AUTRE NOTE A COLBERT
SI» L'ÉTABLISSEMENT DE L'ACADEMIE DES BEAUX- ARTS ET DE L'ACAn£«IE DES SCIENCES '.
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On veut faire une académie pour les sciences et pour les arts. Cette entreprise est digne de la magnificence du Roy et des soins de M*' Colbert; et si la prudence a voulu qu'où ayl commencé le généreux dessein d'une réformation universelle par les choses qui regardent la subsistance et ta tranquillité de l' Estât, la raison veut qu'on achève par celles qui peuvent y maintenir l'abondance et la vertu. Tous ceux qui cultivent les sciences et les arts doivent faire leur effort pour l'avancement d'un si beau dessein. Pour muy, je n'y sçaurois contribuer que peu de chose; mais je pense eslre obligé d'en dire ce que je sçais , et si je ne fais paroistre en cela toute la capacité d'nn grand philosophe, je feray voir au moins que j en ay toute la franchise.
Je crois premièrement qu'on ne doit point former le projet d'une académie royale sur de simples idées, et qu'on fera plus seureroent de se proposer les exemples de toutes celles qui se sont faites jusqu'à présent; car, encore que celle-cy doive eslre incomparablement au-dessus de tout ce qu'on a jamais vu de beau en ce genre, néanmoins il est certain que cette proportion qu'il y a toujours entre les petites et les grandes choses qui sont de mesme nature fait qu'on doit fort considérer ce qui s'est pratiqué dans les autres académies, si l'on veut bien juger de ce qu'on doit faire en celle-cy. On pourra toujours bien y ajouter ce qui la doit relever au-dessus de toutes les autres et luy donner des avantages qui fassent connoistre de quelle main elle est soutenue. Ainsy j'estime qu'on devrait inviter d'autres personnes des différentes académies de donner un modèle de la leur.
En second Heu , je crois qu'il faut bien consulter sur le choix des savans qui doivent composer celte illustre assemblée, et prendre garde que ceux qui ont le plus de réputation à la cour ne sont pas toujours les meilleurs sujets. Pour pu d'habitude qu'on ayt avec les savans, on en sçait la raison; mais les personnes qui sont fort occupées aux affaires publiques ne peuvent pas «ravoir ce
démie des sciences, mais nne académie générale
«M. Colbcrt forma d'abord le projet d'une .h .uléraie composée de tout ce qu'il y aurait du gens les plus habiles «n toutes sorte* du littérature. (<e* «avant* en histoire, les grammairieui, les mathématiciens, les philosophes, les poètes, les orateur», dévoient être également do ce grand corps , où se réuiiissoieut et se conrilioient tous le* talent» les plus opposé*. U bibliothèque du rai éloit destinée à être le rendes-vou» commun. Ceux qui s'appliquoient à l'histoire »'y devaient assembler les lundi» et les jeudis ; ecux qui étoieut dans les bellesletlrc*, le» mardis et les vendredis; les mathématiciens et les physiciens, les mercredis et les samedis. Ainsi aucun jour do la Kcmuinc ne demeurait oisif, et. afin qu'il y eût quelque chose de commun qui liai ces différente» compagnies, on avoit résolu d'en foire, tous les premiers jeudis
du mois, une assemblée générale, où les secrétaires auraient rapporté les jugements et les décisions de leurs assemblées particulières, et où chacun aurait pu demander l'éclaircissement de ses diflicullés; car sur quelle mslière ces étals généraux de la littérature n'euwerit-iU pas été prêts à répondre T Si cependant Ici difficulté» eurent été trop considérables pour être résolues sur-le-champ, ou le» eût donnée* par écrit , on y eût répondu de iiifint* . v\ inuit's H'* décisions «ni i «urfii censées partir de l'académie entière.*
«Ce projet, dit Flourens, n'eut point d'exécution. On »'eu tint aux académies distinctes. . . Motre Institut actuel a résolu le problème que «'était prwpo*e Colbert*..^ ( hontçncUt , ou uppltcutiott ttt phiiotophir modem* aux «nencr» physique* , p. 36. )
1 Cette note , qui ne manque pas d'intérêt , n'est pas signée. J'ignore à qui elle doit élro attribuée.
APPENDICE
secret ; cependant il importe, en une occasion comme c#lle-cy ,d« le découvrir ci de faire observer à M" Collivrl qu'il y a dans le inonde des savons de deux sortes : les uns s'adonnent aux sciences, parce qu'elles leur plaisent; ils se contentent pour tout fruit de leurs travaux des conooisnnces qu'ils acquièrent, sans affecter de les publier, et s'ils sont connus, ce n'est que des personnes avec qui ils conversent sans ambition et pour s'instruire mutuellement. Ceux-là sont des savans de bonne foy et des {[en s dont on ne scauroit se passer dans un dessein aussy f[rand que celuy de l'académie royale. 11 y en a d'autres qui ne cultivent les sciences que comme un champ qui les doit nourrir; et comme ils voyent par expérience que les grandes rétributions ne se donnent qu'à ceux qui font le plus de bruit dans le monde, ils s'appliquent particulièrement , non pas à faire de nouvelles découvertes, car jiuqu'icy cela n'a pas esté récompensé, mais 4 tout ce qui les peut faire paroislrc ; ils affectent surtout d'estre connus à la cour ; ils font des cabales pour cela .dans lesquelles on est de complot de ne dire que du bien de certaines gens, et de parler toujours mal on du moins froidement de tons ceux qui n'ont point départ à ces sociétés ambitieuses. Ceux-IA aoat les savons du beau monde et ceux que l'on connoisl le plus; c'est à eux qu'on se rapporte du jugement qu'on doit faire des ouvrages et des auteurs, et, en cela, on fait le mieux quu est possible; mais cependant on ne doit pas attendre qu'ayant souvent intention d'avancer les moins capables, ils nomment toujours les plus cxeeUens.
Je ne veux point rien particulariser, de peur qu'on ne s'imagine que je veuille désigner quelqu'un, lorsque je veux seulement donner un «vis d'un mai quia toujours esté et qu'il faut éviter en ce rencontre. Ainsy je me contente de dire qu'il est très-important d'y prendre garde dans une entreprise qui doit faire éclat dans le monde et commettre Ntonneur de la France, si on y réussit mal. Il ne faut pas que de petits intérests et de petites vanités de savant empeschent que tous ceux qui sont propres à cette assemblée n'y soyent appelés; et il semble que le mieux qu'on puisse faire pour les connoistre est de s'en rapporter i de» personnes d'une qualité assez éminenle pour estre au-dessus de toutes ces foiblesses, et en mestne temps d'un sfavoir assez profond pour pouvoir bien distinguer les diffère ris génies de ceux qui sont propres à (aire une expérience ou de ceux qui en scavent tirer toutes les utilités, de ceux qui ont assez de netteté d'esprit pour les bien recueillir et enfin de tous ceux qui ont les différons talens dont l'assortiment pourroil rendn< l'académie royale aussy belle qu'utile. Au lieu que si on s'en rapporte à des savans de profession, il arrivera indubitablement que, par intérest et par prévention, ils excluront tous ceux dont Us appréhendent la capacité ou qui ne sont pas de leur opinion; tellement qu'une entreprise, la plus illustre qui fust jamais, demeurera sans obtenir le principal effet pour lequel on y a den penser, gui est de bannir des sciences tous les préjugés, en ne s'appuyont que sur des expériences, d'y trouver quelque chose de certain , d'en écarter toutes les chimères et d'ouvrir à ceux qui les cultiveront à l'avenir un chemin aysé à la vérité, autant que Dieu a donné aux bouimcs de la connoistre pour leur utilité. Quelle gloire au Roy et quel honneur pour M1' Colbert, si cela peut estre! Mais quel malheur sera-ce si , trompant la générosité du prince et les soins du ministre, on exclut par cabale la plupart des meilleurs sujets de cette Compagnie! Au lieu de réformer les sciences, dout les abus sont peut-estre plus importons . quoiqu'on ne se l'imagine pas ordinairement ainsy, que ceux de la justice et des finances, et au lieu de trouver des choses nouvelle», ou demeurera dans les anciennes erreurs. Cependant la destruction de l'ignorance n'est pas une victoire moins glorieuse que celle de la chicane et celle de la M allole ; et comme le Roy a desjà étouffé ces deux monstres, il semble que la défaite du troisième luy soit réservée. Ainsy j'espère qu'on y prendra garde de près, et que n'admettant dans celle illustre académie que des génies dignes d'elle, on verra bicnlosl les sciences et les arts au point de leur perfection l.
(Bibl. Imp. M s». Bàluze. Papier» dei Armoire», vol. .16s , fol. 55.)
' Voi. dans.les Lettre» de Chapelain, page 687. le rapport «dressé à Colbert pour la fondation d'une ocauem» des inscription* cl Mles-leHre».