AU CHEVALIER DE CLERVILLE
COMMISSAIRE GÉNÉRAL DES FORTIFICATIONS
Pari», 3i janvier 1671.
J'ay reçuvo8lre billet de Philipsbourg, du ai de ce mois, qui ne donne encore aucun éclaircissement sur la confusion et le cahos des travaux de cette place; mais avant de vous en parler, je vous prie que le discours du baron de Vissac n'ajoute rien à l'éclaircissement que vous avez ordre de tirer de tout ce qui s'est passé , et soyez persuadé que si mes ennemis n'ont point d'autres armes contre moy que ce qui s'est passé à Brisach et à Philipsbourg , ils ne me feront pas grand mal.
Surtout, qu'il ne vous entre pas dans l'esprit que les ordres si précis que je vous ay donnés, de tirer tous les éclaircissemens possibles, ayent eu aucune fin qui m'ayt regardé. Et pour vous dire la vérité en deux mots, les gens faits comme moy ne craignent rien , et donnent toujours de la crainte à leurs ennemis, quand ils en ont.
Sur ce fondement, travaillez toujours à tirer les éclaircissemens, mais surtout prenez-vous-y ainsy que je vous ay écrit, c'est-à-dire faites représenter les marchés qui ont esté ou deu estre faits avec Saint-André; examinez-en le prix; voyez s'ils ont esté beaucoup plus avantageux que ceux que vous passez à présent. Examinez ensuite toutes les sommes qu'il a reçues, faites faire les toisés de tous les ouvrages qu'il a faits par chacun an , cl voyez si les sommes qu'il a reçues cadrent ou non. A l'égard des autres travaux, vous pouvez faire la mesme chose. Pour le remuement des terres, encore qu'il soit un peu plus difficile, néanmoins, il y a tant d'officiers sur les lieux qui sçavent Testât auquel estaient les lieux avant le remuement, qu'avec vostre pénétration je suis persuadé que vous en viendrez facilement t. \
ù bout. A l'égard des petits marchés, comme réparation des casernes , pavés et autres, je sçais bien qu'il y aura un peu plus de dilltculté, mais je suis persuadé qu'en s'y appliquant vous en pourrez venir à bout.
Il est vray que par toutes vos lettres je ne vois point que vous ayez encore pris aucun éclaircissement en cette forme, et c'est néanmoins ce qui est absolument nécessaire. H est encore bon que vous examiniez sur quels ordres [les payemens ont été faits] et quelles décharges le trésorier a tirées; et en cas qu'il n'en ayt point pris, quels ordres il a eus pour ne le point faire, et par quelle raison il ne l'a point fait.
Je n'entreray point dans les détails des autres articles de vostre lettre , parce qu'il me semble que ce que je viens de dire suffit.
Quant à ce que vous dites que l'inlérest que j'ay aux affaires de delà veut que mes amis les regardent avec des yeux d'ennemis, mettez-vous cela hors de l'esprit. L'intérest que j'y ay est de nulle considération que celle de bien faire servir le Roy, sans garantir que ce qui me regarde , et de rendre justice aux choses qui dépendent de moy. Il suffit donc que vous les regardiez avec des yeux de clarté et pénétrans pour bien découvrir tout ce qui s'est passé, afin que sur vostre rapport, par la confiance que j'ay en vous, je puisse porter au Roy cette matière, ou pour punir, ou pour justifier. Je suis tout à vous.
( Dépôt du fortifications , Mm. aob , i «7 1 , fol. ib. )
IISTBNDANT D'ALSACE.
Paris, 7 ferrier 1 67 1 .
Vous avez assez connu, par toutes mes lettres, combien j'ay esté surpris de vous voir me faire une apologie perpétuelle de Saint-André. A présent qu'il est arresté, c'est à luy à rendre compte de sa conduite; et pour vous dire le vray, sans toutes les obscurités et les confusions qui se trouvent dans la dépense faite à Brisach et à Philipsbourg depuis que vous vous en meslez, ce seroit à vous à l'interroger et à luy faire son procès. Mais vous m'avez bien mis hors d'estat de vous pouvoir laisser dans toute l'estendue des fonctions de vostre employ.
Je ne sçais pas ce qui arrivera de tout cecy, mais je puis vous assurer qu'en la personne de mon fils je punirois la friponnerie, si je la trouvois. Je veux croire qu'à la fin vous justifierez peut-estre vostre conduite; vous pouvez croire combien je le souhaite, quoyque, quand mesme cela seroit,
il y auroit toujours beaucoup de honte qu'il soit nécessaire d'employer tant de temps à débrouiller une si grande confusion.
Je ne scais pas quelle difficulté vous faites de faire payer l'estape pour les troupes du roy sur les terres de M. l'électeur palatin. Vous avez eu grand tort jusqu'à présent de ne pas le faire. Vous devez arrester tous les ans un estât de toute la dépense qui se fait pour les estapes dans vostre département, et me l'envoyer pour en faire chaque année le fonds, et ensuite faire rembourser fort exactement les communautés. Mesme, pour éviter qu'elles n'attendent trop longtemps cet argent, il sera bon que vous m'en envoyiez tous les trois mois un estât, et aussytost que je l'auray reçu, je ne manqueray pas de donner ordre au remboursement desdites communautés
(Dépit de» fortification*. M sa. *o5. 1671, fol. «&.)
h'2. — A V MÊME.
Pari», 91 février 1671.
Encore que j'apprenne par vostre lettre du h de ce mois que le chevalier de Clerville travaille incessamment à examiner les comptes de Saint-André, je ne laisseray pas de vous recommander de faire tout ce qui pourra dépendre de vous pour l'obliger à finir promptement cette affaire, ayant autant d'impatience que j'ay de la voir terminée. Et, comme une des choses qui me paroist la plus importante est de sçavoir s'il y a eu ou non des marchés passés dans les formes pour les ouvrages de maçonnerie, pilotis, casernes, remuement des terres et autres, et si lesdits marchés ont esté remis entre les mains du trésorier des fortifications, vous me ferez un grand plaisir de m'en donner avis et de m'en envoyer des copies, estant impossible, en cas que cela soit autrement, de se garantir d'avoir un très-violent soupçon et mesme une conviction formelle contre vous de mauvaise conduite.
Au surplus, puisque ledit chevalier a fait les plans et devis des magasins à poudre à faire à Philipsbourg , ne perdez pas de temps à en faire l'adjudication aux conditions les plus avantageuses qu'il vous sera possible et à obliger celuy qui s'en rendra adjudicataire à mettre la main à l'-œuvre aussytost que a saison le pourra permettre.
(Dépôt des fbrtifiuliona. M«s. io5, ,67t, fol. 35.)
' Voir IV. AJmmiitratim pminrioU, de nomhrvn** lettres mi sujet «le la question des étape*.
FORTIr'K.ATlONS.
INTENDANT D'ALSACE
l'iris, 7 mars 1671.
Je crois que le mieux que je puisse faire est de ne rien répondre à tout ce que vous m'écrivez, n'ayant pas encore pu débrouiller, par tout ce que vous me dites , les dépenses qui ont esté faites jusqu'à présent à Brisacli et à Philipsbourg, s'il y a des marchés passés avec un entrepreneur, s'il a esté payé chaque semaine à mesure qu'il a avancé les ouvrages, si ensuite ils ont esté toisés, et si la réception en a esté faite.
Lorsque vous m'aurez éclaircy de toutes ces choses et fait sçavoir si Saint- André estoit entrepreneur ou non; s'il y avoit un marché fait avec luy; s'il a esté payé sur vos ordonnances, ou si l'argent qu'il a reçu a esté payé directement entre ses mains parle trésorier, je pourray vous faire réponse. Mais avant ce temps-là , tout ce que je puis vous dire est que jamais je n'ay vu tant de confusion et une si grande opiniastreté à ne rien expliquer de toutes les choses dont je désire d'estre particulièrement informé.
(DépMd» fortification.. Mm. 906. 1671, M. 44.)