‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 443 sur 470 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

DE CHAPELAIN3 A COLBERT

rom la ronoiTioi» ircm acadkvir

Paris, »8 novembre >66s.

Le dessein que vous m'avet fait l'honneur de me communiquer est grand, est noble, et tout à (ait digne de in grandeur du Roy et de la grandeur de vostre tèle pour le service et |>our la gloire do Sa Majesté. Je l'ay cent fois considéré, et il m'a toujours plus satisfait une fois que l'autre. De sorte qu'il n'y a point à délibérer, selon moy, si la pensée s'en doit exécuter, et qu'il faut seulement .«onjnsr aux moyens propres pour le faire.

Quant i celuy des médailles, comme c'est une invention dont les Grecs et les Romains se sont servis pour éterniser la mémoire des actions héroïques de leurs princes , de leurs capitaines et de leurs empereurs, à cause de l'incorruptibilité des métaux dont elles estoieot composées, surtout celles d'or et d'argent, j'approuve extrêmement que vous l'employiez entre autres à perpétuer celle du Roy, estant un moyen nsité de tout temps à une semblable fin et très -convenable à la dignité royale. Mais je suis balancé sur la manière ; car on peat faire ces médailles ou à l'antique on à In moderne. L'antique se contentoit de marquer sur le revers quelque figure significative de l'action ou de l'événement, quelquefois sans mol, quelquefois avec un root, mais grave et sans jeu d'esprit. La moderne, la plupart, s'est tournée à mettre sur le revers une devise qui consiste en un corps et en une âme, qui est une gentillesse introduite dans l'Europe depuis moins de deux cents ans. Toutes deux sont belles et louables; mais l'antique, par sa gravité, me sembleroit plus proportionnée i la majesté royale, que je voudrais qui ne s'en servist (de la moderne) que dans les / galanteries et dam les carrousels. En cela néanmoins, il faudra suivre le goust de Sa Majesté, après luy avoir représenté les raisons de part et d'autre.

Pour les vers. Monsieur, vous ne nouvel rien imaginer qui allast plus droit i vostre but. De toutes les choses durables, c'est sans doute celle qui se défend le plus de l'injure du temps, lorsqu'une bonne main s'en mesle. Tons les tombeaux, tous les portraits, toutes les statues les plus

1 Nous devons à l'extrême obligeance de M. Sainte- Brave la série de lettres que nous publions ici. L'émincut critique a bien voulu mettre a notre entière disposition la correspondance de Chapelain a Colbert, dont il possède nne copie inédite.

La minute originale de quelques-unes des lettres de Chapelain se trouve à la Bibliothèque Impériale. Cette première pièce entre autres est diiiit» Balnse , Papier» des .-trMoiret, vol. 36a, fol. 5i; seulement, l'autographe de Chapelain semble n'avoir été qu'un travail préparatoire, car il existe de nombreuses variantes entre l'original tel que nous lo donnons et la copie de M. Sainte-Beuve, qui notamment ne contient pas le dernier paragraphe. Cette pièce a déjà

été publiée dont la Htvu» ritroipvctm , s' série, 1,84.

* Jean Chapelain était né à Paris le 4 décembre 1 5<j5. Il venait d'achever ses classes, quand le marquis de La Trousse , grand prévit de France, le donna comme précepteur à ses enfants. Successivement pensionné par le doc de Longueville, par Richelieu et par Masarin , il fut accepté pour arbitre en matière de goût par la cour et les beanx Malheureusement pour lui, il publia La

huttle. Lorsque le due de Mont.ni&ier fut nomme gouverneur du Dauphin , il le proposa pour précepteur à Loui» XIV, qui l'agréa ; mais Chapelain refusa à cause de son grand âge. Élu membre de l'académie française en- 1 663, Chalo sa février 167».

APPENDICE

renommées, ont fait naufrage conti-e cet écueil; les ouvrages mesme de prose les pin» exquis ue sont venus jusqu'à nous que mutilés et qu'estropiés, et les seuls poétiques, a compter depuis Homère, au moins les excellens, ont passé jusqu'à nous. Si bien que ce que vos soins feront eclore de vraiment bon en ce genre d'écrire, pour célébrer les vertus du Roy , sera infailliblement ce qui leur donnera l'immortalité.

Il est pourtant fasebeux que les merveilles que Sa Majesté a desjà faites en si grand nombre, et qu'elle fera à l'avenir en plus grand nombre encore , selon le train qu'elle prend , ayent le malheur de ne pouvoir estre traitées dans un poéinc narratif, pour ce que la poésie ne se distingue de l'histoire que par les fictions, et que l'art de ce genre de poème défend absolument de feindre des choses éclatantes qui peuvent estre contredites par ceux qui, comme nous, en ont vu les véritables succès, à cause que cela ferait perdre la créance à la narration et par conséquent nuirait au prince qu'on voudrait servir. En récompense, on le peut célébrer par dos panégyriques qui souffrent la Cction et qui sont capables de toute la sublimité de la poésie. Et ces panégyriques se font en rimes plates, que l'on appelle , de la mesme aorte que les élégies ; comme celuy de La Picardière pour la reyne Marie de Médicis, et celuy de Gombauld pour M. le cardinal Matarin; ou ils se font en stances dont se forment des odes, comme Malherbe* a composé celuy de M. de Bellegarde, et après luy presque tous ses successeurs, jugeant cette mesure et ces cadences plus agréable» que celles des vers continus. Je suis pour ces derniers, quoyqne je n'impronve pas les autres. Les stances de longs vers, comme celles de Malherbes pour le voyage de Henri IV en Limousin, peuvent aussy soutenir l'éloge des grandes actions. Les sonnets mesmes n'y sont pas mal propres, si c'est un bon ouvrier qui les fait, et il y en a de Malherbe» et d'autres qui ne font point de tort à leur matière élevée et qui n'en rabaissent pas la hauteur.

Je viens à l'histoire, qu'avec beaucoup de raison vous avez jugée, Monsieur, un des principaux moyens pour conserver la splendeur des entreprises du Roy cl la détail de ses miracles. Mais il est de l'histoire comme de ces fruits qui ne sont bons que gardés et pour l'arri ère-saison. Si elle n'explique point le motif des choses qui y sont racontées, si elle n'est pas accompagnée de réflexions prudentes et de docuraens, ce n'est qu'une relation pure, sans force et sans dignité. De les y employer aussy , durant le règne du prince qui en est le sujet , cela ne se pourrait sans exposer au public les ressorts du cabinet, donner lieu aux ennemis de les prévenir ou de les rendre inutiles, et trahir ceux qui auroieot des liaisons avec luy, lesquelles ne subsistent que par le secret et à l'ombre d'un profond silence. Ainsy, j'estime que si vous faites travailler à l'histoire de Sa Majesté, en la manière qu'elle doit estre, ce ne doit estre que pour tenir l'ouvrage caché jusqu'à ce que les incoméniens remarques ne puissent préjudicier à ses affaires ni à celles de ses alliés. Quand toutefois on voudrait passer sur cette considération si importante, je ne laisserais pas de trouver une très-grande difficulté dans l'exécution. Car, pour estre bon historien, il faudrait estre très-homme de bien , parfaitement sçavoir la fin des projets et de la conduite du prince qui en serait le sujet, estre informé des intérests de ses amis et de ses adversaires, posséder la théorie de la politique, entendre la pratique de la guerre, n'ignorer ni chronologie, ni géographie, n'estre point neuf dans les mœurs et les coustiimes des nations , avoir vu et extrait les originaux des dépesrhes et des traités, ce qui n'est pas une chose trop commune. Mais par-dessus cela , et pins que tout cela, il faudrait avoir le génie de celte profession, que si peu de gens ont eu depuis trais mille ans qu'on la fait C'est un talent naturel qu'il faut avoir du ciel et qui n'est jamais attaché qu'A une très-solide cervelle et qu'à une expérience de très-longues années dans les emplois, ou du moins dans les cours.

Combien cependant trau\e-l-on de |iersoiiues de cette trempe, à qui l'on puisse donner une si forte lasche à faire et de qui on puisse attendre un travail sans défaut? C'est là. Monsieur, ce qui m'embarrasse le plus dans la consultation de vogtre projet si louable. Car tout ce qui se fait sans un plan bien juste et sans «me économie bien entendue, assurément n'est pas bon, quelque brillant qu'il paroisse dans les parties; et tout l'esprit du monde, semé dans un ouvrage où le jugement ne préside pas. ne sert qu'à faire un beau monstre, qui suit la nature des monstres et qui sans doute ne vit pas.

Les gens donc propres à s'en bien acquitter estant si rares en tout temps, surtout eu celuy-cy.

LETTRES DE CHAPELAIN V COLBERT

je trouve périlleux d'en donner la commission à quelqu'un, et il n'y aurait guère que vous, avec toutes ces bonnes qualité* qui sont en vous, dont je voulusse répondre qu'il y réussis! heureu-

Pour ne pas néanmoins laisser le Roy sans les louantes qu'il mérite, aussy bien en prose qu'en vers, je serais d'avis qu'on employas! les meilleures plumes a trailer ses miracles oraloiremont par des panégyriques pareils a celuy du jeune (Mine pour Trajan, que bien plus de gens sont capables de faire, et pour lesquels bien moins de conditions sont requises. Encore ne croirois-jp pas que vous en pussiez rencontrer un grand nombre , tant ce siècle est devenu stérile en personnes de lettres qui vaillent, comme vous l'ave» vous-mesme reconnu, cl tant ce qu'on appelle l'esprit et doctrine en la plupart est mcslé de confusion et de mauvais sens. Je ne laissera y pas. Monsieur, de vous proposer a la première vue tous ceux de ma connoissance qui oui le plus dn nom en ce métier, et d'en examiner les qualités avec vous, tant pour la poésie que pour la prose françoiw et latine, soit de noslre monde, soit des estrangers. Vous prendrez vus mesures sur ntes relation* sincères et jugerez d'eux et de moy souverainement. Car je ne prétends rien en cela que vous plaire et payer par mes diligences et par ma candeur l'obligeante confidence qu'il vous a plu me faire de vos si louables intentions.

Il y a bien, Monsieur, d'autres moyens louables de répandre et de maintenir la gloire de Sa Majesté, desquels mesine les anciens nous ont laissé d'illustres exemples qui arrestent encore arec respect les yeux des peuples, comme sont les pyramides, les colonnes, les statues équestres, les arcs triompbaux, les bustes de marbre et de bronze, les basses-tailles, tous monuments historiques auxquels on pourrait ajouter nos riches fabriques de tapisseries, nos peintures a fresque et nos estampes au burin , qui pour estre de moindre durée que les autres ne laissent pas de se conserver longtemps. Mais ces sortes d'ouvrages appartenant à d'autres arts qne celuy des muses, sur lequel vous avez souliaité mes sonlitncns, je me rontenleray de vous en avoir fait souvenir, afin que vous jugiez s'il* peuvent entrer en part de vos autres sublimes idées.

Paris, 3i janvier i663.

La pensée du Roy sur la disposition où doit estre l'homme dont nous parlnsmes avant-hier «ions, pour la façon de traiter dans le cours de l'histoire les matières qui regarderont la religion, est digne de la piété exemplaire et du grand sens qui reluisent en Sa Majesté, et j'apprends de vous, avec une extrême consolation , qu'elle continue à faire son principal honneur d'en conserver la pureté et d'en soutenir la dignité avant toutes choses.

Celte mesme pensée m'avoit passé par l'esprit , lorsque je vous rendis tesmoignage de l'excellence de cet écrivain ', jusqu'à le préférer a tout autre pour celle sorte d'employ , et je crus que le malheur qu'il avoit d'eslre né dans une créance contraire à la bonne pourrait estre un raisonnable obstacle au dessein de se servir de luy. Toutefois, luy sçachant l'Ame droite et le jugement sain , et entre les religionnaires de ma connoissance n'en ayant jamais vu qui montras! plus de modération, ni qui fust plus ennemy des disputes sur ces différends-là, je ne me retins pas de vous le proposer, remettant a rostre prudence de songer si sa profession de foy serait compatible ou non avec la charge d'historien du prince. Ce qui me faisoit imaginer que pcut-rslrc on (tasserait par-dessus mon

1 II s'agit ici de Perrol d'Ablancourt.

On lit à ce sujet dans Moréri : "Quand M. Colbert se fit donner des mémoires snr les gens de lettres vivants en t66s, comme «on nVssein principal étoit de voir en quoi genre chacun pou voit travailler à la gloire du Roi, on examina la capacité de chacun , et M. d'Ablancourt fol jugé le pins propre de tous à bien écrira l'histoire de ce grand prince. Il accepta la proposition qui lai en fut faite par M. Colbert et qui fut accompagnée d'une

pension de 1,000 écus. M. d'Ablancourt alloit venir à Paris et s'y établir pour être a la portée oe recevoir les instructions nom 11 nurou daboiii; maii M. Colbert, lorsqu'il en rendit compta au Roi, ayant dit que M. d'Ablaucourt étoit protestant , le (toi lui dit: "Je ne veux point d'un historien qui soit d'une antre religion que moi.* Cependant Louis XIV lui conserva sa pension de i.oooéros. (Dictionnaire kitioriiptr , VIII si5) 1

scrupule cstoil que, dans le règne «le Sa Majesté, il n'y avoit point eu d'affaires dont U rvlifyioit eust este la cause, ni où ceux qui sont engagés dans Terreur eussent pris un party contre le trône, ayant mesme observé que, dans toutes ces malédictions de U Fronde, nos hérétiques estoieot toujours demeurés fermes dans le juste party ; de sorte que, ne s'agiasant point dans cette histoire de l'iolérest de leur créance, il n'y aurait point de lieu d'appréhender que cet homme-cy y pust rien toucher qui préjudiciast à la nostre.

Je considérois de plus, Monsieur, que s'il se chargeoit de ce travail, ce serait aux condition qui luy seroienl prescrites, et que vous auriez une communication entière de tout ce qu'il écrirait, pour y retrancher ce qui ne vous y plairait pas et où il aurait passé les bornes; par le moyen de quoy on n'y verrait rien que de bien. Je regardois d'ailleurs que Sa Majesté employoit indifféremment dans son service de paix et de guerre ceux de l'une et de l'autre créance, selon les isUm qu'il)) ont propres à le luy rendre bon , et que sa sagesse, suivant l'exemple de ses prédécesseur», laissoit à ses sujets errans la liberté de leurs exercices, en attendant que Dieu leur toucbaat le cœur et les ramenastà leur devoir.

Mais tout cela n'empeseba pas que je n'envisageasse Terreur de celuy-cy comme une chose qai pourrait donner peine a la tendresse du zèle de Sa Majesté, quelques précautions que vous pussiez prendre pour en détourner lo péril. Si pourtant le mérite de l'ouvrier et les assurances qu'on prendrait de luv sur cela la faisoient résoudre à s'en servir préférabletnenl à tout autre et qu'elle ne désirast point de luy qu'il changeast de religion, mais seulement que dans son travail il ne se coulast rien qui se aenlisl de son erreur, je pense qu'elle se pourrait promettre de son obéissance et du soin que vous en prendriez, que de ce eosuj-U il serait sans tache et qu'on ne s'y apercevrait pas qu'il crust autrement que nous.

Voila, Monsieur, lesrellexions qoe j'ay faites par vos ordres sur la sainte pensée de Sa Majesté ; à quoy j'ajouteray qu'elle seule doit résoudre cette question, et, pesant tr> eu renient les raisons d'employer ou non cette plume, prendre le party qu'elle trouvera le meilleur et vous le déclarer, pour eslre ponctuellement obéie.

Quant à M. le président de Périgny', je n'ay aucune connoissance de ce qu'il vaut dans les lettres, mais je feray mes diligences pour en entre informé et pour vous en éclaircir. En gros, je sçais qu'il est estimé , et c'est à mon avis à luy qu'on donne ces portraits du parlement qui furent trouvés dies le surintendant Pouquet et qu'il avoit faits, dit-on, pour luy plaira.

M. Sallo est sans doute habile homme dans les langues grecque et latine, amy des lettrés comme luy , laborieux dans les estudes, et curieux jusqu'à avoir appointé les doctes incommodés , afin qu'ils fissent des lectures et des extrait* d'auteurs pour luy. Son style latin est bon , et j'ay vu de luy une traduction de l'écrit de M. de Lionne, publié sur la matière de la paix, peu devant qu'elle se fut. Mais c'est trop vous amuser, lisez toujours de moy comme de l'homme du monde sur qui vous avez le plus de pouvoir.

Paris, 9 juin i663

Après vous avoir rendu grâce» pour la seconde fois de la bonté que vous eustes lundy matin, d'anaiser le trouble où j'estois de. la maladie du Roy par l'heureuse nouvelle du recouvrement de sa santé, dans le doute d'avoir l'honneur de vous voir aujourd'huy, je vous diray par ce billet que j'ay vu ceux de ma connoissance qui vous doivent les gratifications qu'ils ont reçues de Sa Majesté et les ay portés, mais sans peine, a célébrer sa convalescence. J'espère d'avoir bientost leurs compositions latines etfrançoises sur ce sujet-là , et, en attendant, je vous envoyé un sonnet que j'ay peut-estre précipité, mais dont j'espère que la précipitation ne sera pas sans mérite, puisqu'elle sera une marque de mon zèle pour sa personne sacrée et de lo passion que j'ay de vous complaire en tout ce que vous désirez qui dépend de moy.

Vous jugerez de ce petit ouvrage, et si vous ne le trouvez pas digne de la matière, vous me fe-

1 Octave de Hérigoy, président à la troisième Daupbiti en 16G7. Mort l« 1 " septembre 1670,0 elnmbre do» enquêtes, nommi* précepteur du Page de quarante-sept ans.

LETTRES DE CHAPELAIN A COLUERT

i pour mon seul juge, el j'i

roi la faveur de le à vos arrests.

M. du Perrier 1 a ébeuclié là-dessus une petite ode latine, qu'il polit et qui sera bienlwt en eatat de paroiatre. MM. Valois* m'ont promis de «'appliquer à la mesrne chose en latin. M. l'abbé de La Motbc Le Vaycr' lesauivra en françois, sussy bien que M. Boyer*, qui a trop de rccnminjsxancc pour «e taire en un ai juste sujet de parler. M. Fléchier ' travaille pour cela et suapend o ce dessein l'accompbswmeot de son grand poème latin du carrousel. J'en ay écrit a MM. d'Abbncourt et Le Clerc*, desquels il ne faut attendre rira de médiocre. M. Colin', duquel j'eus l'honneur la dernière rois de vous faire voir de si belles «tances, et duquel nous avons aujourd'buy achevé d'examiner l'éloquent discours dont nous vous luames une si belle tirade, a fait un madrigal trèa-joly, qu'il me doit envoyer demain. C'est un de nos plus fameux académiciens, el que j'ay engagé ]>-tr vostre ordre à cet éloge royal que nous épluchons et qui semble répondre à nostre ■attente. Je laisse à vostre prudence de considérer si un homme aussy approuvé qu'il est ne mériterait point d'est re du nombre des gratifiés', el ponr ce qu'il a bit, et pour ce qu'il est capable de faire en prose et en vers, et si ce ne serait pas dommage de luy laisser abattre le courage et tomber la plume de la main, en ne luy donnant point de pareils tesmoignages qu'on estime son esprit et sa fidélité. Un conseiller de Bretagne, de mes amis, qui fit, il y a un an, un poème latin , de douxe cents vers, sur la naissance de M** le Dauphin , que nous avons lu et revu dans nostre assemblée* et qui sera l'un des plus beaux ornemens du recueil , m'apporta hier une ode francoise, qui n'est pas méprisable, sur le mal et la guérison du Roy, qu'il imprimera au premier jour. Un fort habile médecin , nommé M. Petit1', et qui n'est pas moins habile poète latin, fit, il y a deux

de Leurs Majestés qui a passé par nostre estaraioe,

en i663, a ne ode (de sSo vers) pour Louis XIV.

'L'abbé Charles Colin, né en f6oa, conseiller et aumônier du roi. Membre de l'a çaiee en 1660. Mort en janvier 168a.

• L'abbé Cotin figure sur ta liste <* eo i664. 166S et 1 666, pour une i ,»oo livres.

' On lit dans les Mémviru de Permit : «Le troisième jour de février 1Ô63, nous nous rendîmes, M. Chapelain et moi, suivant l'ordre qui nous en avoit été donné, diex M. Colbort. On non» mena dans une chambre où nous trouvé ai. -s M. l'abbé de Bouneis et M. l'abbé de Cassates . qui avoieot été aassi mandés. M. Colbert étant venu nous trouver, commença par demander le secret sur ce qu'il nous alloit dire; ensuite il noos déclara pourquoi il nous avoit fait venir: que c'était pour se faire, ainsi que je viens de le marinier, une espère do petit ruuseil qu'il put consulter sur toutes le* eboeea qui regardent les bâtiments et où il pot entrer de l'esprit et de l'érudition; qu'il souhaitoit que nous nous a&scmbl.iviiuin chez lui deux fois la semaine, le mardi et le vendredi.

■Quand il n'y avoit pas d'ouvrage de com-> mande, l'académie travailloit a ravoir et à corriger les ouvrages, mit de prose, soit de vers, qui se composomnt k la louange du Roi, pour les mettre en état d'être imprimés a l'imprimerie du Louvre, v

'• Pierre Petit , docteur en médecine de la faculté de Montpellier, excellait dans la poésie latine. Mort le i3 décembre 1687. à l'âge de soixante ri mise ans.

* Charles du Perrier , gentilhomme, provençal, l'un des sept pontes latins qm composaient la pléiade parisienne du xvu" siècle. Mort à Paris le - 169s. — Neveu de du Perrier à qui

de la mort de sa fille.

' Henri de Valois, né en i6o3. Le eardmnl M marin lui donna en 16&8 nne pension de »,5oo livres, et en 1660 il fut nommé historiographe du roi. Mort en 1676.

Son frère, Adrien de Valois, fut aussi historiographe du roi. «Ayant reçu, dit Moréri, en 16Ô& une gratification dé Louis XIV, il en témoigna sa recotmoissanee pur un disrours où il loue ce prince en termes fort magnifique* d'avoir nonseulement rendu par sa clémence la paix à l'Europe , mais encore d'avoir rétabli par sa libéralité lea aciencea et les beaux-arts.» (Dict. aiifonqu», X, ftiQ.) Mort le so juillet i 699 , à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.

* François de La Motbe Le Vaycr, né en i5«8. Précepteur du dnc d'Anjou, depuis duc d'Orléans, frère do Louis XIV. Membre de l'académie française en i63g. Mort en 1679.

'Clsnde Boyer. né à Albi, membre de l'académie française en 1666. Mort le a a juillet 1698. à l'âge de quaUv-vingto ans.

* Esprit Fléchier, né en i63a. Membre de l'académie française en 1673. Évoque de Lavaur en 1 686, de N Unes en 1687. Mort le iC février 1710.

* Michel Le Clerc, avocat an parlement de Paria. Membre de l'académie française en 1669. Mort le 8 décembre 1691. Le Clerc fit, en effet.

APPENDICE

«t par mon induction a fait un aulre poème latin qu'il retouche pour me le remettre avec le premier outre les mains; et ce sera de quoy grossir et enrichir oostre amas. Sa fortune n'est pas bonne, et il est de ceui que l'on obligerait facilement a travailler beaucoup, si l'on les y excitoit par les libéralités du prince, et le bien qu'on luy ferait excilcroit les autres de celle sorte à essayer par leur» travaux de s'en attirer.

Je ne fais, Monsieur, que vous indiquer ceux que je crois dignes de celte faveur, suivant l'ordre que vous m'en avet donné, afin d'avoir plusieurs trompettes des vertus du Roy, et ne sollicite pour personne.

Il y a à Caen un honneste homme , nommé Huel1, très-bon poêle latin et très-bon orateur, plus savant qu'aucun de son âge, que l'on engagerait facilement à faire de fort belles choses, si on l'agrégeoità ce nombre d'élus, comme il en est jugé fort digne par ses œuvres. M. Heinsius, que j'avois consulté sur les habiles Allemands cl Hollandois de sa ronnoissance, m'a confirmé par tes dernières que ce M. Oonringius , dont vous nous ordonnastes de nous enquérir, est un très-habile homme et m'a ajouté à celuy-là M. Gronovius*, que j'avois noté dans ma liste d'estrangers, comme un professeur de lettres humaines, et un M. fleiiiesius*, qu'il estime extrêmement.

1 Pierre-Daniel Huct, né à Caen en iG3o. Sous-préeepleur du Dntipbin en 1670. Ver» 1676, il prit l'habit ecclésiastique, et reçut eu trois jours tous les ordres. Abbé tl'Aulnai, près do Caen. en 1 C78 , il Tut nomme évéque d'Avrancbes en 1 689 ; mais, dix ans après, il se démit de son éveebé pour avoir plot de temps à donner à l'étude. Mort le 96 janvier 17m.

• Jean- Frédéric Gronovius, né à Hambourg en 16 11, jurisconsulte et historiographe. Mort en 1679. — Voir le a" S de la lettre 16.

En i656, Fouquet avait offert à Gronovius une chaîne d'or de 800 florins, et lai avait écrit pour le remercier de l'envoi d'un de ses ouvrages.

Depuis 1660, Gronovius était pensionné par l^uis XIV. Voici en quels termes Chapelain lui avait annoncé eetle faveur, dans une lettre du 3o mars de la même année :

«L'estime qne j'ay eue de vous, dès le temps quo feu M. de Balzac * me fit scavoir le bonheur qu'il avoit eu de recevoir des marques de la vostre , m'a toujours fait souhaiter de vous pouvoir tesmoigner par d'utiles effets en quelle considération j'avois vostre mérite dans les lettres. l,os offices de M. Heinsins . peur me prier de vous faire comprendre dans le nombre de ceux que le Itoy honoroil de ses grâces, et surtout les riches productions de vostre esprit , dont le monde est plein et qui vous ont fait une réputation si belle, ne m'ont pus moins sollicité de veiller anx occasions de vous faire rendre la roestne justice qu'à plusieurs autres excellens hommes de toutes sortes de nations et de scavoir. Enfin , ayant trouvé jour à faire réussir mon dessuin, j'ay esté assez heureux pour donner connoissance au Roy, par M. Colbert, surintendant des finances et son ministre le plus confident, combien vous cstiei digne de participer à ses libéralités, et mon soin a eu le sucrés que j'avois tant souhaité.

* Jeta- l.oim Gucx, seigneur Je Baisse, oc en 1697. ».ooo livre» «le pou. mu. Mort It 18 février i65!v

* Vous en trouverez l'effet dans la lettre de change cy-joinlc, que M. Colbert, qui vous Ta procurée, a bien voulu accompagner d'un mot de sa main , alin que vous sçnssicx par luy-mesme quels motifs a eus le prince pour vous faire cette gratification , et que vous luy donnassiez , en continuant vos travaux, la satisfaction que sa magnanimité en a prétendue.

« Je me suis. Monsieur, rendu garant envers ce grand ministre du ressentiment que vous auriez de cette insigne faveur, et l'ay assuré qne vous ne répondriez pas seulement à rc que Sa Majesté attend de vos veilles, mais que vous chercheriez les moyens de reconneistre sa munificence en mettant dans leur plus beau jour toutes les autres vertus héroïques dont sa glorieuse vie reluit , sans vous laisser surpasser en cela par aucun de ceux à qui elle a fait part de ses largesses et qui, par leurs offrande*, s'en acquittent ai èloquemmcnt à l'envy...»

Chapelain terminait sa lettre en invitant Gronovius à lui adresser deux lettres de remercfmcnt , Tune pour le Roi , l'autre pour Colbert . et à envoyer à ce dernier, pour sn bibliothèque, nnc collection de, ses ouvrages. Il ajoutait :

» Je vous informe de tout ce détail avec exactitude, afin qu'il paroisse , par te que vous ferez, que de vostre part vous n'avez rien oublié pour votiss montrer reeonnoissant...* ( M s lier, Lettres et piètf* rnrtt oh inédite*. Pau, 18 46. 1 vol. in-8\)

' Thomas Reinesius. médecin, né à Gotha (Allemagne) en 1687. Conseiller de l'électeur dt» Saxe. (Voir le 3" S de la lettre iC.) Mortlc 17 janvier 1667. — En 1666. il dédia a Colbert son ouvrage intitulé : Prtronii Arbitri fragmentum, nim tpicriù *t tchttlii*. — Voir lettre hh pour certains détails relatifs a la dernière 1 sion , qui fut payée à ses héritiers.

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LETTRES DE CHAPELAIN A COLHKRT

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De« Italiens, il m'exalte fort ua Ferrari ', professeur de Padoue, et un ChimenleiliV prof.'-seijr de Pise, comme les deux lumières latines de delà les monls. Voilà de quoy répandre les grâces du Roy. aussj bien dans l'Eslat de Florence et de Venise que vous les avex deaji répandues dans celuv de Rome et de Modène. A mesure que j'en découvriray d'autres, je vous en rendray compte et auray toujours le plus grand plaisir du nwnde ù contribuer en cela et en toute autre chose à vos génèrent desseins pour le service et pour la gloire de Sa Majesté.

Parts, 1 4 juin i063.

Dans le doute d'avoir l'honneur de vous voir aujourd'huy cbes vous, j'employe eocore l'écriture pour accompagner le remerciement que vous fait M. d'Ablancourt de la grâce que vous luy avei procurée. Il me mande, sur ce que je l'avois exhorté à lesmoigoer sa gratitude au Roy par un ouvrage, qu'il en a un tout prest, qui pourra plaire à Sa Majesté, qui est un recueil considérable des Apophthegines des anciens de son choix et de sa traduction , au-devant duquel il mettra une épistre dédicaloire où il essayera de satisfaire à son obligation pour les justes louanges qui luy sont dues, et je me promets de son génie que le tout vous contentera. Vous trouvera aussy . Monsieur, avec cette lettre, un sonnet de M. Boyer qu'il vous adresse et où il vous fait voir sa reconnoissance d'une manière asses noble. Mais pour ne rien publier sans vostre consentement des louanges qui vous regardent, quelque méritées qu'elles soyent de vous, je l'ay obligé de n'en donner aucune copie a personne que vous ne le luy aves permis.

M. Conrart > vous aurait montré la grandeur de son ressentiment si la goutte qui luy lie aussy bien les maios que les pieds luy laissoit la liberté d'exécuter ses bonnes intentions et de vous remercier luy-mesine de vos grâces. MM. de Valois m'ont apporté une élégie et un poème assex long et beau sur la maladie et la convalesceocc du Roy que je porteray â rassemblée pour estre vus avec le beau et long poème de ce M. Petit, médecin, dont je vous ay parlé par mes précédentes et qui a peu de compagnons en la poésie latine parmy nous. Sa matière est une exhorlatiou à célébrer le Hoy, mestée do si excellent éloges que je n'ay point moins de joye de l'avoir engagé à ce travail qu'aucun des autres que j'en ay sollicités et qui y ont réiissy.

J'ay encore une élégie latioe d'un conseiller de Toulouse sur la maladie et la guérison du Roy, qui est fort bonne et qui fera nostre amas. Outre le sonnet de M. Boyer pour vous, il y en a deux autres du mesme pour le Roy, qui seront sous cette enveloppe*.

Parts, »3 join |6C3.

Je me sers encore de la liberté que vous m'avex donnée de vous dire par écrit ce que la multitude de vos grandes affaires mempesche d'ordinaire de vous pouvoir dire do lionclie touchant le noble dessein auquel, par vostre bonté, il vous a plu que j'eusse part et qui occujic maintenant toutes mes pensées pour seconder vos généreuses intention» et contribuer en ce qui dépend de mes soins au service de Sa Majesté. Premièrement donc. Monsieur, suivant vos ordres pour découvrir dans les pays estrangers des gens de lettres déminent mérite , afin d'en faire des objets de la libéralité du Roy, les diligence* que j'ay faites m'ont informé de deux Florentins, outre M. Chimen* telli, professeur d'humanités à Pisc, qui l'emportent sur tous les Italiens pour la connoissance des

1 Octave Ferrari, né à Milan en iRoq. En i6ïa, il fat appelé parla république de Venise pour enseigner l'éloquence , la politique et le frrec dans l'université de Padoue. Mort le 7 mars «684. (Voir le 4~Sd« la lettre 16.)

* Valére Cbimenlelli , «avant helléniste et antiquaire italien. Professeur d'éloquence et de huign? i;n-r>|ii<- » r'IoretHC. en iG4o. pin- l'rw

4 Vatentin Conrart, né à Pari» en i6o3 . con seillcr et sécréta ir* du roi. L'on «le. premiers membres de l'académie français». Mort \v il septembre 167&.

* Celle Mire est en original a U Bibliothèque Impériale. M». Bobine, tH/pinr* de» Avwnim , vol.

m;,, r„j vt

APPENDICE

mathématiques. L'un s'appelle M. Yivinni 1 , disciple fnvory de (îaiilée, qui publia il y a quelques année* le supplément d'Apollonius rVrgaùs1 dont les derniers livres estaient perdus, et qu'il suppléa de sa propre invention avec tant d'estime que, ces derniers livres ayant depuis esté recouvres, il ne s'est presque point trouvé de différence entre l'orignal et le supplément. L'antre s'appelle Borelli professeur de mathématiques a Pise, d'un très-rare sçavoir et qui présentement fait une nouvelle édition du incsme Apollonius Pergaus entier avec la traduction qu'il en a faite et que tous les habites en cette science attendent comme un trésor impatiemment. Vous aviserez, Monsieur, si vous ajouterez ces deux excellen» hommes à la liste des autres estrangers. comme je pense qu'il scroit nsset à propos , à cause que Florence est i' Estai de toute l'Italie où les lettres, aussy bien que la langue, fleurissent avec plus d'éclat, de inesrne que la Hollande du costé du nord; et qu'ayant choisy trois ou quatre Hollandois pour les gratifier dans la vue de faire plus de bruit à la gloire du Roy en ces pays septentrionaux, s'il y a un lieu de delà les monts où l'on puisse attewirv h mesme effet pour les provinces méridionales, c'est Florence et Pise préférablement à tous la

Quant à nos François, ceux que j'ay engagés au travail, par vos ordres, s'en sont acquitté) heureusement pour les éloges en prose et en vers, en l'une et l'autre langue. Des gratifiés, j'ay en main Pode Françoise de M. Le Clerc et la latine de M. du Porrier. J'auray dans peu de temps le grand poème latin de huit cents vers de M. Flécliier. De ceux qui n'ont pas esté gratifiés, j'ay l'éloquent -discours de M. l'abbé Cotin, que la Compagnie a examiné et mis en estât de faire honneur au recueil. J'ay un poème latin de plus de deux cents vers de M. Petit, ce savant médecin dont je vous parlois dans ma dernière, très-beau et tout remply des louanges de Sa Majesté. J'en ay encore un autre plus long du mesme, non moins beau, sur la paix et le mariage. Autant que je suis capable de juger du mérite des personnes de ce genre-là , ces deux-cy ne cèdent à aucun , et j'estime que si vous leur faites l'honneur de les considérer, vous leur feret justice et vous conserverex deux des principaux instriimens de la gloire du Roy et qui s'employeront avec plus d'ardenr et de succès à célébrer ses louanges. Cela pourra mesme exciter d'autres plumes A travailler, dans l'espérance d'obtenir les mesmes faveurs. J'auray dans peu de jours une ode françoise d'un jeune homme appelé Racine \ qu'il m'a apportée et qu'il repolit sur mes avis. La matière en est la guéridon de Sa Majesté. Vous trouverez, Monsieur, avec cette lettre, le sonnet que je vous lus vendredi sur le mesme sujet et que j'ay mis au point où il doit demeurer. Je souhaite qu'il continue à vous plaire; j'y ay joint un madrigal de M. l'abbé Cotin qu'il fit sur-le-champ à la première nouvelle d'une guérison aussy désirée. Vous vistes par ces veis que vous pristes la peine de lire ce que l'on peut attendre d'une plume aussy forte et aussy polie que la sienne.

' Vincent Viviani, né le 5 avril iGia. Il restitua le cinquième livre des Conique* d'Apollonius , au moment où Borelli, à l'aide d'un manuscrit arabe, en retrouvait le texte, et l'on prétendit que la cumpo«ilion de Viviani était supérieure à l'origiual (voir In dernières lignes de la lettre 1 3). Mort le a» septembre 170S.

' Apollonius de Perge, en PampLilie, surnomme le grand géomètre, vivait l'an 9A6 avant Jésus-Christ. Son traité le plus célèbre e*t celui des Contenu.

1 Jean-Alphonse Borelli. né n Naples en 1608. excellait dans les mathématique* et la philosophie. Mort à Rome, le 3i décembre 1679.

* Jean Racine, né à ta Ferlé-Milon le si décembre 1639. Mort lo ai avril 1699.

On lit dans Moréri . au sujet de l'ode dont il est ici question : *. En 16O0. ton» nos poêle» voulu-

rent célébrer le mariage de Louis XIV. M. Ratio? lit une ode in (il ulée : La Renommée aux Mtaa. Ce. coup d'euai fut suivi d'une outre pins régulière a laquelle il donna pour^ilrc: ftympkt de la Seine i la reine. Celle-ci eut un grand raccètt, cl Chapelain, à qui le jeune Rariuc I avait lue, en fit ai bien valoir le mérite à M. Colberl. que ce ministre envoya d'abord 100 lonis à Tableur de la part du Roi , et peu après il le mit *nr l'étal pour une pension de 600 livres, qu'on lui a conservée jusqu'à sa mort.» ( Dietnmmnn kiêtorique, IX, th.) — Moréri ignorait que la gratification de Racine fut portée, en 1679. a 9,000 livres. Postérieurement à celte date, 1rs gratifications aux hommes de lettres et savants furent supprimées. Quant à Racine et à Boulon u . ils eurent alors une pension à titre d*bi*toriographes.

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT

.Pari», 8 janvier 166 V

C'est pour accompagner le livre que le lieur Bariier avoit eu intention de vous dédier, et que vostre modération n'a pas souffert qui porlast voslre nom à sa leste. Vous verrez qu'il m'en a cru lorsque je l'ay dissuadé de l'y mettre et que, n'estimant que vous digne dé son offrande, il ne s'est pu résoudre à présenter a personne ce qu'il ne destinoil qu'à vous. Il a estimé, Monsieur, vous devoir ce respect, et, puisqu'il ne luy estoit pas permis davantage, il a borné son ambition à en pouvoir mettre un exemplaire dans voslre bibliothèque, où il vous supplie de consentir qu'il ayt place en qualité de juste tribut et d'un hommage qu'il pense eetre obligé de vous rendre comme bon François, selon sa petite puissance, sans la moindre vue d'aucun inléresL Ce sont ses propres paroles, qui m'ont semblé dignes de vous estre rapportées pour récompense de son tèle el pour vous donner l'innocent plaisir que vous doit causer ce tesmoignage de ce que fait vostre vertu dans l'esprit des personnes raisonnables et désintéressées.

Au reste. Monsieur, on m'a mandé de Florence qu'on y avoil sçu la grande violence que s'esloit faite Lan Alla h us, quand l'humeur du Pape 1 luy avoit fait refuser la gratification royale que vous luy aviet procurée *. On y ajoute que cela avoit fait un grand bruit à Rome, au grand honneur du Roy et au vostre , et que le grand-duc 1 n'auroit eu garde d'cmpesclier ses sujets de profiler d'une pareille faveur, si le Roy en avoit regardé aussy favorablement quelqu'un, connoissant que cela tournerait i la gloire de 6a nation et à la sienne propre.

Je juge de là le ressentiment qu'aura toute cette cour francoise, lorsque vous la surprendre* par ce que vous nous avex dit de vouloir faire pour ce signor Viviani , si considéré de ce prince à cause de son éminent sçavoir et l'un des principaux ornemens de l'académie délia Cnisca , la plus célèbre de toute l'Italie et bi plus remplie de grands sujets.

J'ay cru de mon obligation de ne vous laisser pas ignorer celte nouvelle qui ne peut que plaire à un cœur comme le voslre, qui donne à pleines voiles » tout ce qui peut glorifier Sa Majesté. «

P.ris.iBman. t66«.

Qoelque soin que je donne à nos assemblées chet vous', par le désir que j'ay de répondre à ce que vous attendes de nous, et de vous plaire en y satisfaisant, je n'en ay pas un moindre de ne vous détourner point de vos importantes affaires par une cour que vous ne souhaites point, et de ne vous point parler ni écrire que quand il y a quelque chose qui peut regarder l'honneur du Roy et voslre contentement. Je le fais, Monsjçur.aujounrituy que la disposition où j'entretiens toujours mes savans amis d'appliquer leur pensée et leur plume à la gloire de Sa Majesté a produit de nouveaux vers latins el français que vous ne trouverez pas, à mon avis, indignes d'elle, pour entrer dans le recueil que nous continuons à former. Les latins sont de M. Heinsius, sur la munificence royale, sur Marsal * et sur la guerre du Turc * ; les françois de M. Colin , sur la paix du pape et du Roy \

Vousjugeret souverainement de tout, el si ces ouvrages valent d'eslre exposés aux yeux du Roy, pour qui ils sont faits : leurs auteurs s'en remettent à vos lumières et à vostre décision et se contentent que, dans leurs travaux, vous reconnoissiex leur sèle pour le service de Sa Majesté et leur gratitude pour les faveurs qu'ils en onl reçues.

1 Alexandre VII.

' Voir lettre s 9.

1 Ferdinand II de Médicis, duc de Florence.

* Voir page 691, note 9.

' Le doc d« Lorraine avait cédé cette place à Louis XIV parle traité de Noméni , ligné le 1" septembre i663. (Voir II . Ri**»., pièce 7, note «.)

' Le due de Beaubrl avait débit, le to septembre précédent, les piretr-s algériens.

' Le traité de Pise, du 19 février précédent, avait donné à la France satisfaction de ruflense faite, en 166s. par la garde rorseà M deCréqiii, nmtkRsiadenr à Rome.

AI'PENDH'.K.

Paris, 10 juin «661.

J'ay reçu avec respect l.i réponse 1 qu'il vous u plu de faire » ma lettre touchant l'employ <W l'allégorie dans les tableaux et les tapisseries que voua avez ordonné de faire pour l'histoire du Itov *, et j'ay tenu à très-grand honneur que Sa Majesté ni vous ne Payes pas désapprouvée, Ce* Messieurs qui s'assemblent chez vous ont en communication de mes senlimens sur ce sujet et du commandement que Sa Majesté et vous non» faites de travailler avec adresse pour porter M. Le Hrun à en convenir avec nous et à ne gouster pas moins nos raisons qu'elle et vous les a«ei ;;oustées.

C'est à quoy. Monsieur, nous ne perdrons pas à un moment, et nous voulons espérer que ce rare peintre, estant aussy judicieux qu'il est, ne s'en éloignera pas; surtout s'il nous csioit permis de luy insinuer qu'en s'y accommodant il ne ferait pas chose désagréable à Sa Majesté, ni à quoy vous trourassiei rien à redire. Eu attendant la-dessus vos ordres, nous n'agirons que de nousmesmes et nous n'oublierons rien de noslre coslé pour essayer de faire réussir vos sages intentions.

Je ne vous diray point, au reste, Monsieur, combien grand est le ressentiment que j'ay du nouveau bienfait' que vous m'avez procure auprès de Sa Majesté, avec tant de noblesse d'à me et de vostre seul mouvement. Car c'est uni' grâce à laquelle toutes les paroles sont inférieures et qui ne se peut bien payer que par de solides effets. J'en clierclieray soigneusement toutes les occasions, et je ne sera y jamais bien satisfait de moy-mesme qui- quand je vous auray bien prouvé ma gratitude

Pari., iÔ juillet iC64.

Pour ne vous pas (aire perdre de bons momens a la lecture d'un billet qui ne scroil pas tout à fait nécessaire, je vous eusse envoyé celuy que vous écrit M. d'Ablancourt sur la nouvelle faveur que vous luy avez procurée , sans l'accompagner d'un des miens. Mais ayant à vous informer de l'avis que M. de Lionne m'a fait donner que le Roy avoit jeté les yeux sur M. l'abbé de Bourse», sur nioy el sur un tiers que Sa Majesté n'avoil pas encore nommé , pour la révision de l'ouvrage d'un certain seigneur Camillo Lilli, dont le sujet est l'origine des rois de France, beaucoup plu» ancienne qu'aucun de nos historiens ne l'a faite, il m'a semblé que je pou vois, sans vous fort détourner, servir par mesme moyen de guide « la lettre que mon amy m'a adressée pour vous tesmoigner ma reconnousance.

Non s attendrons, Monsieur, de voua seul la cooGrmation de cet ordre de Sa Majesté pour l'exécuter avec respect et fidélité, pleins de désir que ce travail se rencontre digne de sa matière et qu'il puisse contribuer avec les vos 1res a la gloire du Roy el A vostre contentement.

J'ay de plus. Monsieur, à vous avertir que M. Vossius, l'un de ces illustres estrangers auxquels vous avez fait expédier des lettres de change pour 1a continuation des grâces de Sa Majesté, se trouve présentement â Paris, afin que, si vous jugiez à propos de les luy faire toucher dès icy , il les pust recevoir plus loat et n'eust pas besoin de les faire revenir de Hollande, avec perte de finance et de temps

Pari*, ao octobre i66â.

Vous auriez en plus tosl dana vostre bibliothèque le volume que j'y envoyé présentement, si je

' Quel dommage que les lettres de Colbert à Chapelain et aux savants et artistes de son temps aient été perdues ou dispersées! Que sont devenus

'Voir lettre i.

* Il s'agit sans doute ici de la tyraUficatioi. annuelle que recevait Chapelain. Voir aussi le i" S de la lettre i g , le dernier S de la lettre el k »-'Sde la lettre 66.

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT

u'avois espéré de jour en jour d'avoir a sue* de relasehe au mal qui m'a si rudement exercé depuis quiusc jours pour l'aller remettre a M. Bompart', aliu qu'il priât le temps de roua le Taire voir, lorsque vous vous iriez délasser parmy vos livres. Mais la faiblesse où mou agitation m'a laissé ne tue permettant pas encore de l'y porter, je n'ay pas cru devoir différer davantage cet office, et vous n'iret point. Monsieur, où vous les ave* logés que vous n'ayez la satisfaction de le voir.

C'est l'Alcorau arabe * le plus sain et le mieux conservé qu'il y ayt dans l'Europe. H appartint au grand Soliman, des mains duquel il passa dans celles de Ferdinand I", et ensuite Tut possédé par Maximilien II et ses successeurs jusqu'à Ferdinand 111 , sur lequel Kœnigsmarrk en prenant Prague, le prit avec la bibliothèque royale qu'il fit porter à Stockholm comme une offrande agréable à la rcyiie de Suède, laquelle l'a longtemps cliéry, jusqu'à ce qu'en laissant la couronne elle perdit la passion des lettres, et ne pouvant pas satisfaire M. Vossius des avances qu'il avoil faites pour elle, elle Je luy donna, joint à plusieurs autres, en payement.

Comme je l'ay vu , Monsieur, dans le dessein de vous faire ce petit sacrifice pour reconnoissanec des grâces insignes dont vous l'ave* comblé , je n'ay pas cru l'en devoir détourner, et je luy ay fait mesme espérer que vous aunes agréable que cette pièce, rare en son genre, 6sl l'un des ortiemens de vostre cabinet II vous supplie donc très-humblement de luy faire la nouvelle faveur de souffrir qu'il y prenne place, et que le présent vous rassequelquefoissouvenirdu présentateur.

l'aris, 1 8 janvier i66û.

Vous trouverez avec celle lettre quatre nouvelles feuilles de celle traduction allemande dont vous «mi avez desjà vu deux, et, par cette suite, vous aurez la satisfaction de voir la beauté de voslre entreprise du commerce4 publiée avant peu dans toutes les provinces du :Nord et célébrée auprès de tous ces peuples par des éloges d'un style qui ne contribuera pas peu à vostre fdoirc attssy bien qu'à l'avancement de vostre dessein, à propos duquel, et pour son utilité mesme, trouvez bon, Monsiimr, que je me donne l'honneur de vous informer d'une affaire qui n'y a pas une petite relation.

Feu M. d'Ablancourt, après l'édition du ses Apophthegincs, sollicité de traduire la description géographique cl historique de l'Afrique, composée par Marmol1, me demanda avis s'il le devoit entreprendre. Dans la vue que j'eus dès lors que ce travail pourrait servir à vus intentions pour le commerce, je le luy conseilla y, et, sur te doute qu'il avoit d'y réussir à cause qu'il ne possédoil pas si bien la langue espagnole que les anciennes, je l'y résolus eu m'engageant à luy aplanir les mauvais pas qu'il y rencontrerait et â revoir l'ouvrage quand il l'aurait lin y.

Durant tout le travail, il m'a communiqué tout ce qiù l'y arrestoit, et il s'y est réglé sur les explications que je luy ay fournil-». Il es toit mesme sur sa révision , quand il fut attaqué «lu mal qui non» l'a fait perdre, ce qui le lit |ienser a disposer de son bien par un testament dans lequel , entre aulres, il chargea un avocat nommé Rirhclet * du soin de l'impression, sous la conduite de M. Conrarl et sous la mienne; et je ne doute point qu'il n'y eust ajouté sou» a-Ile de M. Palm 7. ancien avocat et sou ancien amy, s'il u'eust sçu qu'il n avoit pas connoissanec de la langue de cet auteur.

Pour l'exécution de sa volonté, il ordonna plu» d'une fois au neveu qu'il avoit auprès de luy , <*( la dernière en mourant, de remettre au plus lost sa traduction entre les mains de M. Gonrarl,

1 Bompart était depuis le 3 juin 1 66 1 mi stt- »i«'«; île Oolhrrt, i|ui, sur la reroinuiand.ition «le «un frère, levàpjo de l.tiron, lui avait «tonné la r|rf do ta bihliol'itqoc, et l'avait rhorpû des nrbaU «le livres et (lu ral.ilofMie

* Voir le i~- S de la lettre 3 j

1 Jean-Cliristopli.- Ku-uigMiiai-rL . j;.-i,èi.d sue «loi*, prit Prague eu ifiW. Mort !«• io féniei

' Voir lettres i9 «•!

' Ixiiii» Marmot, auteur espagnol , vivait dans le xvi' siècle, vers l'année i58o.

* Pierre Ricliclet , né dans lediooW de Uuiloussnr- Marne. Mort le *<j novembre 1698, a l'àg.île fxii\;uile-sepi ail»

' Olnier Pat ru, avocat an pitrletiienl . meniliie dr r.uadémii- en idho. Mort le iG jamiei il»K| à l'âge de soixante et dix-»<*pl an<

APPENDICE

comme «le son très-intime amy et de celuy qui aurait plus de loisir pour vaquer à la publies Luc de l'ouvrage. Depuis, soudant que M. Frémont1, son autre neveu, qui sert eu Portugal , pourroii eslrc plus propre que M. Richelet pour cette édition, il nous prie, M. Gonrart et moy, par ost espèce de codicille signé et daté de sa main , de luy en commettre la charge, s'il estoit de retour avant qoe l'impression en fust commencée, supposant toujours que la copie en seroit remise s M. Gonrart.

M. <T Ablancourt estant mort dans celle volonté, une intrigue domestique pour en empeselicr l'etret a fait intervenir M. Machault\ intendant de la province, sous couleur de service du rov, lequel s'est saisy de l'ouvrage pour vous l'envoyer par un M. Morel1, secrétaire du roy, qui dit vous l'avoir présenté et l'avoir vu à quelques jours de là sur la table de vostre cabinet , encore earliele.

M. le duc de Montausier vous a entretenu de cette affaire, de laquelle il mo vint jwrler avanthier, me pressant de vous éclaircir de ce détail, afin qu'il vous plust nous donner cet ouvrage pour en hasler la publication et pour en diriger l'impression. C'est, Monsieur, ce que je fais par relie lettre qui m'a semblé plus propre à vous informer de la chose qu'un entretien de vive voix, au milieu de la foide des affaires tout autrement importantes qui vous occupeuL

Quant à l'intérest que peut avoir M. Richelet à cette édition, encore que nous noua croyions obligés d'en prendre soin pour satisfaire à l'amitié que nous avons eue pour luy et que nous continuons à sa mémoire, nous ne prétendons point que M. Richelet y souffre aucune perle, et nous consentons que le présent que j'uvois mesnagé pour le défunt, auprès des libraires, demeure entier à celuy-cy suivant le testament, nous contentant d'exécuter l'intention du testateur et de tenir la main à ce que l'édition de l'ouvrage en soit plus parfaite. Or, comme pour La commencer les libraires n'attendent que le manuscrit', uous espérons que sur cet exposé de Testât de l'affaire vous nous ferex la grâce de nous le faire promptement mettre entre les mains, dans l'assurance que nous sommes incapables de vous rien dire eu, cela que de vray, et dans le pouvoir où nous sommes, si vous l'ordonne», de le justifier par les pièces.

Pardonnez, Monsieur, à la longueur de cette narration, que j'ay abrégée le plus qu'il m'a esté possible pour n'abuser pas de vostre temps si précieux, et faites-nous, s'il vous plaist, la faveur de nous faire avertir de la résolution que vous aurez prise là-dessus et des ordres que vous aurez donnés, pour nous y conformer et soumettre; nous vous en serons tous deux sensiblement obligés, et moy en particulier.

Paris. 18 février i665.

Je ne vous répéteray point icy ce que je me donoay l'honneur, il y a quinze jours, de vous écrire sur le choix que Sa Majesté veut faire d'une personne qui la serve pour l'éducation de Mr le

1 Frémont d' Ablancourt, envoyé de France à la cour de Portugal en 1 663, et résident à Strasbourg en i6-5. En 1 685 , à la suite de la révocation de l'édil de Nantes, il se retira en Hollande , où lo prince d'Orange te nomma son bibliographe. Mort en i693. (Voir le a« S de la lettre ta.)

' Intendant à Amiens.

* Daniel Morel, secrétaire du roi, maison, couronne de France et di s finances de Sa Majesté, lut nommé , le 98 décembre 1678, maître de la Chambre aux deniers. — C'est à lui qu'est adressée la lettre que nous avous publiée dans le tome II, Financée , pièce n* 171.

' L'ouvrage dont il c»t question dans cette lettre , et dans la pièce XIII de V Appendice , fat imprimé non» ce litre : L'Afrique de Marmol.de la tradnetxoa de toadaê Perrot , wuhi d'Ablmcourl, divisée en

trois volume» et enrichie de cartes géographique* de Sanson , géogriphe ordinaire do roi ; avec l'bistoire des ebérif», traduite de l'espagnol de Oiégu Torres , par le due d'Angotdéme le père ( Charles de Valois), revue et retouchée par P. R. A. (Pierre llicbelet , avocat) à Paris , 1 667 , in-4*. — On lit en outre dans Moréri: «La préface de Maraol est de la traduction de Richelet, qui revit 011e partie de l'ouvrage avec Conrnrt, et toute la traduction sur l'original avec Frémont d' Ablancourt Pour ce qui regarde la géographie, il consulta Sanson; et sur les difficultés de la langue espagnole . il prit les avis de Chapelain, qui se chargea d'éclaireir les plus obscures. Patru revit aussi toute cette traduction avec exactitude.!) ( Dicùoumairt fciciorifaf IX, «8<j)

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT. 59<J

Dauphin, paire que je ne doute point que voua n'ayei reçu te paquet où je m'ai expliquais par vos ordre».

Je voua diray seulement que l'impression du ffivuurs, des articles et de la déclaration pour l'enlaidissement du commerce , de la version allemande de M. Wagenseil ', est achevée ; vous troumes te reste des feuilles avec ce billet et vous reconnoistres, par la diligence qu'il a apportée à faire valoir l'entreprise auprès de ses compatriotes, le télé qu'il a pour son succès, dont il ne peut résulter que beaucoup de gloire pour le Roy dans toute l 'estendue de l'Empire, où la foire de Francfort va répandre ces écrits, et pour vous. Monsieur, qu'une louange immortelle d'avoir rompu la glace et mis ce dessein en estât de s'exécuter heureusement pour l'utilité du royaume.

vous en fait en prose et en vers va persuader tous les estrangers, et sans soupçon de flatterie , de ce que la France vous devra pour une si belle institution. L'avis au lecteur est un éloge de Sa Majesté qui vous satisfera et qui ne fera point assurément de tort a ses admirables qualités, que ses véritables serviteurs prendront plaisir de voir célébrer par des bouches désintéressées et que la seule force de la vérité (ail parler.

Mais ce que vous n'agrée ret guère moins est la lettre allemande qui suit la préface et qui est une éloquente exhortation à la nation germanique d'user de la grâce que le Roy luy vaut bien faire, aussy bien qu'à toutes les autres, de la naturaliser françoise, si elle entre en part d'un si noble projet, et que ce gentilhomme a voulu écrire en sa langue, afin que ceux-là mesxnes qui ignorent la latine en pussent comprendre l'avantage et se porter plus facilement à l'embrasser.

Si tout cela produit l'effet que j'ay prétendu , j'auray une eitréme consolation d'avoir esté le promoteur de ce travail, et de l'avoir fait accomplir assex lest pour donner temps à ces peuples d'en profiter. En quoy je n'ay rien fait que je ne dusse comme fidèle sujet du Roy .

Paris, s6 mars i665.

Vous aurex reçu le reste de la version allemande des pièces qui regardent le commerce et que je medounay l'honneur de vous envoyer les premiers jours de oa résine, au moment qu'il me fut rendu.

Vous auries aussy reçu dès lors les dépesches que vous trouverez dans ce paquet, si les livres dont elles parient fussent venus par le mesme courrier. Leur masse et le besoin qu'on a eu de les garantir desinjurestle la saison a causé ce retardement. Enfin, estant arrivés, voilà que je vous les présente avec les actions de grâces Irès-humhles que leur auteur, le signor Viviani ,rend au Roy de sa munificence, et à vous. Monsieur, de la générosité avec laquelle vous vous estes porté à la luy procurer. Vous prendre! le loisir de les lire, s'il vous plaist, pour voir dans la vostrv l'effet de vos bons offices exprimé de la manière la plus pleine de ressentiment qu'on eust pu souhaiter, et dans celle de Sa Majesté la vénération que cet excellent homme a pour ses vertus royales, aussy bien que l'extrême reconnoissance qu'il a de ses bienfaits.

Il sera de vostre prudence de juger si ce n'a point esté trop entreprendre à luy d'oser remercier lo Roy par luy-meame, et s'il faudra produire ou supprimer la lettre que son tèle luy a dictée, pour ne laisser pas son remerciement imparfait.

Ce que je dois ajouter à cecy , Monsieur, c'est que, de toutes les libéralités de Sa Majesté, voue n'en pouves mieux employer aucune qu'en ce gentilhomme, tant pour la rareté de son mérite et de sa doctrine, qui justifient le choix que vous en avei fait, que pour tout IWlatqu'a tait celte faveur à Florence pour la part que le propre grand-duc et les princes, ses frères, y ont prise, se l'appliquant comme faite à eux-uiesmes, et pour la louange qu'entre tous ses sujets, les gens de lettres particulièrement en ont donnée et donnent encore tous les jours à la magnanimité du Roy et à vostre humeur bienfaisante, en sorte que le nom de Sa Majesté et le vostre y sont en bénédiction.

' Jean-Christophe Wagenseil. ni- à Nuremberg orientales. Professeur d'hébreu st coxumenlateui en i633. Traducteur des Patentes et déclaration! «lu Talmud.Morl te 9 octobre 1705. (Voir le i"Silc pour letabliMeuient du commerce dans les Inde» h Mire 1 » et le dernier de la lotir* 66.)

600 APPENDICE

M. le résident de Florence, par qui j'avois fait tenir la grâce et de qui j'ay appris tout te détail, vous le tesmoignera . Monsieur, plus amplement à la première occasion où il aura à traiter d'autres affaires avec vous. Ce pendant, Monsieur, recevex ces deux volumes en offrande, l'un pour le Roy et l'autre pour vous, et croyez, sur la foy des plus grands mathématiciens de ^Europe, que ces supplémens d'Apollonius Pergaus qu'a faits le signor Viviani sont beaucoup meilleur» que ceux qu'on a traduits de l'arabe , lesquels , pour cela , on doute qu'ils soyent du premier auteur'.

fari». 8 juin |6«S

Vous ne serez pas sans doute Faaché de voir aceomply l'ouvrage que j'avois fait entreprendre à ce gentilhomme allemand, M. Wagenseil, pour répandre par tout le Nord la gloire du Roy H rostre mérite dans l'cstablissoment du commerce des Indes orientales. Je m'eltots bien donae l'honneur de vous en faire voir les feuilles séparées, è mesure qu'elles s'imprimoient a Strasbourg; mais maintenant je vous les porte assemblées en un corps, à la teste dnquel vostre éloge paroist en des termes dignes de vous et qui apprennent à tous les peuples de la langue germanique quelle est l'élévation de vostre âme et le zélé qui voua consume pour le service de nostre grand Roy et poor l'avantage de son Estât. Le soin de celte impression est deu à M. Boeklerus, auquel le bon traducteur de ces diverses pièces les avoit confiées pour les publier, et ce savant professeur m'a tamoigné, en m'en voyant ces quatre exemplaires pour vous, qu'il avoit esté ravy < occasion de servir à la louange d'une personne d'une vertu si extraordinaire et a qui i redevable des grâces singulières qu'il avoit reçues de Sa Majesté. Toute l'Allemagne en est, i cette heure, remplie par la rencontre heureuse de la foire de Francfort, où Ton a débité deux mille volumes, lesquels il est malaysé qui ne produisent pas dans l'esprit de ces eslrangers le désir do participerait profit de cette compagnie, et qui, du moins, leur donneront de l'admiration des rares projets du Roy et une estime singulière pour celuy qui en est l'exécuteur si éclairé, si persévérant et si ferme.

Pour moy, Monsieur, qui n'ay rien de plus gravé dans le cunir que l'obligation d'y contribue! de toute ma puissance et qui veille toujours à tout ce qui peut les avancer, ayant si longtemps souhaité pour le bien do ce projet que les Décade» de Juan de Barros incomparable historien de» expéditions portugaises aux Indes d'Orient , fussent mises en François pour la direction de vostre entreprise , je vois jour à l'accomplissement de mon désir par l'arrivée de M. de Frémont gentilhomme de Champagne, depuis quatre jours, de Lisbonne, où il a passé deux ans dans d'honorables emplois. (I est neveu de feu M. d'Ablancourt , formé de sa main ; et il n'est pas seulement capable de la négociation, mais il a encore du sçavoir, de l'esprit et un style françois qui se peut compter entre les meilleurs. Il possède parfaitement la langue portugaise, et n'est pas ignorant de ta marine.

(Jue si vous trouviez à propos , Monsieur, de le faire succéder à la gratification que feu sou oncle recevoit du Roy par vos bons offices, je suis assuré que je le porterais à se charger de cette version et que, avec le secours qu'il pourrait tirer de mes ronnoissanecs en cette matière, il U ferait aussy belle et aussy utile que son original. Je ne fais que vous proposer ma pensée, sans qu'il eu srachc rien encore. Vous me ferei connoistre là-dessus vostre volonté.

Paris, 8 juin i665.

Le livre que je porte à vostre bibliothèque pour vous estre présenté est de ce fameux astrode Danlziek* auquel vous avez procuré la bienveillance et les gratifications du Roy, et qui

' Voir la note i de ta paire 694. 1 Frémont d'Ablancourt. (Voir la noie 1 de

* Jean de Barros, né ru i4p,6. Mort eu 1070. la paire 598.) - Auteur de» Décade» <TAm, ou'hisloirc do l'Asie • Hevelius. ( Voir la lettre suivante.)

et des Indes.

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBËRT

a cm devoir commencer par vous à en tesmoigner sa gratitude, afin que, par le mesme degré par où elles sont descendues jusqu'à luy , il puisse monter à l'autel qui en a esté la source, c'est-à-dire nfin d'essayer par ce premier hommage à en rendre un second plus grand i Sa Majesté, en mettant à ses pieds avant peu de temps l'Histoire des comètes, que le* monde attend avec impatience, et dont l'ouvrage qu'il vous dédie est le précurseur.

Il m'a eboisy pour le faire passer en vos mains, dans la connoissance qu'il a de mon tèle pour voslrc service, et la créance que, m'ayant fait l'honneur de prendre bonne opinion de luy sur ma parole, vous recevriea plus favorablement son offrande par moy que par tout autre sur qui il aurait pu jeter les yeux. J'ay accepté. Monsieur, la commission sans peine, et luy ay promis de m'en acquitter fidèlement, après luy avoir néanmoins fait sentir que s'il avoit adressé son ouvrage au Roy, le présent vous en aurait esté bien plus agréable. Ce n'est pas que je puisse condamner la recoiinoissance qu'il vous a voulu montrer en cherchant vostre protection et honorant de rostre nom le frontispice de son livre. Son mouvement estoit trop noble et sa dette trop légitime pour n'approuver pas qu'il ayl tenté d'y satisfaire, au moins en partie, et je m'assure que si vos grand»* occupations vous empeschent de luy faire voir par vous-mesme que vous luy en scavet quelque gré, vous ne trouvères pas mauvais que je le fasse pour vous, afin de le maintenir dans la disposition où vous l'aves mis, par vos grâces, d'estre en ces climats éloignés partisan déclaré de la gloire de Sa Majesté et de vostre vertu singulière.

Je ne le fera y pas pourtant. Monsieur, sans vos ordres, qui seront toujours la règle de mes actions. Tons les autres excelles» personnages étrangers avec qui j'ay fait habitude par cette occasion, MM. Heinsius, Vossius, Boekierus, Wagenseil, Viviani, vonld'aussy bon pied pour le ressentiment qu'ils ont des faveurs royales et pour la continuation de leurs travaux dans les lettres, et il n'y a aucuns d'eux qui , dans la publication de leurs ouvrages , manquent de célébrer les grandeurs de Sa Majesté. C'est ce que j'apprends par toutes leurs dépesebes, et vous pouves croire de ce costé-la toute la satisfaction que vous vous esles proposée , lorsque vous avex conçu le dessein de les faire éclater en tous lieux par les plus illustres bouches du monde. Pour moy, je n'ay garde ni de les laisser relascher dans cet exercice ni d'oublier rien pour en exciter d'autres, comme un Gronovius en Hollande, un Reinesius en Saxe, un Carlo Dali 1 à Florence, un Ferrari à Padoue, à s'échauffer du mesme feu et à prendre le mesme sujet de leurs veilles.

Paris, .8 juin i665.

Par ma lettre, qui partira demain pour Dantxick, M. Heveliusseaura que l'adresse qu'il vous a faite du prodrome de son Histoire des comètes vous a esté agréable , encore que vous eussiez bien plus approuvé qu'il l'eust faite au Roy, et j'ay tourné cela de sorte que cet excès de vostre modération no servira qu'à luy faire d'autant plus admirer vostre vertu et qu'à l'exciter d'autant plus à tesmoigner à Sa Majesté par des marques publiques le ressentiment qu'il a de ses bienfaits.

Quant aux qualités de ces quatre hommes de lettres dont vous m'ordonnes de vous informer, M. Gronovius est le professeur d'humanités le plus accrédité dans l'académie de Leydc, duquel on a plusieurs ouvrages très-estimés, entre autres les Diatribes qu'il a données pour l'illustration des Sihm de Slace *, et les notes et commentaires qui ont paru de luy pour l'éclaircissement de ce qu'il y a de plus obscur dans l'histoire de Tite-Live. Sa réputation obligea MM. les Estais, il y a quelques années, à le rechercher pour faire remplir la première chaire de leur fameuse université.

M. Reinesius est de tonte l'Allemagne le lettré le plus universel et dont le sçavoir éclate en plus de sortes de disciplines. Sa profession est la médecine, dans l'exercice de laquelle il a vieillv

' Professeur d'humanités à Florence. En 1 664. il publia une pièce sur les noers de Louis XIV avec Msrie-Théréae, et cinq ans après il fil paraître un panégyrique du Roi. Mort en 1 676. (Voir k 5" $ de ia lettre suivante.)

• C'est en »637 que Gronovius publia une dissertation sur les Siirti de Slace. Deux ans après , il fit paraître trois livre» d'observations, qui contiennent quantité de restitutions et d'explications des

\PPEND1CE.

auprès de» princes qui rengageoieut à l'envy dans leur service, autant pour leur iastrudioa que pour leur santé. Il est présentement à celuy de l'électeur de Saxe, et Ton verra dans peu de temps un travail , le plus curieux du monde, dès médailles, inscriptions et autres choses de ce genre découvertes et recueillies par luy sous le titre do : Sova reperta antufuarum intcrrpbenuut '. qui ne itérant pas moins nombreuses que celles de Gruterus*, ni moins utilta pour dissiper les ténèbres de l'antiquité grecque et romaine. J'en ay vu la préface, qui m'a laissé, une avantageuse impression de luy. J'ay vu aussy dans vostre bibliolhèquo un gros volume de ses Épistr», trèsdoctes, qui n'a fait qu'accroislre la créance que j'avws de sa profonde érudition.

M. Ferrari est un professeur d'éloquence dans l'université de Padoue et qui an fait le principal honneur. Il y a environ quinze ans que le bruit de son nom le fit régaler d'une gratification insigne, et solliciter de passer en Suède, comme M. Saumaise \ par la reyne qui esloit alors sur letrosne; mais la république de Venise, qui ne le vouloit pas perdre, ne le luy ayant pas voulu accorder, il reconnut ses faveurs par un panégyrique très-beau que M. Heinsius, son amy, me communiqua à son retour d'Italie.

Pour le signor Carlo Dali . c'est un gentilhomme florentin , la fleur de l'académie délia Crusca , de laquelle il a esté longtemps le secrétaire avec une très-grande approbation, et n'a cessé de l'estre que parce que M. le grand-duc, ne connoissanl personne dans son Estât qui pust si bien souieoir la charge de premier humaniste 4 Florence pour l'instruction de la jeune noblesse, l'a tiré de cet autre poste pour le mettre en celuy-cy, où il réussit admirablement. On a de luy plusieurs ouvrages de prose et de vers en italien, d'un mérite 'particulier, entre autres une longue sylve sur le mariage de Sa Majesté et sur la paix *, qu'il adressa à feu Son Erainence. On en a le premier volume d»U» proie forent****, où il a mis une excellente préface et une excellente apologie de ce grand Arehiinède Torricelli*. La dernière chose qu'il a faite est une oraison funèbre du cavalier dei Poxso7, son aiuy, qui est une pièce achevée et d'une exquise perfection. Mais il en médite une autre, de tout autre importance, qui aura le Roy pour sujet, ce qu'il m'a fait confidemmenl sçavoir puune lettre que je reçus hier, dans laquelle il me demande des Mémoires pour les employer à l'exécution da son projet Vous en trouvères, Monsieur, avec ce mot, la copie, qui apparemment ne vous déplaira pas. Je m'en vais appliquer à luy adresser ces Mémoires; car je ne veux pas perdre cette occasion qui s'offre d'elle-mesme de faire célébrer les vertus de Sa Majesté par la plume d'Italio la plus éloquente et qui en répandra le mieux l'odeur delà les monts.

Il y a quelques mois que ce gentilhomme voulut avoir commerce avec moy, et je le puis compter entre mes amis. Pour les trois autres, je ne les connois que par leurs ouvrages ; mais si vous m'ordonnes quelque chose qui les regarde, il me sera aysé de le leur faire sçavoir. J'attendray là- ^essu* vos commandemons pour y satisfaire.

Paris, i7 juillet i665.

J'ay trouvé M. Petit si ployable et si soumis a vos volontés, que non-seulement il a consenty à osier de l'épistre que vous avez lue tout ce que l'excès de son xèle y avoit fait insérer d'excessif , mais encore il a offert de la supprimer entière; et dans la pensée que, suivant vos prudentes et

' Voici le titre exact de cet ouvrage : Sjfutaffma iMcriptiomiiH atiliquarum , aunprimù flonvr

mm eommtntariù, etc. à Leipsick, i68«, a vol.

* Jean G ru ter, né à Anvers le 3 décembre i56o. Mort près d'Heidelberg le 20 septembre «6*7 . — 11 dédia à l'empereur Rodolphe nn recueil d'inscriptions anciennes.

1 Claude Saunuùsc , né en t b88. Au tuoi» de juillet tG5o. il alb en Suède sur la pressantes

sollicitations da ls mua Christine et n'y resta qu'une année. Mort le 3 septembre • 653.

' Lapait, stfaM epilalamica.

'Eu 1 66 1 , Carlo Dati publia le premier volume de la première partie du recueil des ouvrages eo prose des académiciens de Florence.

' Évangéliste Torricelli, professeur de mathématiques à Florence. Mort le s6 octobre 16S7, à IVige do trente-neuf ans.

< Ikllékdxdtl commend«lon> tk,$«n„o M JVi*.

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT. 603

au Roy et que j'auray l'honneur de vous envoyer la semaine prochaine, afin que vous jugiez si elle ne sera point indigne de Sa Majesté, et que vous puissiez choisir de la première, quand elle sera réformée, ou de cette secundo, celle qui devra entre mise a la leste de son ouvrage.

En voiey , Monsieur, une autre de plus grande estendue que le fameux panégyriste de ce temps, M. Ogicr ', a faite pour servir de frontispice à son nouveau volume d'Action» publique, gainte* H oratoires , qui sont sous la presse et qui verront bientost le jour. Si sa longueur vous rencontre asses peu occupé pour pouvoir la lire, je ne désospère pas que, dans ce panégyrique de nos Ire grand monarque, vous ne trouvies asseï de pompe et d'agrément pour approuver qu'on le publie, A quoy la réputation de l'écrivain n'apporteroit pas un médiocre poids.

Je reçois présentement, Monsieur, une lettre de M. Boeklerus, cet excellent professeur de Strasbourg, dont l'extrait ira avec la mienne, où vous verres la passion qu'il a de vou* lesmoigner sa reconnoissanee par quelqu'une de ses propres compositions , cl l'instance qu'il me fuit de pressentir si vous souffririez qu'il vous fist copier l'histoire qu'ils faite des trois années i643, 16M, i645 de la guerre de Danemark *, pour la joindre aux manuscrits politiques de vostre bibliothèque.

Vous me ferez la grâce, s'il vous plaist, Monsieur, de m'ordonner U-demus ce que je Iny dois répondre. Je l'ay desjà averty que pour vous plaire il falloit tourner toute sa gratitude vers le Roy ; mais tous ceux qui vous sont obligé* croyent qu'un ressentiment n'empesche pas l'autre, et co vertueux historien estime que vous pouvez d'autant plus recevoir le sien , que , n'estant point public par l'impression, c'est comme s'il n'esloit point du tout.

Sur ce sujet de gratitude, permettes-moy , Monsieur, de vous marquer icy légèrement celle que mademoiselle Robineau, mon alliée, et toute sa famille, sauvée d'une dernière ruine par vostre i-^uiliible bonté, m'ont fait paroistre plus grande que je ne vous le sraurois exprimer, et la crainte qu'ils ont que vous ne les en croyiez touchés d'une manière commune. Ce mouvement, qui ne peut venir que d'une âme noble , joint â la part que je dois prendre A leur obligation , m'a persuadé que je ne vous le devois pas laisser ignorer et quo vous pardonneriez aysément celte liberté.

Pari*, i" noust |6C5.

Vous pourrez voir, par l'extrait de la lettre que m'a fraischement écrite M. Hevelius, que ce n'estoit pas sans fondement que je vous avoi» assuré qu'il deslinoit au Roy une bien plus considérable offrande que celle que sa gratitude envers vous l'avoil porté à vous faire5. Les termes en sont exprès , et j'y ay vu avec beaucoup de satisfaction qu'il s'engageoit â dédier k Sa Majesté, non-seulement sa Comelographif , mais encore sa Machau evfosto4, qui est apparemment un nouveau système de l'univers à eslre mis en parallèle avec les fameux de Ptolémée, de Copernic et de TycJio-Brahé.

Ce sont. Monsieur, des fruits auxquels vos généreux offices auprès du Roy auront donné l'accroissement et ta perfection pour sa gloire, suivant vostre unique visée.

Nous attendons toujours quel jugement vous aurez fait de la longue épislre dédicaloire de M. Ogicr à Sa Majesté, et s'il pourra , sous son bon plaisir, la mettre comme elle est à la (este de son ouvrage. Son impatience de faire voir au public la reconnoissance qu'il a des grâces dont elle l'a comblé, et la presse que luy fait son libraire, auquel il ne manque plus que cela pour l'accomplissement de son impression , luy font souhaiter ardemment que vous ayez pu trouver le temps de passer la vue sur celte épislre et de luy en faire sçavoir vos sentimens.

Je crois. Monsieur, vous avoir mandé que l'article de Gigeri , si vous ne croyez pas qu'il doive demeurer, peut estre retranché sans que la contexlure de ta pièce en souffre.

Comme Dieu m'a rendu assez de force pour me pouvoir traisner jusque chez vous, nous em-

1 L'abbé Francis Ogier pubua en «flêt, en i tif)5 , le mtoikI volume' du recueil de ses sermons sous le titre d'Actiom ywMouM. Mort le 18 juin

' Voir le »™ S de la JeUrc 3Û.

• Voir les 1" et »" $ de la lettre 1 5 et le t" de la lettre iG.

' Hevelius donnait dans cet ouvrage, qui ne parut qu'en 1673, la description des instrumeuU dont il se servait pour ses observation».

APPENDICE

que vous avez ordonnés el celles de quelques autres gens de lettres, dont M. Perrault est chargé de vous présenter les meilleures à vostre premier loisir l.

Paris, a&aousti66a.

Je vous espargne tontes les lectures inutiles, quelque agréables qu'elles vous pussent eslre d'ailleurs, pour ne vous pas dérober sans nécessité un seul des tnomens qui sont dévoués au service du roy et au bien du royaume , laissant à M. Perrault de vous informer aux heures favorables de mon assiduité a nos assemblées, et de ce que j'y essaye de contribuer pour vostre satisfaction. Mais je n'ay pas cru m'en devoir remettre à luy seul pour ce qu'il vous aurait pu dire du ressentiment extrême que j'ay de la grâce* dont vous m'avez fait, encore celte année, honorer par Sa Majesté, et qu'après elle je dois à vos bons offices.

Je ne vous en diray pourtant rien davantage, ne croyant pas avoir besoin de grands discours pour vous en persuader, vous, Monsieur, qui sçavet de trop longue main combien je suis attaché à vostre vertu , et la préférence que vous ovex sur tout autre dans mon cosur cl dans mon e*tii»t\

J'avois aussy à vous rendre compte de la chaleur avec laquelle le signor Carlo Dati se porte a faire le paoégyriquc italien i l'honneur du Roy, sur les Mémoires que je luy ay envoyés s, el des nouvelles lumières qu'il demande des actions particulières et des paroles mémorables de Sa Majesté, pour donner plus de relief à l'ouvrage et pour le faire voir accomply de tout point.

Vous trouverez. Monsieur, avec cette lettre, un extrait de la sienne, et voua y verrez en original les secours qu'il attend pour cela de moy, qni ne les devrais tirer que de vous , comme de celuy à qui rien n'en échappe, et qui m'en instruiriez mieux que personne, si vos accablemens sans nombre ne m'en làisoient perdre l'espoir. Je luy en manderay le peu qui en est venu à ma conuoissance et ce que la mémoire de mes amis m'en pourra fournir de plus certain , et il ne tiendra pas à mes diligences que ce jmrtrait n'ayt toute la ressemblance et tout l'éclat que déaire un si digne sujet

so.

Paria, 10 septembre i665.

Sans vous faire de nouvelles exeuses de mes fréquens billets, puisqu'ils ont toujours quelque chose qui regarde le servira du roy et qu'ils vous sont plus supportables quo ne seroienl des audiences à contre-temps, au milieu de vos importantes affaires, je vous diray que M. de Modène \ celuy qui a esté tant meslé dans celles de \aples, m'ayant communiqué le dessein qu'il avoitde servir Sa Majesté de la plume aussy bien que de son espée, je le confirmay dans ce projet; et tenant la main à la production de l'ode panégyrique qu'il avoit conçue , elle a réussy, à mon avis, non du tout disproportionnée à la grandeur de son sujet. Avant qu'il soit huit jours , je me donneray l'honneur de vous l'envoyer, afin que voos en jugiez souverainement. La condition de l'homme peut donner quelque relief à l'ouvrage, el il n'est que bon qu'entre les orateurs et les poètes qui célèbrent nostre adorable monarque, l'on compte îles gens de qualité de qui l'on ayt utiy parler avantageusement dans le monde.

Cependant, Monsieur, vous trouverez dans ra paquet uuc inscription en vers pour le Louvre1.

1 Cette lettre et la suivante sont en original il la Bibliothèque Impériale. Mo». Baluxe, Papier* de» Armoirt», vol. 36a, fol. ^7 et S9.

' Voir In note 3 de la page 5g6.

' Voirie 5- $ de la lettre iG.

' Esprit de I Sa y mon d de Morillon, dur de Mi>déne, né on 1C0S. il suivit n Naple* , en itf'17, Henri de Lorraine, dur Hc Gui»'. <|iii, mio foi» nomme c«;néral en chef de la nouvelle rrjiutdi-

que, Ini donna le titra de mettre de camp. Mort en jnuvier 1670. — Voir le s~* 5 de la pi** suivante.

» On traîne à ta Bibliothèque Impériale, M*lanffe* Clairambauit . vol. 666, fol. »3«j, s*i. *43. i\f>, alio,, 307, elr. un j;rand nombre de devise* el inscription» latines destinées à Atre placée* sur la façade du bunir et adresse"* »

Collier».

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBKRT

de M. Petit, médecin gratifié , et une épigrauunc en lu incarne langue, d'un autre médecin qui, voyant les finances administrées avec la prudence cH*inlégrilé quelles sont maintenant, a voulu, par une énumération de tout ce qui pourrait entreprendre contre la France, montrer que ce serait en vain , puisque le soin en a esté commis a une vertu comme la vostre. Je n'ay pas cru devoir rejeter cette justice qu'il rendoit a vos travaux, ni vous cacher ce qui ne voua srauroit cslrc désagréable , pour ce que vous en méritez encore plu«. Comme aa veine est riche et abondante, je pourray l'engager a de plua grands efforts pour le Roy, si vous le juges digne, comme rooy, de manier une si précieuse matière, et que je reconnoissc que voua ne le désagréerez pas.

Je finis , après, vous avoir encore une fois lesmoigné ma joye de la nouvelle et glorieuse marque 1 que Sa Majesté vous a donnée de son estime et de sa bienveillance, comme celuy de tous vos obligés qu'elle a louché davantage.

. Paria, i" octobre >666.

à M. Perrault de nous communiquer, et reconnus, au travers de ses rea|x>f tueurs pi pressions et ses excuses ingénieuses pour ne plus recevoir les gratifications du Roy , que le marquis de (Pastel- Rodrigo « les avoit regardée* comme dangereuses au service de son prince et luy avoit défendu de les plus accepter J. Ce qui me confirma dans cette pensée fut ce que M. le doven de Saint-Germain nous dit ensuite que ce marquis avoit mandé M. Gevaertius , apparemment pour cela. Cette soupçonneuse politique, Monsieur, n'a pasempeacbé cet boonestc homme, en m'écrivant les mornes choses qu'A vous, dans mille ressenlimens des grâces de Sa Majesté et de vos bons offices, de s'engager de luy-meamc a publier au plus tost l'explication des figures de l'admirable agate antique du trésor de la Sainte-Cbapelle, dont il prétend que personne n'a encore bien trouvé la signification, et d'en faire une offrande au Roy. Je vous envoyé l'extrait de la lettre ou il en parie, afin que vous voyiez les propres ternes de cet engagement.

Je vous envoyé auasy F ode de M. le marquis de Modène pour Sa Majesté. Elle pourra voua plaire, après lea coups de lime que nous y avons donnés, et je vous avoue que j'en ay pris d'autant plus de soin qu'il m'a semblé que son auteur estant plus qualifié, la gloire qui en reviendrait au Roy serait plus haute et plus grande.

Je ne pouvais moins, estant aussy zélé que je suis pour l'honneur de Sa Majesté et auasy reconnoissant de ses grâces, sans compter ce que je dois à vos bontés.

Paris, «5 octobre i665.

Je veux croire que vous aura reçu l'ode de M. le marquis de Modène et les deux extraits des lottn-s de MM. Gevaertius et Vossius que je me doonay l'honneur de vous envoyer, il y a quiiue jours, dans lesquels vous postes voir l'en|;<i(p:inenl où se mettoit leur gratitude Hc faire bicnlost une offrande au Roy , chacun d'un ouvrage , qui pourront n'estre pas indignes de Sa Majesté. Vous en trouverez icy un autre, de M. Conringius, d'une longue lettre où il m'apprend qu'il a |wis la liberté d'écrire a Sa Majesté et i vous , Monsieur, suivant mon conseil, pour marque de sa reconnoissanee, me faisant voir en mestne temps un extrême déplaisir de ne l'avoir pu faire plus tost , à cause des difficultés qu'il avoit rencontrée» dans le recouvrement de la première grâce que vous luy avei procurée, laquelle il avoit enfin touchée, sans néanmoins avoir reçu vostre première lettre et sans sçavoir que vous fussiez celuy par les bon* offices duquel ce bienfait luy estoit venu.

Ce retardement, en effet, m'ayant paru estrange tout le temps que j'ay esté sans en avoir connu

' Il s'agit k.iiis rlnntp île la charge de grand Iré- ' Gevaert mourut, dit-oo, des reproches que

sorier de l'ordre du Saint-Esprit, que Coibert luiadresMCaslel-RodrigQ.au sujet de la pension

avait obtenue le s7 août .665. . qu'il recevait de Louis XIV - Voir le S de la

1 Gouverneur génital des Pays-Bas. lettre 68.

APPENDICE

la raison, m'obligea à luy écrire sur la ««ronde gratification , comme *i j'eusse douté qu'il l'eus* reçue, afin d'avoir lieu de l'éclaircir amplement des motifs du Roy dans tes libéralités, et de la part que vous aviez en une m magnanime pensée, et qu'il priât là-dessus ses mesures |>onr ne s'en montrer pas ingrat ; ce que je luy déduisis de sorte qu'il pust ronnoùtlre que ce que j'en faisois estoit de mon seul mouvement, sans vostre participation , pour n'engager vostre nom à rien.de quelque manière qu'il en usast, après les lumières qu'il pouvoit tirer de mes avis pour sa conduite. Mais, Monsieur, vous verrez, par ce qu'il me mande là-dessus, qu'il en a profité en bonneste homme et qu'il ne veut p<is moins que les autres signaler sa reconnoissanoe par l'adrosc de deux traités à Sa Majesté et à vous.

J'en ay fait de mesme envers M. Boeklerus , qui , bruslant de désir de ne se pas montrer indi^nr* de vos faveurs, m'avoit consulté si vous agréeriez le présent d'une histoire manuscrite qu'il a composée des trots ou quatre années de la guerre des Suédois en Allemagne', où plusieurs secrets du ministre de celle cour-là sont découverts, ce qui ne souffre pas qu'il la puisse encore publier. Sur quoy, jugeant que cet Ouvrage pourrait estre utile aux intérests du Roy, et ne luy voulant néanmoins rien répondre de positif de vostre part, je luy ay mandé qu'il me le pouvoit envoyer, et qu'encore que nul présent ne vous fust jamais agréable, je ne laisserais pas d'essayer devons le faire trouver bon et ferais la guerre à l'œil pour cela.

M. Voauus, de son costé, prépare pour Sa Majesté son traité de Y Origine dit MÏ, et M. Vattier* apportera au premier jour la traduction qu'il a faite, cet esté, de la description arabe de l'Egypte et du Nil , pour le Roy ou pour qui vous l'ordonnerai.

Il m'a semble que vous ne deviex rien ignorer de ces choses.

Paris, ao novembre i<Uif>.

Monseigneur, vostre modestie me pardonnera , s'il luy plaist , si , sans l'avoir consultée , je vous rends à la fin par ce titre ce que je vous dois avec tout ce qu'il y a de gens équitables en France. Il y n trop longtemps que je me fais violence, en m'abstenant de vous le donner, et j'y sois plus obligé que personne par les grâces que j'ay reçues de vous en si grand nombre, et sur toute* par relie d'avoir pris confiance en ma candeur et en ma foy. Ne pouvant plus aussy résister à une tentation si raisonnable . j'y ay succombé aysément et n'ay pas cru en devoir attendre l'aveu de cette vertu si retenue qui ne va qu'au solide et qui fait plus songer à mériter les honneurs qu'à les obtenir.

Je vous diray donc. Monseigneur, que (ïraziani, sensible aux faveurs que vous luy avet procurées et ne m'estimant pas un désagréable introducteur auprès de vous pour les nouveaux remerriemens qu'il avoil à vous en faire, m'a envoyé les prémices de sa reconnoissance, qui vous paroistront dans les lettres que vous trouverez dans ce paquet pour le Roy et pour vous. Comme il les a laissées ouvertes et à cachet volant afin que je visse si elles pouvoient estre présentées, encore qu'elles m'ayent semblé fort bien écrites et pleines de sentimens proportionnés aux personnes et au sujet, ne me fiant pas tout à fait à mon jugement, j'ay pensé qu'il valoit mieux les faire passer entre vos mains en Testât où elles m'ont esté rendues, pour vous faire au moins examiner celle du Roy et voir si elle n'en est pas indigne.

Au reste. Monseigneur, ce que cet excellent homme y insinue de la résolution qu'il a prise de célébrer les grandeurs de Sa Majesté , il s'en est plus particulièrement déclaré dans la mieone , dont vous trouverez l'extrait avec ce billet, qui vous fera voir que l'exhortation que je Iny ay faite d'y songer n'a pas esté inutile. Ne croyez pourtant pas qu'en la luy faisant j'y aye engagé vostre nom , ni celuy du Roy, comme si les gratifications de Sa Majesté avnient pour but de luy attirer des

1 Voir le 3" S «le la lettre 17.

1 Piarre Vallier, né près de Lisieux, en tC»3, médecin et conseiller de Gaston, doc d'Orléans, avait la titre de •lucrétaire interprète du roi . en langue arabique.» — Le livre dont il est question

ici est : • LÉgupt* de M . fiU du Gnghique, où il t*t traite dei pyramide» , du débordement dn M H de$

I»* opinions et. fa tradition* de» Arabe*. » Mort

le 7 avril 1687.

LETTRES DK CHAPELAIN A COLBERT. 607

«loges et n'esloient pu faites purement pour l'amener à continuer dani l'amour des Muses et la cidture des sciences1. Je Fay faite comme par un conseil d'amy et en confidence, ne luy imposant aucune nécessité de le faire, mais luy tesmoignant que j'avois assez bonne opinion de son cœur pour ne douter pas qu'il ne voudrait point demeurer en reste, après avoir esté si magnifiquement prévenu pur la munificence de Sa Majesté et par vos généreux offices.

J'ay encore esté bien ayse de la faire pour ne luy laisser pas ignorer le» motifs véritables de ses faveurs, et pour luy faire répondre dignement à vos intentions, sans qu'il parast que vous eussiez aucune part à cet avis, afin de vous espargner ce qu'il pourrait paroislre d'intéressé, si vostre nom y eusl esté employé, et tirer néanmoins de luy les mesmes choses que si vous vous en estiez expliqué vous-mesme, mesnageant par ce moyen! sans rien perdre, l'honneur du Roy et la hati- Lgut de Bon proecdt* djiws bps ^rAccs

C'est ainsy, Monseigneur, que j'en ay usé avec tous les autres gratifiés des pays estnmger* avec lesquels j'entretiens commerce de lettres, afin seulement de leur pouvoir couler, le moins maladroitement que je puis, ce qu'ils ont à faire sur les bienfaits qu'ils reçoivent et le ressentiment public qu'une libéralité si royale et si extraordinaire exige d'eux ; à quoy je me tiens d'auta n l plus obligé de les porter avec civilité que c'est moy qui vous les ay indiqués et que je vous suis en quelque façon responsable de leur gratitude Je n'ay pas, a la vérité, jusqu'icy sujet de m'en plaindre, «'estant tous montrés aussy reconnoissans que l'on le pouvoit désirer, et travaillant tous à des ouvrages d'importance, pour en faire en leur temps des offrandes aux autels i qui elles sont dues. Je n'oserais dire, Monseigneur, de mesme de tous les François que je vous ay proposés, bien que la plupart s'en acquittent dignement et que le nombre soit petit de ceux qui s'endorment sur leur bonne fortune, ou qui croyent que les faveurs du Roy ne sont que le payement de leur mérite.

Mais c'est trop pour une fois, et je remets à d'autres occasion» de vous rendre compte de ce que MM. Boeklerus, Cooringius, Hevelius. Vossius, Huygens. Wagenseil méditent pour la gloire de Sa Majesté, sur les ouvertures que je leur en ay faites, et que je nourrira? avec soin pour ne les y pas souffrir relascber.

Parii , 5 décembre 1 665.

Je vous eusse bien porté ces lettres de MM. Ileinsius et Wagenseil, ce gentilhomme allemand traducteur des Patent* du commerce \ sans les accompagner de ce billet qui vous dérobera quelques momens de ceux que l'Estat vous demande, mais je n'av pu leur refuser de tous tesmoigner que leur ressentimeut est au delà de toutes leurs expressions, et que c'est avec une sincérité tout entière qu'ils vous assurent de l'obligation qu'ils vous auront éternelle, de l'honneur et des grâces que vous leur avez procurés auprès de Sa Majesté. J'aurois joint a cecy les termes pressansavec lesquels ils s'en expliquent à moy , si je n'eusse point appréhendé de vous amuser par cette diligence

La dépeschc de M. Ileinsius est venue tard , à cause de la distance des lieux et du péril des chemins, et c'est une merveille qu'elle oyt écliappé aux embusebea des Munstérieos. Celle de M. Wagenseil est écrite de Paris mesme , incontinent après son retour d'Espagne et aussylost qu'il eut reçu par mes mains la gratification dont vous l'avez fait honorer par le Roy. Et il ne vous enst pas fait son remerciement par écrit , si la longueur et la fatigue du voyage ne l'eust point retenu au lit par l'ordre des médecins, et beaucoup plus s'il eust cru pouvoir, sans troubler vos importantes occupations, vous faire la révérence et vous dire de bouche combien vous l'avex étroitement lié a vos intéresls, en quelque lieu que la fortune le porte; se tenant toujours prest à s'acquitter de ce devoir, quand je luy feray sçavoir que vous ne vous en tiendrez pas importui>é.

Ce dont je vous répondray. Monseigneur, c'est que vous pouvez compter sur luy et iey et lorsqu'il sera en Allemagne, soit pour un des instrumens de la gloire du Roy par les ouvrages d'esprit , soit pour d'autres services que vous souhaiteriez de luy dans toute l'estendue de sa puissance. Il

1 Voir les deux premiers SS de I» Mire 3o. - • Voir la note 3 de la page 6i«. - > Voir le i" S de la lettre n.

G08 APPENDICE

est modeste, candide, éclairé, et tient un rang considérable entre le* premiers savans de ce

siècle

Pari» , so décembre 1 065.

Ce paquet vous fera «ravoir le livre curieux de ce médecin du roy de Danemark, dont j'eus l'honneur de vous parler il y deux jours et que son fils m'avoit prié de faire que vous agréassiez qu'il trouvast place entre ceux de voslre bibtiolbèque. V ous y trouverei aussy , Monseigneur, le remerciement très-humble que vous fait M. Huet, de Caen, pour la nouvelle gratification que vous luy avez procurée, do laquelle il se seroit cru tout â fait indigne, si dans l'appréhension de vous importuner de ses lettres, il se fnsl retenu de vous en tesmoigner son ressentiment La troisième chose que contient le paquet, et la plus importante, rat la lettre de ce bon prostré de Dieppe ', remaniée et rendue raisonnable par M. Perrault, et retouchée en plusieurs endroits par vos serviteurs de rassemblée, en sorte qu'elle nous a semblé en estât de peroistre sans faire tort à son livre ni à vostre nom. Elle eust pu, à la vérité, estre moins ornée et par là plus proportionnée à la capacité de son auteur; mais, si elle n'eust pas esté indigne de luy en une forme plus simple, elle l'attrait esté de vous, Monseigneur, qui ne devez point recevoir de ces offrandes ou qui les devez recevoir convenables à vostre mérite et à vostre dignité. Vous prendrez, s'il vous plaist, le temps de passer la vue la-dessus, d'y corriger nos corrections, et de donner In satisfaction a «bonhomme de pouvoir voos adrcsiwr son travail sans vous déplaire.

Au reste, Monseigneur, je n'ay eu et n'ay encore dans l'esprit autre chose que celle à quoy vous me coin mandas les de penser, cl qui , estant de la dernière importance pour vostre service , ne requiert pas plus de diligence que de maturité.

De tous les hommes de ma connoissance, il ne s'en est présenté à ma mémoire qu'un seul qui, avec beaucoup de probité et de l'habileté dans les lettres , eust cette qualité si rare et que vous désirez et qui est absolument nécessaire pour vostre fin ; mais je ne sçais si sa santé et les ealudes fortes auxquelles il s'est engagé depuis plusieurs années et dont il a fait voir d'cxrellens essais , ne seraient point un obstacle à la gloire qu'il recevroit eo vous servant. J'en espérerais pourtant bien . quand je luy aurais fait connoistre le singulier avantage que ce luy serait d'avoir une aussy grande marque d'estime et de confiance que celle qu'il aurait devons en cet employ, qui d'ailleurs,

vaux. Mais , Monseigneur, je ne luy en feray aucune ouverture jusqu'à ce que vous me l'ordonniez, si ses qualités vous estaient agréables. C'est un ecclésiastique Igé de quarante ans, nommé Cotelier», bachelier de Sorbonne depuis dix ou douze ans, et qui, ayant fait un cours de philosophie pour pouvoir estre Socnu Sorbonteut , se vit arresté par sa pauvreté dans sa licence et fut dans l'impuissance de fournir aux frais du doctorat Mais s'il n'est docteur, il est docte, et entre les plus profonds. Il possède l'hébreu, le grec et le latin à la perfection. Il n'est d'aucun parly et est estimé également de tous les deux. Il n'y a rien de plus modeste ni de moins présomptueux; il connoist l'Ecole, mais il est au-dessus de l'École, et il puise dans les sources de bonne foy ; amy de la paix et croyant que pour l'obtenir on se peut reiascher de quelque chose. Il n'est pas inconnu a M. l'évesque de Luçon qui, fraischement encore, luy a accordé de pouvoir copier un manuscrit grec de la bibliothèque royale, pour perfectionner un ouvrage des Pères de la primitive Église, qu'il a commencé d'imprimer et qu'il dédie à l'assemblée du clergé.

Vous en ferez faire, Monseigneur, les enquesles que vous jngerex A propos, par vos fidèles serviteurs, et j'attendray vos ordres pour agir ou ne pas agir, selon vostre volonté. Cependant je vous diray que pour la condition principale que vous désirez en un homme de sa sorte, c'est le seul dont je voulusse répondre et que je suis persuadé qui ne me ferait jamais rougir devant vous, de qui les intérests font la plus ardente passion.

1 Sans doute Guillaume Denis, <|ui enseignait Bachelier en théologie, il fut le «s juillet 1676. a Dieppe le pilotage. (Voir lit. Marine, pièce 46, nomme professeur de langue grecque au Colléenote.) de France. Mort le 1* aoiil 1686.

• Jean-Baptiste C .lelier, né à Mme» en 1698.

LETTRES DK CHAPELAIN A COLBERT

Paris, 9 janvier «666.

J'avois à vous envoyer le remerciement que vous fait M. Hevelius pour la nouvelle gratification qu'il a reçue par mes soins et par vos ordres, lorsque M. de Sainte-Marthe 1 est venu m'offrir, pour l'accroissement des mémoires d'Estat de v astre bibliothèque , plusieurs liasses de lettres du feu roy et de ses ministres, toutes originales, qui regardent l'ambassade d'Angleterre du feu mareschal d'Effial' et ses services pour faire réussir le mariage de Madame1, sœur du feu roy, avec le défunt roy de la Grande-Bretagne , le tout accompagné de plusieurs écritures curieuses qui ont relation è ces négociations.

Je n'osay , Monseigneur, accepter cette offre, quoyqne faite noblement et sans apparence d'intérest, que je n'en eusse auparavant vostre aveu. La matière en estant solide et de celles qui touchent vostre goust, je n'ay pas osé oussy la refuser, et je l'ay remis à ce que vous m'en feriez sçavoir. J'ay seulement pris de luy l'inventaire de ces papiers, aCn que d'un coup d'oeil vous jugiez s'ils sont dignes de vous ou non, et que je puisse apprendre ce que je luy répondray sur son offrande. Vous le trouvères sous cette enveloppe avec la lettre de M. Hevelius, qui ne tarit point en m écrivant, sur le sujet de sa reconnaissance et sur la passion qu'il a de faire bientost paroistre des ouvrages qui méritent l'approbation de Sa Majesté et vostre protection.

J'en attends autant de Florence, où j'ay appris que la dernière grâce que vous aves procurée i M. Viviani a produit une plus grande gloire encore au Roy que celle de l'année précédente , n'estant pas jusqu'aux princes et princesses de cette maison, et au grand-duc mesme.qui ne se réputent obliges en la personne du plus vertueux de ses sujets qu'il a plu au Roy de considérer sur vostre Iestuoi)jnaj;e.

C'est la continuation du fruit de la muniBcence de nostre ^rand prince et des bontés que t cives pour les porooiiDOtf de ni^rîte

Paris, «7 janvier ifl66.

Les actions de grâces des gens de lettres estrangers pour celles que vous leur avez procurées, viennent les unes après les autres, plus tost ou plus tard , selon la distance des lieux et la difficulté des chemina , dan» une saison la plus incommode de l'année. Je me suis desjà donné l'honneur de vous avoir envoyé celles de MM. Vossius, Huygens, Boeklerus, Heinsius, Hevelius, Conringius, Wagenseil, Graziani , et il ne restoit plus que le signor Viviani a s'acquitter d'un si juste devoir, lorsque j'ay reçu sa dépesehe dans laquelle j'ay trouvé un nouveau remerciement pour Sa Majesté, joint à celny qu'il vous fait pour la continuation de vos faveurs. Il m'apprend que le propre grandduc fut celuy qui luy mit vos lettrés entre les mains, avec des tesmoignages d'admiration de la munificence royale et des soins que vous prenez de la répandre ainsy par toute l'Europe; et toute cette cour en fut remplie de joye, chacun prenant part n l'honneur qui en revenoita la nation. J'ay laissé ses deux lettres à cachet volant, comme il me les a envoyées, afin que vous puissiez juger si celle du Roy vous semblera digne de luy estre présentée.

J'ay sçu aussy, Monseigneur, que l'Empereur ayant appris la libéralité du Roy envers M. Boeklerus, s'est piqué par émulation de luy en faire Une pareille.

M. Wagenseil , qui lit il y a deux mois son remerciement par écrit, en arrivant d'Espagne, s'estaot remis du voyage , s'est présenté chez vous , pour vous le faire de vive voix ; mais , n'ayaut pas eu

1 Pierre Gaucher, dit Seevole de Sainte- M.irtbe, conseiller, maître d'hôlel du roi et bistorioftrapbe de France. Mort le 9 août 1690.

* Antoine CoiftW , dit Rasé . ronnn sous le nom de maréchal d'Efliat. Successivement snrinteudanl des finances en 1696 , ambassadeur en Angleterre, maréchal de France en i63i. Gouverneur du

Bourbonnais, de l'Auvergne et de l'Anjou. Mort lieutenant général des années d'Allemagne, la »7 juillet 1 63s.

> Henriette-Marie de Franee, fille de Henri IV et «eut" 6e Louis XIII, avait époosé, le 11 mai 1 6*5. Charles I" d'Angleterre. Morte le 10 septembre 1669, à l'Age do soixante ans.

610 APPENDICE

le bonheur de roi» y rencontrer, il ire à Saint-Germain pour satisfaire à cette obligation et pour prendre congé de vous avant que de partir pour l'Allemagne , où il a impatience d'estre pour y pubbei les grandeurs de Sa Majesté et vos bontés extraordinaires. C'est un excellent homme et le premier pour la langue hébraïque , dont il doit compiler les antiquités et les dédier au Roy par mon induction. J 'aura y soin de le maintenir aussy bien que tous les autres dans la passion pour les intérests de celle couronne, en sorte qu'il se montre digne désavantages qu'il en a reçus et en mérite la continuation.

J a voit inséré. Monseigneur, dans mon dernier paquet, un inventaire de pièces originales des négociations du mareschal d'Effiat, dont M. de Sainte-Marthe vous vouloit (aire une offrande, s'il apprenoit qu'elle ne vous fust pas désagréable. J'en attends encore la résolution , pour luy lauter exécuter sa peusée ou l'en détourner, selon vos ordres.

Paris, 16 février 1666.

J'appréhende que la multitude des affaires importantes qui surviennent tous les jours i celle» dr vostre ministère ne rendent inutiles les soins que je continue a prendre de vous envoyer les ouvrages ou les actions de grâces des excellens personnages que vous aves fait honorer des bienfait* du Roy et qui ne peuvent a'empescher de luy en tesmoigner lenr gratitude ni de célébrer sa louanges. Mais, Monseigneur, comme ce sont des effets de vos bontés, que ces ouvrages et ces remeràemens, il ne seroit pas juste de les supprimer, dans la crainte de vous estre importun, ni de vous priver par là de la joye que vous doit apporter ce fruit des libéralités royales qui tourne à fort a la gloire de Sa Majesté, que vous avez pour objet unique.

J'espère, Monseigneur, que vous ne croire* pas avoir mal employé le temps a la lecture du panégyrique du comte Graziani, que M. l'abbé Siri m'a apporté de sa part, pour vous estre présent»» avec une lettre toute pleine de reconnaissance des laveurs de nostre grand monarque et des vostre». Ce poème est grand, magnifique, avec d'admirables rapports entre Sa Majesté et Hercule, et fait par le plus accrédité de tous les poêles italiens qui vivent.

Vous jugerez, Monseigneur, s'il sera i propos de le faire imprimer, ou si on le joindra aux autres pièces qui doivent composer le recueil pour les mettre ensemble sous la presse. J'attends i quoy en sera du sien le signer Carlo Dali , ce gentilhomme florentin i qui j'ay fourny les Mémoires 1 que vous avez approuvés pour en faire un en prose, qui, estant d'une plume si célèbre, ne fera pas moins de bruit quand il paroi stra.

Je me persuade qu'on vous aura rendu un sonnet que je donnay à la glorieuse mémoire de la Reyne, tnère du Roy, et une devise que je fis pour la délivrance des captifs par Sa Majesté, sur l'avis qui nous vint que vous désiriet qu'on s'y appliquait.

M. Wapenseil , ce gentilhomme allemand qui a traduit en sa langue les pièces touchant le commerce, n'a pas voulu partir de France sans vous aller demander vos commanderoens pour les choses où vous l'estimerez propre A servir Sa Majesté en son pays*. C'est un homme d'un mérite singulier dans les lettres et que j'entre liendray comme les autres dans la disposition où il est de luy

Paris. *to mars 1666.

Sur ce que M. Perrault m'a dit l'autre jour, que vous aviez différé a signer l'ordonnance destinée au signer Léo A lia li us, jusqu'à ce que vous fussiez assuré qu'il la tiendrait à grande grâce, sans en faire difficulté comme il fit de celle qu'il y a trois ans que vous luy proenrastes auprès du Roy, et que vous me taisiez l'honneur de vous en remettre à ce que je vous en dirais, j'ay trouvé qu'en ce point do ne la signer pas sans une préalable certitude , vous en usez avec cette prudence éclairée qui ne vous abandonne jamais. En effet, Monseigneur, il n'est nullement à propos de hasarder la grâce du Roy, ni vos généreux offices, à un nouveau refus, quelque civil qu'il pust

' Voir le 3- 5 .le la lettre 3». — « Voir l'avant demi. 1 S rte In lettre «7.

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT. <il!

Mire; et bien que, par un discours que nie fit il y a six mois M. Valois l'aimé, «on amy et son correspondant , j'aye sujet de croire qu'il ne manqua d'accepter la gratification qu'à cause de 1 estât où le pape estait alors avec le Roy , et que désormais que les choses sont raccommodées il se tiendrai bien heureux si Sa Majesté venoità luy départir ses laveurs, je ne laisse pas d'estimer nécessaire qu'on le fasse expliquer davantage là-dessus , afin de ne point mettre le bienfait du Roy en péril de n'estrc pas reçu ou de ne l'estre pas asses dignement.

Pour cela. Monseigneur, j'ay pensé devoir mander à un sage aray que j'ay à Rome présentement, sans y mesler le nom de Sa Majesté ni le vostre , et comme de moy-mesme, ce que M. Valois m'avoit rapporté de sou désir, et prier cet amy de scatoir adroitement' du signor Léo Alla tins s'il se tiendrait obligé que j'essayasse, sur l'occasion des nouvelles libéralités qu'elle fait A d'autres gens de lettres , de réveiller la bonne volonté que Sa Majesté et vous avies eue pour luy; qu'en ce cas je tenterois l'aventure et que, s'il m'arrivoit d'y réussir , je l'en averti rois, sinon que l'on n'aurait jamais eonnoissance ni de son souhait ni de mes diligences. Il m'a semblé , Monseigneur, avoir pourvu par ce biais au danger qu'il y aurait que la munificence royale souffrist quelque chose d'indigne , quand mesme il y aurait encore quelque obstacle qui l'empeschast d'en profiler. Sur ce pied-là, et avec cette précaution , j'ay écrit aujourd'huy 4 mon amy de le sonder et d'en tirer une résolution positive, suivant laquelle j'agirais ou n'agirais point dans un intérest qui, s'il avoit lieu , luy serait si glorieux.

Je vous devoia rendre, Monseigneur, compte de cela, afin qu'il vous plusl de juger si cette conduite est bonne et si elle s'accommode à vos intentions. Quant aux quatre autres ordonnances pour MM. Ferrari, Dati, Gronovius et Reinesius, lorsque M. Le Bègue les aura converties en lettres de change, s'il me met les despeaches entre les mains, je me chargera y de les faire tenir seurement à leurs adresses ; et afin que chacun de ces Messieurs «cache à qui ils en seront obligés, et de quelle manière ih en devront tesmoigner leur gratitude au Roy et à vous, je joindray A chaque despesche un billet de ma main qui dira là-dessus ce que la bienséance ne voudrait pn.« que vous leur disiex vous-mesme dans les lettres dont vous aves aeeoustonaéd'nreonipajfner relies de change que vous envoyés aux gens de sçavoir '. Et pour ne rien laisser à faire de ce qui dépend de moy , j'ay minuté ces quatre lettres que M. Perrault vous enverra avec celle-cy.

Paris, 5 avril 1666.

Les quatre lettres de change pour MM. Gronovius, Reinesius, Ferrari et Dati sont parties accompagnées des vostres, auxquelles j'ay joint mes billets comme d'office, afin qu'ils leur servent de direction dans la manière qu'ils doivent tenir pour tesmoigner leur reconnoiasance, sans que j'aye engagé le nom du Roy ni le vostre, de peur qu'ils ne vinssent à soupçonner que Sa Majesté ni vous exigiex d'eux autre chose que de continuer leurs travaux à l'utilité du public

Cette conduite m'a semblé nécessaire pour conserver la dignité aux gratifications , qui paroistront d'autant plus nobles qu'elles paroistront plus désintéressées, et pour ne laisser pas aussy ignorer à ces Messieurs à quoy les faveurs royales les obligent, et de quelle manière Us s'y doivent prendre , s'ils s'en veulent ressentir dignement

Quant au signor Carlo Dati, comme il m'a sollicité plus d'une fois de luy fournir des Mémoires particuliers des actions et des paroles mémorables de Sa Majesté, afin de les pouvoir semer comme autant de lumières dans le panégyrique qu'il a commencé pour elle, j'en ay tracé un petit estât de celles qui sont venues à ma eonnoissance, lequel j'ay écrit en sa langue, de mesme que cet nuire plus ample qui a eu l'honneur d'eatre approuvé de vous et que vous avez consenty que je luy envoyasse1. Mais je n'ay pas cru devoir luy envoyer celuy-cy qu'auparavant vous n'ayet pusse la vue dessus, afin de n'y rien laisser qui vous puisse déplaire et qu'il ne fus! pas à propos de luy communiquer.

Comme la chose ne scauroit estre de petite importance, puisqu'elle regarde le Roy. j'espère

' Voir pag* »38 , noie 3 . . I I, , 4- el 5"' S S de I» lettre 3o — ' Voir les deuxdernier* SSde la lettre 19

612 APPENDICE

que vous en ferez une de vos affaires, el qu'après avoir pris le temps de parcourir cet écrit, vous me ferex sçavoir si j'en puis charger le courrier, ou ri, avant que de le faire, il y aura quelque chose à retrancher ou à' ajouter.

Il y a, au reste, assez longtemps. Monseigneur, que M. de Cailly1, duquel je vous ay desji Eail voir certaines épigrarames celées pour le bien de l' Estai, m'a consulté sur les deux que vous trouvères dans ce paquet , et que j'ay crues dignes de vous estre présentées, comme d'un homme affectionné a vostre vertu et qui luy fait hautement et noblement justice. Vous y estimeras ao mou» sa passion, qui est la seule chose qu'il m'a semblé prétendre.

Paris, s3 may 1606.

Immédiatement après avoir écrit au signor Carlo Dati qu'il vous ferait chose agréable de isppliquer fortement à célébrer la gloire du Roy, suivant le dessein qu'il en avoit pris de son pn>p mouvement, et pour lequel je luy avois envoyé de si amples Mémoires, j'ay reçu un paquet de In] où esloient les lettres pour Sa Majesté el pour vous que je me donne l'honneur de vous envoyer.

Kilos doivent contenir l'extrême ressentiment qu'il a de la gratification que vous luy avet procurée , avec d'autant plus de surprise pour luy que je luy en avois laissé concevoir moins d'errance; car celle qu'il m'a adressée en est^i rompue, et il me conjure si instamment de voosb testnoigner, que je n'y sçaurois rien souhaiter davantage.

Il m'a assuré de plus, Monseigneur, qu'il va faire une particulière recherche de tout ce que les anciens Grecs et Romains ont fait de mieux en ce genre, afin de s'exciter par ces grands exemple» i ne demeurer pas au-dessous d'eux dans le panégyrique, et, s'il est possible mesme, 4 les y sorpasser d'autant que son sujet surpasse en grandeur les sujets de ceux que l'on a vus jusqu'ici. Gomme il est animé, je ne doute point qu'il ne se signale dans l'exécution de son projet et que a prose n'égale les vers du comte Graxiani , et n'obtienne de vous une approbation pareille.

Mais, Monseigneur, parce que, pour réussir dans une si liaute entreprise, il faut plus de temp qu'il n'en faudrait pour une moindre et qu'il est pressé par sa gratitude d'en donner dès cette heure quelque marque, voicy les propres termes dont il s'en explique à moy : *E per polerpigltare U tempo ckt n rickiede e che l'mdugto non faccia êotpettare délia mia umtlùtima epronta gra- Utudme , pti totlo pemo di mandat fuori qualche mia opertUa , dedieandola alï ExeMtnùuùm ngmr Colbert, laquai* précéda corne furttra e dichiari i miei otMeqviotùnmi tentimmti veno la benefaenu renie *.»

Une pensée si équitable et si honneate trouvera, je m'assure, d'autant moins de résistance co >ostre modestie que cette dédicace aura pour principal objet la munificence du Roy et que ce qu'il y aura de louanges pour vous n'en sera bien que l'accessoire. Je tiendray la main d'ailleurs qu'il aille retenu sur vostre article et qu'il tempère son style de sorte qu'il se conteute de vous rendre justice, sans pousser l'éloge jusqu'où il pourrait raisonnablement aller.

J'attends a tout moment de semblables reconnoissances de ces trois autres habiles eslraagm qui vous doivent depuis peu de semblables grâces, et qui n'ont apparemment tardé â venir que par la distance des lieux ou U difficulté des chemins.

1 Jaequesde Cailly, né àOrléansen 160&, connu sous le nom d'Aceilly , qui est l'anagramme du sien. Mort en 167S. — Il reste de lui un petit recueil d'épigramme».

* «El pour pouvoir prendre le temps que mon projet exige sans que le délai fasse douter de

ma très-humble et prompte gratitude , je me détermine plnlôt à expédier quelque petite ernvre de ma façon, en la dédiant à reirellentissime seigneur Colbert, afin qu'ene précède comme foorriereet déclare mes tres-respectoeux sentiments i l épid de la libéralité do Roi.»

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT

Pari*, 3 juin «660.

Je me disposais 4 tous aller présenter le litre de V Origine du Nil, que M. Vossius a dédié au Roy, et l'exemplaire de ce mesme livre qu'il vous a voit destiné comme au protecteur de fes estudes auprès de Sa Majesté; mais M. Van Beuningen a trouvé à propos de vous le faire présenter par le neveu de l'autour mesme, qui m'en a donné avis et de l'accueil favorable que vous ave» fait au présent et au présentateur.

Je vous feray icy souvenir. Monseigneur, que ce M. Vossius est l'une des premières lumières do la Hollande , en sçavoir très-curieui et très-exquis, et que ce fut luy qui tint à grâce que vous souffrissiez qu'il mist dans vostre bibliothèque cet Alcoran arabe qui, au jugement des connoisseurs, n'a pas son pareil au monde en beauté ». Son dessein est de vous adresser l'un des ouvrages qu'il achève de polir, et qui est de matières semblables; et sur ce que je luy ay représenté que ce n'estoit pas sans peine que vous receviet ces sortes d'offrandes, lesquelles vous n'aimiei bien que pour le Roy, il m'a répondu qu'il ne pouvoit pas s'abstenir de vons la faire, quelque répugnance qu'eust vostre vertu, et que, quand il en seroil dispensé à vostre égard par vostre modération, il ne le serait pas a l'égard du public, qui aurait lieu de l'accuser d'ingratitude s'il ne luy donnoit quelques marques que, s'il ne se pouvoit pas acquitter envers vous des faveurs que vous luy avei faites, il pou \ oit bien n'en estre pas méconnoissant.

M. Reinesius, du conseil de l'électeur de Saxe et l'un des derniers gratifiés, est dans la mesme pensée, et vous trouverez, Monseigneur, avec ce mot, le frontispice d'un traité qui s'imprime et qu'il a résolu de vous dédier*.

Il ne serait pas plus aysé que raisonnable de lier les mains a ces savans hommes et de les contraindre dans une intention aussy juste que la leur, d'autant plus que , s'il leur échappe quelques louan/jes qui fassent peine à vostre modestie, elles luy seront du moins supportables en cela qu'elles n'iront jamais qu'en compagnie de celles du Roy, comme l'ombre en celle de la lumière.

Je me donnay l'honneur, il y a quinze jours, de vous envoyer les actions de grâces de M. Carlo Dati pour Sa Majesté et pour vous, et j'ose m'assurer que, selon qu'elles sont écrites, elles ne vous auront pas déplu.

M. Gronovius me doit rendre porteur, au premier jour, des siennes et de quelques-unes de ses compositions imprimées, pour avoir place en vostre bibliothèque , et pour luy rendre par là l'hommage que luy doivent tout ce qu'il y a d'habiles gens.

Paris, io juin 1666.

Vous verrez par les deux lettres de M. Gronovius, premier professeur d'éloquence en l'académie de Leyde, Tune au Roy et l'autre â vous, combien il a ressent y la grâce que vons luy ave* procurée auprès de Sa Majesté, et à quel point cet honneur Ta aUaché â son service et au vostre. Le billet que j'ay reçu de luy n'est pas moins reniply de protestations de son inviolable fidélité pour la gloire de ri astre grand monarque. J'auray lieu de nourrir ces lionnes dispositions par ma réponse, pour luy en faire donner des marques publiques aux premiers ouvrages qu'il imprimera.

Il vous en a voulu, Monseigneur, donner de particulières do sa reconnaissance, en me faisant apporter plusieurs livres très-bien traites de ceux qu'il a ou composés on commentés, pour avoir place dans vostre bibliothèque , lesquels je mettra) , dès ce soir, entre les mains de M. Carravi , afin qu'il la leur y lasse trouver. Le Tite-Live, en trois volumes, en est le principal, â l'impression et à la reliure duquel il ne se peut rien ajouter. Dans quelques mois, il fait estât d'y joindre les deux Sénèque , père et fils, de sa dernière révision , qui sont maintenant sous la presse.

1 Voir lettre i o. — ' Les Scbolics «ir un fragment de Pétrone. (Voir lettres 37 at' 66 )

f.14 APPENDICE.

Tan» , a juillet iWé.

Jc n'a y pu cru que la crainte de vous détourner dans vos importantes occupation* me dust re-

tenir de voua communiquer ce que M. Ottavio Ferrari, ce savant profcwair de Padoue. gmiife par le Roy , m'a répondu i la lettre dont j'accompagnay celle que vous luy écriviates en luy envoyant le présent de Sa Majesté et dans laquelle je luy insinuoia doucement ce qn on pouvait attendre de son ressentiment, où le Roy trouvas! sa gloire aussy noblement déployée qu'il luy ca a voit donné sujet par la noblesse de ses bienfaits.

Les termes de sa réponse sont trop considérables pour vous les laisser ignorer, et je me persuade que vous prendre! plaisir a y voir l'effet du bon office que vous luy avec rendu en le faisan! comprendre au nombre des personnes que Sa Majesté a jugées dignes desea libéralités.

Voicy donc, Monseigneur, ce qu'il m'en écrit :

«PotUpuun igitur diu JronUm perfrteui , ad noruni hoc et betieficum §idut oeuh* verten», rav- • et trépide rtjpu* laudn pnj'ano on ctmàptrt H li non publiât expectatiom takem priai. mtmum induxù Quatm» mim mmurnrnt/t , qutbus re$ huju* tevt potteris tradn, foj ingentium mmUtnim majettate ail impieturus, aU/ne ai llmriei magm extmn», labor nntUr aiupieatm, exaeto per lotira* moral dm partntù regno, principis omnium imptcrvm ingénia de/atigaturi mperii rudtmentU hatunu eit, tbupie denhtnu unde tlle inàpit, quia ta™ npusum opu» eit et lenti moltmmis , $tatui pauca earpUm tMtbarr etujw in anlerrttum dore et ail»mUe venerationu cuitui proeudere. Tu, Déliai, meniem inspira; tu ad eaeranum digitum mtemU.

. 1$ . f l h t (i d lf t QC M W la l t J t

transmitte. Fratil quulem alia m manibui ut LlMMl MLSCTOBVM , OUeiHKS uneVM ITAUCM ', noTM itemiK PUHIVM ; eed pontiuilntu umnibu* hutc negotio pr(rvertendumctdta,eU.v

Ce sont les paroles de cet excellent homme qui m'ont paru de conséqoence pour l'honneur du Roy, que vous passionnes si fort, et nous avec vous, ensuivant vostre exemple ; car elles portent oo formel engagement à faire le panégyrique de Sa Majesté que je m'eslois laissé entendre qu'on « pouvoit promettre de sa reconnoissance. Mais comme je ne vous indiquay ce savant homme que sur le pied du premier orateur latin de toute l'Italie, j'ay esté agréablement surpris de rencontrer de plus en luy un historien, et un historien qui traitoit des événemens de ce siècle et qui d**ji estait disposé à rendre, dans son travail, justice aux grandeurs de nostre monarque.

Cela, Monseigneur, m'a engagé, de mon costé, à luy faire une copte des Mémoires italiens que j'avois faits1 pour le signor Carlo Dati, et à luy écrire une seconde fois pour le fortifier dans ses bonnes dispositions et pour l'exhorter à ne se contenter pas d'employer dans son ouvrage les commenceroens du règne de Sa Majesté, mais de le poursuivre jusqu'à ces temps-cy , la matière estant si illustre et y allant mesme de f intérest de l'Italie qu'une administration aussy sage et heureuse que celle de feu Mn le cardinal Mazarin y soit relevée et en fasse le principal ornement. J'attends sa résolution sur cet article, résolu de nourrir, avec tout le soin dont je suis capable, ses louables intentions, afin que vous ayex ce nouvel instrument pour éterniser les vertus héroïques du Roy et l'admirable conduite de Son Éroinence.

Entre tous les écrivains que Sa Majesté honore de ses faveurs, ceux qui me semblent le plus dignes d'estre mesnages sont les historiens, et entre les historiens ceux qui traitent des affaire» présentes ou qui ont relation aux nostros. Vous le croyez ainsy sans doute. Monseigneur, et c'estoil l'opinion des deux derniers fameux cardinaux qui ont fait le bonheur de la France. C'est aussy ce qui me fait vous proposer un autre savant professeur d'éloquence à DanUick, et historiographe en titre du roy et du royaume de Pologne , duquel j'ay vu la guerre contre les Cosaquea rebelles et leur chef Kmielniski, laquelle est fort bien écrite \ cl qu'on m'a assuré qui fait le Ftonu Poh-

' Les Origine» d* la langue italienne furent pu- ' Une note de la Biographie mieerteU* de Mi-

bliéesen 1676. et les Uvret de* électeur» on 1679. chaud (reroo Tbeveuo!) attribue cet ouvrage i * Voir le S"* 5 do la leur* 3o. Pierre Chcviilirr, conseiller à la Cour des aides.

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT

Gif,

meut encore plus beau. Voua jugera si vous le dcvei acquérir au Roy, en luy procurant ses grâces , à quoy il y aurait d'autant plus de facilité qu'il a fait voir, par les épigrammes que vous t rouvert! dans mon paquet, son inclination à révérer Sa Majesté et ce qui la touche.

Vous en useres selon voslre prudence accousluinée et ne prendre», s'il vous plaist, cet avis que comme an effet du tèle qu'a pour le service du Roy et pour voslre sal.sfaction. . .

Paris, 3 soo»t 1666.

Le sonnet italien du signor Carlo Dati, sur le sujet de la navigation et du commerce, ni' \ou> dorolx ra guère de temps et vous plaira beaucoup , comme je l'espère , né se pouvant , a mon avis, rien faire de plus noble pour le dessein de Sa Majesté que celte petite composition qu'il m'a envoyée afin que je vous la présente et qu'elle divertisse Sa Majesté, pendant qu'il travaille i une plus grande qui embrassera toute la matière des louanges qu'elle a si bien méritées et qui se feront lire â l'éternité , lorsqu'une aussy excellente plume y aura fait son dernier effort et y aura employé tout Tari dont elle est capable.

11 vous peut souvenir, Monseigneur, des Mémoires que je luy ay fournis en sa langue pour cela , que vous me fûtes l'honneur de me mander qui n'avoient pas déplu au Koy ni à vous. Selon qu'il m'en écrit, il voudrait un plus grand détail encore, ce qui me fait d'autant plus coanoislre la passion qu'il a pour en faire un chef-d'œuvre accomply.

J'attends de jour en jour le manuscritdeces trois années de ta guerre entre Suéde et Danemark , dont M. Boeklerus a composé l'histoire laquelle n'osant rendre publique parla voye de l'impression, il la veut au moins consacrer à voslre nom et luy obtenir une place en vostre belle bibliothèque.

ronne de Suède qui y sont découverts, et qu'il a eus en confidence d'elle lorsqu'il estoit à son .service. Ce pendant j'ay reçu de luy un volume in-folio du différend qui s'est meu entre l'électeur palatin et celuy de Mayence, de la main du masme M. Boeklerus, engagé a ce travail par ce dernier, où est disculée a fond , en termes de droit , la question importante dont depuis le Roy a esté élu pour arbitre. Je le fais relier pour le remettre entre les mains do TA. Carcavi, qui vous le présentera â vostre premier voyage.

Nous repassons dans l'assemblée la description que M. Perrault a faite fort heureusement du

Paris, s septembre 1666.

précédente, m'a enfin esté rendu pour le mettre dans vostre bibliothèque, en attendant que la disposition des choses permette qu'il vous en fasse une offrande publique et qu'il vous tesmoigne avec plus d'éclat le ressentiment des grâces que vous luy aves procurées auprès du Roy. Quand les affaires souffriront que vous preniet un peu de relasche parmy vos livres, M. Carcavi vous présentera celuy-cy, où je ne doute point que vous ne trouviez de quoy vous éclaircir du fond de la politique suédoise, qu'il scroit malaysé de tirer d'ailleurs; ce savent homme l'ayant pénétrée et insérée dans cette histoire, lorsqu'il estoit sur les lieux et appointé par relie couronne.

Il est après à disposer les libraires de son pays à une nouvelle édition grecque et latine de Polybe, illustrée de ses notes et plus ample que celle que Casaubon* dédia à Henri IV, laquelle il destine, par mon conseil . â nostre grand monarque, avec une manière de dédicace qui soit

1 Voirie 3" S delà Irttre «7.

* Isaac de Casaubon, nés Genève en liôg. Ayant accepté en 1696 une chaire de rttc et de bellcs-lcUres à Mootpellier. il fut appelé à Pans,

par Henri IV, qui lui donna un poste semblable >■( la garde de sa bibliothèque. Jacques I" l'attira ennuite en Angleterre, et Casaubon mourut à Loudre* , le 1" juillet 1614.

Gif.

APPENDICE

une lettre qu'un panégyrique, et où les merveilles «le Sa Majesté soyent gravées si fortement qu'elles puissent toujours durer.

Depuis cela, Monseigneur, j'ay reçu des nouvelles de M. Conringius, cet illustre professeur de Hel msledt , toutes pleines de zèle pour les inlérests du Roy. M'ayant (ail scavoir, par ses prêchent** , qu'encore qu'il y eust du péril pour luy s'il écrivoit 1 pour les droits de Sa Majesté sur les Pays-Bas . il l'entreprendrait volontiers , pourvu qu'on luy fournist les Mémoires particuliers sur qaoy Us se fondent, se tenant assez fort sur la thèse générale pour s'en bien acquitter; comme en ce g,f*nr>* c'est une plume que l'on tient la plus forte d'Allemagne, et que les impériaux craignent le pins, je reçus sa proposition civilement , en luy taisant toutefois entendre que ce ne serait pas sans grande difficulté que les Mémoires qu'il désiroit pour cela luy pussent estre se tirera en l et secrètement portés et que d'ailleurs cette affaire ne pressoit possible pas encore, qne cependant je ne vous laissera; pas ignorer sa bonne volonté.

Par ces dernières, il continue à s'offrir, mais sans empressement et on ces termes : «/mvrm s ;*nf«loio opère abiUnebo manu», ninjubear a Refit ekrittianittimo , eujuê eommodu, talvo eo quod rectum u\ etjustum , obttricUmt me agrwsco , tjuamvi» id conjunctum fuerit eum aliquo met dieerimin*. s

-El il suit à vostre égard , Monseigneur : s Igitur, mutât» velie, quod jam institut , pergam agert circa rem nummariem, ut iUuttrùntno Colberto etiam gratueerga Mutant patronat* afferiu* même taltrm alitjuo tettimnnto approlietuv, douée meliora et plura dore lùrvmit.» Par là, Monseigneur, vous avet one main eslrangère preste , quand vous le jugerez à propos , pour servir a défendre les droits du Boy .

M. Wagenseil, ce gentilhomme allemand, traducteur des pièces du commerce, me tesmoigne l'impatience qu'il a d'eslre arrivé 4 Nuremberg, pour mettre ses papiers en ordre et préparer la publication de quelqu'un de ses ouvrages qui soit digne du Roy et de vous.

M. Grooovius, professeur à Leyde, me mande la raesme chose, aussy bien que M. Vossim, qui ne croit pas estre quitte envers Sa Majesté pour l'ouvrage de Y Origine du NU*, qu'il a consacré à sa gloire et qne son neveu a eu l'honneur de vous présenter.

l'nns, 6 novembre tGGti

Le paquet dans lequel estoit le remerciement de M. Reinesios , le savant conseiller du duc de Saxe, au Roy, qu'il avoit imprimé pour mieux faire connoistre a toute la terre sa gratitude, et où estoieot encore quelques exemplaires de ses Scholies sur le fragment de Pétrone qu'il vous a dédiées et dont il y a six mois que j'eus l'honneur de vous envoyer le frontispice , ce paquet , dis-jo , s' estant perdu par les chemins, entre les mains des infidèles messagers, comme je le viens d'apprendre d'un gentilhomme allemand , son amy et sa nourriture, nous avons cru , pour y remédier, devoir faire autre chose que d'écrire à M. Reinesius de nous renvoyer au plus tost d'autres exemplaires de son remerciement à Sa Majesté , et essayer de faire icy une nouvelle impression de ces Scholies, dont il a apporté avec luy un volume, augmenté en plusieurs endroits.

Vous prendres plaisir, Monseigneur, à voir dans la dédicace avec combien d'éloquence et de discrétion ce vénérable vieillard vous y marque son ressentiment, et combien les louanges qu'il y a semées de vostre vertu y sont sagement employées, sans que vostre modestie les puisse refuser. Je vous devois cet avis pour conserver dans vostre esprit la bonne opinion que vous avez conçue de luy sur mon tesmoignage, en attendant que luy-me*mc l'y confirme parce qu'il deslino i la gloire de Sa Majesté, publiant le très-important travail de plus de deux mille inscriptions antiques1, qui n'ont jamais esté vues, et qui, illustrées de ses notes, seront un trésor en matière de lettres qui ne devra rien à celuy de Gniterus. Mais, Monseigneur, la pauvreté des libraires allemands en rendant impossible, en ces quartiers, l'édition, qui pourra aller à 6,000 francs, et le papier et les caractères de France estant tout autrement beaux pour un ouvrage de celte considération, il ne sc-

1 Voir le î" S d*» la letln* 3g . les «— do» ' Voir lettre 3s.

lettre* Ao et Ai. !<• 3" <!•• la lelln: 13. Ir 1" <i>- ' Voir lellrr; suivant*-,

la lettre & . i>l le 3"' de I:. lottre 77.

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT. 617

roil peut-estre pu indigne de Sa Majesté, à qui il ie consacre, d'ordooner qoe l'édition s'en fist à l'Imprimerie Royale, et l'on se pourroit promettra que le défait en remplaoeroit avec avantage l'avance des dépens.

La souveraine ambition de ce bon vieillard serait , qu'avant de mourir, celte fleur de ses estudes sorlisl à la lumière sous de si glorieux auspices et d'un si magnifique lieu. J'ay cru. Monseigneur, luy pouvoir rendre l'office de vous en faire la proposition , vu ce que vous nous aves fait l'honneur de nous dire pl usieurs fois qoe vous seriet bien ayse de rencontrer qoelque matière digne d'occuper les presses du Louvre , et que cetle-cy est assurément des pl us riches que les savans pussent désirer.

Vmstre prudence en usera comme elle trouvera ;i propos, et je ne ia supplie de rien que de me faire «ravoir ce que j'auray à répoudre sur cet article.

Enfin, j'ay esté asses heureux pour retirer du naufrage le paquet délivres que le signor Ottavio Ferrari m'adressoit pour vous, et qui estoit demeuré ensevely sou» les piles de marchandises de la douane de Lyon. Je les remettray demain à M. Carcavi pour les placer dans rostre bibliothèque. Cduy Dê rt vt*ùana est d'un mérite particulier.

Paris, « décembre 1666.

Vous auret reçu , il y a quinte jours, ce que je me donnay l'honneur de vous écrire sur la proposition que m'avoit faite M. Reinesius de la publication des NwtvtUe» interiptitm* , égales en nombre à celles de Gruterus, pour en faire la dédicace à Sa Majesté, arrninnajjnées de son é{o|j<", qu'il espérerait rendre du tout digne d'elle. Je ne vous en dis rien davantage, attendant vos ordres là-dessus. Par la mesroe lettre, je vous avertissois, Monseigneur, que le paquet de ses ouvrages qu'il vous envoyoit, et eehiy en particulier qu'il vous dédioit, et dont il y a quatre ou cinq moiaqae je vous fis voir le frontispice , estant péry par les chemins, j'en espère dans quelques mois un autre qui répare celuy qui a esté perdu, ce bon vieillard ne se pouvant consoler de la trahison que luy a laite la fortune en cela , et surtout eu ce qu'elle luy a os té le moyen de faire voir à Sa Majesté et A vous, MoiiMM|jneur, le remerciement de la grâce qu'il a touchée et rendue publique en toute l'Allemagne dès anssytost que vous la luy eustes procurée.

Depuis, il m'est venu un paquet de M. Vtviani, l'un de vos gratifiés de Florence, avec une proposition qui marque bien sa reconnoissance et qui ne peut partir que d'un cœur bien dévoué au service et à la gloire de Sa Majesté. Après vingt-cinq ans d'employ en qualité de mathématicien et d'ingénieur de Son Altesse de Toscane, usé de travail et n'en osant espérer de soulagement, il se trouve tout A coup avoir l'obligation d'en estre déchargé par son prince, A l'exemple de la magnanimité du Roy, et estre désormais en estât de travailler en repos aux ouvrages que ses occupations avoient fait suspendre.

Sur ce fondement. Monseigneur, il en destine la plus considérable partie A l'honneur de Sa Majesté, lorsqu'il y aura mi» la dernière main; et pour ce que ce qu'il croit pouvoir plutost faire réussir, est la vie du fameux Galilée, dont il estoit le disciple favory, pour laquelle il a un recueil très-considérable de mémoires qu'il n'a plus qu'à digérer et A ordonner, il me consulte sçavoir si je croirais que l'offrande en fust agréable à Sa Majesté, jointe principalement à un buste de brome 1 qu'il fait jeter, de la teste du memoe Galilée tirée au naturel, de son vivant, sur luy.

Tout cela, Monseigneur, m'a semblé si noble et tout ensemble si digne de ia curiosité du Roy que, sans perdre temps, je l'ay exhorté à suivre ardemment l'un et l'autre dessein, afin de ne laisser pas refroidir nne intention si louable, ni mourir un projet qui sera utile au public et glorieux A Sa Majesté.

Je Vous demande pardon de la longueur de ce billet, dont la matière ne se pouvoit resserrer davantage sans l'estropier, et jo vous supplie de vous donner la peine de lire l'extrait que j'ay fait d'une plus ample lettre qu'il m'a écrite là-dessus, afin que vous voyiez par ses propres termes avec quelle candeur et quelle chaleur il exprime sa conception.

' Voir l avant-dernier S «!* la frttrc 48 et le »* S d« la lettre 7fi

618 APPENDICE

Il dépendra de voelre loisir el de voatre bonté de nie commander ce que j'ay i luy répondre, afin qu'en cela comme en toute autre chose je vous puisse tesmoifjnor avec quel sele je «lis...

Paris, 6 janvier 1667.

Voua aurex vu, dans la lettre de H. Perrault, le détail de ce qui s'est fait de la commission qu'il vous a plu nous donner, sans qu'il soit besoin que je vous le répète en ceJle-cy. Jo vous diraj seulement que l'on n'y pouvoit apporter plus de secret, de sele, d'attention, de diligence, d'assiduité, ni cf exactitude. Cela a emporté du temps, mais on n'y a pu perdu une minute, et tonte» .nu très affaires ont cessé pour s'appliquer è celle-là.

Quant A celle de M. Conringius, le bruit qui avoil couru de sa mort m'avoit embarrassé; mai* enfin sa lettre du 8 octobre et celle du 10 décembre, écrites de sa main, m'ont tiré de peine, el me l'ont fait toujours voir dans la disposition d'exécuter ses promesses, lorsqu'on l'aura aydé des pièces essentielles au sujet '. Il s'y engage de nouveau , avec cette condition pourtant que l'on garde un profond silence A l'égard de sa personne, y allant pour luy de la vie si les intéressés dans l'affaire venoienl à en avoir le moindre soupçon.

Il a desjà reçu sans péril la dépesrhe dan* laquelle je luy touebois en gros ce qu'on désîroitde luy, afin qu'il y pensaat par avance. Dans la mesme, je luy expliquois ce que le Roy a esiably pour l'avancement des arts et des sciences, dont il me demaodoit des édairciaseraens, ausay bien que des rares qualités que Dieu a mises en vous, et des emplois qui occupent voatre vertu et vostre industrie. Il avoit besoin d'en estre informé pour en faire la matière delà dédicace de l'ouvrage qu'il destine à Sa Majesté et de celuy dont il veut vous faire offrande. 11 n'est plus question , Monseigneur, que de me faire faire les copies des pièces qu'il luy faudra communiquer, el que de les luy envoyer par la plus seurc occasion qu'il se pourra, à quoy, de mon costé, je donneray tous mes soins pour empeseber qu'il n'en mésarrive.

En attendant ce que vous commander» là-dessus , j'ay ébauché une douzaine de billets en vostre nom , comme les années précédentes, pour accompagner les lettres de change des gratifications <]uc vostre bonté a encore procurées aux doctes estraogers , afin que, si vous les voulez honorer de cette nouvelle civilité, vous le puissiet sans autre peine que d'y réformer ce qui y sera de mal, et de les signer, après les avoir fait écrire par vos secrétaires1.

Lorsque ces lettres m'auront esté renvoyées cachetées de vostre sceau . je joindrny les miennes, où je leur parleray plus au long et entrera y avec eux dans des explications particulières , auxquelles il ne serait pas de vostre dignité de vous abaisser1.

1 II s'agissait d'an ouvrage sur les droits de la llaine. (Voir le 3"* S de la lettre 36.)

' Voirie 1" S de la lettre 66.

' Voici une de ces lettres qui fut adressée cinq jours après à Boekleras, professeur d'histoire a Strasbourg :

«Parvostre lettre du 10 décembre, de Heilbron , j'apprends avec plaisir que M. l'ambassadeur Courtin , se souvenant de nostre amitié ancienne, vous avoit fait l'accueil que vous mérites, sur mon lesrooignage et sur ma recommandation , et que, par mon entremise , vostre négociation trouve plus de facilité auprès de luy qu'auparavant. La mesme chose m'a esté confirmée par ta réponse qu'il m'a faite, où il a bien voulu me faire «avoir que vous aviez eu sujet de» Ire content de luy. Je n'ay pas eu inoins de satisfaction de l'inquiétude où je vous vois de reconnoistre , par la publication de quelque notable ouvrage . les grâces que vous

avez reçues dn Roy. Cela est digue de vous, et j'ay toujours bien cm qu'encore que Sa Majesté n'exige rien de vous, sinon que vous continuiez par vos travaux à faire honneur aux lettres et profit au public , vous no vous contenter*» pas de cela et que vous luy voudriez donner de plus pariiciinrii'* iii.injues 00 vosire grauiuiie par n« offrandes de vostre fends ou de celuy d'autruy, comme ont desjà fait plu m ci ii> des gratifiés , cl que d'autres sont tout p resta à faire, voatre cœur n'estant pas moins bon que le leur.

«Sur cette opinion, dans laquelle vous m'avez souvent confirmé , jo me suis mesme avancé de le promettre à M. Colbert; et peut-estre que cela n'a pas peu servy à roui faire mettre encore par luy, qui ne respire que la gloire de Sa Majesté , dsm le nombre de ceux sur qui les faveurs my*l« sont de nouveau répandues, de quoy je vous envoyé de» preuves certaines dans la lettre que ce

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT. 619

Au reste, Monseigneur, je reçus hier au soir du trè*-savan( M. Reinesius les action» de grâces qu'il avoit rendues au Roy de» le commencement du mois du may, imprimée» pour publier la munificence de Sa Majesté plus dignement par toute Y Allemagne, comme il le fit dès ce temps-la; et ayant appris de moy la perte de ion remerciement et de ses notes sur le prétendu fragment de Pétrone , qu'il vous dédioit 1 , il en a lait un nouveau paquet qu'il a envoyé exprès par terre, et qui me fut remis hier entre les mains, dans lequel sont plusieurs exemplaires de son remerciement et deux exemplaires de ce livre qu'il vous adresse, l'un pour vous et l'autre pour la bibliothèque du roy. Je m'en vais les porter 4 M. Gareavi, afin qu'il vous les présente au premier tour que vous ferex à Paris.

De tout cela. Monseigneur, vous n'auras, pour celle fou, qu'un exemplaire de son action de grâces, que peut-estre trouveres-vous à propos de faire voir a Sa Majesté. En ce petit écrit, tous verra qu'il luy donne et consacre son important ouvrage des Nouvel!** nueriptim» romain* , dont il souhaiterait passionnément qu'elle voulust faire faire l'édition en son Imprimerie Royale, comme il y a soixante ans que l'empereur Rodolphe fit faire celle de l'édition des Ituerivtiota de Gruterus qui luy fut dédiée; ce très-docte personnago-cy regardant ce travail di-s sciences comme son trésor et son chef-d'œuvre, et comme ne cédant en rien pour l'utilité publique et pour la gravité du sujet à celuy de Gruterus, qui a tant de réputation.

Que si vous en jugiez atissv avantageusement que luy, et que vous eussiez agréable d'honorer des presses royales ©et ouvrage, qui féru il deux volumes in-folio et où il entrerait grand nombre

sa dernière confidence, a qui il enverrait son original et qui vaquerait à la conduite de cette édition.

Je me suis un peu es tendu, Monseigneur, sur cette proposition, afin que vous y puiasiex faire une réflexion sérieuse, et juger si l'exécution n'en serait point honorable au Roy et au royaume, et j'ose dire i vous-mesme, si la chose se faisait sous vostre autorité.

Je ne puis mieux finir cette longue lettre que par un succinct , mais très-bumble remerciement des nouvelle* grâces dora Sa Majesté m'a comblé par vostre recommandation '. Je n'oserais l'esteodra de peur de vous ennuyer et peut-estre vous déplaire; mais il sera tout compris dans le vœu que j'ay fait depuis tant d'années de vivre et mourir. . .

Paris, n février 1667.

J'ay vu MM. Bilain' et Duhamel4, et les ayant entretenus sur leurs ouvrages suivant vos sages intentions, il ne se peut rien ajouter à la soumission qu'ils ont pour vossentimens et mesme pour

j;r.mit ministre vous écrit et dans celle de change dont il accompagne la sienne. Sur quoy, Monsieur, je crois à propos de vou» dire qu'eneore que le Roy ayl, depuis quelque* années, montré une j;r.mde constance dans la volonté de faire des lar-

sans engagement a les continuer et de telle manière que, quand elles cesaeroieut , on ne Ismfioit pas de luy demeurer obligé du passé , ssos qu'on enst sujet de trouver tant soit peu à redire qu'elles ne vinssent pas à l'avenir. Sa Majesté jugeant d'ailleurs que son intention de l'avancement des lettre* réussiroit mieux dans une telle suspension «i •>*prit, qui cBi|it'srh<'r<>ît les lettrés de compter la dessus comme sur un revenu assuré , et les ]>orleroit au travail pour attirer des grâces nouvelles.

cj'en ay autant érril a euux de nos Mussicur» qu'il Iny a plu d'en honorer, et lesquels ont

trouvé ce procédé le plus sage et le plus juste dn monde, M. Conringins entre antres, de la propre main duquel j'ay scu que le bruit de ss mort a esté un équivoque, et que, quoyque très-nfllifie île la mort de son bon prince, il ne s'est jamais mieux porté.

' Voir lettre S7.

* Voir la note S de la page &06.

* Antoine Bilain , avocat au parlement de Paris. 11 travailla, par ordre de Colberl, au traité dont il est parlé dans ta note suivante. Mort en

* Jean-Baptiste Duhamel, né à Vire en 16s 4. Lors de la fondation de l'académie de* science., il en fut nommé secrétaire. En 1666, il fut chargé de mettre en latin un Trait* de* droit* <k ta reine «V France ntr le llrmbanl. Vanner et queique* *

620 APPENDICE

ceux des personnes qui agissent en cela sous vos ordres. M. Perrault vous en informera plus particulièrement, et des expédiens et biais qui ont esté imagines pour ne rien perdre de ce qu'il y avoit de bon dans leur travail , et pour n'y rien laisser de ce qui pourrait y estre ou inutile ou de mauvaise conséquence, afin que vous en jugiet souverainement

Outre l'impression en grand et en petit que je me suis donné l'honneur de vous proposer comme nécessaire, j'ay pensé qu'une traduction, au moins de l'abrégé ou du dialogue, en la langue du pays, serviroit bien autant que toute autre chose pour le peuple, qui n'entend ni le françois ni le latin , et j'ay cru qu'à toute fin il estoit bon de vous en toucher un mot.

Cependant, Monseigneur, vous aurez avec celuy-cy une lettre de M. Conringius, par laquelle il s'engage de nouveau à exécuter ce qu'il s'est offert de faire et de dégager la parole que je vous en a vois donnée de sa part, n'attendant plus que les Mémoires ot pièces que je luy ay fait espérer, pour s'y appliquer '. C'est ainsy qu'il m'en parle dans la dépesche, et en termes tout pleins de chaleur, m'y disant de plus qu'il n'en prétend pas faire un traité estendu, mais d'y serrer tellement les matières que l'écrit soit de plus grand poids par la force des raisons que par ta grosseur du volume, "epeciato potitu argumentorutn robare quant ecripii ntngnittuliue.it

Tout ce que j'ay à luy envoyer est prest et il n'y manque plus que l'acte de ratification de la feue reyne mère, que M. Carcavi espère de recouvrer bienlost de M. l'abbé de Bouneis. Comme le paquet sera- fort gros et que les chemins d'icy à Helmstedt sont dangereux pour une affaire de cette importance , et que d'ailleurs il importe de tout à ce vertueux personnage qu'on ne sçache jamais qu'il s'en soit chargé, l'egvoy en sera difficile et ne se pourra guère bien faire que par une voye d'amy, i quoy je veilleray attentivement pour ne rien hasarder et n'y perdre pas une minute.

Son zèle pour le service du Roy me paroist très-ardent en toutes ses lettres. Voicy les paroles de sa dernière sur ce sujet-là : *ln aula noetra (c'est-à-dire de Brunswick et Lunebourg») mnltt qrtùUm hactenni mutavere; manet tamen hatUmxu integrr cvlttu ehrùtianmitni Régis, utque porr» comerrrlur aliaborabo pro vtrïbiu.*

Je crois. Monseigneur, que vous sçavez qu'il est du conseil privé de ces princes. M. Carcavi avoit souhaité que je sçuase de luy si la bibliothèque fameuse et nombreuse de Volfembutel ne se vendrait point, désormais que le prince Auguste1 n'estott plus. Il m'y répond en ces termes : "Bihlwthfca Auguêtm unicus «t( hujus terrée Iheeaunu , roque nullo n-re vntdibiUi,» ce qui en exclut toute espérance.

Je crois n'avoir rien mis icy de superflu et dont je ne vous dusse donner part. Je ne laisse pourtant pas de vous demander pardon de ma longueur, et finis par ma protestation ordinaire de vivre et mourir avec respect et passion . . .

Paris, 99 février 1667.

Vous aurei reçu, il y a douze jours, une lettre de M. Conringius, accompagnée d'une autre de moy, dans laquelle je vous rendois un compte succinct de l'entretien que j'avois eu avec MM. Bilain et Duhamel, me rapportant du reste aux relations particulières de M. Perrault, pour ne vous pas fatiguer par des redites superflues. Je vous y proposois encore une pensée qui m'es toit venue, qu'une traduction flamande de l'ouvrage aurait esté très à propos, si l'on pouvoit trouver quelqu'un assez capable et assez fidèle pour cela. Depuis, j'ay cru, Monseigneur, que vous à en faire une espagnole, et j'ay donné encore plus dans voslrcsens, estant plusaysé de

pagna, en 1668. Colbcrt de Croissy, qui allait 1 Voir le s"' S de la lettre 3g et 1

négocier la paix d'Aix-la-Chapelle; il le suivit ' Le duché de Lunebourg, en I

entoile dan» son ambassade à Londres. Eu «678. nait à lo maison de Brunswick,

sur la demande de Culbert , il composa un cour» ' Auguste, duc de Brunswirk -WolfentbuteJ ,

complet de philosophii- pour l'itixlructioii de mort le «7 septembre 1G60,* l'Age de quatre-

Jarqucs-Mieobui Colbert. le futur archevêque de vingt-sept ans. Duh.iuicl mourut le C août 1706.

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBEBT

Irer des écrivains espagnols que des llum.mrii, cl la langue castillane pouvant suppléer à la flamande aux PayvBas, pour ce qu'il u'y a personne tant soit peu raisonnable dons les villes qui ne l'entende comme la naturelle. M. Perrault vous en aura écrit et recevra vos ordres sur cela.

Pour la lettre de M. Oonringius, selon ce qu'il m'en disoit, elle vous confirmoit la résolution qu'il avait prise de s'appliquer au travail proposé, s'U apprenoit que vous fussiez dans le dessein de vnos y servir de luy. et si Ton l'aydoit des lumières et Mémoires nécessaires. Gomme néanmoins je luy avois écrit il y a quatre mois, par vostre commandement, d'estudier la matière de la renonciation et de commencer toujours i mettre sur le papier ce qui luy vieodroit en l'esprit, en attendant que je luy Rase porter ce que je pourrois de titres et instructions, il a suivy mon conseil et a commencé le traité promis, duquel il m'a envoyé les premiers cahiers pour easay, et afin qu'après que vous l'aurez lu vous luy fassiez l'honneur de luy ordonner qu'il le continue, si vous eu estes satisfait.

Mais, Monseigneur, parce que ces cahiers sont d'une écriture difficile à démesler, et qu'il me le» faudra dicter pour vous en faire voir une copie lisible , ce qui ne peut se faire en peu de temps , j'ay cru , afin de ne luy en point laisser perdre . le devoir, sous vostre bon plaisir, exhorter à poursuivre le travail et l'assurer que vous l'approuverez, sauf à s'en servir ou non après qu'il sera fait, selon que vous le jugerez utile ou inutile i vostre fin.

Je l'ay assuré encore du secret qu'il me recommande si fort et luy ay donné parole que son vray nom ne sera jamais sçu que de vous et de moy '.

Je luy ay mandé tout cela par la mestnc voye couverte par laquelle je luy ay fait tenir les pièces que M. Carcavi m'a mises entre les mains, et d'autant qu'il me demandoit aussy les écritures des parties adverses, je luy ay indiqué Bruxelles et Amers, d'où il les pourrait aysément tirer. Je vois par là que, outre la matière de la renonciation, dans laquelle vous m'aviez ordonné de luy faire renfermer son travail, il juge devoir examiner celle de la dévolution, ce qui me semblerait aussy bien qu'à luy nécessaire, à cause du nouveau traité qu'en a publié Stockmans', et dont les partisans d'Espagne font de grandes fanfares comme appuyé sur d'invincibles foudemens. Mais ce n'est qu'une imagination de mon zèle qui peut ectre mal éclairé, et qui se réglera toujours sur vos lumières.

Paris , î3 mars 1667.

Je ne vous fais plus d'excuse des lettres que je me donne l'honneur assez souvent de vous écrire, après celuy que vous m'avez fait de m'assurer que vous ne vous en teniez pas importuné, outre que je ne prend» cette liberté que pour des sujets ou utiles ou nécessaires, ou qui peuvent regarder le service du Roy et vostre satisfaction.

Celuy dont je vous parleray aujourd'buy Vous paroistra, comme je l'espère, de cette nature. Ayant trouvé un des plus célèbres avocats de ma connoiatance persuadé que Sa Majesté es toit en droit incontestablement de régler l'Age de la profession des religieux*, et le voyant disposé i en expliquer les motifs sur le papier, je l'y exbortay de toute ma force, dans la vue que cela pourrait servir à justifier le dessein que le Roy a eu de faire une chose si importante et si profitable, au cas que Sa Majesté persévère dans cette pensée.

L'ouvrage s'est fait ensuite, et en ayant eu communication, il m'a semblé tout à fait solide, concluant et bien exécuté, soit pour la doctrine , soit pour l'ordre, soit pour le style. Sur quoy son auteur avoit résolu de le mettre sous la presse, si je ne l'eusse retenu juMju'è ce que vous en eussiez esté averty et que vous eussiez passé les yeux dessus. Car cette matière ayant fait du bruit, et n'estant pas à propos de laisser échapper là-dessus rien que par des ordres supérieurs , qui doivent

1 Voir la note 1 de U page 616.

* Pierre Stockmans, jurisconsulte flamand, conseiller de la Cour souveraine et garde des archive* du Brabant. Mort à Bruxelles le 7 mai 1671,4 l'âge de Mnxsnte-trois ans. — Il venait de

roinph'iar un ouvrage intitulé : Trmutlut de jm-t

dmolutinm* »i llraluintin inWumi Vnrinm Tki^

*** I l/ln4H/H4a I g I \J1 UOv II I lU , UU* ri S«m4 "FI ■ Iffl Ci » FI % rjf^

' Voir VI , Justict H PoUn, la note adressée à l'avocat Gomont en septembre i665.

APPENDICE

refiler le lèle des particulier» , suivant Testai des affaires, pour ne pas seulement faire le bien, mais pour ne le faire qu'en temps et lieu, j'ay cru. Monseigneur, de mon devoir de vous donner avis de tout cecy, afin que , si vous avei curiosité de voir ce travail, je le tirasse de celuy qui Ta compose , pour vous l'envoyer, et que si vous ne jugies pas que présentement il fallust remuer cette corde, il demeuras! supprimé jusqu'à ce que vous en commandassics la publication.

La lettre qui accompagne ce billet est le remerciement de M. Vossius pour la nouvelle gratification que vostre bonté luy a procurée et qu'il a ressentie comme il devoit. Les autres, des plus éloignés, viendront ensuite, selon la distance des lieux. Ils me les adresseront pour vous les faire tenir, et je profile de leur civilité pour les maintenir, en répondant A I

Le commencement du Traits de M. Conringius sur la renonciation sytost que ce sera fait, je le mettray entre les mains de M vostres.

Je prie Dieu qu'il

bientosleopié1, etaosir le remettre dans les

Le

déments du due de Modène, ayant tardé à faire parvenir à Colbert ses remerclments , reçut de Chapelain , a la date du 1 7 mai , la lettre qui suit:

•Depuis trois à quatre mois que je voua «y onvoyé la lettre de change de la gratification du Roy, accompagnée d'un billet de M. Colbert et d'un des miens , outre celuy du trésorier des baetùnens. M. de La Planche, et d'un formulaire de quittance, n'ayant eu aucune réponse de vous, j'eusse pu douter que vous eussies reçu la dépesebe et l'argent, si , par un rencontre fortuit, je n'avois scu que MM. Cortesi et Farini, les ban quiera de la lettre de change , avoient entre les mains vostre quittance, afin de la rempttre en celles du trésorier pour sa décharge. Depuis, m eatant entretenu avec M. l'abbé d'Auritlae de vostre silence, dont il n'es toit pas moins surprix que moy, il me promit de vous écrire là-dessus et de m'informer de ce qu'il en aurait appris.

«A mon égard, cette omission est de nulle importa née, ne mesurant pas l'amitié des gens d'honneur à ces soins, qui n'en sont pas toujours des marques infaillibles; mais à l'égard de M. Colbert, il pourrait importer d avoir laisse sa civilité mus y avoir correspondu par une semblable. Voos estes trop bonnette homme pour y avoir failly, et quoyqoe je ne puisse deviner la eaose de ce malentendu, je croirais plutost toute chose nue de penser que la faute eo vinst de vous. Le temps nous en éclaircira.

«Ce pendant je n'en souffriray rien imaginer a vostre désavantage, et, pour preuve qu'on n'a point juaqu'iey mal- interprété ce silence , je voue envoyé par ordre le Traité aV» oVettt é» Rcy sur

c'est ce

Paris, i5 avril 1667.

'il m'a prié de vous faire a fait sa réputation dans le

le BmtuiHt , etc. à cause de In llevne, son 1 qne Sa Majesté a fait publier pour la justification de ses armes contre ccui qui luy en refusent la

«Vous aurez apparemment joye d'en apprendre les motifs , expliqués à fond par est écrit sensé, solide, méthodique et clair, dont le sujet, estant de la conséquence que vous sçaves, n i

attentive et suspendue sur ce que le sort en décidera.

«On en attend vostre sentiment et celuy des personnes de mérite et habiles a qui vous le fores voir. Je vous exhorte à ne pas tromper mon attente.»

* Trois jours après , Chapelain ajoutait : «J'ay lu et relu cet écrit, et les foodemens qu'il a pris pour élever son édiOee me semblent très-forts. Comme je ne luy a vois demandé de vostre part que d'examiner la question de la renonciation , par ce qne j'en ay vu je juge qu'il n'entrera point dans celle de la dévolution et que ses preuves ne tomberont point sur la succession échue dn Brabant, mais sur celle de tous les royaumes du roy d'Espagne , en cas qu'il vinst a mourir.

«Quoy qu'il en soit, celle matière, disentée par une anssy excellente plume que celle-là, nesesnroit, a mon avis, estre qu'utile pour l'svoir preste à toutes fins, si ce cas-là arrivoiL Vostre prudence en décidera absolument. La fuir prière que je Iny fais est de m'ordnnner ce que

et à dire an savant français sur l'autre , m'en acquitter avec ponctualité et fidélité...»

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBEHÏ

monde et qu'il regarde comme ce qu'il a de plus citer. Il ne loy manque pour m dernière gloire sinon que les a flaires publiques vous pussent permettre de passer 1a vue dessus, l'approbation qu'il en obtiendrait sans doute devant eslre le comble de celle qu'il a desja eue de tous les conns

J'ay ajouté. Monseigneur, à ce volume, les remcrcieinensdc MM. Boeklerus, Conringius et Voasîus pour les gnices nouvelles qu'ils ont reçues du Roy par vos génèrent offices, en attendant les autres de ceux qui sont plus éloignés et qui n'ont pu venir encore. La faillite de M. Simonnet1 a rendu inutiles jusqu'icy celles que vous avies ordonnées pour MM. Dati et Viviani, et que M. de La Planche, croyant bien faire, luy avoit consignées comme au plus assuré banquier, afin qu'il les leur 6*t tenir.

M. Perrault vous aura rendu compte de la révision exacte du commencement du travail de M. Conringius que vous nous avies ordonnée et que nous avons faite. Depuis cela, cet excellent bomme m'a envoyé de la suite autant que nous en avons vu,- et qu'après avoir déchiffré sa mauvaise écriture, je feray copier plus lisiblement pour vous le faire voir. Il doit avoir reçu maintenant, ou il recevra bientosl Tordre que vous m'aves commandé de luy donner de continuer l'ouvrage et d'essayer, quand il sera achevé , de le faire imprimer en Allemagne, à quoy vous contribuerex pour les frais. Mais, Monseigneur, comme il n'appréhende rien tant que d'en paroislre • auteur, à cause du mal inévitable qui luy en arriverait par la violence des intéressés, et qu'il ne me fait instance de ried tant que de luy faire garder le secret, je ne m'ose rois promettre qu'il s'accommode à vostre désir sur cet article, quelque passion qu'il ayt de vous plaire et de servir Sa Majesté*.

Je laisse à vostre prudence de considérer si cela ne se pourrait point exécuter par l'ambassadeur que le Roy a en Suisse , envoyant négocier à Bâle avec les imprimeurs , lesquels , estant bien payés , pourraient se charger delà publication et du débit par tout l'Empire.

Paris, 99 avril 1667.

Je ne vous euverray point. Monseigneur, d'actions de gréées du pauvre M. Reinesius pour la grâce dont vous l'aviet fait honorer nouvellement par Sa Majesté; car, encore que la lettre de change luy eust esté rendue, ce fut néanmoins dans une si grande extrémité de maladie, qu'il luy fut impossible d'en signer la quittance pour recevoir la somme, et tout ce qu'il put faire fut de charger ses héritiers de remercier en son nom Sa Majesté du grand honneur que sa libéralité luy avoit fait dans son pays et auprès de ses princes, et qui avoit servy de couronnement à ses longs jours. Je ne sçais s'ils prirent acte de ces paroles, mais ce que je sçais est que le banquier qui la devoit acquitter ne crut pas que la quittance qu'Us luy offroient de cette partie fust une asser

seroit valablement payée sur leur acquit.

Cet excellent homme mourut le jour mesme , et l'affaire en est demeurée la , dans l'attente de ce que vous déterminera sur cet article. Les choses «'estant passées de la sorte, il semble que ces héritiers soyent en droit de succéder a un bien qui luy estoit venu pendant qu'il vivait encore , et que le protest qu'ils en ont fait au banquier soit fondé en justice, de sorte que leur remettant cette somme seroit comme si on la luy eust remise à luy-mesme.

D'ailleurs , la libéralité du Roy en seroit d'autant plus «datante qu'elle s'estendroit jusqu'à ses proches et ferait voir que Sa Majesté est trop magnanime pour retirer ses bienfaits, sous aucune couleur. De ce généreux procédé il en arriverait ce bien que ces héritiers entre les mains desquels est maintenant son grand ouvrage des lutcrrpUom anrvnnes , qui avoit occupé ce vieillard cinq années sans relasche, t'enverraient au Roy, à qui le défunt l'avoit consacré, ou pour luy faire voir le jour sous ses auspices ou pour en faire une des principales richesses de sa bibliothèque;

1 II est question de ces banquiers dans le tome II, Fkunum, pièce n» 900, note. — * Voir la nota 1 de la page 616.

APPENDICE

au lieu que s'il* se voyoient privés de ce bien , qu'ils regardent couine une partie de leur succession, ils retiendraient assurément ce précieux manuscrit, ou bien en f croient un marché avec l'Empereur, ce qui ne tournerait pas à la gloire de Sa Majesté comme vous le désirez.

Après tout, l'argent est dans le pays, et le procès estant intenté entre eux et le banquier, il serait peiit-eatre mai aysé de le retirer autrement qu'en se rendant partie intervenante.

Ce sont des pensées sur cette fascheuse occurrence que je ne croiray justes qu'autant que vous les approuverez. J'ay prié M. Perrault de prendre le temps de recevoir vos ordres la-dessus, afin que je les exécute avec mon tèle et ma ponctualité ordinaires.

Paris, 1 6 juin 1667.

Si je n'avois qu'à vous parler de la continuation de nos assemblées et de ce que nous y (oisons .

je ne vous déroberais pas un moment par mes lettres, et je m'en remettrais au Gdèle compte que M. Perrault vous en rend, comme je me suis remis a son soin de vous faire voir les preuves que je luy ay fournies de la constume qu'avoient les Romains de mettre des statues équestres ou des quadriges sur le haut des arcs de triomphe. Mais, Monseigneur, j'ay cru vous devoir dire par moy-mesme qu'après de longs circuits, le modèle de cette machine à semer, pratiquée utilement en Autriche, et que j'avois demandée à M. Wagenseil pour vous, m'a enfin esté rendu 1 , et que je le partie pour vostre heureux retour', vos présentes occupations ne voulant pas qu'on vous l'envoyé.

Je vous devois aussy informer, Monseigneur, de la rencontre que j'ay faite d'un savant homme allemand, qui traduira volontiers le manifeste du Roy en sa langue, si vous l'agréez, et cela en peu de temps, se faisant fort mesme de le faire imprimer dans son pays et semer dans toutes les cours de ses princes.

La chose m'a semblé d'assez fjrandc importance pour luy laisser espérer qu'il n'y perdrait pas sa peine. Cela s'est néanmoins traité entre nous, sans vous engager à rien. J'allendray vos ordres j , et ce pendant je Pentretiendray dans cette disposition , pour l'y faire auasytosl appliquer, 1 je l'ay imaginé, qu'il soit du service de Sa Majesté qu'il le fasse.

Paris, a» aoost 1667.

Bien que, par le respect deu à vos importantes affaires , je me donne rarement l'honneur de vous écrire, je ne cesse pas d'avoir sans cesse vos ordres présens à l'esprit et d'agir continuellement pour en rendre l'exécution ponctuelle.

C'est ce que j'ay heureusement fait sur celuy de la version allemande dn Traité dm droit* de In lleyw tur le limitant, etc. que j'ay sollicité si ardemment, auprès de l'habile homme1 que j'y avois engagé, qu'enfin elle est achevée et repassée avec soin, et que nous n'attendons plus, pour l'envoyer à Francfort imprimer, que le libraire à qui on en a écrit ayt fait réponse et qu'une senro commodité se présente par où on l'y puisse faire porter, de quoy nous avons tout sujet d'espérer bien.

Le point, Monseigneur, des voyes assurées est celuy qui me fait le plus de peine; car le aileoce de plusieurs des estrangers pour qui j'avois hasardé à la poste des exemplaires du Traité, et dont je n'ay aucune nouvelle depuis un si grand temps, me fait appréhender qu'ils n'ayent esté interceptés, comme tout plein d'autres, ayant i passer par le pays ennemy.

Pour cette édition et pour l'envoy de la version, nous prendrons tontes les précautions po» sibles et n'y oublierons rien pour faire tout réussir.

' Voir le 3- S de la lettre 63. • Voir le dernier S de la lettre Ao et la

• Colbert était alora auprès de Louis XIV a lettre 5s. l'armée do Flandre.

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT

6âf>

L'auteur de ce travail se natnme M. Gratmcïer et est da duché de Holstein. Sa profession n'est pat moioa de jurisprudence que de belles-lettres, et il Ta assez montré dans son livre intitulé : FfciaUs Gmnwtùuê, qu'il publia , il y a quelques années, estant de la suite et dans la secrétaire rie de félecleur de Brandeltourg. Il est arreslé par la ville de Dantiiek pour professeur, et il se dispose à y aller au commencement de l'année prochaine. Vous le jugerez peut-estre, Monseigneur, digne de quelque reconnoissance, après que nous aurons certitude que l'ouvrage soit sous la presse et en estât d estre distribué delà le Rhin. Je ne vous ay obligé à rien véritablement; mais je loy ay laissé prendre l'espérance que son travail ne luy serait |w»s infructueux.

M. Perrault vous aura mandé mon sentiment sur la réponse qu'ont faite les Espagnols au Tirait', et vous y aura remarqué, sinon beaucoup de sens, an moins beaucoup de zèle pour les mtércsl* du Roy, qui sont les vostres, ce qui est la seule chose que vous peut garantir. Monseigneur, voatre. . .

Paris, <6 septembre 1667.

J'ay appris que le sonnet sur l'entrée du Roy en Flandre que j'avois laissé à M. Perrault, pour en avoir vostre jugement, avoit trouvé grâce devant vous, ce qui m'a redoublé l'envie de le rendre moins indigne de Sa Majesté, et je me donne l'houneur de vous l'envoyer retouché. Mais, Monseigneur, quelque agréable qu'il vous pust estre, je suis certain que les extraits des deux lettres de M. Conringius, cet excellent professeur d'Helmstedt, vous plairont encore davantage.

Voua y verrei qu'après avoir reçu , lu et approuvé extrêmement le Traité de» droit» de la Reyne , que je loy ay fait tenir, par vos ordres, avec beaucoup de peine, il s'alloit appliquer tout entier a raccomplishetoenl du sien, à quoy les lumières qu'il avoit tirées de l'autre luy estaient absolument nécessaires pour les faits et les choses mises en question par les deux partis.

Vous y verrez aussy qu'il prétend ajouter aux raisons alléguées en faveur dos droits de Leurs Majestés d'autres moyens qui ont esté omis, et répondre aux objections qui leur ont esté faites pour aussylost après les faire imprimer en Hollande, sans que nous y paraissions avoir eu aucune part.

S'il y réussit comme il l'espère, ce sera un service notable et qui méritera Lien le gré qu'il s'en est promis, sur la parole que vous m'avex commandé de luy.en donner. Quant au scrupule qu'il me lesmoigne d'entrer dans celte lice trop tard et lorsque le bonheur des armes du Roy les justifie assez, je le luy ay levé de toute ma force, estant persuadé moy-mesme que le travail volontaire d'un homme désintéressé sera de plus grande efficace pour la confirmation de nostre justice que tout ce que nous pourrions dire de plus fort en qualité d'intéressés.

Cela, Monseigneur, et l'édition nouvelle du traité latin que fuit faire M. Wagenseil à Ntiremberg, jointe à celle que M. Grutmeïer ne doute point qui ne se fasse à Francfort de la traduction allemande qu'il en a faite par mon induction et par voslre aveu, ne sçauroient qu'apporter beaucoup de satisfaction à Sa Majesté pour l'affermissement de se» droits, et que répondre à souhait an zèle dont vous bru si ex pour ton service et pour sa gloire.

lueux, sçachanl voslre intention lè-desma et ne connoissant point d'Ame plus équitable ni plus généreuse que la vostre.

A voslre retour1, vous recevrez plusieurs lettres de remerciemens de vos gratifiés, qui sont demeurées longtemps sur les chemins , et qui eussent couru fortune en faisant le voyage de l'armée, lorsque ses besoins vous y atlachoienl.

l'aris, H iM-Uibn- 1G67.

Ce volume, qu*> M. Dali m'a envoyé pour vous supplier, en son nom. «le le présenter 'nu |t-.v

' Celle lettre avait été adressée a Colberl , à sa terre de Seigarla*.

A PPFNDH1K.

pour offrande , pourra estre d'autant plus agréable i Sa Majesté que , traitant de» premieri pemam 1 de la Grèce et des merveilles de leur» production!!, il establit le mérite d'an art qui fleurit ru France désormais son» ses ;mspiees et qui va étouffer, par aes exceilens ouvriers t la giou^ qur l'Italie avoit acquise en ce genre par ceux qui s'y sont signales dans ce sied* et dans le siècfr passé.

Le dessein de cet éloquent écrivain est d'en donner la suite, avec un traité particulier de m peinture; mais ce sera seulement après qu'il aura exécuté le panégyrique auquel il s'est depuis « longtemps en<;agé. Ça este un bonheur, Mwiseigneur, qu'il no s'y Boit pas plus losl applique. b matière, depuis les Mémoires que je luy en ay fournis, s'estent si notablement accrue, que ni mes lettres ni la renommée ne le luy ont laissé ignorer.

Avec l'eiemplaire du Roy, vous en tronverei un qui vous est destiné, et que vous ne jngtm peut-estre pas indigne d'avoir place dans voalrc riche bibliothèque ; et j'ay cru ne bazarder nen en le luy faisant espérer.

Vers la fin de l'année, j'auray une autre obUtion à (aire à Sa Majesté par vostre main, de la part de M. Viviani, qui ne sera pas moins considérable; je veux dire la vie du célèbre Galilée, avec le buste jeté en bronze de ce grand homme *, qui réussira une pièce digne d 'estre jointe aux aoliques du cabinet de Sa Majesté.

J'attends des nouvelles du commencement de l'impression du Traité en langue allemande et de l'antre ouvrage de M. Conringius dont je vous parfois dans ma dernière.

Parit, 10 novembre 1667.

J'ay tardé à vous écrire que j'eusse plus d'une chose i vous envoyer et à vous mander, afin <J< mesnager vos momens et vous moins distraire de vos a flaires importantes. Ayant sçu de M . Perrault que les deux exemplaires rie la Vit dêi peintn, aneimu et les lettres de M. Carlo Dab . leur auteur, qui les aecompagnoient , ne nous avoient pas esté désagréables, je n'ay rien à y ajouter, sinon que je le luy ay fait sçavoir pour sa gloire et pour sa consolation.

Depuis cela, Monseigneur, je me suis donné l'honneur de vous adresser un estât des Invaux des François et est rangers gratifiés, suivant l'ordre que j'en avois eu de vostre part; et maintenant, outre le poème latin de M. Petit sur le progrès des armes du Roy, que j'ay mis entre les mains de M. Perrault pour vous le présenter, vous en trouvères icy un français de M. Pléchier sur le mesme sujet, et qui ne luy cède point en beauté non plus qu'à celuy qu'il fit sur l'insulte de Rome et qui eut le bonheur do vostre approbation, ni qu'à un antre latin beaucoup plus eslendu qui représente le Carrousel 1 d'une manière si poétique.

J'y ay joint deux sonnets de moy, dont vous avec dasjà vu le premier, mais non retouché ; eduv-cy pour l'entrée du Roy en Flandre, l'autre pour la fin de sa glorieuse campagne, petits fruits de mon grand sèfo pour le service de Sa Majesté.

J'ay cru aussy que je vous devois communiquer à toute fin l'extrait de deux lettres de M. YYagensetl qui regardent les inlérests du Roy, d'autant plus que je vois , par ses avis, le» apprests que fait l'Empereur pour nous fondre sur les bras au printemps. Do mon costë, j'informe ce fidèle serviteur du Roy de ce qu'il a à répondre sur les choses qu'on nous reproche delà le Rhin.

J'allois fermer mon paquet, lorsque M. Grutmeier, ce gentilhomme allemand que j'ay engagé par vostre aveu à la version du Traité de* droits; etc. en sa langue, m'a apporté une lettre de

' «En 1667, dit Moréri, Carlo Dab Bt imprimer 1111 Fjmi d?* tir* tie* pi'intte* hmcùtïj, dont il n'a pas continué l'histoire.*

* Voir les s- et 3"' JS de la lettre 38.

1 On Kl dans ht RsssrasMt wiit*rss«e de Mi rhaud :

«Fléehier se fit bienUM connaître par des poé-

sies latines et françaises , et surtout par une àm- Tiption en beaux vers latins du brillant carrousel Circnê rtgiui , dont Louis XIV donna In spectacle en i66s. On s'étonne de voir rendre avec tant de

LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT. 627

M. Speuerus, aon corrt'spondant de Francfort, qui luy, donne avis que celte version est sons In presse et qu'avant trois semaines elle paroistra an jour, rassurant de plus qu'elle entrera dans le recueil qui se publie tous les ans en Allemagne sous le litre de Diarium Europtnm, ce qui la rendra aussy commune en ce pays-la que son original l'est en ce pays-cy.

Paris, 3 dereinhn' 16G7.

Jo fos visité, avant-hier au soir, du sieur Joly, autrefois conseiller au Cbitelet et depuis trop

instrument des désordres causés par l'ambition effrénée du cardinal de Rets, mais, à ce qu'il assure, très-revenu de ces ruineuses folies, entièrement détaché de son vieux patron, et n'en voulant plus avoir d'autre que son maistre naturel, noslre grand monarque, aux intérests duquel il s'est désormais dévoué pour n'avoir plus d'application qu'aux choses qui regardent son service '.

C'est ainsy, Monseigneur, qu'il débuta dès sa première visite, car je ne l'avois vn de ma vie; et, pour preuve de son sèle, il me présenta un livret des Droits <U la Reyne, dont j'avois desja ouy parler en bien , comme n'ayant.pas tut tort à la matière.

Je iouay son intention ; mais je luy fis scrupule sur la publication de l'ouvrage et luy demanday s'il en avoit esté auparavant avoué des supérieurs. Il me repartit que le livret vous avoit esté présenté, et que, n'estant apparu aucun ordre pour .«a suppression, cela luy faisoit croire qu'il ne vous avoit pas esté désagréable.

11 continua à me dire que, sur ce pied -là, les ennemis ayant semé en Europe le BoueUtr injurieux, il s'y estoit attaché de toute sa force et croyoit l'avoir percé i jour en cent endroits; et pour ce que l'auteur du BoueUtr prenoit principalement avantage du droit précédent de Savoie, il en avoit fait un traité i part, décisif de la question : ces deux travaux tout prests i mettre au jour, si l'on jugeoit qu'ils pussent cslre utiles, offrant mesme de les donner pour mémoires aux personnes sur qui le Roy aura jeté les yeux pour la défense de ses droits violés, sans

Je me tins. Monseigneur, tout a bit dos sur cette ouverture , luy disant que je ne faisois jamais qu'exécuter vos ordres, sans me mesler de vous jamais faire de proposition. Il est homme d'esprit vif. que ses malheurs ont aiguise encore, nourry dans une maison de juristes et petit-fils du président Loisel \ un des plus célèbres du parlement en son temps.

Comme de la vipère mesme on tire la tbériaque , il n'est peut-eslre pas impossible que de cet homme si noté on ne pust tirer de belles vues sur ces questions. Vous jugeret si , sans vous engager à rien , on peut profiter de sa bonne volonté ou laisser mourir cela a sa naissance.

M. R. . . \ au reste, m'ayant communiqué son dernier travail par vostre ordre, nous l'avons revu ensemble exactement, et il m'a semblé très-solide. Il m'a seulement paru mollet aux endroits 011 il s'aKissoil de repousser les insolences du

Paris, «5 décembre 1667.

La distance des lieux et les difficultés des chemins font bien souvent périr les lettres que m'écrivent vos serviteurs obligés de delà le Rhin, et quand mesme elles sont assex heureuses pour venir jusqu'à moy, c'est si longtemps après leur date qu'elles ont perdu toute la grâce de la

1 "Lorsque le cardinal de Rets, dit Moréri, de Pierre Stock manu.» (Voir la fin du dernier S

retourna à Rome, M. Joly et plusirurv de tes do- de la lettre 4i.)

mo-itiques le quittèrent à cause du peu de fond * San» doute Antoine Loisel, substitut du pro-

qu'il y avoit à faire sur lui et du pan de confiance eureur général en i664. Avocat du roi dans la

qu'il avoit en eux. La cour ronnoissant la ea- Chambre de justice de Guyenne, pub procureur

parité de M. Joly, l'engagea à travailler aux traités général à Limoges. Mort en 1617, à l'Age de

qui furent faits pour la défense des droits de la quatre-vingt-un ans.

Il publia plusieurs réponse» aux attaque* 1 Le manuscrit ne donne que l'initiale du nom.

An.

APPENDICE

Celle* «nie j'ay reçues hier tl«* M. Coiiringius, du h novembre, m'apprennent bien que l'ouvrage qu'il nvoit entrepris, dont je vous ay fait voir les premières feuille*, est achevé; mai* elles m'oslmi toute espérance de luy pouvoir faire voir le jour en Allemagne, dans la disposition où y sont le» esprits contre nous, et duns l'abisme inévitable où il tomberoit si Ton pouvoit toopçonner seulement qu'il y eusl la moindre pari.

C'est poitrquoy. Monseigneur, vous désirant lesmoigner son zèle pour la cause du Roy, il propose de l'envoyer à l'ambassadeur du Roy en Hollande et de le charger de l'impression, si aupara vant il avoit ans que IVipéilienl vous agréas! , et que vous eussiez fait donner ordre A l'ambassadeur de recevoir le manuscrit de l'ouvrage et de le faire mettre sous la presse, eu* ces qualités-là.

D'un costé , il seroit à souhaiter que ce travail panist pour fortifier l'inlérest de Leur» Majestés, estant d'une aussy bonne main que la sienne: de l'autre, il est fascheux que ces obstacles -la k fassent paroistre si tard. Je ne me détermine point la -dessus, et j'en attends vostre résolution et ce que vous me commanderez que je luy mande, si vous prenez le party qu'il a proposé l.

Au reste, Monseigneur, ayant envoyé à M. le comte Girolamo Grsziani, secrétaire des «m uiandemcns de M. le duc de Modèoe, les deux sonnets sur le commencement et la fin de la glorieuse campagne de Sa Majesté, que j'ay eu l'honneur de vous»faire voir il y a dcsji qued'ur temps, ils en ont attiré deux autres de luy que vous trouverez sous celte enveloppe.

M. Perrault vous aura rendu le livre du signor Villiotto, avec l'examen et le jugement que . j'en fis sur vos ordres , lequel je soumettois 4 eeluy que vous en feriez , si vos occupations vous permettent de passer les yeux dessus.

Pari» , 18 janvier 1668.

Vous trouverez, avec ce mot, la traduction allemande du Trait» de» droitê de la Rtyru, A quoi je fis travailler par vos ordres au commencement de la campagne dernière, et que le gentilhomme ( Grutmeïer ) qui l'a faite a pu aussy faire imprimer A Francfort ensuite , pour ce qu'en l'engageant A celte version, je stipulay avec luy qn'il en feroit faire l'édition dans le pays, afin que la distribution fust plus facile.

Il s'est acquitté de bonne foy de tout, et il y a près de quatre mois que toute l'Allemagne est remplie de ces exemplaires, au grand avantage du service du Roy. Que si nous n'en avons point eu icy jusqu'à présent , le peu d'occasions de les envoyer de deçà et le péril des chemins, joint à la mauvaise saison, en ont esté la cause; de sorte que le ballot qui en avoit esté confié A des routier* de Francfort pour Strasbourg est péry ou demeuré sur la route avec plusieurs autres, et que l'exemplaire que vous en voyez n'a esté rendu que par le rencontre d'un aroy, qui s'en voulut bien charger en venant de 1A A Paris.

Le principal, Monseigneur, est qu'il est publié en Allemagne, où il importoit qu'il le fust, et que par ce volume Sa Majesté et vous avez une certitude entière de l'exécution de vos commandemens. Reste A voir ce que vous jugerez à propos de faire pour ce gentilhomme, afin qu'il parte de France aussy satisfait qu'on y a sujet de l'estre de luy. Il est modeste, et ses prétentions ne sont pas relevées. Vous le contenterez d'une reconnoissance médiocre et qui sera sans conséquence.

Je vous* supplie de prendre sur vos grandes affaires un moment pour cette petite-cy; et comme il est pressé de ses besoins et pressé de la ville de Dantzick , où on l'attend pour secrétaire latin de cette communauté, vous luy redoublerez la grâce , si vous la luy faites promptement.

J'ay cru eslre obligé de vous représenter cecy, me remettant du tout à vostre prudence, aussy bien que de la résolution que vous prendrez sur l'expédient proposé par M. Gonringius [tour la publication de son travail par le soin de l'ambassadeur du Roy en Hollande.

1 Voir le 4- S de la letlre 53.

LETTRES DE CHAPELAIN \ COLBEHT. 629

l'ail», au forricr 16I1S

Ias siguur Cari» Dali , qui est applique' tout entier au panégyrique du Roy un langue losraue, l'a interrompu pour quelques uioioei», ne pouvant attendre à célébrer les derniers succès des arme* île Sa Majesté qu'il eust achevé a parler des autres, sans tesiouigucr au public son transport, à l'avis de tant de merveilles, par le sonnet qui accompagnera ce billet. Je me peisuade qu'il ne vous semblera pas moins beau que les deux du comte Cirolanio (iraxiani sur le mesme sujet.

Le signor Oltavio Ferrari, de l'adouc, a achevé le panégyrique latin auquel il s'estoit engagé. Il Ta inesme fait imprimer et eu a fait partir un paquet jwur vous; mais je ne sçais par quel malheur il demeure si longtemps à venir.

J'espère, Monseigneur, vous faire bicnlost voir aussy le modèle de cotte machine à semer, dont j'eus l'honneur de vous informer il y a un an , et que vous approuvâtes que je fisse venir de Nuremberg, par M. Wagcnseil qui me l'avoil proposée; car je la sçais hors du péril des chemins el puis dire qu'elle est désormais en ma puissance '.

J'ay fait sçavoir à M. Couringius que vous luv sentiez heniiroup de gré de r.-iccouiplisscmeiil de M)ii travail, mais qu'il ne se devoit point mettre en peine de l'imprimer, les choses estant en un estai qu'il nYstoit plus désormais nécessaire. Ce qu'il en avoit fait [tasser par mes mains estoil si exact et si fort qu'il y avoit Heu de bien espérer du reste.

\l. Heinsius me mande qu'il prépare une édition de Virgile tout autrement épurée que toute» celles qui jusqu'icy se sont faites, et qu'il veut dédier au Roy. M. Cbassan , résident de Sa Majesté près de l'électeur de Saxe, ayant «eu que feu M. Heinesius avoit destiné ses luicripiion, <tnne»«<-« à Sa Majesté, a poiirsuivy avec zèle celuy qui en estait le dépositaire, pour les faire mettre entre les mains des ambassadeurs de ce prince qui sont arrivés depuis quelques jours icy *. Je dois te lesmoiguage à la diligence et à la passion que M. Chassait a montrées eu ce rencontre, où il esloil persuade qu'il y alloil de la gloire do Sa Majesté.

Tous les autres gratifiés eslrangers ont chacun sur le métier quelque chose de considérable qui regarde celte mesme gloire, el la correspondance que vous m'avex commandé de nourrir avec eux les entretient dans ces exercices aussy utiles au public qu'avantageux à n astre grand monarque ; mais le soin que j'en prends fait beaucoup moins cet effet dans leurs esprits que la haute réputation de ses armes et leurs admirables succès, dont j'apprends par eux que toute l'Europe est remplie el Ions lus princes étonnés.

Paris, *7 février i«68.

Ia>. panégyrique lalin du Roy que le signor Ottaviu Ferrari avoit achevé el fait imprimer il y a plus d'un an, après avoir couru beaucoup de hasards el demeuré longtemps par les chemins, comme toutes les autres compositions des savans eslrangers que vous faites gratifier par Sa Majesté qui ne sont pas envoyées par des personne/* expresses, ce panégyrique, dis-je, m'a enfin esté mis entre les mains pour le faire passer dans les vos Ire». Vous eu trouverez six exemplaires dans ce paquet, el, si l'accablement des affaires vous laisse une demy-heure de libre pour en faire la lecture, je suis persuadé que vous n'avez rien vu en ce genre d'égal ou de mieux pour le plan, pour l'esprit, pour le stylo, pour le relief qui y est donné aux vertus naturelles et acquises de ce grand monarque et à sa conduite ot à ses actions, ou dan» la paix ou dans la guerre

Vous prendrez plaisir surtout. Monseigneur, à y voir avec combien de justice et d'éloquence feu M*' le Cardinal y est traité, ol avec cnmliien de raison et de véhémence la faction de la Fronde y est poussée , sans que cet excellent écrivain a> I manqué d'y employer en des expressions magnifiques les Mémoires que j'avois dressé en italien . par vos ordres . el que je luy fis porter, il y a deux ans '.

1 Voir lettre W> ' Voir letln 34 . le dernier S île la lettre No cl

'■ Voir Mtre ',V la lin du h" 5 .le la letln- Ri).

Ii30

APPENDICE

Il n'y a point parlé des conquesles de Flandre, parce qu'elles n'estoient pas encore arrivées quand il le mit sous la presse, et peut-eslrc mesroe que les Vénitiens, qui se tnesoagent entre le* deux couronnes, ne luy eussent soufTcrt de publ ier avec éloge des menreiDes si désavantageuses à l'Espagne, de peur qu'elle ne le prist pour une déclaration ouverte contre ses intéresls. Mais, estant si dévoué i ceux de Sa Majesté, il n'a garde de perdre d'occasion de les faire valoir on il en aura U liberté, et je sçais que de vive voix il s'en explique à tous ceux de la Seigneur» et aux estrangers qui le visitent, si clairement et avec tant de force que le Roy et vous, Monseigneur, avez sujet d'en estre satisfaits.

Dans une apostille de sa lettre, il me consulte Bur le dessein qu'a le premier médecin du doc de Parme de faire un présent au Roy d'une lampe sépulcrale antique et célèbre en Italie entre ses plus grandes curiosités, laquelle il ne croit pas indigne de Sa Majesté, si elle ne l'a [«* désagréable. Vous verrez, dans l'autre page de ce billet, ses propres termes, etme ferez, s'il vous plaint, l'honneur de me faire sravoir ce que je luy dois répondre; car je garderay un profond silence sur cet article jusqu'à ce que vous me commandiez de parier.

Pans, to mars 1668.

L'écrit latin qne vous recevrez avec ce billet est une épistre dédiratoire d'un livra de jurisprudence qu'un gentilhomme allemand, nommé Brummer fort savant homme et de très-bonnes moeurs, a l'ambition de vous offrir (sans autre vue ni prétention que d'honorer son ouvrage de vostre illustre nom) , par un engagement indispensable de satisfaire à l'ordre de feu M. Reines us, lequel ne pensant pas vous avoir assez lesmoigné de reconnoisaance d«»s grâces que vous luy avez procurées auprès du Roy, par l'adresse qu'il vous a faite de ses Obterrationê iur le fragment prétendu de Pétrone, et ne pouvant s'en acquitter par l'offrande de quelque autre livre de plus grande considération, prévenu par la maladie qui Ta emporté, chargea en mourant ce gentilhomme, son disciple le plus chéry et estimé, de suppléer i son défaut et de vous présenter le premier fruit de ses estndes, quand il serait en France, où il eatoit sur le point de venir.

C'est, Monseigneur, ce qu'il a fait par l'impression de l'ouvrage qu'il vous destine et qui n'attend plus que vostre consentement pour une chose anssy honneste que celle qu'il vous supplie d'agréer; et afin que dans sa dédicace il n'y ayt rien qui puisse donner la moindre peine à vostre modestie, il me l'a apportée pour vous U faire voir et pour la réformer selon vos ordres, s'il y a quelque chose qui ne vous plaise pas.

Avant qu'il - la composasl, je l'instruisis de ce que je croyois qu'il y poarroit employer et de ce qu'il devoit éviter de dire, se renfermant dans les seules matières qui vous estoient tout à fait propres et que. l'envie mesme ne scauroit nier, sans entrer dans aucune de celles qui pourraient estre interprétées à vanité. Il m'a semblé, Monseigneur, qu'il s'y est bien tenu dans ces termes, et qu'on la peut abandonner à la presse en Pestât qu'elle est. J'attends, par le jugement que vous en aurez fait , si je me suis trompé ou non dans le mien , et s'il la faudra imprimer sur cette copie ou sur les additions ou diminutions que vous y pourrez ordonner; car il ne lient plus qu'à cela que l'ouvrage ne sorte à la lumière.

Je prie Dieu qu'il vous rende la santé, que j'ay appris avec beaucoup de douleur qui avoit esté altérée.

Si vous aviez pu passer la vue sur le panégyrique du Roy, composé en latin par le signor Ottavio Ferrari, jetterais bien ayse d'estre averty s'il vous a plu, afin d'en donner la joye à l'auteur, quand j'en auray eu vos senti mens, n'osant les luy supposer favorables sans vos ordres

' Frédéric Bruiumer, né à Leipsick eu tûk* . étudia d'abord le droit t puis s adonna aux belleslettrm. «Étant à Paris en «668, dit Moreri , il > publia un Commentaire ad hgtm Cineiam qu'il dé-

dia a M. Colbort.» L'année suivante , comme Brum tner retournait dam son pays, la voiture dan* la quelle il se trouvait versa dans l'eao,ctil»enop. — Voir lettre» & 9 et 63.

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