‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 392 sur 470 · XLIX. — COMPLIMENT · texte numérisé non relu

XLIX. — COMPLIMENT

KAIT LU t3 JUIH 1673 , PAR CHARPKJIT1RR A COLRKRT , SUR CE QIPU AVAIT OBTMO DU ROI QUE L'ACADÉMIE FRANÇAIS!! ïflIT SES SEANCES AU LOUVRE ' .

v Monseigneur, lorsque vous fistes l'honneur à l'académie françoiae de vouloir bien avoir quelque relation avec elle, elle jugea aussylost qu'une liaison si avantageuse luy procurcroit un appuy inébranlable en toutes sortes de rencontres. Elle vient, Monseigneur, d'en faire une épreuve dans la plus dangereuse tcmpcsle dont elle ponvoit eslre agitée. Elle a perdu un protecteur très-illustre et très-favorable1: on sçait quel est le désordre d'un corps dont on a osté le chef; quelle est b ruine d'un édifice dont on a arraché 1a pierre angulaire. Que n'auroiUelle point deu craindre dans ce rude ébranlement, si l'espérance qu'elle avoit en vous et au glorieux zèle que vous avei toujours eu pour les belles-lettres ne luy avoit conservé quclqne rayon de lumière au milieu de» ténèbres où elle esloit plongée. Elle n'a point esté trompée : cette espérance qu'elle avoit si justement fondée sur vostre secours , vous l'avez remplie tout entière ; et du bord du précipice où elle se trouvoil, vous luy avci aydé à en faire un degré pour monter an comble de gloire où nous )a voyons. En effet. Monseigneur, le moyen de se persuader que tant de bonheur luy fus! arrivé en *i peu de temps, si vous ne luy aviei préparé, par vostre recommandation, la place honorable qu'elle tient dans l'estime de 8a Majesté, et si vous n'aviez ensuite mesnagé pour elle les grâces extraordinaires qu'elle en a reçues? Qu'après cela nostre Iwnue fortune augmente continuellement, ce sera toujours l'effet de cette première impression favorable que vous avez donnée de nous à rr grand prince. Nous sentons cette augmentation de bonne fortune par le nouvel honneur qu'il nous a fait d'introduire l'académie dans le Louvre, et de permettre qu'elle y tienne désormais s» assemblées. Certes , l'alliance de* lettres et des armes n'est pas nouvelle ; il s'est assez trouvé de grands princes très-savans. Les Alexandre, les Ptolémées, les Césars, les Adrien, les Charlemagne, les Alphonse de Castille avoietit de quoy estre très-célèbres par leur doctrine, si l'éblouissant éclat des actions royales n'avoit étouffé en quelque façon le mérite de leurs vertus privée» : mais qu'un roy ayt assez aimé les lettres pour loger une académie dans sa propre maison , c'e*l te que la postérité n'apprendra guère que panny les actions de Ixmh lo Grand. Il ne se contente pas de nous accorder sa protection toute puissante, il veut nous attacher à titre de domestique*. Il veut que la majesté royale et les bcllos-lellrrs n'ayeni qu'un mesme palais, comme autrefois à Rome il n'y avoit qu'un mesme hostel pour Hercule et |>our les Muses, c'est-à-dire pour le Dieu de la valeur et pour les Déesses qui président à l'immortalité des belles actions. Mais s'il est permis de former quelques augures de l'avenir, cecy n'est point un pur effet du hazard;«t au moment que

1 Colbert avait écrit à Louis XIV à ce sujet, le 10 mai précédent:

«L'académie françoisc, qui n supplié Vostro Majesté de la recevoir en sa protection particulière , demande où elle s'nKaemblera ù l'avenir.

«Il n'y a que lo Louvre ou la bibliothèque de Vostre Majesté.

"Le Louvre tut plue digue cl plu» i nilw«n\i*

sant; la bibliothèque serait moins digua jusqu* ce qu'elle (usl attachée au Louvre, et plu» eoœ modo.»

Le Roi répondit :

*ll faut assembler l'acadV-niie au Loutre. M» me parois! mieux, quoiqu'un |mhi ineoniinode {(ÊMrrtM Je //mm XIV, V. 096.)

' Le climirrluT Séfliiirr, qui venait de nit'iini

ce monarque magnanime marche à ta tente tic «es armée» pour chastier ses ingrate ulliés et remettre en possession de leurs biens les princes qui l'appellent à leur défense, n'est-ce pas un secret pressentiment de sa victoire, que d'intéresser par de nouveaux bienfaits ces filles immortelles qui ont accoustiimc de rhanter les triomphes? C'est dans cet esprit que les Lacédémoniens leur fa isoient un sacrifice solennel lorsqu'ils estoient sur le point de donner bataille, afin, disoicnt-ils, que leurs belles actions ne fussent pas ignorées; c'est dans ce m es me esprit qu'un général de l'année romaine leur voua les dépouilles des ennemis, et je ne sçais si, par une heureuse fatalité, il n'entre rien de semblable dans ce que l'invincible Louis fait aujourd'huy pour nos Muses franroiscs, et si ce n'est point un présage du besoin qu'il aura d'elles pour conserver la mémoire de ses grands exploits. Quoy qu'il en soit, Monseigneur, comme un ordre qui nous est si glorienx nous vient par vostre moyen, nous venons aussy, ponr vous en tesmoigner nostre reconnoittuince, et pour entrer en payement, s'il faut aînsy dire, des obligations infinies dont nous tous sommes redevables, sans que nous espérions, toutefois, nous en pouvoir jamais entièrement acquitter. A tant de grâces, Monseigneur, joignez, s'il vous plaist, celle de croire qu'il n'y a point de Compagnie dans tout le royaume du cèle de laquelle vous puissiez estre plus assuré que de celuy de l'académie française

(Arch.[lel'ln«Utul, M»». Registre des délibérations de T académie française , de 167a à 1680.— Recueil de* harangues prononcer» par MM.de l'académie, Paris, 1698, in-V, p. so5.)

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