ANALYSE DES MÉMOIRES JOINTS A LA LETTRE
Des trois cahiers dont parle cette lettre, le premier, intitulé FaiU (Mélange» Qntrambault , vol. 465 , fol. 7 1 5 à 7&5), expose tout ce qui s'est passé è Philipsbourg depuis avril 1 663 , les adjudications soumissionnées par plusieurs entrepreneurs, le prix de chaque espèce de travaux et des différents toisés auxquels ils ont donné lieu. Puis il mentionne le voyage du chevalier de ClerviJIe, qui avait ordre «de vérifier les dépenses du passé', de donner les ordres nécessaires pour celles qui se feraient à l'avenir, et particulièrement de faire des marchés bien réglés de tous les ouvrages.»
Dans son voyage, Clerville avait vérifié les registres de Saint- André avec soin, et il avait fait deux sortes d'observations : suivant lui, l'intendant était le véritable entrepreneur, et ceux qui figuraient en nom n'étaient que ses commis; de plus, on n'avait observé aucune formalité, et il n'y avait jamais eu ni avis d'enchères, ni marchés, ni publications, ni réception d'ouvrages. Quel-
' Voir ftrft/Mttim*, page 56, note t. — * Voir PorifittOianâ, pièces n" «7, Sa, 37, aoet 4*.
UM'ENDICE.
que* quittances rapports» pour justifier les dépenses étaient irrégulières, et les billets n'étaient pas signé.* par les endosseurs.
Viennent ensuite les réponses de l'intendant et de Saint-André.
Le second cahier (le 3"" de la lettre), intitulé An* (fol. 7A7 4 790), contient les observations de Pussort sur tout ce qu'il a vu. H commence ainsi :
« La mauvaise conduite de l'intendant est constante, et il en convient, non-seulement pour avoir omis toutes les formes les plus essentielles qui doivent estre pratiquées dans les adjudications des ouvrages du roy, mais principalement pour n'avoir pas mis en seureté les deniers de Sa Majesté et avoir causé par son insuffisance et sa paresse, qui m'ont paru extrêmes, la perte d'une somme de 53,5oo livres. . . .
« Je ne suis pas touché de ce que le marché de 1 663 n'a pas esté précédé d'aucun devis en forme, publications, enebères, estimations particulières des matériaux ni adjudication publique, encore que ce soit un ordre dont personne ne se dust dispenser et qui assure la procédure, parce que je suis persuadé, par toutes les circonstances de l'affaire, que cela s'est pratiqué innocemment , et que vraisemblablement toutes ces solennités et publications n'auraient pas fait trouver dans ce commencement plus de personnes qui se fussent voulu charger de cette entreprise si périlleuse et en un pays si éloigné du commerce du monde. . . »
Il est vrai , faisait encore remarquer Pussort , que Clerville avait adjugé à 9 1 livres la toise de maçonnerie que l'on payait auparavant h 1 , 45 et 5o" livres ; mais « les difficultés ordinaires dans les nouveaux establissemens, soit du chef des entrepreneurs qui craignent de se hasarder dans un pays inconnu dont ils n'entendent point la langue, soit pour les obstacles qui peuvent naistre des gens du pays pour l'excavation et voiture des matériaux, pouvoient avoir causé cette différence de prix considérai île, sans qu'il y ayt de la faute de l'intendant ni que les entrepreneurs eussent bit un plus grand profit . . ■
* Mais, il me semble, ajoutait-il , que l'intendant ne se peut pas excuser d'un grand nombre de défauts que j'ay observés, entre autres d'avoir porté à 45 ou 5 o livres un marché qui, trois mois auparavant, avoit esté conclu avec les entrepreneurs a 61 livres, et cela sans en faire mention dans aucun acte. . .
« La prétention du chevalier de Clerville ne me paroist pas raisonnable, de ne pas avoir relevé ces défauts, sous prétexte qu'ils estoient trop anciens et que son instruction se borooit a vérifier prticulièreinent tes dépenses des dernières années. . .
« On a insinué, ainsy qu'il m'a paru par plusieurs lettres de Clerville, que Saint-André, qui paroissoit l'entrepreneur, ne l'estoil pas , et qu'il ne faisoit que pretter son nom i l'intendant . . .
« On joint i cela l'omission des sommes qni règne par tonte cette affaire et dont l'intendant demeure d'accord, mais on prétend qu'elle est affectée pour cacher un intérest secret qu'on a voulu rendre plus considérable par l'excès du prix auquel on veut faire passer tous les ouvrages faits par Saint- André...
* L'intendant ne peut pas disconvenir qu'il n'ayt eu une nonchalance extrême d'avoir laissé ï un homme ignorant de la maçonnerie 1 et dont la conduite luy estoit suspecte, ainsy qu'il le dit. la conduite des ouvrages, alors qu'il estoit desji débiteur envers le roy d'une somme de ;jil,5oo livras. . .
« Néanmoins, je suis convaincu qu'il n'y a pas de friponnerie et qoe tous les défauts que j'ay observés sont les fruits d'une présomption sans suffisance, qui a cru que c' estoit s'abaisser que de demander conseil.
« Pour establir mon sentiment , il me semble que la lecture du fait pourrait suffire. Je n'y ay rien mis du mien ni des parties. J'ay récité le fait dans sa naïveté et ainsy qu'il est establv, sans nncune induction; j'y ay dit ce qui est constant comme estant constant, ce qui estoit prétendu
' Cependant, dans sa lettre du «novembre iG65, l'intendant d'Alsace , en annonçant à Colbert que le mur Saint-André irait à Poilipsbourg continuer les travaux des fortification* , lui avait dit :
•qa'aysnt desjà travaillé A Brisach , sous Tauban , Saint-André avoit dooné tien d'astre satisfait de ses ouvrage* et qu'il espérait qu'il ferait encore mieux.»
FOItTIFICATIONS. 441
comme estant prétendu. Après laquelle lecture, je croîs qu'on peut conclure que l'intendant est un malhabile homme, mais qu'il est innocent ; qu'on Ta voulu perdre, mais qu'il y a foarny des matières. »
Pour se rendre compte des marchés et des estimations de chaque ouvrage, Clerville avait besoin des registres de Saint- André ; ila lui furent remis sur sa demande. Les registres étaient au nombre de quatoree ; il y avait donc impossibilité de les refaire ; de plus, ils contenaient le détail de la construction des ouvrages depuis six ans, mentionnaient une foule de petits payements dont on pouvait en un instant édairrir la vérité , puisque les parties prenantes étaient toutes du pays. Et cependant Clerville n'avait signalé aucune faute.
■ Au reste , il ne m'a point paru que tout ce qu'a fait l'intendant pour se décharger de ce dont il est accusé contribue, à beaucoup près, à la justification de son innocence, autant que la représentation de ses registres, où il est dair que l'on aurait trouvé sa conviction s'il enst esté coupable; comme, en effet, s'il eust esté entrepreneur ou qu'il y eust deu avoir quelques avantages, n'eust-ce pas esté dans ces registres qu'on en eust trouvé la preuve T II estoit impossible de sup • poser, dans ces registres, des travaux qui n'eussent point esté faits. EnCn , il me semble impossible de supposer dans ces registres qu'on eust payé aux ouvriers et à ceux qui ont fourny des matériaux un prix qui n'east pas esté véritable, car il eust fallu que cet excès se fust répandu sur tous les ouvriers; cela ne se pouvoit pas sur quelques particuliers , car on n'aurait pas manqué de le découvrir.
« Il me paroi.it par mon calcul que Saint-André ne devra rien au roy , mais aussy que son revenant-bon sera fort court.
« Je ne dois pas omettre que j'ay trouvé Saint-André et Frit entièrement innocens; qu'il me paroist beaucoup de bonne foy dans tout ce qu'ils ont fait, une véritable sincérité dans tonte la procédure et une grande ingénuité dans leurs réponses, sans que j'sye remarqué qu'il y eust un seul indice entre eux.
« A l'égard de l'intendant, j'ay trouvé beaucoup de nonchalance et d'incapacité, peu d'application et d'ouverture d'esprit pour faire réussir les choses qui luy sont soumises ; mais je suis persuadé que non-seulement il n'a point friponne, mais mesme qu'il n'en a point eu le dessein, encore que son insuffisance ayt pu causer peut-estre la perle de quelques deniers du roy. s
Dans le troisième cahier (le 9™' de la lettre), divisé en deux colonnes, l'une avec le mot At- Umtta, l'autre avec le mot Difnuê» (fol. 795 i 80g), on trouve la réponse à chaque fait reproché, toit à l'intendant , soit aux entrepreneurs '.
(Bibl. Imp. Mm. JM*vr» Cl*ir*mb**lt , vol. 466, fol. 71a a 809.)