‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 372 sur 470 · XXIX.- ÉDIT · texte numérisé non relu

XXIX.- ÉDIT

POUR L'ÉTABLISSEMENT D'UNE MANUFACTURE DES MEUBLES DE LA COURONNE AUX GOBELINS '. t

Novembre 1667.

La manufacture des tapisseries a toujours paru d'un si graud usage et d'une utilité si considé rable, que les Estais les plus aboudans en ont perpétuellement cultivé les estahbssemens et attire dans leur pays les ouvriers les plus babilcs par les grâces qui leur ont esté faites. En effet , le roy Henri le Grand, nostre aïeul, se voyant au milieu de la paix , estima n'en pouvoir mieux foire gouster les fruits à ses peuples qu'en rétablissant le commerce et les manufactures, que tes guerre» eslrangeres cl civiles avoient presque abolis dans le royaume; et pour l'exécutiou de son desseiD, il auroit, par son édit du mois de janvier 1607, estably les manufactures de toutes sortes de tapisseries, tant dans nostre bonne ville de Paris qu'en toutes les autres villes qui s'y trouveraient propres, et préposé à rétablissement et direction d'i celles les sieurs de Comans et do La Planche, auxquels par le mesme édilon aurait accordé plusieurs privilèges et avantages. Mais comme ces projets .se dissipent promptement, s'ils ne sont entretenus avec beaucoup de soin et d'application et soutenus avec dépenses, auasy, les premiers eslablissemcns qui furent faits ayant esté négligés et interrompus pendant la licence d'une longue guerre, l'affection que nous avons pour rendre le commerce et les manufactures de nostre royaume florissant» nous auroit fait donner nos premiers soins, après la conclusion delà paix générale, pour les restablir.

Et pour rendre ces estahliseeroens plus immuables, en leur Cxant un lieu commode et certain . nous aurions fait acquérir de nos deniers l'hoslel des Gobe lins et plusieurs maisons adjacentes, fait rechercher les peintres de la plus grande réputation , des tapissiers , des sculpteurs, orfèvres, ébénistes et autres ouvriers plus habiles en toutes sorte* d'arts et métiers que nous y aurions logés, donné des appartenions à chacun d'eux et accorde divers privilèges et avantages. Mais , d'autant que

' On lit dans la VU de Colbert, de Saudras de Courtils , reproduite dans les Archive* ctwietuee de t histoire de France, par Danjou, IX, 9S, au sujet de eet établissement :

« Colbert établit aux Gobelins une manufacture dont il donna la direction à Le Bran , qu'il jugea seul capable de s'en bien acquitter. Ce lieu éloit déjà reeomniandable par la teinture des laines en érarlate, l'eau de la rivière des Gobelins ayant une qualité particulière pour leur donner cette vivacité qui les fuit briller aux yeux. Colbert y fil fabriquer des tapisseries pour le floi, sur les dessins de Le Brun; il y Gt aussi travailler à des ouvrages de pierre de rapport , dont le pied en carré revient à plus de 1 ,000 écus. Toutes les pierres qui y entrent sont des pierres précieuses, et Ton en taille de si |>etites qu'il est presque impossible de les voir avant qu'elles soient mises en œuvre... Il y fit travailler oussi à ces grande;) pièces d'orfèvrerie qu'on a depuis portées à Versailles, comme laides, guéridimK, biiirrs, eu» elles, «ai^si-s d'orangci-s et candélabres... On y bàlil une gondole pour le canal de Versailles , et ou y travailla tous les ornements de la grande galerie... »

D'un aulrc côté, on lit dans les Mémoires iné-

dits sur l'académie de peinture et de sculpture, I, a3 et 37, par MM. Dussienx, Soulié, etc. :

e Daus l'année 1660, M. Colbert, qui, sur un appni particulier du cardinal Mazariri , commettrait d'entrer en concurrence avec M. Fouqnet pour la surintendance des bâtiments, eut l'ordre du Boi de faire dans l'hôtel des Gobelins, du faubourg S.iini-Marcesa , l'établissement des manafacturca royales des meubles de la couronne. M. Colbert y apporta do grand* soins et choisit M. Le Brun pour directeur de cet établissetneuL O11 y employa de très-habiles hommes, qui furent choisis tant en France que dans les pays étrangers.

« Eu i665, M. Colbert, voulant faire réussir lu navigation et le commerce des vaisseaux de la compagnie des Indes orientales et leur faciliter l'entrée et le négoce dans les ports du grand Mogol, fit foire dans lesGobetin» un magnifique carrosse pour eu régaler ce monarque. Il choisit M. Le Brun pour donner les dessins, tant pour la rotislruclion du carrosse que de» différons orneuiens de sculpture et d'orfèvrerie dont il étoit embelli. r>

On trouve aux Archives de l'Empire :

i* Carton 0 i-,sai, uu état des tapisseries

ces estaldisscmens augmentent chaque jour, que les ouvriers les plus cxceJlens dans (ouïes sortes de manufactures, conviés par les grâces que nous leur faisons, y viennent donner des marques do leur industrie, et que les ouvrages qui s'y font surpassent notablement en art et en beauté ce qui vient de plus exquis des pays eslrangers . aussy nous avons estimé qu'il esloil nécessaire , pour raffermissement de ras eslablisscmens, de leur donner une forme constante et perpétuelle et les pourvoir d'un règlement convenable à cet effet.

A ces causes, et autres considérations a ce nous mouvant, de l'avis de nostre conseil qui a vu l'édit du mois de janvier 1 607 , et antre» déclarations et règlemens rendus en conséquence, et de nostre certaine science... disons , statuons et ordonnons ainsy qu'il ensuit :

I. C'est à sçavoir, que les manufactures des tapisseries et autres ouvrages demeureront eatablies dans rhostel appelé des (îobelins, maisons et lieux en dépendans, à nous appartenant; sur hi principale porte duquel hostel sera posé un marbre au-dessous de nos armes , sur lequel sera inscrit :

SAM MCTI BR ROTALS DRS MEUBLES DR tt COl'ROKNE '.

( Bibl. du Louvre , linpr. B. 776 , Rectuil dti tlattiU , orJontutnrt* , eu en faveur det orfèvres.)

Page 1