‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 196 sur 470 · PALAIS DE VERSAILLES l · texte numérisé non relu

PALAIS DE VERSAILLES l

Raisons générales.

Toul ce que Ton projette de faire n'est que rapetasseric qui ne sera jamais bien.

Toutes les belles maisons doivent eslre élevées, et le plus d'élévation est toujours le mieux.

Celle de Versailles est presque cachée de la pièce d'eau du fond par le parterre en amphithéâtre. Ainsy il scroit plus nécessaire de l'élever.

Il faut perdre la beauté que l'élévation de lavant-cour et de la cour donnent, à cause des fondations du nouveau basliraent.

Quoy que l'on fasse, les croisées et les arcades seront toujours petites, ne pouvant avoir au plus que 6 pieds i/a , et elles devraient en avoir 9 ou 1 0.

1 On lit dans des notes en partie inédites de Charles Perrault • :

«Louis XIV ayant lait quelque» promenades agréables à Versailles vint à l'aimer, le fit embellir de peintures pour le rendre plus agréable et luy donner toute la perfection qu'il pouvoit avoir. Dans sa petite c&tendue c'estoit un chasteau flanqué de quatre pavillons, basly de et de briques, avec un balcon vert qui Dit toul autour et qui dégageoit tous les np|tartemens. Une fausse braye l'entourait aussy, et au-dela un fossé a fond de cuve reveslu de briques et de pierres de (aille avec une balustrade. A peine fut-il achevé et M. Colbert se futil réjouy devoir une maison royale achevée, où il ne serait plus besoin d'aller que deux ou Irais fois l'an pour y faire les réparations qu'il conviendrait, que le Roy prit la résolution de l'augmenter de plusieurs bastimens pour y |>ouvoir loger commodément , avec son Conseil , pendant un séjour de quelques jours. On commença par quelques bastimens qui , estant à moitié, ne plurent pas et furent aussylost abattus. On construisit ensuite les trois grands corps de logis qui entourent le petit chasteau et qui ont leur face tournée sur les jardins. Quand ces trois corps de logis, qui sont du dessin de M. Le Vau, furent faits, connue ils

•ont beaux et magnifiques, on trouva que le petit chasteau n'avoil aucune proportion ni aucune convenance avec ce nouvel édifice. On proposa au Roy d'abattre ce petit chasteau et de faire en la place des bastimens qui fussent de la mesme nature et de la mesme symétrie que ceux qui venoient d'est re bastis... Mais le Roy n'y voulut point consentir. On eut beau luy représenter qu'une grande partie inenaçoil ruine, il fit rebastir ce qui avoit besoin d'estre rebasty, et se doutant qu'on luy faisoil ce petit citasleau plus caduc qu'il n'estoil pour le faire résoudre à l'abattre , il dit , avec un peu d'émotion , qu'on pouvoit l'abattre tout entier, mais qu'il le ferait rebastir tout Ici qu'il esloit , et*

On lit aussi dans l'avertissement qui précède la \otietdu Mutée de Vmaillt* , par M. E

s Les premiers travaux Louis XIV datent de 1 66 1 et furent dirigés par l/mis Levau, puis par François Dorbay. L'ancienne façade sur la cour fut respectée; mais les deux ailes en avant du château firent place à deux corps de bâtiment terminés par des pa- \illons ornés de colonnes et de statues, et, du coté des jardins, de nouvelles constructions vinrent envelopper le château de briques.''

• Bibliolbèimc du Louvre, s vol. mus. iu-fot. - ( lia rie» Perrault, premier commis des bâtiments, recueillit . eu 1 69S , tous les dessin* que »m Créru . Olauilc Perrault , nvnil projetés ou Tait i bâtiments du Louvre.de Versailles, de l'Observatoire , etc.

SCIENCES, LETTRES, BEALX-AJtTS, BÂTIMENTS. 267

L'élévation du dedans de la cour sera de 60 pieds de hauteur, et la cour n'aura que a 8 toises de large sur 3 h toises de longueur.

Il n'y a aucune proportion gardée dans ces mesures.

11 n'y aura qu'une seule cour dans toute cette maison , qui sera bien plus large que longue.

La grandeur des pièces, qui seront de G, 7, 8 et to toises sur 5 toises et 5 toises i/a de large, n'aura aucune proportion avec la petitesse de la cour et du baslimcnt en général.

Tout homme qui aura du goust de l'architecture, et à présent et à l'avenir, trouvera que ce chas tenu ressemblera à un petit homme qui auroit de grands bras, une grosse teste, c'est-à-dire un monstre en bastiraens.

Par ces raisons, il semble que l'on devrait conclure de raser et faire une grande maison.

Il n'y a que 5a toises de largeur entre les allées des deux parterres, et 90 toises de longueur entre l'allée du grand parterre de face et l'entrée de la demy-lunc.

Il est impossible de faire une grande maison dans cet espace.

Le terrain est serré non-seulement par les parterres, mais encore par le village, l'église, l'estang. La grande pente des parterres et des avenues ne permet pas d'estendre ni d'occuper davantage de terrain sans renverser tout et sans faire une dépense prodigieuse.

Il est vray que le parterre de fleurs est au niveau du chasteau , mais l'autre a une grande pente, joint qu'il faut du chasteau avoir un parterre uny ou de plain-pied , ou une terrasse, ce qui seroit impossible.

Il n'y a pas d'apparence que le Roy veuille occuper plus de terrain que celuy que cet endroit peut naturellement produire, d'autant que pour eu occuper davantage, il faudroit tout renverser, faire une prodigieuse dépense, laquelle il sera plus à propos ou plus glorieux au Roy de faire au Louvre ou en quelques grands ouvrages, et que le Hoy se retranchas! pour longtemps du plaisir qu'il prend on celte maison.

Il n'y a donc pas d'apparence que Sa .Majesté prenne cette résolution.

Il reste à examiner s'il faut tout raser ou conserver ce qui est élevé de neuf.

En rasant tout, il est certain que l'incertitude, le changement perpétuel et la grande dépense ne concourent pas à toutes les grandes actions du Roy. Joint que ne pouvant faire une grande maison, tout ce qui se fera n'aura aucune proportion avec le reste de la conduite de Sa Majesté.

En conservant ce qui est élevé, l'on tombe dans les inconvéniens cydessus marqués.

Il y auroit un troisième parly, de demeurer dans la résolution prise l'an-

née dernière, de laisser le petit chasteau, et faire l'enveloppe suivant le dessin commencé.

Ce parly satisfait à l'avis raisonnable que le Roy ne fist rien pendant son règne qui ne fust proportionné à sa grandeur, c'est-à-dire monstrueux, mais en monstre bien composé.

Tout le monde verra que le Roy avoit celte petite maison de plaisance et y ajouta seulement des bastimens pour son logement et pour toute sa cour. En un mot, ce bastiment ne sera pas considéré pour estre un ouvrage do Sa Majesté seule. Mais il faudra bien se donner de garde, ni de vouloir joindre une pièce du petit ebasteau avec une du grand, ce qui ne se peut jamais sans tort, ni revestir ou joindre au mur du petit du dedans de la cour un autre mur orné de colonnes et de marbres, et élevé pour racher les combles, d'autant que ce petit chasteau scroit alors enfermé entre un grand mur et un grand corps de logis, ce qui pourrait eslre biasmé plus que toute autre chose.

Ce qui pourrait estre contre cette résolution, c'est la grande et publique déclaration que le Roy a faite de raser le petit chasteau, ce qui donne un engagement tel que l'on ne peut pas s'en retirer.

Il restera donc à prendre le party, ou de ne rien faire qui vaille en conservant ce qui est fait, ou de ne rien faire que de petit en le rasant. En l'un et en l'autre, la mémoire éternelle qui restera du Roy par ce bastiment sera pitoyable.

11 serait h souhaiter que le bastiment tombasl quand le plaisir du Ilot sera satisfait.

Prendre la résolution du Roy.

( Arcb. de lEmnire. c*rtoti K 901. niée* 11 ,o >

De. . . *8 septenibrv [ 1 6G5 ].

Vostrc Majesté retourne de Versailles. Je la supplie de me permettre de luy dire sur ce sujet deux mots de réflexion que je fais souvent cl qu'elle pardonnera, s'il luy plaist, à mon zèle.

1 Celle pièce porte seulement le mois el le quantième; nous la rapportons à i665, suivant le classement du cabinet de M. le duc de Lu y nés cl d'après l'évaluation de la dépense di« deux années précédentes. Elle a déjà <4é

publiée dans les A nurxrs du II* volume. Ftnmeeê, paj«e ccx, pièce VII. Nous la reproduisons, à raison de son importance, dans la section des DdlimenU. qui est sa place vèri-

Qjf)iti7Pd hy C^noglp—

Cette maison regarde bien davantage le plaisir et le divertissement de Vostre Majesté que sa gloire ; et comme elle fait bien connoistre à tout le monde combien elle préfère celle-cy à ceux-là, et que c'est assurément l'intérieur de son cœur, en sorte qu'il y a toute seureté de parler librement à Vostre Majesté sur celle matière sans courir risque de luy déplaire , je croirois prévariquer à la fidélité que je luy dois si je ne luy disois qu'il est bien juste qu'après une si grande et si forte application qu'elle donne aux affaires de son Estât avec l'admiration de tout le monde, elle donne quelque chose à ses plaisirs et à ses divertisseraens, mais qu'il faut bien prendre garde qu'ils ne préjudicient à sa gloire.

Cependant, si Vostre Majesté veut bien chercher dans Versailles où sont plus de 5oo,ooo écus qui y ont esté dépensés depuis deux ans, elle aura assurément peine à les trouver. Si elle veut faire réflexion que l'on verra a jamais dans les comptes des trésoriers de ses bastimens que, pendant le temps qu'elle a dépensé de si grandes sommes en cette maison, elle a négligé le Louvre, qui est assurément le plus superbe palais qu'il y ayt au monde et le plus digne de la grandeur de Vostre Majesté K . . Et Dieu veuille que tant d'occasions qui la peuvent nécessiter d'entrer dans quelque grande guerre, en luy ostantles moyens d'achever ce superbe bastiment. ne luy donnent pour longtemps le déplaisir d'en avoir perdu le temps et l'occasion !

Vostre Majesté sçait qu'au défaut des actions éclatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur et l'esprit des princes que les bastimens; et toute la postérité les mesure à l'aune de ces superbes maisons qu'ils ont élevées pendant leur vie. ô quelle pitié, que le plus grand roy et le plus vertueux, de la véritable vertu qui fait les plus grands princes, fust mesuré à l'aune de Versailles! Et toutefois, il y a lieu de craindre ce malheur.

Pour moy, j'avoue à Vostre Majesté que, nonobstant la répugnance qu'elle a d'augmenter les compta ns, si j'avois pu prévoir que celte dépense eust esté si grande, j'aurais esté d'avis de l'employer en des ordonnances de comptant, afin d'en oster la connoissance.

Vostre Majesté observera de plus, s'il luy plaist, qu'elle est entre les mains de deux hommes3 qui ne la connoissent presque qu'à Versailles, c'està-dire dans le plaisir et dans le divertissement, et qui ne connoissent point

' On remarquera que cette phrase n'est pas terminée. — La même idée est exprimée dans le 5 i fi de la pièce précédente.

' >Sans doute Le Nôtre et Le Va», et non

pas Le N'ôlre et Mansart, comme nous t'avons dit dans le II* volume, car ce dernier n'était pas encore à celle époque arcliileclc du roi. Il ne le devint que vers HÎ7 h.

du tonl l'amour qu'elle a pour la gloire, de quelque part qu'elle doive venir; que la portée de leurs esprits, suivant leurs conditions, divers intérêts particuliers, la pensée qu'ils ont de faire bien leur cour auprès de Vostre Majesté, joint à la patronance dont ils sont en possession , fera qu'ils traisneront Vostre Majesté de desseins en desseins pour rendre ces ouvrages immortels, si elle n'est en garde contre eux.

Pour concilier toutes choses, c'est-à-dire pour donner à la gloire de Vostre Majesté ce qui doit luy appartenir, et à ses divertissemens de inesmc, elle pourrait faire terminer promptement tous les comptes de Versailles, fixer une somme pour y employer tous les ans; peut-estre mesme scroit-il bon de la séparer entièrement des autres fonds des bastimens, et ensuite s'appliquer tout de bon à achever le Louvre; et si la paix dure encore longtemps, élever des monumens publics qui portent la gloire et la grandeur de Vostre Majesté plus loin que ceux que les Romains ont autrefois élevés.

( Cabinet de M. le due de Luynw. Mm. n° gS, carton «.)

INTENDANT D'ALSACE

Saint-Germain, ia mars 1666.

Vous pouvez assurer le sieur Barbault1 qu'il recevra toutes sortes d'assistance et de protection pour l'establissemenl qu'il veut faire d'une manufacture d'armes, et que, quand il aura fait son choix du lieu où il estimera plus à propos de se placer, on luy en facilitera tous les moyens.

Comme une des plus importantes choses qui soyent à faire pour le service du roy en Alsace est d'attirer des habitans dans les villes de Brisach et de Philipsbourg, et plus encore en la dernière qu'en la première, il ne faut pas se contenter du ... 2 que ceux de Brisach ont entrepris de construire, moyennant les 10,000 livres que le Roy leur a accordées; mais il faut prendre ses mesures pour en baslir d'autres aux dépens de Sa Majesté, et faire connoistre à tous ceux qui viendront s'habituer en l'une et l'autre de ces deux villes qu'on les exemptera de logetnens de gens de guerre, pendant le temps de quatre, cinq et six années; et, en effet, il faudra le faire.

1 Barluault devint, en if>7« , fermier des mines de (îiromaftny - " Mot laissé en blanc.

La proposition qui vous a esté faite par un bourgeois de Râle, d'élever une imprimerie a Ensisheim 1 el d'y avoir toujours une bibliothèque bien fournie, est fort bonne; et ainsy, on peut sans difliculté la recevoir, pourvu toutefois que ce particulier soit catholique, et non autrement.

Comme il est de conséquence d'accoustumer les peuples des pays cédés au Roy par le traité de Munster à nos mœurs et à nos coustumes, il n'y a rien qui puisse y contribuer davantage qu'en faisant en sorte que les enfans apprennent la langue françoise, afin qu'elle y devienne aussy familière que l'allemande et que par la suite du temps elle puisse mesme, sinon abroger l'usage de cette dernière, du moins avoir la préférence dans l'opinion des habitans du pays.

( Areb. de la Mar. Dèpiclut eonermant la marin», 1 666 , fol. 379. )

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