‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 343 sur 470 · VI. — MADEMOISELLE DE SCUDÉRY1 A COLBERT · texte numérisé non relu

VI. — MADEMOISELLE DE SCUDÉRY1 A COLBERT

Décembre 1668.

Quoyque je n'aye presque pas l'honneur d'estre connue de vous, je ne laisse pas d'espérer que «ou* ne trouvères point mauvais que je prenne non-seulement la liberté de vous écrire, mais encore celle de vous demander une grâce; et pour vous obliger à ni 'écouler favorablement, je vous protestera y d'abord «pie le Roy n'a point de sujette qui ayt plus de passion ni plus de sèle que j'en ay toujours eu pour sa gloire, et que feu M. le cardinal n'a jamais obligé personne qui ayt plus d'estime pour ses grandes qualités ni plus de reconnoissance de ses bienfaits.

Après cela, Monsieur, j'ose vous conjurer très-instamment, si vous le pouvet, comme je n'en doute point , de foire que la prison de M. de Pelliason * soit un peu plus douce. Si sa vertu , sa probité . son xèlc pour le service du Roy et la considération que je sçais qu'il a toujours eue ponr vous vous estaient bien connus , vous le regarderies sans doute comme un homme dont l'innocence doit eslre protégée par vous. Je le dis d'autant plus hardiment , Monsieur, que j'espère que j'auray quelque jour l'honneur de vous le faire voir clairement. Je vous conjure doue, Monsieur, d'avoir la bonté de faire en sorte que la mère 1 de M. de Pellisson , M. Rapin, son beau-frère \ M. Ménage 1 et moy, ayons la liberté de le voir une fois ou deux la semaine.

J'ose vous dire encore, Monsieur, que si vous sçaviex bien les choses, vous connoistries que je ne vous demande rien que de juste lorsque je vous conjure d'adoucir la prison do mon amy. J'ose meame vous assurer, Monsieur, que celle douceur sera glorieuse au Roy, pour le service duquel je suis assurée que M. Pellisson voudrait donner toutes choses, jusqu'à sa propre vie, et je vous assure auasy que vous ne pouvet rien de plus juste ni de plus honneste. Je n'ose vous dire. Monsieur, que j'auray une reconnoissance éternelle de celte grâce, si vous me raccordes, mais je voua assure que vous obligera un nombre infiny d'Irannesles gens en obligeant mon amy. Si j'eusse

' Madeleine de Seudéry, née en 1607. Morte le s juin 1701.

' Pellisson était enfermé à la Bastille depuis 1661. Il n'en sortit qu'en 1666.

' Jeanne de Fontanier, fille de François de Fonlanier, secrétaire do roi, avait épousé Jeau-Jseques

* Jacques de Rapin . sieur de Tboyra» , mort en 1686. — I/om de l'arrestation de r'ouqnH , il écrivit

dans les facturas faits pour aa défense tout ce qui iTR.irde le droit romain.

* Gilles Ménage, né à Angers le 1 5 août 161 3. Mort le 93 juillet 1699. — Nous avons trouvé aux Archives de l'Empire, KK. vol. 601, Ail. t»0, une lettre écrits par Ménage k Colbert, le 90 octobre 1666, pour lui offrir des observation» sor les poésie* de Malherbe qu'il avait pris la liberté de lui dédier.

SCIENCES, LETTRES. BEAUX-AHTS. BÂTIMENTS. hk9

i, je vont aurais demandé un quart d'heure d'audience pour vous dire ee que je vous écris et peut-eslre quelque chose de plus; niais n'ayant oaé le faire, je me suis hasardée de vous écrire sans vouloir employer personne auprès de tous, quoyque j'aye taaucoirp d'amis par qui j'eus*» pu voua foire prier { mas j'ay mieux aimé ne devoir rien qu'à vostrc propre générosité. VoiU , Monsieur, quels sont les aeutimens d'une personne qui aura beaucoup de joye , si vous voulet bien qu'elle ayt rhonneur d'estre toute sa vie, Monsieur, voslrc très-humble, trèsobligée et très-obéissante servante.

( Uu wjagu autour de Pari*, par J. Deforl , I , i a*.)

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