XXXIX. — ONDEDEI A COLBERT
Paru. 4 octobre 1670.
J'ay esté à Versailles, où j'ay vu Unt de merveilles que j'en «y esté surpris. Je sçavois bien que du temps passé il n'y avoit pas une goutte d'eau , et je eroyois que présentement on y avoil fait descendre une rivière 1 de quelque endroit plus éminenl ; mais j'ay trouvé que Ton tire l'eau d'un abisme, et qu'on la fait monter en une bauteur prodigieuse sans qu'elle ayt aucune descente, oontre sa propre nature, qui a esté surmontée par l'art, qui la fait aller jusqu'au plus haut de»
La fontaine de Neptune, le cabinet, La cascade, le canal, la grotte et tant d'autres fontaines sont toutes des choses surprenantes qui disputent entre elles la primauté et laissent en arrière tout ce qu'il y a de plus beau et de plus grand à Rome. Enfin on peut dire avec vérité que nostre Roy, a[>rè avoir soumis les provinces entières, a dompté tous les élémens, ayant forcé la terre et l'air ù nourrir et conserver les [ plantes] les plus odoretises, qui par le passé ne pouvoient pas endurer la froideur de ce pays.
Mais, Monseigneur, ce n'est pas toot eecy le plus beau et le plus grand que j'ay vu à Versailles. J'ay rencontré le Roy qui se promenoit et m'a reçu a»ec une gayeté, une douceur et une affabilité qui tempérait sa majesté naturelle avant tant d'agrémens que mon âme en a esté ravie. (I m'a parlé, il m'a entretenu, il m'a montré luy-mesme une partie des chose* plus remarquables, et enfin il m'a traité si favorablement que je ne voudrais pour toutes les choses du monde avoir perdu cette fortune.
Sa Majesté m'a fait en peu de jours deux grâces bien singulières, dont celte dernière m'est encore plus cbère que la première; et je Tay si fort gravée dans mon cœur que j'en conservera)- le souvenir toute ma vie, et tes prières de tout mon diocèse seront incessamment employées pour la conservation de Sa Majesté, puisque je n'ay autre moyen pour luy tesmoigner ma reconnoissance.
humbles et très-fidèles sentimens, vous obligeriez de plus en plus une personne qui est à vous sans n-serve.
(Bibl. Imp. Mss. MéLu^tM CouWt, vol. 1 55, fol. .61.)