A M. DE BOUVILLE
INTENDANT A MOULINS
Paru, H juillet 168a.
Comme vous scavez de quelle importance il est de bien vérifier si le père Canne qui a travaillé à la jonction des trois races de nos rois1 a dit vray ou non, et si les titres qu'il vous a fait collationner sont véritables, et particulièrement celuy d'Eckard2 et ceux des deux Cliildcbrand3, je ne doute point que vous ne vous soyez bien appliqué à vérifier s'il y a de la supposition ou de la vérité dans tout ce que ce bon Père vous a dit; mais je vous prie de me le faire sçavoir au plus tost *.
(Bibl. Imp. Mm. Mélange* ClairambmUt, vol. 43a, fol. *6.)
1 Ce Carme était le père André Vio, provincial de la maison de Moulins. Il avait propose' à l'intendant de dresser l'arbre généalogique de la maison de Bourbon , et de justifier l'union des trois races des rois de France. Colbert, à qui cette proposition avait été transmise, avail déjà répondu le a 6 mars à Bouville :
«Vous dires au père André que s'il a la preuve de Sainl-Arnoul aussy certaine qu'il ledit, il doit me l'envoyer, n6n que je puisse l'examim-r et luy dire en ce cas s'il doit «établir cette origine et remonter jusqu'à Cfodion , ainsy qu'il le propose. . . »
«Comme vous sçavci, écrivait- il le 9 avril suivant, que c'est une matière en controverse depuis fort longtemps et à laquelle quantité d'auteurs ont travaillé avec un très-grand soin sans trouver la preuve bien certaine de la desrendunce de la troisième branche de nos rois de la seconde ou de la première, il faut bien examiner les nouveaux litres que vous avez trouvés, et ne rien avancer, s'il est possible, qui ne soit bien prouvé. . . » ( Vc7. Clair. vol. A3 1 , fol. i64 et 189.)
* fvrkard, moine de Sainl-Gall, vivait vers io4o. Il a écrit un poème héroïque intitulé : (leita Wallharn.
3 Plusieurs historien* confondaient Childe-
hrand, frère de Charles Martel , avec un prince lombard du même nom qui vint au secours de Charles Martel. Certains généalogistes faisaient de Cbildebrand la tige des Capétiens qu'ils rattachaient ainsi à Clovis.
♦ Après plusieurs conférences avec le père André, l'intendant lit part à Colbert des doutes qu'il avait conçus sur la validité des titres dont le Carme se servait.
fil est difficile, lui répondit le ministre le 3 3 du même mois, de rien décider sur une matière de celle conséquence, sans voir icy les titres. Ainsy prenex le soin de les retirer et de me les envoyer. Vous pouves meame, pour estre assuré qu'ils me seront rendus, les envoyer par un homme exprès. Et comme ce point d'histoire est d'une très-grande conséquence, vous devex y donner toute l'application nécessaire. Si vous avex besoin de quelques ordres du roy pour retirer ces titres, en me le faisant sçavoir, je vous les enverray. . .»
Ce* pièces, ayant été adressées à Colbert, furent communiquées à l'abbé Gallois et à sept 011 huit personnes des plus savantes de Paris, qui d'abord eurent des doutes sur leur authenticité. Le ministre eu prévint Bouville par m lettre du 1 9 août , et un mois après, il lui annonça qu'après nouvel examen . tons ceux qui
/i30 SCIENCES, LETTRES, BEAUX-ARTS, BÂTIMENTS.
DIRECTEUR DE l/ACADÉMIE DE FRANCE A ROME.
Versailles, gjaiilel 168*.
J'apprends, par voslrc lettre du 17 du passé, que les deux vases de Borghèse et de Médicis sont en estât d'estre bientost achevés, et que Lacroix sculpteur, continue de travailler à la figure de l'Antinous. Je vous recommande surtout de bien prendre garde que les ouvrages auxquels vous faites travailler par mon ordre soyent bien finis, et qu'ils soyent encore, s'il est possible, plus finis et plus recherchés que l'antique.
Continuez de me rendre compte, tous les mois, de tout ce que les élèves font, chacun dans leur art, et tenez la main qu'ils s'avancent et qu'ils se rendent habiles, chacun dans leur profession.
Théodon se plaint que vous ne le faites payer qu'à 3o sols par jour, et comme c'est nn bon homme qui est habile en son art , faites en sorte qu'il soit satisfait et que cela l'oblige à bien travailler.
(Btbl. Imp. Mu». MeUmgeê Clairambault , roi. 43* .foi. «9 )
Sceaux, 97 aouat 16K9.
l*our réponse à vostre lettre du 0 de ce mois, continuez de faire travailler aux deux vases, et prenez bien garde qu'ils soyent dans une trèsgrande perfection, et que les sculpteurs qui y travaillent les achèvent avec l'amour que les bons ouvriers doivent avoir pour leurs ouvrages.
Je me remets au choix que vous ferez des plus belies figures de l'antique pour les faire copier; mais surtout observez bien de donner le temps aux élèves de faire quelque chose de leur génie*. Vous devez aussy observer que vous ne devez payer aucun appointement, ni aucune subsistance, que lorsqu'ils travaillent actuellement à l'académie, tant sur les ouvrages que vous leur ordonnez de ma part, que sur ce qui regarde leurs estudes parlaient tu les litres donl il s'agissait, n'hési- 1 11 y eut un sculpteur de ce nom qui s'étalaient plue â déclarer qu'ils étaient Taux. (Mé- Mit à Gènes et qui devint très-eélèbre par se» i<mg** Cloirambmdi, vol. A3« . fol. 65, 1 9 3 crucifix. d«o4.) « Voir pièces n" 1 «3 et iu7
ticulières; et dès lors qu'ils no travaillent plus dans l'académie. Vous devez en retrancher leur subsistance'.
Faites-moy sçavoir ce pendant quelle est la conduite de ces élèves; s'ils demeurent et couchent actuellement dans le lieu de l'académie, ou, s'ils logent en ville, à quelle heure ils se rendent à l'académie et à quelle heure ils en sortent, afin que s'il est nécessaire de faire quelque règlement sur cela, je le puisse faire.
Je vous enverray dans peu des fonds pour soutenir l'académie.
(Bibl. Imp.MsN Mttangt» CkirambmtU, vol. 43», fol. 17*.)