AMBASSADEUR A MADRID
Versailles. 8 septembre 1679.
Le Roy m'ordonne d'envoyer à Madrid le sieur Blanchard1, peintre, porteur de ce billet, et le sieur Cussat 2 pour voir les tableaux que le marquis de Liche vous a fait proposer de vendre, et faire choix des cinquante plus beaux, suivant l'offre qu'il vous en a fait faire.
Sa Majesté désire qu'avant toutes choses vous conveniez du prix avec luy3 ou avec ceux ù qui il aura laissé pouvoir, en tirant assurance que tous les tableaux compris en son mémoire sont originaux. La raison de celte précaution est qu'il est quelquefois à craindre que Ton ayl fait faire des copies de ces beaux tableaux, qui sont si bien faites que l'on a peine de les discerner d'avec les originaux, et qu'après avoir fait voir les vrais originaux, l'on peut quelquefois substituer en ta place de quelques-uns des copies que l'on a peine à déinesler dans la quantité.
Lorsque vous serez convenu du prix, Sa Majesté désire que vous meniez avec vous ledit Blanchard pour les voir et en faire choix; qu'en mesme temps il prenne soin de les faire encaisser et emballer, et que vous preniez aussy toutes les précautions nécessaires pour empescher qu'il ne soit fait aucune surprise, ni qu'aucun des tableaux qu'il aura choisis ne puisse estre ni changé, ni diverty, et que vous luy donniez en mesme temps toutes les assistances qui pourront dépendre de vous pour luy faire avoir les voilures et autres facilités nécessaires pour les faire porter jusqu'à Bayonne en toute seureté. Au cas que vous estimiez nécessaire de demander à la reyne catholique la permission de les transporter, Sa Majesté veut que vous fassiez cette instance en son nom.
J'ay fait donner auxdits Blanchard et Cussat l'argent nécessaire pour
1 Gabriel Blanchard, peintre d'histoire. Reçu à l'académie le a6 moi if>63. Il fut ensuite nommé peintre du roi et garde de son cabinet. Professeur à l'académie de peinture en 1670. Setgnelay l'envoya, en 168-1 , en Belgique, en Hollande et en Angleterre chercher des tableaux. Mort le 3o avril 1701, à l'Age de soixante et quinze ans.
* Joseph Cussat, peintre ordinaire du roi, né en 1 646.
1 Dans une première leUre, du ai août, ' ne pas donner de ces
tableaux plus ede â.ooo livres pièce, monnoyc de France, l'un portant l'autre. » Pins lard, d'après les indications fournies par M. de Vil— lars, il écrivit, que le Roi pensait que ces peintures pouvaient valoir de 160 à 180,000 livres, mais qu'il lui permettait cependant d'aller jusqu'à 900 et mémo a5o, 000 livres. {Dép. cone. U eomm. 1679, fol. «no, cl 9&8.) — Blanchard el Cussat ne purent convenir de prii avec le vendeur, et ils revinrent en France au mois d'octobre. (Deppjng. (îorretp. aiim.
iv,r»89.)
:m SCIENCES. LETTRES, BEAI X-AUTS. BÂTIMENTS.
leur voyage, et une lettre de crédit sur Madrid |>our satisfaire à tous les frais qu'ils seront obligés de faire pour les emballages et voitures.
( Arrh. <\e t. M*r. lâches conctnumt k «n»m«-cf , ,67a. fol. i»7.\