LXXUL — PIERRE CORNEILLE1 A COLBERT
Monseigneur, dans le malheur qui m'accable, depuis quatre ans, de n'avoir plus de part aux gratifications dont Sa Majesté honore les gens de lettres', je ne puis avoir un plus juste et plus favorable recours qu'à vous. Monseigneur, k qui je suis entièrement redevable de celle que j'y avois. Je ne l'ay jamais méritée, mais du moins j'ay tasché à m'en rendre pas tout à fait indigue par l'employ que j'en ay fait. Je ne l'ay point appliquée à mes besoins particuliers, mais à entretenir deux fils dans les armées de Sa Majesté , dont l'un a esté tué pour son service au siège de Grave : l'autre sert depuis qnalorxe ans, et est maintenant capitaine de rhcvau-légers. Ainsy, Monseigneur, le retranchement de cette faveur, d laquelle vous m'aviez accoustumé, ne peut qu'il ne me soit sensible au dernier point , non pour mon intérest domestique, bien que ce soit le seul avan-
1 Pierre Corneille, né en 1606. Mort le 1" or- états de gratifications (voir pièce X). à partir de tobre 1 68a . doyen d« 1 académie française. i'année 1671k.
* Le nom A* Corneille disparaît en effet de»
lfl|;e que j'aye reçu de àoquante années de travail, mai» parce que c'estoit une glorieuse marque de l'estime qu'il a plu au Roy faire du talent que Dieu m'a donné, et que cette disgrâce me met hors d'eslat de faire encore longtemps subsister ce fils dans le service, où il a consommé la plupart de mon peu de bien pour remplir avec honneur le poste qu'il y occupe. J'ose espérer, Monseigneur, que vous aurèx la bonté de me rendre vostre protection et de ne pas laisser détruire voslre ouvrage. Que si je suis assez malheureux pour me tromper dans celte espérance et demeurer eielu de ers grâces qui me sont si précieuses et si nécessaires, je vous demande celle justice de croire que la continuation de cette mauvaise influence n'aflbiblira en aucune manière ni mon zèle pour le service du roy, ni les senlimens de reconnoissance que je vous dois par le passé; et que, jusqu'au dernier soupir, je fera y gloire d'estre, avec toute la passion et le respect possibles1. . .
( Bibl. Imp. M «s. Vitrine de la galerie Mazarine. — M. Ta»ebereau .