COMMISSAIRE GÉNÉRAL DE MARINE AL HAVRE
Saint-Germain, si juin 167g.
Je suis bien ayse d'apprendre, par vostre lettre, que la fluslc le Saint-Jean , qui a chargé à Civita-Vecchia des caisses et ballots pour le Roy, soit arrivée.
Comme il y a un sculpteur, nommé Cornu ', qui est embarqué au Havre sur cette fluste, il vous aydera à les faire charger sur les autres bastimen» qui les doivent apporter à Paris. Prenez un très-grand soin qu'il n'arrive aucun accident à ces caisses, et faites en sorte, s'il est possible, que les mesmes bastimens qui les chargeront au Havre les apportent jusqu'à Paris.
Le nommé Goya, peintre, a deu se rendre au Havre pour ayder aussy à en prendre soin. J'écris à Paris que si ledit Goy n'est point encore parly, on le fasse partir immédiatement; mais cela ne doit pas retarder un seul moment à les charger.
Appliquez-vous avec un Irès-jjrand soin à cette affaire qui est très-importante
(Bibl. Imp. Mm. Mtlmige, CimranUmmU, vol. A «G, fol. 660.)
DIRECTEUR DE L'ACADÉMIE DE FRANCE A ROME
Saint-Germain, s8 juin 1679.
L'on décharge le vaisseau le Saint-Jean au Havre, et j'y ay envoyé le
1 Jean Cornu avait eu en 1673 le seeood prix de sculpture à l'école de Rome. Il fui reçu membre de l'académie le 5 juillet 1681, professeur en 1706. Mort à Lisieux, le ai août 1710, à l'âge de soixante an».
' Jean -Baptiste Goy, d'abord sculpteur, se dégoûta de sa profession et embrassa l'état ecclésiastique. Il devint docteur en théologie et curé de l'église Sninlo-Marjjuerite, au faubourg Saint- Antoine. Mort le 1 3 janvier 1 738, à l'Age de soixante et dix ans. — Sa soeur, Mar- Goy, épousa, à l'âge de dix-
huit ans, ie a8 ami 1676, Charles Errard , alors âgé de soixante an».
* Le lendemain , Colbert envoya à Desclouteaux l'inventaire des caisses charges sur k Saint-Jean, four qu'il pût vérifier si le nombre exact s'y trouvait.
«Outre cet envoi d'Errard, ajoutait-il, il a esté chargé le nombre de cent et tant d'autres caisses de divers bustes, statues et autres curiosités qui ont esté achetés i Rome, par les ordres du sieur Alvarès, et qui appartiennent , a Sa Majesté.» (Mélangea 1, vol. 4«6, fol. 66C.)
sieur Goy, peintre, et Cornu; en sorte que j'espère que tout arrivera à Paris en bon estât.
Je suis bien ayse que Verdier 1 s'applique à feslude; excitez-le toujours et donnez-luy toutes assistances nécessaires, parce qu'assurément c'est un des meilleurs élèves de M. Le Brun.
Je suis bien ayse aussy que Boulogne2 et Theutin soyent partis pour retourner en France.
A l'égard du sieur Prou, comme il est fils d'un bon homme3 et qu'il travaille très-bien, exécutez l'ordre que je vous ay donné à son sujet, et faites tout ce que vous pourrez pour l'obliger à bien faire.
A l'égard de Desgols, le sieur Le Nostre le ramènera avecluy, et vous luy direz ce que vous aurez reconnu de sa conduite4.
Je doute fort que Davillers soit aussy habile sur le fait des eaux qu'il en est persuadé *; mais puisqu'il a une grande envie de revenir icy, il seroit peut-estre inutile de le retenir davantage. Dites-luy seulement que, dans son retour, il examine soigneusement tout ce qui regarde les eaux.
Pressez toujours Théodon et Laviron d'achever leurs Termes. Excitez les autres élèves à bien faire, et travaillez à leur donner toutes les assistances et toutes les instructions dont ils pourront avoir besoin pour leur avancement.
(Bibl. Imp. M*?. Melançtt Ctairambsult , vol. 696, fol. 691.)
1 François Verdier avait eu le premier prix de Home, en 1668, pour un dessin repré- H-ntanl la conquête de la Franche-Comté. Il fut reçu membre de l'académie le 19 novembre 1678, et obtint plus tord le titre de peintre du roi.
Colbert s'intéressait beaucoup à ce jeune peintre, comme on le voit par la lettre suivante qu'il écrivait n Errard le i3 mai 1679 :
«J'ay demandé a M. Le Brun des nouvelles de Verdier, et j'ay esté étonné qu'il m'ayt dit qu'il n'en avoit pas encore reçu depuis qu'il est arrivé à Rome. Failea-raoy sçavoir ce qu'il fait, el dites-luy qu'i' ne manque pas de rendre compte tous les quinte jours ou au moins tous les mois à M. Le Brun de ce qu'il fait. Prcnci bien garde qu'il ne se débauche , et en cas que vous y voyiez quelque apparence, ne manquez pas de m'en donner avis ...»
ClairambauU, yol 4s(ï,fol. 5o5.)
A son retour de Rome, Verdier épousa la nièce de Charles Le Brun, qui l'employa souvent pour l'exécution des grands travaux dont il était chargé comme premier peintre du roi. Verdier mourut a Paris le 1 9 juin 1 730, i l'âge de quatre-vingts ans.
I Louis Boulogne , né le 1 8 novembre 1 65 4 , avait été envoyé à Rome en 1 675. Reçu membre de l'académie le 1*' août 1681, professeur en 169&, il obtint le litre de premier peintre du roi , à la mort d'Antoine Coypel. Directeur de l'académie, du 10 janvier 173a au ai novembre 1733, jour de sa mort.
II était frère de Bon Boulogne.
5 Jacques Prou, menuisier du roi. Mort le a7 décembre i683, à l'âge de soixante-trois ans.
* Voir la note 3 de la page 390.
1 Voir les trois derniers paragraphes de la pièce n* i5o.