'il luy plaist, connoistre luy-mesme si elles sont de telle considération qu'elles méritent de faire quelques changemens dans son dessin.

Le sieur cavalier Bernin, avec un sens admirable, a estimé que la ligure carrée, en une cour, seroit désagréable à la vue, vu que par la raison de l'optique qui approche les objets directs et qui éloigne les obliques, elle paroistroit plus large que longue, au lieu que dans l'ordre elle doit paroistre plus longue que large ; et c'est ce qui l'a sagement obligé d'augmenter la longueur de la cour jusqu'à 78 toises, au lieu de 63 qu'elle devoit avoir suivant le premier dessin, c'est-à-dire 196 a/3 palme? romaines d'augmentation, ou 1 5 toises de France '.

Ledit cavalier Bernin observera, s'il luy plaist, si cette raison d'augmenter la longueur de la cour, soit pour la rendre plus agréable à la vue, soit pour y trouver la placé des cours pour donner jour aux escaliers et aux galeries ou péristyles qu'il élève au dedans de ladite cour, est assez forte pour emporter l'horrible dépense qu'il faudra faire pour y parvenir; attendu que, n'y ayant que 33 toises depuis le fossé de l'ancien dessin jusqu'à l'église de Saint-Germain-de-l'Auxerrois, cette augmentation de la cour avec celle des pavillons saillans marqués dans le plan approche ledit fossé à 5 toises près de ladite église, en sorte que non-seulement il faut la jeter par terre et la rebastir en un autre lieu, mais encore il faut

1 En marge 63 tuisesdii France, à 0 pi«l* «78 luises de Franco fonl, a la

pour toise et 1 a pouces pour pied . font h pal- Min -i /.I (aimes romaine». •» ( à 8 1 /a pouaw pour palme."

au midy, les six chambres qui sont couvertes du midy, par le logement double, seront aussy de la mesme qualité; en sorte qu'il n'y aura que les pavillons exposés au levant, midy et couchant, et le grand costé percé du costé du midy qui pourront estre commodément habités par les personnes royales.

Les escaliers auront la mesme incommodité, parce que ne recevant le jour que par les petites cours et au travers des galeries, ils ne recevront point le soleil et seront par conséquent un peu obscurs.

Il est vray que toutes ces obscurités et ces défauts de soleil seroient notablement diminués au plus haut étage; mais si l'on considère qu'il faut monter lao degrés avant que d'y arriver, on demeurera facilement d'accord qu'il est impossible que des personnes royales puissent prendre un logement si élevé pour leur demeure; et quand bien mesme cela se pratiquerait pour l'ordinaire à Rome et en Italie, il est impossible de faire la mesme chose en France.

L'on connoist bien que cette grande élévation est estimée nécessaire, non-seulement pour le grand logement qui s'y trouve, mais encore pour la grandeur et la majesté de l'ouvrage entier, mais l'on estime aussv qu'avant de se confirmer et d'exécuter cette grande élévation, il serait nécessaire de considérer toutes les observations ensemble pour juger si le tout se peut concilier.

Au défaut de pouvoir loger les personnes royales dans le second étage noble , il n'y a personne qui y puisse loger, et mesme il suffirait d'un attique au-dessus de l'étage noble, attendu que la trop grande quantité de logcmens dans un palais de cette qualité y pourrait attirer tant d'ordures, que cela serait entièrement contraire à la santé, en sorte qu'il faut soigneusement observer dans le palais de nos rois que, outre les logeroens pour les personnes royales , il n'y en ayt que ce qui est nécessaire pour leurs officiers.

Les portes d'entrée paraissent un peu petites pour un palais de cette qualité, vu quelles n'ont que la mesme hauteur et largeur que les arcade* des loges ou galeries; mais l'on est persuadé que le sieur cavalier Bernin a voulu que la magnificence du tout emportast celle des parties, ou que dans l'exécution il y pourrait facilement apporter le remède qu'il verrait nécessaire.

Quoyque toutes ces observations soyent assez importantes, le Roy ne laisse pas d'estre persuadé que si l'on pouvoil les faire entendre de vive voix et sur les lieux à M. le cavalier Bernin, il donnerait tant de bonnes et justes raisons pour les détruire, que Sa Majesté demeurerait persuadée, non-seulement de la beauté et magnificence de son dessin, comme elle

SCIEIYCES, LETTHES, BEAUX-ARTS, BATIMENTS. 363

jour aux grands appartenons, attendu que ces cours n'ayant que 8 loises, c'esl-à-dire 68 palmes dans leur plus large, et estant environnées de murs de i ho palmes de hauteur, il sera impossible que le soleil puisse jamais chasser l'humidité de ces cours; et inesme les appartenons des deux principales faces ne prenant leur jour que sur ces cours, non-seulement l'obscurité sera grande, mais mesme le soleil n'y entrant presque jamais, ils seront toujours sujets aux grandes incommodités que l'humidité lire après soy, joint qu'ils seront fort malsains.

Par cette raison, toutes les chambres marquées H sur le plan, qui ne prendront leur jour que par les cours marquées G, ces cours n'ayant que 6 et 8 toises de large sur diverses longueurs et ne pouvant recevoir le soleil que par-dessus les murs de î 6o palmes de hauteur, seront sans difficulté obscures et n'auront presque jamais le soleil.

Comme il est certain et indubitable que, sous le climat de Paris, il n'y a rien qui soil si nécessaire dans tous les logemens que l'air et le soleil, tant pour la santé, qui doit toujours eslre considérée plus que toute autre chose, que pour éviter une infinité d'autres incommodités que l'humidité produit, il sera peut-estre bien nécessaire d'examiner tous les apparlcmens et toutes les chambres en particulier, pour bien conuoistre toutes celles qui seront exposées en sorte que le soleil les puisse rendre saines pour la demeure uctucllc des personnes royales.

Pour faire cet examen, il est bon de présupposer que l'élévation de dedans n'ayant point esté augmentée, le discours fait sur le plan marque clairement que les galeries ou loges doivent eslre couvertes, non-seulement au plan bas, mais mesme aux deux plans nobles; et quoyqu'il soil dit par le discours que ces galeries ne diminuoient point la lumière aux chambres, il est bien difficile que le jour qui entre dans une chambre au travers d'une galerie de 35 palmes ou h loises de France ne soit notablement diminué; et mesme il est impossible que le soleil, dans son plus haut, puisse pousser ses rayons plus avant que a loises au dedans d'une t bambre qui en auroit 5 de large.

Et, comme le carré du Louvre est justement exposé au levant, couchant, midy et septentrion, il est certaiu que tout ce qui est exposé au nord ou qui ne doit recevoir du soleil que par les petites cours, ou au travers des galeries ou loges, ne pourra recevoir assez de jour ni eslre suffisamment purgé de l'humidité; et, en examinant le plan, on trouvera que les deux faces du devant et du derrière exposées au levant et couchant seront de celte qualité, vu qu'elles ne recevront jour que par les petites cours; que le coslé exposé au nord sera de mesme; et que du coslé exposé

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