XXVIII. — CONSTRUCTION DE L'OBSERVATOIRE
Aoiut 1667.
POITBQUOV KT COUMMT l/tlttSERVATOIftC A ESTK UASTY.
M. Colbert, qui estait persuadé que tes sciences et les beaux-arts ne contribuent pas moins à la gloire d'un rèjjw que les armes ot toutes l«t vertus militaires, n'eut pas plutast estably la petite académie des inscriptions et des médailles, qu'il porta Sa Majesté a former une autre académie plus ample et plus nombreuse, où, à la réserve de la théologie , qui a des universités et des sociétés pour estre cnseqpiée , et la politique, dont il est malaysé de parler beaucoup sans émouvoir des disputes de périlleuses conséquences, toutes les autres sciences seroient soigneusement cultivées et portées, s'il se peut, à leur dernière perfection, particulièrement l'astronomie, la géographie, la géométrie et toutes les autres parties des mathématiques, la physique , la botanique et la chimie, à l'vidusion néanmoins des secrets de la pierre philosophale, à quoy il seroit défendu de s'appliquer en faisant les autre» opérations de la chimie , de mesme qu'à l'art de deviner et de prédire eu travaillant aux observations de l'astronomie.
La première chose que M. Colbert fit entendre à ceux qui furent choisis et dans la France et dans les pays étrangers pour composer cette académie, fut qu'il ne tiendrait qu'à eux que leur Compagnie ne se rendist la plus savante et la plus célèbre qu'il y eust au monde, parce que le Roy eur fourniroit de son costé tous les secours qu'ils poiirroient désirer; qu'on avoit commencé à les establir dans la bibliothèque du roy, où rien ne leur pouvoil manquer dn coslé des livres et des manuscrits, et que les ordres alloient estre donnes pour construire dans le mesme lieu un laboratoire, avec tous les ace<>m|>;ij;m'niens el les commodités qu'ils pourraient souhaiter. Que pour un <>l>vrva taire, dont l'astronomie ne pouvoit se passer, ils n'nvoient qu'à choisir un lieu qu'ils jugeassent propre pour y bien observer, et qu'aussytost il y seroit eonstrnil un édifice qui non-seulement surpasserait en grandeur, en beauté et en commodité les observatoires d'Angleterre, de Danemark et de la Chine, mais, ce qui esloit tout dire, qui répondrait en quelque sorte à la magnificence du prince qui le faisoit bastir.
On pensa d'abord à placer l'Observatoire sur le tertre de Montmartre, comme le plus proche de Paris qui fust assez élevé pour bien découvrir tout l'horiion. Maison trouva que les fumées qui «'élèvent continuellement de Paris, situé au midy de Montmartre, esloient un obstacle perpétuel à toutes sortes d'observations. De sorte qu'il fut conclu qu'il fdbit choisir une situation tout opposée à celle-là et qui eust Paris à son nord , pour avoir le levant , le midy et le couchant entièrement libres et dégagés de toutes les fumées et de toutes les vapeurs qui s'élèvent continuellement de la ville. Cela fut cause que l'on s« détermina à placer l'Observatoire à l'issue du faubourg Saint- Jacques, sur une place de 7 arpens ou environ, que les anciennes fortifications de la ville ont rendue un peu plus élevée que le reste du terrain, et d'où sans monter davantage on découvre tout l'horizon du levant, du midy et du couchant Elle a encore cet avantage qu'on y arrive parles deux plus grandes rues qu'il y ayt à Paris, la rue Saint-Jacques, en continuant tout lo long du taubourg du mesme nom, et la rue de la Harpe, en continuant le faubourg Haint-Mkhel.
La résolution ne fut pas plutost prise qu'il se trouva une grande difficulté à son exécution. Le terrain esloit creux par-dessous par de grandes carrières, en sorte qu'il n'estoil pas en estât de porter le fardeau du grand édifice qu'on propusoitd'y construire, dépendant, comme il n'y allml que de foire la dépense de remplir ces carrières de maçonnerie aux endroits où l'édifice seroit planté, ou passa outre. On trouva mesme que cette rencontre estait heureuse, parce que cela donnerait des lieux souterrains où l'on pourrait faire plusieurs expériences pour la physique et les mathématiques.
' \m terrain* sur leiquels esl construit rolwrvaloire furent *equi* par l-mii» XIV le 7 mars 1607 - L'Obwvutoirv fut terminé en 167».
A lit tuile de cette pièce , te trouvent plu»ieur» pian» de l'Obterratoire fitili par Claude l'en nuit, (ht lit eu marge du plan principal :
Le bastiuient de l'Observatoire est construit de telle aorte qu'il peut suppléer lout seul à tous lis principaux instrumens d'astronomie dont on se sert pour le* observations.
Sa situation donne une ligne méridienne dan» l'étage haut, depuis la fenêtre du milieu qui re garde le midy jusqu'à relie qui regarde le septentrion, de 17 toises de longueur, la plus juste qui v* puiwe faire.
I,es doux pavillons octogones sont roupés île manière qu'un de leurs juins donne le lever du soleil nu snlslire d'byver, el l'autre son roucber au inesme solstice; qu'un autre donne le lever du soleil à IVquinoxoet l'autre le coucher au inesme équinoxo ; que deux autres pans donnent l'un le lever du soleil d'esté et l'autre le courber du inesme soleil.
Le trou ou ouverture qui perce l'Observatoire depuis le fond des carrières jusqu'au dessus de la terrasse donne juste le zénith , sans qu'on ayt besoin pour tout cela de quart de cercle ni d'aucun autre instrument.
(Bibl. du Louvre, Mm. Sotes et destin» ét Claude Permit , recueillis et au unie. , par Cbarle* Perrault. )
Apre» avoir constaté, dans te» Mémoire», que Claude l'errault, qui avait travaillé ans plan» de l'(Nt»ercalotre, eu suivait la construction, Ca*»ini entre dan* le» curieux détail» qui suivent :
Le bâtiment de l'Observatoire, que le Roi faisait construire pour les observations astronomiques, était élevé nu premier étage lorsque j'arrivai '. Les quatre murailles principales avaient été dressées exactement aux quatre prinripales régions du monde. Mais les trois tours avancées que l'on ajoutait à l'angle, oriental et occidental du cAlé du midi et au milieu de la face septentrionale, me parurent empêcher l'usage important qu'on aurait pu faire de ces murailles , en y appUquant quatre grands quart* de cercle capables par leur grandeur de marquer distinctement, non-seulemeot les minutes, mais même les secondes; car j'aurais voulu que le bâtiment même de l'Observatoire eAt été un grand instrument, ce que l'on ne peut pas faire à cause de ces tours qui, d'ailleurs, étant octogones, n'ont que de petits flancs coupés de portes et de fenêtres. C'est pourquoi je proposai d'abord qu'on n'élevât ces tours que jusqu'au second étage , el qu'au-dessus on bâtit une grande salle carrée, avec un corridor découvert tout ù l'entour, pour l'usage dont je viens de parler. Je trouvais aussi que c'était une grande incommodité de n'avoir pas dans l'Observatoire une seule grande salle d'où l'on pût voir le ciel do tous côtés, de sorte qu'on n'y pouvait pas suivre d'un même lieu le cours entier du soleil et des autres astres , d'orient en occident, ni les observer avec le même instrument sans le transporter d'une tour â l'autre. line grande salle me paraissait encore nécessaire pour avoir la commodité d'y faire entrer le soleil par un trou et pouvoir faire sur le plancher la description du chemin journalier de l'image du soleil , ce qui devait servir, non-seulement d'un cadran vaste el exact , mais aussi pour observer les variations que les réfractions peuvent causer au* différentes heurt* du jour, et celles qui ont lieu dans le mouvement annuel. Mais ceux qui avaient travaillé au dessin de l'Observatoire opinaient de l'exécuter conformément au premier plan qui en avait été proposé; cl ce fut en vain que je fis mes représentations à cet égard et bien d'autres encore. M. Colliert vint même inutilement à l'Observatoire pour appuyer mon projet. On suivit donc les premiers plans; les tours et la grande salle furent élevées â la même hauteur; an milieu de la face méridionale on laissa une petite fenêtre on ouverture qui donnait au haut de ta grande salle, et l'on projeta de tirer sur le pa*é, non-seulement la ligne méridienne, mais encore les lignes horaires. Comme l'on craignait que le bâtiment nouveau ne fut sujet à quelque changement . re qui avait déjà eu lieu dans la partie orientale, et qui avait obligé à reprendre les fondemens plus bas. on différa de paver la grande salle jusqu'à re que tout effet pût être passé On proposa de rou-
' CasMiù cuit arrive à Paris I» & avril 1669. Il * Lu méridienne n « ét/- tracée qu>n 17*0. < l
fui , deux jours après , présenté au Roi (kii Colborl 1rs dalles posées eu 17.10. ( Vol*- de* Mémoires )
viir la grandi! salle d'une plate-forme bien solide, sur laquelle ou |iourrait élever un pavillon rarré [mil* pour servir à l'usage «pie j'avais proposé, c'est-à-dire |>our pouvoir apercevoir du même lieu loul le ciel et suivre avec le même instrument et de la même place le cour* entier d'un astre. Il fui aussi arrêté que la tour septentrionale ne serait pas octogone, comme on l'avait d'abord projeté, mais qu'elle serait carrée, pour avoir une plus grande face nu septentrion. Je proposai aussi que cette tour septentrionale fût terminée en haut par une salle ouverte par deux fenêtres, l'une orientale et l'autre occidentale, et par une porte méridionale, et que le toit fût percé «l'une ouverture
ronde, recouverte d'une plaque de cuivre qu'on pût ouvrir et fermer pour l'usage des observation.'» au xénitb à l'abri du vent. Cette salle fut depuis appelée le Ptùt OfuerraUiire.
La tour orientale fut laissée entièrement découverte [tour le même usage, cl on y laissa dans la façade septentrionale une longue fente qui a servi à i-ccevoir cl à élever à diverses hauteurs de grands verres objectifs avec lesquels on a découvert le plus petit satellite de Saturne. La grande salle méridienne fut couverte d'une voûte un peu plus élevée que celle de la tour occidentale-, au-dcNtu* «le celle-ci on laissa un espace creux propre à recevoir un grand hémisphère concave pour pouvoir y observer le cours journalier du soleil par le moyen de l'ombre d'une boule élevée à son centre;
c'est l'instrument appelé par les anciens êeaphe. On y «levait marquer par olwervalion immédiate les traces journalières de l'image du soleil dans les solstices, comparées à celles des antres jours de l'année, affectées des différentes réfractions. Ces traces auraient été divisées par des jwints horaire* à l'aide d'une pendule , et auraient fait connaître l'inégalité des arcs horaires causée par les réfraction» des soleils solaires. En attendant la construction d'un semblable instrument, je fis plawr dan* ce lieu enfoncé un grand quart de cercle construit par Cosselin et divisé avec soin pur Le Bas. Un coup de vent terrible le renversa et le rendit inutile aux observations. On plaça «leixiis dans le même lieu des vases d'étaiti pour observer la quantité de la pluie en divers temps de l'aimée et son évaporation; M. Sédileau, après avoir suivi pendant plusieurs années et publié ces observations, enleva ces vases pour d'autres usages.
Toutes les voûtes de l'Observatoire furent pcnws «lans le même axe par un trou roml qui répond à un puits contenant un escalier spiral qui descend an fond des caves d<> l'Observatoire, dont I»» fondemens sont aussi profonds que son élévation sur le terrain. Ce puits sert de grand instrument pour l'observation des étoiles fixes proche le zénith ; il sert aussi pour mesurer !«• temps de la rlmle des corps qu'on laisse tomber des divers étages de l'Observatoire. L'appui dere degré spiral a servi aussi à soutenir de grands thermomètres d'eau, dont on a observé l«* variations «mi divers temps, lyes raves de l'Observatoire font aussi voir que le thermomètre n'y souffre pas de variation sensible depuis la plus grande chaleur de Télé jusqu'au plus grand froid de l'hiver; de sorte «pie l'air de ces raves peut passer pour tempéré et servir a régler les thermomètres.
Un peu à l'est au-devant de la porte de la façade méridionale de l'Observatoire, laquelle r>l élevée d'un étage plus haut que celle de la façade septentrionale, il y a un autre puiU ' «ouvert d'une pierre, au milieu de laquelle j'ai fait pratiquer une ouverture qui nqiond aux caves, et que l'on |>eut ouvrir et fermer p«mr faire les mêmes expériences et les mêmes observations qu'à l'escalier des raves où l'on est trop exposé a être troublé par les curieux.
La |)ottc méridional.- donne sur une gramle terrasse où l'on plante des mats qui servent à élever de longues lunettes. On y a depuis transporté une lourde Uns qui était autrefois à Marlv, où elle servait n élever les i«aux de la Seine qui vont à Versailles; elle sert présentement à élever des verres objectifs à des hauteurs beaucoup plus grandes que celle du bâtiment de l'Observatoire. Cette terrasse est soutenue du côté d'occident par une forte muraille dressée sut la ligne méridienne; uue pareille muraille doit s'élever à l'orient et au midi; mais cet «mvrage n'a pas été achevé, parce que « e qui existe suffit pour les observations.
( Wewiotrr* pour tervir à l'hutoint dtt «neiuri et » reit* île liibtrrrtilatrv . i vol iu- V, Vie «le Ca*sini, i[,3.)
1 II a élé bombe du|iuis la IW-vohHiou par le ao pied* loi *|u'i>ii le suri de la v<mU> ou d «•»» uuhwr ipùwi a établi en «levant do celle porte utv- lialiilitellniiriil remisé. ( Vole Ht» Hcamirn. ) iidiunale, |H>iir supporter le fçraud leltueojm <)e
APPENDICE