A M. ROUILLÉ
INTENDANT A AIX
Saint-Germain, 99 février 1680.
Pour réponse à vostre lettre du ih de ce mois, je feray examiner le livre arménien que vous m'avez envoyé; mais il me semble que vous auriez pu attendre les ordres du roy pour faire défense de rien imprimer, parce que, dans ces sortes d'establissemens, il n'est pas bon, sous prétexte d'un abus, de les oster; n'y ayant aucun establissement , de quelque nature que ce soit, qui ne soit susceptible de beaucoup d'abus.
1 II remort de la correspondance rlc Colhcrl * Voir, a Y. la lettre écrite par Fin-
que Roudon était à chaque instant chargé par tendant de Languedoc A GotLert, le 1 4 avril
le ministre de la recherche et de l'achat de 1679. — Voir aussi pièces n" 1 77, 1 89 , 1 90
vieui manuscrits, dans le Languedoc et dans et notes, la Provence.
Mais il seroit nécessaire de s'appliquer à en retrancher les abus 1 et à rendre cet establissemenl utile, estant certain que ces impressions arméniennes ont un très-grand cours en Levant, et que, si une fois cette imprimerie estoit establie à Marseille dans l'ordre qu'elle doit estre, elle seroit utile à celte ville-là, non-seulement pour les impressions, mais mesme parce qu'elle y atlireroit des Arméniens qui pourraient estre utiles aux autres commerces. Pour cela, il auroit esté seulement nécessaire d'avoir un bon et fidèle interprète, n'ayant pas grande confiance au prestrc Hérabied, qui est un homme que l'on voit estre agité d'une grande et violente passion.
(Bibt. Imp. Mm. Mtiangt» Cktrau.tmuit , vol. i»8, fol. 1S6.)
» Dam h
falsifiât certains passade» de l'Écriture, à l'avantage des hérétiques, Golbert avait déjà écrit à ce sujet le 7 du même mois :
* Auparavant que le Roy puisse prendre réselelîsa sur l'imprimerie des Arméniens, Sa Vlag.-4é veut que vous tiries du lieu où elle estestablie un exemplaire de toutes, ou de la ■neiUvurc partie des impressions qu'ils ont et que vous me l'cmoyiei, afin qu'elle examiner si , en effet , ces impressions sont contraires à noslre relimon. Sans cela, Sa Majesté trouve qu'il serait avantageux que cette imprimerie qu'on a tirée d'Amsterdam où elle estoit établie demeuras! à Marseille, et qu'il est difficile qu'elle ne fasse toujours quelque bien au royaume.» {Mil Clair, vol. 4a8, fol. 98.)
Le i5 septembre 1678, Golbert écrivait à Rouillé, intendant a Aix, en lui adressant nn mémoire relatif à cette imprimerie :
«Il y a sept ou huit années, on me donna avis que le patriarche d'Arménie avoit envoyé un évesque et quelques preslrea de sa créance à Amsterdam pour y faire imprimer la Bible et divers livres de dévotion en sa langue, et que les impressions se faisant en Amsterdam , les HollnixioU en tiroient bcauruup d'avan-
a cet évesque, et par 1 à tout ce qui recoonoist le patriarche d'Arménie; secondement en ce qu'ils lioienl par ce moyen une grande correspondance avec les
marchands de cette créance-là , et troisièmement en ce que les Hollandois à Amsterdam profileroienl de cette impression.
"L'on me fit connoistre qu'en donnant en France les facilites de cette impression , Too tirerait les mesme s avantages pour la religion et pour le royaume. Sur cela , l'on m'amena cet évesque , qui me fit voir les livres qu'il avoit fait imprimer et m'en donna deux exemplaires , un pour la bibliothèque du roy, et un autre pour la mienne. Sa Majesté luy fit une gratification et me permit de luy proposer de s'establir à Marseille, et j'écrivis des lettres pour luy (aire donner des facilités et les assistances dont il pourrait avoir besoin. Depuis ce temps, je n'en ay point ouy parler du tout; maisj'ay cru vous devoir dire tout cecy, pour vous donner les moyens de découvrir la vérité de ce mémoire. . . " (Corrttp. de M. Gulbtrt, fol. 3so.)
On voit cependant . ;>ar le dernier paragraphe de la lettre publiée dans le L III , Manne, pièce n* no, que Colbert, à la fin de 1669, s'occupait d'installer à dont l'archevêque armeo
tages, premièrement en ce qu'ils inspiraient tenu les lettres patentes.
DIRECTEUR DE L'ACADÉMIE DE FRANCE A ROME
ViUera-Cotlercts, 99 février 1680.
Je suis bien ayse d'apprendre, par vostrc lettre du 7 de ce mois, que vous ayez fait voir à M. le duc de Mortemart1 tout ce qui regarde l'académie, et que vous ayez fait le marché des marbres3 pour faire douze grands vases de la grandeur de ceui de Uorghèse et de Médicîs.
Faites venir ces marbres dans les ateliers et faites-y travailler; mais prenez garde qu'il n'y ayt rien de changé aux originaux, c'est-à-dire que les copies que vous ferez faire soyent des mesmes mesures, et que les orneinens soyent faits avec soin et amour. Choisissez, pour cela, les sculpteurs de Rome les plus propres pour cet ouvrage, et vous devez estre assuré qu'aussytost que l'argent vous manquera, je vous en feray remettre de nouveau9.
Sur le sujet des élèves qui sont envoyés à Rome, examinez quel règlement je pourrais faire pour les entretenir dans l'académie à proportion du travail ou des estudes qu'ils y feraient. Faites-moy sçavoir vostre sentiment sur cela.
(Bibl. Imp. Mu. Jfckw* CUrcmbaaU, vol. 4*8, fol. i73.)
• Après avoir été fiancé, le 1 4 février i «79, à Marie-Anne Colbert, le jeune duc de Mortemart faisait an voyage en Italie.
* Quelque temps après, le prix de* marbres ayant tout à coup haussé en Italie, Errard n'osa plus en acheter ans consulter Colbert, qui lui répondit, le 18 avril :
que, me confiant en vous, vous deves en tirer le meilleur marché qu'il est possible , n'y ayant guère d'apparence que le peu de marbre que je continue de faire tirer des carrières de Gèocs pour les bastimens du roy puisse en augmenter le prix auasy considérablement que vous Jilcs; mais comme j'en aclièleray encore moins à l'avenir, parce que j'en ay une très-grande provision , vous pouvet ealre assuré que ce que l'on en tirera ne pourra pas produire cette cherté. »
En effet , le 1 5 août suivant , Colbert écrivait au consul de Géoes :
«Je feray encore recevoir les deux voilure* de marbres du sieur Carlo Solario, mais dilw-
luy qu'il ne m'en envoyé plus, à moins qu'il ne veuille les donner à meilleur marché . . . " Et, le 3o janvier » 68 ■ :
«J'ay tant de marbres à présent qu'il n'est pas nécessaire que le sieur Carlo Solario m'en envoyé davantage. Ce que je vous puis dire seulement , c'est que , s'il les veut donner à ao 0/0 de diminution sur le prix du premier marché, j'en pourray prendre pour 60 ou 80,000 livres tous les ans...» (Met. Clair. vol. 4i8, fol. 37* et 617.)
Le carton 0 1 i,464 des Archives de l'Empire renferme toute la correspondance de Com- I xi us, consul de France à Gènes, relative aux marbres qu'il envoya A (lolberl pendant lus années 1680, 1681 et 1689.
1 En donnant ordre A Errard, au commencement du mois, de faire exécuter ces vases, qui étaient destinés à orner les jardins de Versailles, Colbert lui recommandait surtout «de prendre bien garde que les sculpteurs copient purement l'antiquité, sans y rien ajouter.» Un peu plus lard, tout en accordant à
DIRECTEUR DE L'ACADÉMIE DE FRANCE A ROMK
Paris, t6raar» 1680.
J'apprends, par vostre lettre du ai du mois passé, le détail des ouvrages qui se font en l'académie de Rome, en exécution des ordres que je vous ay donnés. Continuez toujours d'y faire travailler, non-seulement avec diligence, mais avec amour, en sorte que tout ce que vous ferez faire soit parfait autant qu'il se pourra.
Vous avez reçu une lettre de change de 10,000 livres, dont vous ne m'avez point accusé la réception ; ainsy j'estime que vous avez des fonds entre vos mains pour commencer et continuer ces ouvrages ; mais je vérifieray si vous en avez encore besoin , pour vous en envoyer, et vous devez estre assuré que vous n'en manquerez point.
Je vous ay desjà fait sçavoir que j'approuvois la proposition que vous avez faite, de prendre des sculpteurs romains pour faire les vases. Convenez du marché, en sorte que la dépense soit raisonnable et que les ouvrages soyent bien faits.
Continuez toujours de m'écrire tous les quinze jours l'cslat de l'académie, et recevez au nombre des élèves que le roy y entretient le fils de Lcmaire, serrurier à Versailles, qui est à présent à Rome.
(Bibl. Imp. Mm. iMangm CUùrambm*k. vol. &s8, fol. 190.)