AU SIEUR LE VAU
INGÉNIEUR'
Saint-Germain, 19 juillet 1669.
Je donne ordre au sieur de La Saussaye2 d'aller promptement faire une visite au chasteau de Chambord et de travailler incessamment à remettre tous les ouvrages en bon estât 3.
Ne manquez pas de vous y rendre au plus tost pour faire la mesme visite, et envoyez-moy aussytost un mémoire de tout ce que vous estimerez à propos d'y faire, non -seulement pour le logement de la cour, mais mesme pour y donner plus de commodité qu'il n'y avoit l'année passée*.
(Areh. de. PonU et chaussées, Corrttpcudanet dê Colbri, 166g, fol. 45.)
I François Le Vau , le jeune , ingénieur, conseiller et architecte ordioaire du roi, membre «le l'académie d'architecture en 1671. Mort à Parts, te h juillet 1676.
C'est à lui qu'est adressée l'instruction publiée dans le IV volume : Routn, Canaux H Mmeê , pièce a* 6.
II était frire de Louis Le Vau.
1 Jean de La Saussaye, sieur de La Rabois, trésorier de France, et intendant des bâtiments et domaines de la couronne, dans le comté de Blois. Le 1 4 mai 1683, il obtint pour son fils ta survivance de cette charge , et reçut le a 3 août suivant des lettres d'honneur de président de la Chambre des comptes de Blois.
' Kl il y avait beaucoup a faire; car, après le départ de la cour de ce château , de La Saussaye avait prévenu Colbert , le 1 8 octobre 1 668, que le Boi lui avait recommandé de réparer le carrelage que l'aflluence du monde avait défait. 11 ajoutait que la foule avait causé force désordre . comme serrures emportées, réchauds pris dans les |M»lagers , balustrades rompues dans Ips escaliers, fentes faites par les laquais dans l'enlredeux des pierres sur la terrasse. ( Mèlan^et C.»ll*rt. vol. i4q, fol. ioî>.)
k De La Saussaye s'empressa d'exécuter les ordres du ministre, qui lui écrivit quelque temps après :
«J'ay reçu vostre lettre, par laquelle j'ay esté bien ayse d'apprendre que vous faites travailler incessamment à toutes les réparations qui sont a faire au chasteau de Chambord. Vous devei a présent avoir reçu le fonds de i,5oo livres que j'ay donné ordre de tous envoyer; ainsy je ne doute pas que le Roy, a son arrivée, n'y trouve toutes choses en bon estât , et que vous n'ayez si bien mesnagé cette somme qu'elle suffira pour faire travailler ain ouvrages que vous me marques estre les plus nécessaires. Au surplus, lorsque vous m'aura envoyé des mémoires exacts des augmentation* qui se pourroienl faire pour loger la cour plu» commodément, je ne manqueray pas de vous faire sçavoir aussytost ma résolution sur ce sujet, n
Enfin , le 8 septembre, Colbert lui exprimait sa satisfaction d'apprendre que le château de Chambord était en bon état, et rengageait à le tenir dans la dernière propreté lorsque le Boi y arriverait. (Cmrrtp. «fc Gilbert, fol. 64 ol Hb.) — Voir pièce n' i65.
SCIENCES, LETTRES, BEAUX- ARTS. BÂTIMENTS. ârVJ
D1RECTBIR )>B l/ACADÉMIB FRANÇAISE A ROME.
Saint-Germain, fi septembre 1669.
J'ay reçu vostre lettre du t 3 du mois passé; j'approuve la résolution que vous avez prise de ne pas différer davantage de faire partir le marbre destiné pour la statue du Roy, dans l'appréhension où vous estes que, les eaux venant à grossir, on ne pust le retirer cette année.
A l'égard de tous les creux de la colonne Trajanc1 cl autres ouvrages que vous avez, il est bien nécessaire que vous observiez avec grand soin de les bien encaisser avant que de les charger sur les vaisseaux que M. Arnoul nolisera pour les apporter à Rouen, suivant l'ordre que je luy en ay donné. Pour cet effet, vous devez tenir avec luy une exacte correspondance, et surtout, aussytost que vous aurez quelque chose de considérable, l'envoyer diligemment, n'estant pas à propos de laisser à Rome un temps inutile ce que nous aurons à faire venir en France
J'aurois esté bien ayse que l'on eust pu acheter pour le Roy les bustes et statues de la vigne du prince Ludovisi, et j'avois desjà esté informé de leur beauté; mais j'apprends avec déplaisir que ledit prince a vendu le tout en Espagne \ Cependant j'attendray les deux paysages du Dominiquin et un troisième tableau du fameux Pérugin, ensemble les autres ra-
' On lit, au sujet de la colonne Trajane, «La pensée que vous «et de vous servir
dans la description détaillée qu'en a faite des vaisseaux malouins pour faire porter en
M. Froehner: France les moules de la colonne Trajane et
«L'an i665, Louis XIV reprit le projet de autres creux est fort lionne, et vous pouvez
son prédécesseur. Avait-il intention de pa- sans difficulté l'exécuter; mais j'estime qu'il
Irooner une nouvelle publication des bas-reliefs, sera fort è propos que vous alliez vous- uiesme
ou se proposait-il d'en décorer une des rési- a Civila-Vecchia pour faire la visite de ces <
dences royales? On l'ignore; mais cette fois la seaux et prendre garde qu'ils soyent de bonne
colonne entière fut moulée. Charles Errard, qualité, et que vous preniez soin de faire en>
de l'école de Rome, fondée barquer tout ce qui sera prest à es Ire envoyé,
l'année suivante sous les auspices de Colbert, estant persuadé que vous y apporterez tant de
surveilla l'opération, qui dura jusqu'en 1C70. précautions que je pourray vstre assuré que
M.illieureusemeut , les plâtres exécutés par rien ne se gaslera pendant une si longue na-
ordre du roi ne sont pas même tous arrivés vigation." (Dtp. rone. Jm galèrn, 1669,
en France. Les uns se voient aujourd'hui i la fol. 178. )
villa Médicis; d'autres, conservés longtemps 1 Cependant celte vente n'était pas encore
des Antiques, ensuite dans un de consommée, car, dans une lettre du 1 8 du mois nos dépôts du Louvre, ont été exposés tout suivant, Colbert engageait Errard a obi
a ooserver
récemment au palais impérial des Beaux-Arts ; ce qui se passait, « sans toutefois faire paroistre troisième partie, si je suis bien informé, trop d'empressement.» — Voir aussi piere*
figure au musée de l'université de Leyde.* n*" 36, Hh , 4 7 et notes.
» !.«• 18 nclobrc suivant, Colbert ajoutait:
290 SCIENCES. LETTRES, BEAUX-ARTS, RÂTIME1NTS.
relés que vous me faites espérer; mais observez, en me les envoyant, Je me mander le prix de chaque chose.
Vous avez bien fait de vous résoudre de fournir les matières aux ouvriers qui doivent travailler aux moules des figures et chevaux de Monte- Cavallo1. Je m'assure que vous ne manquerez pas de faire le marché pour leur temps le plus avantageusement qu'il se pourra, et que vous ferez promptement commencer ce travail.
Je suis bien ayse d'apprendre que le sieur Sarazin2 vous soulage considérablement et qu'il réussit bien dans son travail. Il peut s'assurer qu'en continuant toujours de s'appliquer, il recevra des marques de la satisfaction que j'ay de ses services; ce pendant je tesmoigneray à ses sceurs que je suis fort content de luy.
Je dois vous dire la mesme chose à l'égard des autres académistes qui font bien leur devoir; et vous «levez toujours les exciter de faire de mieux en mieux et de redoubler, s'il est possible, leur application pour réussir dans les ouvrages qu'ils entreprennent. Comme je suis dans la résolution de fortifier, autant qu'il se pourra, l'establisscment de vostre académie, vous pourrez sans difficulté me donner avis de tout ce que vous croirez pouvoir y contribuer et estre persuadé que j'y donneray volontiers les mains.
Quant à la maison qui vous est nécessaire pour ladite académie \ si vous pouvez renouer le traité de celle de l'avocat Ronconi et que les propriétaires se relaschcnt à 8,5oo écus, monnoyc de Rome, comme on vous le fait espérer, en ce cas, vous pouvez l'acheter.
Comme nous devons faire en sorte d'avoir en France tout ce qu'il y a de beau en Italie, vous jugez bien qu'il est de conséquence de travailler incessamment pour y parvenir ; c'est pourquoy, appliquez-vous à rechercher avec soin tout ce que vous croirez digne de nous estre envoyé; et, pour cet effet, vous serez bien ayse d'apprendre que je fais préparer les galeries basses et hautes de l'hoslcl de Richelieu, pour y mettre tout ce qui nous viendra de Rome.
(Areli. de U Mor. ftytttet ttmttrnant lu gtHru, 1669, fol. i5».)
1 Voir lit. Instruction* à Seifptfloy (Voyait tionnatre de biographie de M. Jal, p. iio3.
en Italie), page a3a et note. * En arrivant à Rome, Errard avait installé
* Un nommé Jacques Saraxin , sculpteur et l'académie dans le palais Capranica, où s'élève
peintre du roi, mourut en 1660. laissant aujourd'hui le théâtre de ce nom.
seize enfant», dont neuf filles. — II s'agit sans En 17*5, Louis XV acheta le palais
doute ici d'un de ses fils, peut-être hien de rini , appelé ensuite palais de Ncvers. celui qui était déjà à Home en 1 6fi4, et auquel Enfin , depuis 1 8o3 , l'académie de
se rapporte une lettre écrite le 1 G décembre A a pris possession de la villa Médicis. Colbcrt par l'abbé Bcnedelli. — Voir le Dir-