‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 277 sur 470 · EN MISSION A ALGER · texte numérisé non relu

EN MISSION A ALGER

Saint-Germain, 1" février 1675.

Les différentes affaires qui m'ont occupé pendant cet hyver, et mesme quelques indispositions dont j'ay esté assez souvent attaqué, m'ont empesché de pouvoir faire réponse à vos lettres du a k novembre dernier, sur lesquelles je dois vous dire que le Roy a esté fort surpris que le sieur Vaillant2, que Sa Majesté avoit envoyé en Italie pour la recherche de quelques médailles et autres curiosités pour ses cabinets, dont vous sçavez qu'elle ne laisse pas de prendre soin nonobstant la guerre à laquelle elle est si glorieusement appliquée, ayt esté pris sur un vaisseau livournois, avec un bon nombre d'autres de ses sujets.

' Note marginale : « Le Roy verra cet article la première fois qu'il ira à Versailles. *

* Vaillant (Jean-Foy), né à Beau vais, le •j '1 mai 1 fi3a. Il avait «'•te' reçu médecin a vingtc|iialrc ans; une circonstance fortuite le porta vers l'étude de* médailles, u laquelle il se consacra. Informé de son aptitude, Coihert le cliar-

.le fnire de» recherches en Italie, en Sicile

et en Grec* pour compléter le ubinet du roi. Vaillant, qui était parti de Marseille en octobre 1(17/1, fui pris par un corsaire algérien et demeura quatre mois et demi en captivité. Plu» Uni, il visiU la Hollande, l'Angleterre, puis la Perse et l'Egypte. Membre de l'académie des inscriptions en «70!!. Mort le a.1 oHiJtrp

Sur quoy Sa Majesté m'ordonne de vous écrire, quoiqu'elle ne doute pas que le Bâcha, le Dey et le Divan d'Alger ne les ayent relaschés , qu'elle veut néanmoins, au cas que cela ayt esté retardé jusqu'à présent, que vous fassiez de vives et pressantes instances en son nom pour les mettre en liberté, et que vous leur procuriez outre cela les commodités nécessaires pour leur passage en Italie ou en lieu où ils puissent aller avec facilité; à quoy Sa Majesté ne peut pas croire qu'il y puisse avoir quelque difficulté, vu que la détention desdits François est directement contraire aux articles a et U du traité de 1 666 et 5 de celuy de 1670 cy-joints. Et, outre la condition commune de sujets de Sa Majesté que tous ces passagers ont, la commission particulière qu'avoil le sieur Vaillant et les passe-ports dont il esloit chargé font non-seulement connoislre qu'il n'y peut avoir aucune difficulté à l'égard de tous les autres, puisqu'ils estoient en mesme compagnie et sur un mesme vaisseau, mais mesme ces passe-ports le font assez connoistre comme une personne attachée particulièrement et domestiquement a la personne de Sa Majesté.

C'est à vous à bien faire valoir toutes ces raisons en cas qu'elles n'ayent pas encore produit l'effet qu'elle désire; et vraisemblablement toutes les conquesles et toutes les victoires qu'elle a remportées si glorieusement sur ses ennemis pendant cette campagne, et les puissantes armées de terre et de mer qu'elle a sur pied, qui se sont signalées en tant de rencontres depuis te fond de l'Allemagne jusqu'à la porte d'Alger, par la conqueste de la Sicile à laquelle elles sont à présent occupées, contribueront peut-estre en quelque chose à porter ceux du gouvernement de cette ville-là à l'exécution ponctuelle des traités qu'ils ont avec Sa Majesté. Je vous avoue que j'attends avec grande impatience des nouvelles de ce qui se sera passé sur les instances que vous avez faites pour la liberté de ces pauvres passagers '.

Comme il y a desjà près de deux mois que je vous ay envoyé les réponses aux lettres que vous m'avez écrites à vostre arrivée, je ne doute pas que, lorsque vous les avez reçues, vous n'ayez obtenu facilement la liberté desdits passagers.

Je ne doute pas aussy que vous ne vous soyez servy avantageusement de tout ce qui a esté fait en France sur le sujet de la barque d'Alger qui a e'sté brusléo à Port-Vendrcs, pour faire rendre la mesme justice dans l'ordre des traités à toutes les barques et bastimens françois qui auront esté pris depuis ce temps-là. Et Sa Majesté veut que vous ne laissiez passer aucune occasion de faire de vives instances en son nom pour maintenir la foy des traités et pour einpescher que les corsaires n'arrestenl aucuns bas-

1 Voir III , Mm itif. [)i«Vc n* .Ifin cl noirs.

limons françois en mer et ne les amènent à Alger, ce qui cause à ses sujets la perle entière de leurs voyages.

A l'égard du Bastion elle est bien ayse que le Divan en ayt mis le sieur de La Tour en possession , et elle veut qu'il continue de faire toutes sortes d'instances en son nom pour maintenir cet establisscmenl et prendre garde que la compagnie qui y est establie y puisse faire un commerce avantageux.

Ne manquez pas de me faire sçavoir le plus souvent que vous pourrez le détail de tout ce qui se passera , tant à l'égard dudit Bastion que de tous les vaisseaux françois qui seront menés à Alger3.

(Areh. de la Mer. Ordres du roi pour les compagnie* du Inde», 1670, foL 1.)

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