I.KTTRKS DE CHAPELAIN A COLBERT
Paris, ii mars 1668
J'aj fait voir à ce gentilhomme allemand1 la peine que vous fai>uient les louanges, el la violence que vous trous faisiex en lu; permettant celle dédicace, qu'il dérirait avec tant de paation . ce qui a redoublé l'obligaiion qu'il vous en a. U a vu aussy l'endroit barré que extraordinaire ne |xntvoit souffrir, et a résolu de le retrancher pou retranchant ce qui vous esloit si légitimement deu.
Cette obéissance qu'il vous a rendue affaiblira d'autant le juste teamoignage qu'il vouloit rendre i vostre vertu, et, estant osté, il vous en ostera tout le scrupule; a quoy ne servira pas peu que le livre est écrit en langue ancienne, inconnue au commun des hommes, et qui n'est guère que dans le commerce «les savans.
Quand eduy-cy vous le présentera , voua trouveras. Monseigneur, qu'il aura bien suivy vos ordres, el qu'il esloit bien digne de la permission de salisfaire un si honneste désir.
M. Wageoseil, en me faisant sçavoir la joye qu'il a ressentie des admirables coitquestes du Roy, m'a envoyé une lettre d'un de ses amis, habitant de Lille et homme de sens, laquelle exposant ingénument Postât présent de la Flandre, soit à nostre égard, soit a l'égard des Espagnols, el la bonne conduite des gens de guerre que le Roy y a laissés, j'ay cru que vous ne séries pas marry d'eu lire le dernier tiers, et pour cela je vous l'envoyé en original.
D'autre costé. M. Perrault m 'avant demandé, de vostre part, s'il estoil mort quelqu'un des eatrangers gratifiés, je ne puis finir ce billet sans vous dire qu'il n'en est mort que deux*, Gevaertius d'Anvers et Reinesius de Leipaick ; et comme peut-eatre avei-vous désiré d'en es Ire informé pour en mettre d'autres de pareil mérite en leur place, je suis obligé de vous dire qu'on ne peut penser à aucun qui v soit plu» propre que M. Scheffenis1, le grand professeur des lettres humaines en l'académie d'Upaal , et que , outre an grands talens qu'il a tesmoignés par cTexce liens ouvrages , il pourroit astre considéré par son séjour en Suède , dont les gouverneurs se sentiraient apparemment obligés que Sa Majesté honora si de ses grâces un de leurs sujets, et sa gloire en serait d'autant plus estendue, suivant vos généreuses intentions. C'est par ce seul intéreat que je vous lais celte proposition.
Paris, 18 mars 1668.
Ayant esté enquis par M. Le Ménestrel des qualités et de la demeure des gens de lettres eslrangen gratifiée par Sa Maj<*i«, pour leur faifV loucher les grâces royales, j'ay cru vous devoir faire souvenir de celle que vous leur avet faite jusqu'icy, qui est de les accompagner d'un mot de vostre main, afin que, ri vostre loisir vous le permet, on puisse mettre les vostre» dans le paquet où seront les lettres de change, celle du trésorier et celles que vous m'avet toujours ordonné de leur écrire pour tes informer plus particulièrement, comme de moy-mesme, de ce que le Roy peut ' d'eux, sans vous engager on leur écrivant ni vous abaisser à un détail qui serait au- des-
Paris, 7 avril 1668.
Toutes vos lettres pour les gratifiés eslraiigera sont parties, à celle-là près qui s'adressait à M. BoeUerus, que M. Perrault a retenue, pour «voir trouvé sur la liste, écrit de vostre main à
' tl «'agit de Brummrr et de l'ouvrage qu'il Christine le nomma professeur d'éloquence et de
dcv.nl nVdirr .1 l'olbert. politique à foniveniité d'tlpsal Mort le 96
* Voir le 1" $ de la lettre 58. 1679. (Voir l'avant-dernier S de U lettre 88.) » i—- nt , Strasbourg en ibsi, » Voir la note t de la page 611.
APPENDICE
coslé de sou nom. qu'il esloit mort; ce qui peul cslre arrivé par ma fan le, lorsque, pour utttbtre A vo»tre curiosité, je vous inanday qu'il en esloit mort deux, MM. Reinesius et Boeklerus.au lieu de Reinesiua el Gevaerlius' ; et ce dernier il y a dent ans, des reprochas que le marquis de Caste! Rodrigo luy Gt de recevoir de l'argent du Roy, quoyque avec beaucoup d'injustice, puisque en w temps-là les deux couronnes estaient en bonne intelligence.
J'ay Tait voir à M. Perrault des lettres de M. Boeklerus, qu'il m'a écrites le mois passé, lesquelles m'assurent de sa santé cl de la continuation de ses travaux pour l'avancement des betteslettres, de sorte que la gratification que vous luy aviez destinée peut luy estre envoyée en tout aeureté. C'est, Monseigneur, ce dont j'estois obligé de vous éclaircir, si cette suspension a este causée par ma méprise, afin que cet excellent homme puisse jouir des grâces de Sa Majesté et de vos bontés accouslumécs.
J'estime que le panégyrique latin de M. Ferrari vous aura plu comme il a plu a ceux de vos serviteurs à qui vous l'avez communiqué, entre autres à MM. Carcavi et Huygens qui me l'ont extrêmement loué. k.n attendant que l'italien de M. Carlo Dali soit achevé, il m'a envoyé d«ui sonnets qu'il a faits sur l'expédition admirable delà Francho-Comté , lesquels vous trouverez avec ce billet. J'y en ay joint deux autres de moy que les miracles de Sa Majesté ont exigea de mes Muses, pour contribuer de ma voix à ce grand concert que lout le Parnasse fait pour sa gloire.
l'aris, »7 avril i66ê.
Je me donnay l'honneur, il y a quinze jours , de vous envoyer le poème latin de M. Fléchier sur la conqueslc de la Franche-Comté, que je ne doute point qui ne vous ayt semblé digne du sujet par l'élégance et In magnificence de ses vers. Je me le donne aujourd'huy de vous envoyer ceux de M. Petit sur la mesme matière, qui ne cèdent en rien aux premiers, s'ils ne les surpassent encore. Ce sont des,ouvragcs a grossir le recueil des louange* du Roy, et à contribuer notablement a conserver la mémoire d'une action si prodigieuse et si héroïque, et qui n'a point d'exemple dans les siècles passés. Vous trouvères, Monseigneur, avec ces vers, deux réponses de MM.Heinsius et Vossius aux lettres dont vous les avex honorés en leur faisant remettre en Hollande les grâces du Roy.
J'attends celles des plus éloignés, soit d'Italie , suit d'Allemagne , soit de Pologne , qui viendront dans leur temps et que je ne manqueray pas de vous reodre. Il no se peut dire quel grand éclat ces largesses si magnanimes et si judicieuses font dans les pays e«lrangers pour la gloire du Roy, comme vous le prévoyiez lorsque vous proposasses à Sa Majesté de les faire, ni de combien de lieux je reçois des tentatives de lettres pour essayer de se faire connoistre à vous par mon entremise, dans l'espérance de participer à ces gratifications. A quoy je ne leur repars autre chose, sinon qu'il faut estre émi tient en sçavoir pour cela , cl en avoir donné des preuves en fort grand nombre et fort publiques, le Roy ni vous ne considérait! que les personnes de cette qualité-là.
Ce gentilhomme allemand' auquel vous avex bien voulu, 4 ma prière, permettre qu'il vous dédiast son ouvrage sur la loy Cincia,aura l'honneur de l'aller mettre à vos pieds dans deux jours, sans vous demander autre faveur sinon que son tèlc vous soit agréable, el je luy ay (ait espérer de voslre bonté un favorable accueil.
Pari», i3 may 1668.
Si la lettrede M. Boeklerus de Strasbourg, que M. Le Ménestrel vous a rendue , vous a surpris , voyant de quelle manière familière il y sembloit traiter avec vous , celle qui me fut apportée hier du mesme ma beaucoup plus étonné que vous, y voyant des litres et des termes qui n'appartiennent qu'a vous. En effet, c'est celle qu'il vous avoit destinée pour remerciement du nouveau
' Chapel"" »v»'l M"» «'« : «KcinoMi* .1 (î. - qu'eu 167». | Voir le deuxième S de In Irtlr* H8.) vacrtiuB.» (Voir Icltrv 56.) Boaklera* ne mourut • FnUrrir Rrnnm»r. (Voir lettres 55 et 56 )
LETTKES DE CHAPELAIN A COLBEKT. 638
bienfait que vous luy avez procuré auprès du Roy e l que l'imprudence de son scribe a susrrile de mon nom au lieu de la suscrire du vostre.
A moins que vous ne fussiez aussy bien jurant que vous estes bienfaisant , cette bizarre méprise luy pourrait avoir fait tort près de vous. Voicy, Monseigneur, la vraye lettre qu'il voua écrivoit et que j'ay innocemment ouverte sur la foy de la suscription qui me l'adrcssoit. J'espère que vous la trouverez digne d'estre lue de vous, soit pour les louanges de Sa Majesté qu'elle coutient, soit pour lesmarques de sa recoonoisunce envers elle et envers vous, dont elle est remplie.
Je vous demande permission de l'assurer que ce désordre n'a point fait d'impression dans vostre esprit à son désavantage, et que vous ne luy imputez point l'erreur de son valet. Je ne sçais ce qu'il me mandoit , mais je suis certain qu'il a autant de zèle et de respect pour vostre personne qu'en a ecluy qui est . . .
Paris. 6 juin 1668.
Ce paquet vous porte les actions de grâces de la meilleure partie des gratifié* de delà les monts , entre autres' celles du conseiller Girolamo Gratiani, qui, non content de celles qu'il vous rend, y a joint celles qu'il rend au Roy, dont les autres se sont abstenus par respect, croyant d'ailleurs satisfaire A Sa Majesté en vous témoignant dans leurs lettres combien ils oui de ressentiment de la continuation de ses largesses.
MM. iTeinsius, Vossius, Roeklerus, Gonringius et Wagenaeil se sont desjà acquittés de ce devoir à vostre égard, comme ils me le mandent M. Gronovius vous prépare un remerciement public par quelque ouvrage qu'il vous destine1. Pour M. Heveliua, qui est à DantsicL, le grand éloignement de ce lieu fait que le sien n'a pu encore venir jusqu'icy.
Vous dcvei , Monseigneur, avoir reçu le remerciement du signor Villiotto , ce médecin de Piémont duquel vous me commandastes, il y a trois ou quatre mois, d'examiner l'Histoire abrégée du Roy depuis son avènement à la couronne, et dont j'eus l'honneur dévoua rendre un compte exact aussytost que je l'eus repassec. A quoy j'ajouleray icy que, sur l'occasion de la gratification de Sa Majesté que vous luy avez fait continuer, en luy envoyant vostre lettre, je luy écrivis, comme je fais en pareils rencontres, et luy manday ce qu'on a voit jugé de son livre en celte Cour, afin que, s'il le remettait sous la presse, il le retoucha»!, et s'il en faisoit la suilc, qu'il y eust plus de soin de la gloire de feu Son Éminence qu'il n'en avoit eu dans ce qu'on avoit vu.
Vous trouverez icy, Monseigneur, la copie de l'avis que je luy en donnay et celle de la réponse qu'il m'y a faite, que, vu l'importance de la chose, j'ay cru vous devoir communiquer, afin que vous me régliez, s'il vous plaist, sur ce que fauray à luy répliquer, si vous trouvez uéceasaire que je le fasse. Outre ta faiblesse et l'inélégance de son style, cette attribution presque entière qu'il y fait â la feue reyne mère de la conduite de ('Estât, dans des temps si difficiles, laquelle, de l'aveu de tout le monde, appartenoil uniquement à feu M. le Cardinal , m'a semblé une chose choquante* et d'un homme ou très-mal informé ou peu bien disposé pour la mémoire .le son bienfaiteur et pour la satisfaction d'une personne comme vous qui l'avez fait honorer des faveurs royales par la seule considération des bons senlimens que sa feue Eminence avoil pour luy.
J'attends vos ordres là-dessus, et en attendant je vous envoyé le poète ebrestien /VtMtnu», revu et remis en son lustre ancien, avec des notes par M. Heinaius, lequel m'a prié de vous le présenter et d'obtenir pour luy une place en vostre bibliothèque, dont en effet il est fort digne.
Je prie Dieu qu'il vous conserve.
Depuis ma lettre écrite, j'ay reçu un paquet de M. Hcvelius où estoientles remerciemens qu'il fait au Roy et à vous, Monseigneur, d«< la nouvelle ({ratification que Sa Maj««té luy a faite par vostre recommandation. La lettre dont il les a accompagné» m'apprend qu'il a envoyé en mesmo temps a un banquier de Paris deux exemplaire» de son ouvrage de la Cométographie , pour le Roy
' Il n'agit »nr» doule du Piaule, dont il o»t ' Voir In lettre suivait!*-, le» deux premiers ti
qti.«t»on Mire 7* de la lettre C»5 et noir
APPENDICE
el pour vous, lequel il dédit' a Su Majesté pour reconnoissance de aes faveurs, en attendant qu'il ayt mis en estai «on autre grand ouvrage de sa Machitie ceU$U, pour luy en (aire une seconde offrande de plus grande considération que celle-cy ; el il on excuse la lenteur sur ce qu'il est destitue de tout secours, non-seulement pour la composition , mais de plus pour les observations, construction d'instrument, supputations de calcul, gravure de planches et corrections d'imprimerie, qu'il est réduit à faire tout de luy-mesme et de sa propre main.
D fallait vous rendre compte de ce détail, afin que vous ciissici la satisfaction devoir combien il en reviendra de gloire au Roy et combien «es grima ci ses offices trouvent en ce grand personnage de généreux aentimens.
Paris, 8 juillet 1668.
AiiMytuat après avoir reçu vos ordres, je répondis au aigu or Vidiotto, et, de la manière que je pus la pins douce, je luy fis comprendre l'obligation qu'il avoit de rendre justice à la mémoire de feu Son Éminence, pour la part principale ou pour mieux dire unique qu'elle avoit eue à la conduite des affaires de France pendant la minorité du Roy et depuis encore, jusqu'à ce que Dieu le luy eust ravy, et je luy tesmoignay qu'il pouvoit remédier à l'omission qu'il en avoit laite dans la première partie de son Histoire abrégée, en récapitulant dans la seconde sua illustres actions et estendant celles qui restoieot 4 narrer, surtout aur la paix des Pyrénées, qui fut son cbef-d'omvre. auquel personne ne pouvoit eslre soupçonné d'avoir participé.
J'espère qu'il profitera de l'avis, d'autant plus que s'il en usoit do la aorte, je l'ay assuré qu'il ferait chose agréable à Sa Majesté et qu'il vous aurait favorable pour la continuation de ses grâce». Quant aux Mémoires qu'il demandoit, je l'ay envoyé a la notoriété publique et à ce qu'il en pourrait recouvrer par nés soins el par ses amis de delà, vos occupations si (fraudes ni mes lumières bornées ne permettant pas qu'on l'en pust ayder de deçà. C'est, Monseigneur, le compte que je vous devois du commandement que vous m'aviez faiL
J'y ajouteray que les trois gratifies estrangers dont vous n'aviez point eu encore les romercit inens, et qui ne sont venus tard que par l'éloijmement de leur demeure OU par les accident qui leur sont arrivés par les chemins, ont enfin satisfait à un si légitime devoir, et d'une façon si noble et si éloquente, au moins les deux qui ont laissé ouvertes leurs lettres au Roy et à vous, en me !« adressant, qu'ils s'en sont montrés bien dignes et que la beauté en peut bien compenser le retar-
Je veux croire la meame chose de celles de M. Hevelius, qui sont venues fennecs et que vous trouverez avec les autres dans ce mesme paquet.
Paria, «9 juillet 1668.
Depuis m'estre donné l'honneur de vous envoyer le remerciement de MM. UeveUus, Gronovins el Wagenseil, les trois seuls des Rratifiés qui restoient à vous lesruoigner leur reconnoissance '.
1 Voici en quels lannei Chapelain avait écrit, le 1 !> m ni précédent, à Wngunseil pour Ini rappeler qu'il devitit adresser se* remerrimenls participer* à Colbert :
«Par vostre réponse du 8 avril , je trouve beaucoup de surprise, de ravissement et de ressentiment de la nouvelle gratification que M. Colhert vous a obtenue du Roy. Cela vous sied bien . la continuation de semblables faveurs estant si peu ■<rriinair* en d'autres princes. Mais je voudrais qu'au lieu de m'en rapporter le mérite entier a
moy, qui n'en ay que la moindre partie, vew l'eussiez rapporté principalement à M. r.olbert . qui en est le principal promoteur. Je voudrais que vous
vous deves aussy bien k celle qu'il vous a lait l'honneur de vous écrire en vous envoyant le bienfait de Sa Majesté.
«Je veux croire que, dans ce bonheur non attendu, le temps vous ayant manqué pour Iny en rendre les gréées qu'il mérite, vous sures remis à l'ordinaire suivant à vous acquitter en
LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT
j'ay reçu de M. Carlo Dali un petit poème italien que son zèle a fait ajouter aux deux auuneta 1 que vous avei desja vus de iuy sur la conquête de la Francbe-Comté , dont il vous fait l'adresse , et qu'il a voulu relever par la lumière de l'impression. Vous en trouverez. Monseigneur, six exemplaires dans ce paquet, et accompagnés d'une de ses lettres, où il y a apparence qu'il s'explique des motifs de ces petites pièces, en attendant qu'il ayt mis la dernière main au grand ouvrage qu'il a entrepris aous le titre de Panéinjitqw de Sa Majttté, que je ne doute point qui ne réussisse excellent à ne rien devoir à celuy qu'a publié naguère avec tant d'applaudissement M. Ottavio Ferrari en latin '.
Au reste, ce gentilhomme allemand (Brummcr) auquel vous listes la grâce de permettre qu'il vous dédiast son Commeniairt tur ta Im Cmria , estant sur le point de quitter la France, a cru de son devoir, après une telle déclaration d'attachement tout particulier â vostre personne, d'aller recevoir vos commandemens et vous protester de nouveau le service désintéressé qu'il vous a voué pour toute sa vie. Sa pensée m'a paru trop houneste pour l'en dissuader, d'autant plus qu'il n'avoit rien à vous demander que la continuation des bontés que vous Iuy avei tesmoignées, afin qu'il se puisse vanter en son pays, sans scrupule, de ne vous avoir pas déplu'.
M. Perrault vous aura rendu compte de la révision que nous avons faite par von ordres de l'épilre dédkatoire de M. Valois au Roy et de ta relation de la leste de Versailles, écrite par H. Féubieo , et je n'ay rien à ajouter.
Paris, t8 aoust t668.
J' es loi a sur le point de vous supplier de nous faire «ravoir si l'épistre que M. Valois adresse au Roy pour dédicace de VHùtoir* ecclmaëtique de Socrate, elc* pouvoit Iuy entre rendue avec nos remarques, pour mettre enfin l'édition de ce grand ouvrage en estât d'estre mise aux pieds de Sa Majesté et publiée pour sa gloire, quand M. Perrault m'apprit qu'il ta Iuy avoit envoyée par vos i et que rien ne l'empescheroit désormais de faire son <
de cet indispensable devoir, et que le paquet qui porto vostre dépesche est maintenant en chemin et prest à m'entre rendu, afin que je voua serve dana le remercie me ut comme j'ay fait dana la poursuite de cette libéralité nouvelle. J'espère que, par le mesme courrier, vous me donner** avia de la réception de ma pénultième , envoyée à Strasbourg sous l'enveloppe de M. Boeklerns, qui n'aura pas négligé de vous la taire tenir si elle Iny a esté portée, ce que je n'ay encore pu scavoir.
«Songea , je vous prie , è. quelque chose pour le monarque et pour le ministre, qui vous fasse paroistre digne de leurs faveurs, leur adressant à chacun leur offrande séparée, qui vous mettra à couvert du reproche de méeonnoissant , et qui dégage la parole que j'en ay donnée sur la vostre. Quand il n'iroit que d« mon intérêt!, vous le fériés , tant vous aves le eceur bien placé ; mais de plus, y allant du vostre, je ne puis craindre que ne la lassiez pas.
«On certain M. Boquillard, dont je n'avois jaou y parler, m'écrit familièrement et présumaient lettres sur lettre* que je le tasse eonnoistre pour habile homme à M. Colbert rt que je le sollicite de Iuy faire du bien . afin qu'il
puisse venir en France, je ne scaia pourquoy, maia non pas à ses dépens. Une telle manière d'agir est juaqu'iey sans exemple , et ce personnage a cru avoir assez de droit d'en user ainsy, en joignant 1 ses lettres , maia de sa main , les st-
t*~tt.tliv*m ...... M II 1 i i ■ jt - ■ ■ ' - ■ '• *
U'si.iUims (pu; jii. HueUern* ei sns autres m.iiRires Iuy ont, dit-il, données , d'avoir e»t<; sous eux un sajçB et diligent escolier. 11 vous allègue aunsy
pourvoyeur de personnes mal à leur ayse.
■Je vous ay deu donner cet avia afin qoe, s'il voua deroandoit des recommandations pour le mesme sujet, vous ne le Iuy accordiez point, et que vous Iuy fassiez mesme coonoUtre que vous n'aves pas pris on si mauvais chemin pour parvenir où vona estes arrivé, et que l'on ne traite paa ainsy avec des gena qui «payent ce que c'est de vivre et pour qui on doit avoir de la considération.*
' Voir le premier S de ta lettre 53 et le dernier de la lettre 68.
' Voir le dernier S de lu lettre 58.
1 Voir lettres 66, 66 et le 3" S de 69. ' Les /fototrrj t<clentixtiq\ut d'Eutebf . tU> S»- S, ds Soïomène , </<• Thmdortt et d Eoi/^r* pan 3 volumes, en i6b9, 1668, 167S.
APPE1VDICE.
Depuis cela. Monseigneur, ce grand astronome de DaulxicJi, M. Itevelius, dont il y a trois moi* que j'eus l'honneur de «ou* feire tenir les remerciemeos pour le Nuy et pour vous , de» dernière» grâces qu'il en a reçues, après beaucoup d'obstacles inévitables dan» un chemin de plu» de hoo lieues, a eu le bonheur que les exemplaires de sa Comètop^thie , qu'il vous envoyoïl eu votante temps, soyent heureusement arrivés; et la fortune a permis que le beau sacrifice qu'il avoil fait à Sa Majesté de ses travaux immenses fust désormais à couvert de tout danger et en estât d« iuy estre présenté par vous
Ces exemplaires, Monseigneur, sont maintenant entre les mains do M. Carcavi, à qui je les ay laissés pour vous les faire voir, la première fois que vous viendrez en vostre bibliothèque; et je ne doutc point que la grandeur de l'ouvrage, la dignité de sa matière, les ornemens, les ligures dool il l'a accompagné, et la beauté du papier et de l'impression, qui ne cède de guère à la nostre, ne plaisent à vos yeux et vous prouvent le bon cœur de son auteur, qui a cru ne pouvoir rocounoistre les grands bienfaits do Sa Majesté que par de fort grandes choses.
Il s'engage donc par su» épislre dédicatoire,et me le confirme par ses dernières, qu'il n'en demeurera pas là et qu'il ne s'en croira bien acquitté envers Sa Majesté qu'il ne Iuy ayt dédié son autre grande entreprise de la Machine célette, à la construction de laquelle il est maintenant tout appli que, et qui surpassera cucore celle de sa Comélograpkxe en l'estendue et la sublimité du dessein. De sorte , Monseigneur, que vous aurct la joye d'avoir dignement employé en ce savant personnage les grâces que vous Iuy avex procurées, et d'en voir le nom du Roy glorifié, autant qu'il le açauroil estre par des écrits qui dureront autant que les cieux.
Je crois pouvoir, sans vous déplaire, selon vostre intention, Iuy donner assurance que suit riche présent a esté reçu agréablement de Sa Majesté et de vous, et l'exciter par là à continuer sun autre travail, pour en avoir le mesme gré que de reluy-cy, |<our l'honneur de Sa Majesté et pour l'utilité publique. Pour cela, je n'en attendra y point vo* commandemens, jugeant que rien ne m'en peut faire désavouer par vous.
Pari*, 96 décembre 1608.
Il y a bien un mois que je reçus la réponse de M. \ illiollo à la dernière lettre que je Iuy avnis écrite par vostre ordre touchant le peu de part qu'il avoit donnée è feu M*' le Cardinal dan* son Histoire de la régence*. Mais le mal qui vous estoil survenu et qui vous a si longtemps exercé, au grand déplaisir de vos fidèles serviteurs et de Imites les gens de bien, me retint de vous en rendre compte dès lors, d'autant plus que je crus le pouvoir différer sons conséquence, et qu'il y eust eu de l'indiscrétion de troubler vos remèdes par un avis qui ne pressoit point
Maintenant, Monseigneur, que Dieu a exaucé nos vœux et soulagé vos peines, il n'y a point de péril a vous dire que cet honneste homme est entré dans les expédiens que je Iuy ay ouverts pour réparer ses omissions à l'égard de M'1 lo Cardinal, et que dans la seconde partie de son ouvrage, dont le traité de paix fait la principale matière, il m'assure d'avoir pleinement satisfait à la justice qui est due à son administration et à vostre désir. Et sur ce que je Iuy avois insinué que s'il traduisoil luy-mcame son ouvrage en italien, il auroit cl plus de cours et plus d'approlwtiun delà les monts, il m'a mandé qu'un des ordinaires de M. de Savoie avoit eu ordre de Son Altesse d'en faire la version, à quoy il Iravailloil incessamment, et qu'il l'auroit bieutost achevée.
Ainsy, Monseigneur, la chose pour cet article a esté mise au meilleur estât qu'elle puisse estre. Pour les autres savans eslrangers. Monseigneur, je les vois toujours dans la mesme ardeur de glorifier le Ruy et remplir le monde de ses justes louanges. Vous auree vu la Couutngraphie de M. Hevelius, laquelle il a dédiée à Sa Majesté, et que j'ay remise à M. Carcavi pour vous estre rendue, afin qu'elle soit plus agréablement reçue de vostre main; et cet exemplaire esloit arrompagné d'un autre pour vous, afin de trouver place dans vosliv bibliothèque
' Voir ïavaiil-d.rnier S <le la lettre Ci. m ut s de. la lettre fi», ln T de li lettre 66. el
4 Voir le 3" S île la lettre 61 , !<•» deux pie- enfin le* lettre» Cr] et 70.
LETTRES DE CHAPELAIN A COLRERT. 637
M. Conringins me mande qu'il voua avoil proposé de servir la Boy de son crédit auprès de «es» princes, et de sa plume, au cas que Sa Majesté pensant à se faire élire roy des Romain»; mais il m'a semblé estre du service du Roy de luy répondre qu'au point où sont les affaires, il ne touchas! point à cela sans un ordre de vous bien précis.
MM. Wagenseil, Boeklerus, Vossius, Gronovius, Dati, Viviani, Ferrari, Hcinsius, chacun se- Ion «ion genre, ont sur le métier des ouvrages importons pour en faire de nouvelles offrandes à Sa Majesté. M. Graziani est tout bruslant de ce mesme tèle, et fraisebement encore il l'a employé a nostre sollicitation pour gagner an Roy le signor Cassini , de Bologne.
Ayant sçu de mon costé , Monseigneur, que vous désiriet que la description françoise du Carrousel fust mise en latin avant que de la publier, j'ay cru avec M. Perrault que personne ne pourrait mieux réussir à un ouvrage si difficile que M. Kléchier, qui l'avoit desjà composé de son chef en ni excellons vers latins ', et je l'ay porté à s'acquérir ce nouveau mérite envers vous, et à tout quitter pour cela. J'avois pensé pour la mesme chose à M. Petit, le médecin, qui écrit également bien en prose et en vers latins; mais M. Fléchier, en ce fait particulier, m'y a paru encore plus
Paris, 19 janvier 1669.
Je n'eus pas plulost reçu par M.Perrault les lettres aux sa» ans estrangers signées de vous, que je m'apph'qiiay A faire celles dont vous trouves bon que je les accompagne *, toutes les fois que vous les en honores, en leur envoyant les gratifications que vous leur aves procurées, et en mesme temps à faire sçavoir a M. Le Bègue qu'elles seraient prestes à luy estre consignées, pour joindre aux lettres de change, quand il les auroit négociées avec le banquier qui les leur doit faire toucher. Nous nous sommes vus depuis la-dcssus , et il m'a assuré qu'il a desjà pris ses mesures pour cela et que, sans faillir, elles partiront toutes par les ordinaires de vendredy prochain, pour exécuter incessamment vos ordres.
Je vous devois ce compte-là , Monseigneur, aussy bien que le Ires-humble remerciement de la nouvelle grâce que vous avez eu la bonté d'inspirer à Sa Majesté de me faire3, et qui ne fait qu'ajouter de nouvelles chaiso.es à celles qui, par tant de raisons, m'ont lié si étroitement à son service et au voatre. Je m'acquitte d'une si juste obligation avec le respect qu'une si glorieuse faveur mérite , et prie Dieu qu'il naisse quelque occasion où je me puisse satisfaire en m'en acquittent dignement.
Au reste, Monseigneur, j'ay en une grande consolation , en recevant vos lettres pour les gratifiés estrangers, d'y en trouver une pour M. Conringius qui avoit esté oublié, ce personnage, entre tous les savans hommes du Nord , estant sans doute le plus éminent en sçavoir presque de toute sorte également , et , ce qui est davantage , l'unique jurisconsulte qui par ses ouvrages en ce genre a fixé le droit allemand et en est regardé comme la règle. Outre qu'il vous peut souvenir que s'estent offert à combattre la renonciation delà Reyne,vousra'ordoiiiwsii>sde t'y engager, et que son Traité, dont je vous ay fait voir les premiers cahiers, estoit prest à publier et n'eust pas peu fortifie la cause de Leurs Majestés, si la paix survenue ne vous cust pas fait m'ordonner de le luy faire tenir sous la clef4, pour s'en servir si quelque jour les affaires le demandent.
Vous voyez par là, Monseigneur, que c'est une plume k conserver pour le besoin, et dont les écrits peuvent estre d'un très-grand usage. Je ne dis pas la mesme chose du sieur Villioito, lequel est médiocre en comparaison, et dont l'Histoire latine de la régence n'a rien de vraiment bon, sinon qu'il y garde bien la justice aux armes du Roy. Dans ma précédente néanmoins, je nu» donnay l'honneur de vous écrire qu'il esloit disposé à la rendre à la mémoire de Son Éminencc. au lieu où il doit parler de la paix des Pyrénées et où il raconte sa mort. Vous jugerez si. pour l'y engager plus fortement. >ons luy voudrez faire continuer la gratification.
' Voir la note 3 de la pa,fr f.jK.
' Voiries*-' H V $ S dr la lettre Jo
1 Voir la note 3 d«- la page 5u«i. > Voir le h- S de la Irltrr 53.'
APPENDICE
Pour M. Wagensetl, c'est un savant «le la dernière importance dans les lettres hébraïques, qui a eu le bonheur de vous plaire par la traduction allemande du Traité et de» PaUntm du commerc*. qui de plus est dévoué aux intérests du Roy par son inclination, encore plus que par les bienfaits de Sa Majesté, et quoy que vous résolviez sur son sujet, je suis certain que vous ne le sçaunet jamais perdre.
Paris, 17 lévrier 1669.
La lettre que l'un dea vostres me rendit, il y a quinse jours, estoit du signor Viltiotto, médecin piéroontais. Il roe donnoit avis qu'il m'envoyoit son Histoire de la régence, d'une seconde édition dans laquelle il prélendoit avoir satisfait a ce que voua aviet souhaité de luy touchant feu M. le Cardinal, me priant de la lire et de vous tesmoigner le devoir où il «'estoit mis, ajoutant que la traduction italienne, que je luy a» ois conseillé d'en faire , estoit fort avancée et preste à voir le jour. Depuia ce temps-la , le livre n'ayant point paru , je n'ay pas cru devoir davantage tarder à vous en avertir, afin qu'il vous plaise m'ordonner ce que j'ay a luy répondre, ou si je le dois différer jusqu'à ce que l'ouvrage soit venu, pour vous en faire le rapport et vous laisser juger s'il s'est rendu plus digne de la continuation de vos bontés pour luy auprès du Roy.
Attendant vos commandemens la-dessus, Monseigneur, je m'abstiendray de luy écrire et de vous en reparier, et j'aurois icy finy ce billet, si toutes les raisons du monde ne m'engageoient à vous féliciter de la nouvelle dignité 1 dont il a plu à Sa Majesté de combler toutes celles par lesquelles sa magnanimité a voulu récompenser vostre vertu et payer les signalés services qni ont tant contribué au bonheur et A la gloire de son régne.
J'en loue Dieu comme d'une justice qu'il y a longtemps qui vous estoit due et qui estoit dans le souhait de tous ceux qui aiment le bien de l' Estât, et surtout de celuy que vous a vei obligé, par mille nobles marques de vostre bienveillance, à vivre et à mourir. . .
Paris. 7 ««. 1669.
Vous trouvères, avec ce root, le remerciement que vous fait M. Vosaius de la nouvelle gratification qu'il vous a plu de luy procurer auprès de Sa Majesté. Par la lettre qu'il m'a écrite, je le vois en peine de l'exemplaire on deux volumes in-folio du livre De Idnlatrta de feu son père, qu'il a donné augmenté de moitié en cette édition , laquelle, pour reconnoissance dea laveurs singulières qu'il a reçues de vous, il vous adresse, mais d'une façon si retenue, à l'égard des louanges qui vous sont dues (parce que je luy «vois fait entendre combien l'excès vous en estoit désagréable ) , au'il me tesmoiime n'avoir neur nue de vous v naroistre tron modéré.
Il y a trois mois que ce présent est party de Rotterdam pour Rouen, et comme il n'a point d'avis de son arrivée, il craint que les tempeates de cet hyver ne Payent fait périr en chemin.
Au reste, Monseigneur, scacbant la juste passion que vous avet d'accroistre le trésor des médailles du Roy, un fort homme d'honneur, domestique de M. de Harlay et aussy fort considéré de luy que de M. le procureur général, son fils1, ro'eatant venu visiter, je fis tourner la conversalion sur le sujet des médailles et ensuite sur le p,rand amas qu'en avoit fait M. de Harlay, que je sçavois de plusieurs connoissancea eatre le plus complet et le plus rare qui fust dans l'Europe, et je reconnus dans le discours que l'affection qu'il avoit eue pour cette sorte de curiosité luy estoit fort diminuée et que M. son fils n'en avoit jamais guère en pour cela , mon amy me hissant entendre
1 Le Roi venait de nommer Colbert secrétaire d'Kiat en remplacement de Guénégaud, avec survivance de sa charge pour le marquis de Sri-
**» Achille o> Harlay, conseiller «1 pariement,
en 1 667, fut reçu dix ans après procureur généra) en survivance de son père ( voir 1 , 971). Nomme premier président en juin 1689, il se retira du service en avril 1707. Mort le »3 juillet 1711. à l'âge de soixante et treite an».
LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT
jusque-là que, s'il »e trouvoit marchand qui en voulus! donner re qu'elles luy avoient coasté, il
seroit aysé de le résoudre a s'en défaire.
pour en user selon que voua le jugeras a propos pour le service de Sa Majesté et le v outre. Si c'eatoi I une affaire à quoj vous vouluasies penser, je se rois bien propre à en faire l'ouverture, et non pas à décider de la rareté et du prii de ce» imita il les. Le vray consultant sur ces matières seroit M. le doyen de Saint-Germain '.qui les a vues et examinées, et qui est trop homme de bien et trop voslre serviteur pour n'y pas ajjir avec la dernière fidélité et sincérité.
Outre les médailles. Monseigneur, j'appris de mon amy qu'il y a dans ce cabinet toutes les monnoyes anciennes de France en original, sur lesquelles M. de Boutcroue», qui en a publié un grand ouvra/jf si approuvé, lésa fait tirer et graver.
Paris, 3o avril 1669.
Voîcy les remereiemena des gratines de Sa Majesté auxquels ses faveurs sont arrivées les dernières. Ceiuy de M. Otlavio Ferrari, avec beaucoup de ressentiment et d'éloquence, porte un enj;a<;eraent de reprendre le dessein abandonné de l'histoire de ce siècle, seulement pour avoir lieu d'y employer les merveilleuses actions du Roy et celles des rois son père et son grand-père.-
Dans la réponse qu'il m'a faite, il me confirme cette résolution, et m'en parie comme d'une chose qui le passionne et qu'il doit aux bontés et aux grâces magnanimes de Sa Majesté.
Je m'imagine que le compliment que M. Conringius vous fait sur le mesme sujet, et qu'il ne m'a pas laissé ouvert comme a fait l'autre, n'est pas moins engageant pour la gloire du Roy et pour voslre honneur propre; car, dans la lettre dont il l'a accompagné , il me mande que, remply de ses bienfaits et comblé de vos bons offices , il ne peut plus différer à donner des marques publiques je sa gratitude et de son ressentiment, qu'il a sous la presse un ouvrage1 dont il ne me dit point le sujet, qui parois tra bientost , avec voslre nom a la teste, après lequel il en viendra un de politique pour Sa Majesté, où il prétend signaler son îele, et il finit par les offres de la servir dans ses intérests auprès du roy de Danemark , qui l'a depuis fait de son Conseil.
Vous ne seras pas peut-ealre roarry. Monseigneur, de voir ses propres paroles sur ces Iroi.point*, et elles von» feront plus d'improsMOti par sa plume que par la iniennè. C'eusl este- jjrand dommage qu'il fust mort4, comme le bruit en a couru, estant l'un des pins fameux lettrés d'Allemagne, s'il n'est le premier, et ne cédant a pas nn autre en passion pour le service du Boy. J'ay une particulière attention à l'y maintenir, dans la persuasion que vous m avouerai des moyens et des termes dont je me sers à cette fin auprès de luy.
M. \Nagenseil, ce professeur en hébreu qui traduisit en allemand toutes les pièces de i'cslaMissement do commerce , sensible aux libéralités de Sa Majesté, publiera dans quelque temps on ouvrage d'importance de l'abrégé du Talmud, qui n'a jamais esté mis en latin, avec sa version et des commentaire» de luy-racsme, qu'il est résolu d'offrir au Boy.
1 Pierre Séguin , d'abord conseiller et anm4nier d'Anne d'Autriche , était doyen de Saint-Germain-l'Amerroit depuis le 97 septembre t64t. Il avait on Ires-riche cabinet de médailles, que Louis XIV acheta nprM sa mort .arrivée le a avril 1 67s.
' Claude BooUrout , conseiller en la Cour des monnaies, autour d'on traite sur les Monnaie, aneirnuej. Mort en 167a.
' La mésVaM hermétique. ( Voir le troisième S de la lettre 71, la lettre 73 et le deuxième S de la lettre 76.)
* Le *7 du mois précédent , Chapelain , en annonçant à Colbert que le bruit courait de la mort de Coorinirlos. ajoutait :
•Ce seroit nn extrême dommage, tant pour le bien des bonnes lettres que pour le service de Sa Majesté, en cas qu'elle enst besoin «Tune plume eslranRÙrf» ucoréJiiée pour soutenir puissamment ses justes prétention» sur le Brabant , et pour montrer rinvalidilé o> la renonciation delà Reyne.
-Nous serons bientost éclairés de rr qui en e>t , et je n'omet tray aumne diligence pour cela, afin que si cet excellent sujet de» grâces royales vous •voit manqué, comme a desjà fait M. Gevaertios, vous pui*4es les remplir par d'à»*») jçrand mérite dans les pays éloignés, pour y maintenir la gloire de la munificence de Sa Majesté.»
M'PENDICE.
Je joiu* à ce billet celuj qu'il iu'u envoyé , <|ui explique ce qui entrera dans celle édition : par vu , vous en connoistrez mieux l'excellence, et vous jugera que cet écrivaia est uu borna» à conserver. Je l'exhorteray i poursuivre une entreprise si glorieuse et de si grand avantage pour la religion.
Paris, 3 juin 166a.
Le paquet que M. Perrault s'est charge de vous présenter est de cet bonneste médecin de Piémont ( Viltiotto) qui vous envoya, il y a un an, son ouvrage Ut in des divers événemens de la France depuis l'avénement du Roy à la couronne jusqu'à la paix , et qu'il a depuis porté jusqu'à la mort de M. le Cardinal.
J'apprends de plusieurs que cette histoire abrégée Tait asseï de bruit en Italie, et que, si le style n'en est pas si pur et si élégant que ecluy de Tite-Live, la vérité et l'ordre y sont comme on le peut plus souhaiter, et tout à fait à l'avantage de Sa Majesté et de ses intérests.
Pour feu M. le Cardinal , par l'occasion de la paix et de w mort , il a pleinement satisfait i ce qui est deu à sa glorieuse mémoire et a suivy exactement ce que je luy avois marqué qui tnanquoit sur cet article a sa narration '. Il me parle, Monseigneur, comme cet ouvrage estant fort avancé pour la traduction , suivant ce que je luy avois conseille pour la rendre plus populaire delà les monts.
Nous jugeret sur tout cela. Monseigneur, si son travail et son zèle méritent la continuation des grâces du Hoy par vos bons offices, et si l'on les luy peut laisser espérer pour le tenir toujours partial et dépendant de sa couronne.
Parts, 5 iioufct t ti6<»
Je me contente d'estre assidu à l'assemblée de cites vous ordonnée pour l'exécution de vos ordres, sans cbercher a vous divertir de vos occupations par la lecture de mes billets, lorsqu'ils ne sont pas tout à fait nécessaires et que je puis m'abstenir de vous en importuner. Celny-cy n'est que pour accompagner une lettre de M. Heinsius qui , ayant reçu tard le bienfait du Roy et les marques de la continuation de vos bons offices, et s' estant A peine-relevé de la maladie qui Ta travaillé toutfhyver et une bonne partie du printemps, ne s'est pu acquitter plus tnst des actions de grâces qu'il vous en devoit, après Sa Majesté. C'est. Monseigneur, son cœur qui parle dans sa lettre, et si vous pouvez prendre le loisir de la lire , vous n'y trouvères pas plus d'éloquence que de sincérité.
La première chose qu'il fera a son retour de Moscovie sera de quitter son emptoy de résident eu Suède, pour se donner tout entier à ses Muses et pour méditer quelque chose digne de sou grand bienfaiteur, la sublime gloire duquel ne seau roi t cslre célébrée par une plume plus sublime que celle de ce rare écrivain.
M. Conringiiu, qui n'a pas moins de gratitude que luy des tiln-raliles royales, sur ce que je lov ay fait connoîslre que s'il vous envoyoit le Traité qu'il a fait pour la justification des droits, il vons feroit chose agréable, m'a répondu qu'il l'alloit repasser et fortifier de nouvelles preuves pour vous le faire porter ensuite par une seure occasion ; que ce pendant il avoil sous la presse un ouvrage qu'il vous a destiné il y a longtemps, ne voulant non plus estre ingrat envers vous qu'envers Sa Majesté.
Il me mande aussy. Monseigneur, que le roy de Danemark , la voulant imiter, t'a honoré d'une grntiGcalion pareille, laquelle il rapporte à l'influence d'un exemple si noble, et m'a montré one grande joyc de l'union étroite qui est entre les deux monarques, pour leur pouvoir rendre sans scrupule le respect cl tesmoigner la reconnoissanre <ju'il leur doit.
' Voir li* deux premier* SS de la leltre 6fi
LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT
Pari*, 10 septembre 1669.
J'eus l'honneur de vous envoyer, il y a nn mois, le remerciement de M. Ileinsius pour la dernière grâce du Roy, qu'il dovoil à vos bons offices ordinaires. Vous y auret vu, en style cicéronien , dans lequel il n'a point d'égal en ce siècle , et d'un caractère de candeur et de vérité, la peine qu'il
counoutre les faveurs qu'il a reçues de Sa Majesté et de vous par de plus grands ouvrages que ceux qu'il a fait* jusqu'icy.
Dans ce dessein, il a demandé à ses maistres tin congé honorable; mais il ne l'a pu obtenir, pour la nécessité qu'ils ont de son ministère auprès du grand-duc de Moscovie pour le réconcilier avec la Suède. A son retour, il prétend s'affranchir de ses liens et s'appliquer tout entier au travail qu'il a médité pour la glaire de nostre grand nwnarque.
M. Carcavi vous aura rendu compte des sentiroens des convoqués sur la question qu'il vousavoit plu de nous proposer, et , comme ils se trouvèrent tous assez semblables , je n'ay pas cru devoir abuser de. vos précieux momens en joignant à son rapport mon opinion |»rbculière.
Aujourd'hui Monseigneur, vous auret les lettres de M. Dati pour le Roy et pour vous, dont il a voulu accompagner le panégyrique italien de Sa Majesté, lequel, pour le rendra plus di^ne d'elle, il y a quelques années qu'il lime et relime. Je suis persuadé qu'il vous semblera tel qu'on auroit peine à souhaiter rien de plus beau , et que si celuy qu'a fait M. Ferrari pour le mesme prince l'a emporté sur tout ce qui a paru de ce genre en prose latine, celuy-cy a laissé infiniment derrière soy tout ce qu'on a vu en prose italienne sur le mesme sujet. Le nombre des exemplaires qui sont venus par la poste est de quatorze, et s'ils ne vous ont pas esté plus tost présentés , la rebure en est la cause. 11 vous supplie que le Roy reçoive par vos mains cette très-humble offrande , et qu'il vous plaise la favoriser auprès de Sa Majesté qui la luy a inspirée ; d'avoir agréable l'exemplaire qu'il vous a destiné et de disposer des doute autres en faveur de qui vous le jugerez « propos.
Paris, i« novembre 1669.
Il peut y avoir deux mois qu'en vous rendant compte du voyage de M. Hcinsius en Moscovie, je vous fis sçavoir le dessein qu'a voit M. Conringius de vous dédier un de ses ouvrages pour rc— eonnoistre, en quelque sorte, les grâces que vous continuez de luy procurer si généreusement auprès du Roy*. Je vous diray maintenant que ce dessein est exécuté et que le livre est en chemin pour ne larder plus guère à vous estre présenté si la fortune ne l'arreste point sur la route. Ce pendant , Monseigneur, vous trouverez avec ce mot l'épistre dédicaloire de ce Uvrc que par avance son auteur m'a envoyée, où vous verre* que la matière dont il traite ne sçauroit estre plus curieuse ni plus importante, et que, dans l'adresse qu'il vous en fait, il a religieusement observé ce que je luy avois recommandé sur tontes choses, d'espargner vostre modestie dans les louanges qu'il vous y donnerait , et , s'il avoit à s' es tendre , que ce fust seulement sur celles de Sa Majesté, touchant, avec autant de force qu'une lellre le permettent, ses vertus héroïques et ses glorieuses entreprises.
Vous y remarquerez aussy, Monseigneur, que ses bienfaits et vos offices ne ponvoient tomber en une Ame plus reconnoissante, et la manière dont il s'en exglique, au milieu de l'Allemagne et à la face de ses jaloux , ne scauroit que redoubler vostre estime pour luy et que faire «le plus en plus considérer par le Roy un personnage de cet extraordinaire mérite dans les lettres et »i dévoué au service de Sa Majesté.
' Voir la note 3 de la page Mo.
v. , /il
6*3 APPENDICE
Paru, »8 mari 1670.
Sur l'avis que j'siy eu de M. Perrault du désir que voua Bviei qu'on «'appliquât à accompagner les estampes des places conquises par le Roy, en Flandre et en Franche-Comté, d'un écrit qui rendis! plus intelligible ce beau morceau de l'hiatoire de Sa Majesté, et que vous ne séries pas marn que je fusse celuy qui en prist la charge, taudis que vos autres serviteurs s'employeroient à illnstrer par d'autres travaux les autres admirables matières de ses actions héroïques, j'ay tenu à trèsgrand honneur l'opinion que vous aviex que j'y pusse réussir et l'ordre que vous me don met de |'entr»>j>i'',i]ili'o.
Depuis ce temps-là, après avoir conçu et résolu la méthode que j'y devois tenir comme la plot convenable a la gloire du Boy, sans la longueur d'une narration prolixe et affectée, fay rappelé les idées qui m'estoient restées de ces mémorables événeinens et tes ay rapportés succinctement, I» assaisonnant des justes motifs de celte guerre, des raisons de ia conduite que le Roy y a tenue, et des moyens qui luy en ont fait avoir un si avantageux succès, en conservant toujours ce principe immuable de ne prendre les armes que par force et de ne faire la paix que volontairement. J'ay mis, Monseigneur, ce travail entre les mains de M. Perrault, afin qu'il prenne lea momeo» A sa lecture, et que. si vous ne le désapprouves pas, il soit ensuite rv-
Paris, s avril 1670.
Je me donnay l'honneur, il y a huit jours, de vous écrire et de voua avertir que j'avois fait, suivant vos ordres, la relation des deux campagnes du Roy de 1667 et de 1 668 , et que je Paroi*
Aujourd'hui, je vous envoyé les remercieroens de deux des gratifiés estrangers de la Haye et de Strasbourg; ceux des plus éloignés viendront ensuite. M. Conringius, qui est de ceux-là, ne m'a encore rien mande sur ce sujet-la, mais il y a qudqueHemps qu'il me fit sçavoir que le volume de la Médecine hermétique '. dont je vous envoyay il y a six mois la dédicace , estoit heureusement arrivé à la Rochelle et qu'il me serait bientost apporté pour vous l'offrir en son nom. J'ay depuis sçu , Monseigneur, que le banquier Fromont l'avoit reçu et l'avoit fait mettre dans vos Ire bibliothèque. Outre que le livre est d'un sçavoir excellent et curieux , ta sagease 3e sa dédicace, tempérée suivant vo» intentions sur le sujet de vos louanges et déployée sur celles du Roy, vous le rendra ron*nlerabl<'.
Il me mandoit de plus que, bruslant de xèle pour les intérests de Sa Majesté, il avoit d'oflke détourné les princes de Lunebourg. dont il est conseiller confidentiasime, santés sollicitations des rois et républiques ligués, et qu'il les avoit dispositions où ils estoient pour la France.
U offrait ensuite de servir de ministre du Roy auprès d'eux, s'il en n'exceptant d'agir contre aucun des potentats en ses intérests, que ses seigneurs et le roy de neniark, auxquels en celte qualité (de ministre) il avoit fait serment.
Je l'ay loué de ses bonnes intentions, sans luy rien faire espérer, dans la pensée que s1 d'affaires estrangères vous en voudriez peut-estre laisser le soin à M. de Lionne. Si cela ne voua retenoit pas et que sa proposition vous fust agréable, je mesnagerois celte affaire sur les ordres que vous me prescririex.
J'ay sçu depuis qu'à ce dessein il a chargé d'une lettre un jeune soigneur allemand , fils de M. Sloff, général des troupes des duc et princes de Brunswick, homme de grand nom entre tons ceux de ces quartiers-la. Il cherchera l'honneur de vous la présenter, et, avec cette espèce de passeport, 1! espère de se pouvoir vanter d'avoir eu un favorable accueil de vous.
Je n'ay pu me dispenser de vous faire celte longue lettre , dont les sujets ne permettaient pas que je m'en expliquasse avec plus de brièveté. Je la finis avec ma protestation ordinaire de vivre et
' Voir lettre 73 et note.
LETTRES DE CHAPELAIN A COLBERT
Paris, a3 may 1670.
Vous verrez, dans les quatre paquets que je vous envoyé, arec combien de respect oot reçu les dernières gréces du Roy ceux à qui vous les avez procurées , et l'extrême gratitude qu'ils ont pour la constante bonté qui vous invite à leur rendre de si utiles et de ai glorieux offices. Quand les remerciemens de MM. Conringiuset Hevelius seront venus (et la seule distance des lieux a fait retarder leur arrivée), tous les estraiif[crs gratifiés auront satisfait à ce qu'ils vous doivent, en attendant que les travaux qu'ils ont entre les mains soyent en estât de donner à Sa Majesté et i vous. Monseigneur, une satisfaction plus grande.
Les divers services dont M. Viviani est chargé envers M. le grand-duc, pour raison de sa profession de pmauno matemalico , qui es toit celle do feu Galilée, et ses fréquentes indispositions, causées par ses labeurs de plus de vingt-cinq années, ont relardé jusqu'icy l'accomplissement de cetuy qu'il destina d'abord pour le Roy ; mais plus il se voit en demeure, pins il s'anime à en sortir bientost à son honneur et à payer en quelque sorte un si grand nombre de bienfaits. Celle vie de Galilée1 qu'il poursuit sera une chose de grande utilité pour le public, et qui ne sera pas de petite gloire à Sa Majesté en faveur de laquelle il l'a entreprise, devant estre meslée de cent curiosités de la dernière finesse en matière de mathématiques, et qu'il a recueillies de la bouche du défunt , lorsqu'il vivoit sous sa discipline.
Paris, 10 juillet 1670.
Depuis m'estre donné l'honneur de vous envoyer, par M. Perrault, la succincte relation des campagnes du Roy en Tannée 1667 et 1668, il m'est venu un paquet de M. Herraannus Conriogius, pour vous, contenant une lettre et on écrit en forme de conseil , touchant les moyens que le Roy avoit de se rendre maistre du commerce de toute la mer Méditerranée. Dans ce mesin<* paquet, qu'il avoit inscrit de mon nom afin qu'il passa» l plus seu renient, il y avoit un billet pour moy où il me prioil de voir récrit, déjuger s'il vous pou voit estre présenté et de luy mander en ce cas si son tèle et ses expédiens vous auraient esté agréables.
Je l'ay lu. Monseigneur, avec beaucoup d'attention, et j'ay trouve que la mesme force et les mesmes lumières qui se font sentir en tous ses ouvrages se rencontrent en celuy-cy éminemment, avec une judicieuse méthode qui n'y laisse rien désirer pour l'évidence et pour la solidité. C'est un fruit de sa passion pour la glaire de Sa Majesté et un effet de sa gratitude pour les bienfaits dont elle l'honore par vostre intercession. Comme il n'a pas connoissanec de ses hauts desseins et des mes qu'elle a pour les conduire é une fin heureuse, il peut facilement en avoir eu qui ne se conformeraient pas aux résolutions qu'elle a prises pour l'avancement de ses intérests. En effet, Monseigneur, il m'a semble que quelques-unes des propositions de récrit, quoyque sensées, estoieot néanmoins bien hardies et peu praticables en Testât où les affaires de Sa Majesté sont à l'égard de Rome et de quelques-uns de ses alliés. Mais c'est un protestant qui les fait et qui raisonne de bonne foy selon sa créance; aussy y ey-jc principalement regardé son ardeur pour les avantages du Roy et l'attention qu'il fait sur toutes les choses qu'il se persuade luy pouvoir estre utiles.
Au reste. Monseigneur, vous auriez plus tost reçu cet écrit si le caractère en eust esté tel que vous l'eussiez pu commodément déchiffrer. Pour vous espargner cette peine , il me Ta fallu estudier et dicler à celuy par qui j'en ay fait faire la copie ' que je vous envoyé. Je luy ay mandé qu'encore qu'il pus! arriver qu'on ne suivist pas ses pensées, il devoit pourtant s'assurer que ses bonnes intentions seraient estimées de vous, luy donnant parole d'ailleurs que vous luy garderiez noblement et inviolablement le secret qu'il demande sur toutes choses, a cause qu'il n'y a point de persécution que les jaloux de la grandeur de Sa Majesté ne luy fassent souffrir, s'ils avoieot le moindre soupçon qu'il fost l'auteur de celte pièce ».
1 Voir le 3"' S de la Mtre 38 tl l'avant-à>ri;»er de la IftUv 48.
' Voir l'avant-dernier S de la lettre 43. • Voir le 3- $ d«- la lettre 36 et note.
Ai.
6â/i * APPENDICE.
Je n'ay pas cru me trop avancer de luy donner relie parole, sçachanl combien vous este* jurf», et que vous voudrez toujours tout ce qui le sera, surtout «'agissant de la conservation d'un boinmc • de ce mérite et dont on se peut servir très-utilement. J'attends ce que vous aurez à m'oriionnw iU
luy écrire.
Paris, 18 jiourt ift-o.
Enfin le Plante de M. Gronovius , dont je vous fis voir l'année passée1 l'épistre dédicatoire, est > arrivé après mille accidens souffert» dans son voyage, à nous faire appréhender qu'il n'y fusl pérj. Il accompagne ce mol, et, uns que je rq'cstcnde sur le mérite du présent qui vous en est fait par l'auteur, vous verrez de vous-ruesnie, si vous pouvez prendre le loisir d'en relire la dédicace, qu'il n'y pouvoit ni mieux toucher les grandeurs de Sa Majesté, ui vous donner plus discrètement part nui grandes choses que vous exécutez si habilement et si fidèlement par ses ordres.
Je pense, Monseigneur, ne faire rien contre vos intentions si je luy mande que son offrande vous a esté agréable et que vous estes bien ayse de voir qu'il ne se passe point d'année que le» bonnes lettres no profitent de ses soins à les avancer.
Avec ce livre ira une lettre de remerciement que M. Hevelius vous fait de vos dernières faveur» en la continuation de celles du Roy que vous luy avez procurées. Je vois, par le billet qu'il m'a écrit en m'adressant son remerciement pour vous le faire tenir, qu'il n'a touché la grâce que It propre jour du solstice d'esté, sans avoir reçu la dépesche où devoit estre enfermée la lettre dont, aux autres années, vous aviez accoustumé de l'honorer; ce qui me fait croire que cette dépesche s'est perdue et qu'il a esté payé sur la lettre d'avis qui l'avoit précédée, après que le \attquier de Oanlzirk eut longtemps attendu en vain le paquet de M. de La Planche où il avoit enfermé la vostre, celle de M. Perrault et la mienne avec la quittance qu'il en devoit retirer.
Je vous importune, Monseigneur, de ce !©«{; détail, afin que vous ne luy imputiez pas le retardement de ses actions de grâces. Je le consoieray bien en luy mandant que vous l'avez reçu agréablement et que vous l'exhortez à ne discontinuer pas ses travaux si utiles aux bonnes lettres.
Paris, 4 avril «67»
Vous trouverez , avec ce mol, le remerciement que M. Boeklerus de Strasbourg vous fait de la gratification dernière que vous luy avez procurée. Vous y trouverez aussy un sonnet italien que M. le cardinal de Médicis m'a fait communiquer pour en apprendre mon sentiment, parce qa'H fait du bruit en Italie et qu'il est composé à la gloire du Boy, sur le sujet de ses magnifiques bastimens. J'ay cru, Monseigneur, vous le devoir faire voir pour ta grande part que vous avez à ces glorieuses entreprises, qui donnent de l'admiration à toute l'Europe * et qui contribuent si fort à 1a réputation de Sa Majesté.
J'ay, en mon particulier, â vous rendre de nouvelles actions de grâces pour la rupture que M. Perrault m'a mandé qu'il vous a [plu ) de faire du sceau de ce privilège des Satyrw do Despréaux , selon les intentions de nostre équitable monarque, qu'on avoit obtenu par surprise et contre le respect deu i Sa Majesté, laquelle, à vostre persuasion , a honoré de son estime et de ses bienfaits plusieurs personnes que vous n'en aviez pas jugées indignes, et laquelle a sujet d'entre offensée de l'insolence de ce satirique effréné , qui , par ses libelles , condamne le jugement et le choix que vous aviez fait et fait faire à nostre magnanime monarque; estant sans doute injurieux à Sa Majesté et à vous. Monseigneur, de déchirer, par des pasquinades autorisées de son sacré sceau, mesme des gens de bien et des plumes accréditées, toutes dévouées à son service et obligées, par ses faveurs royales, à mettre leur vie pour la défense de ses moindres intérests.
M. Perrault m'a mesme fait entendre que vous avez daigné répondre i la lettre que je von* avois écrite là-dessus pour m'assurer de l'exéculion de cet ordre de Sa Majesté , dont je vous fais
' Voir lettre 61. - ' Voir le a' S de la lettre 84.
LETTRES DE CHAPELAIN A COI.BERT
de nouveau x rcmerciemeus, bien que, jour ma grande mortification, on ne m'ayl point rendu voatre reaponw>,qni eust accru et redoublé ma consolation. Je ne vous en suis pourtant pas moins redevable, et je prie Dieu qu'il m'ouvre un moyen de vous tesmoigner par mon ressentiment que, de tous ceux que vous avez combles de vos grâces, je suis et sera y 1 . . .
Paris, 10 avril 1671.
uns des gens de lettres estrangers1 à qui vostre bonté a procuré les bienfaits du Roy et qui les ressentent jusqu'au fond du cœur avec toute la reconnoissance possible. M. Vossius, qui est l'un de ceux-là, m'en écrit des choses qui montrent bien a quel point il en est touché, et que ce qu'il en doit avoir mis dans les actions de grâces qu'il vous en rend n'est pas un compliment simple.
M. Gronovius, qui a porté sa gratitude jusqu'à Sa Majesté, ne m'en marque pas moins pour vous, qu'il regarde toujours comme l'autour du bien que depuis quelques années il reçoit d'elle; et ce que vous trouverez pour vous de M. Hcinsius est la lettre qu'il vous a faite l'année passée, lorsqu'il trouva à Stockholm, i son retour de Moaeovie, la libéralité royale et le billet dont vous l'aviez accompagnée. Ayant appris de moy que celte lettre estoil périe par les chemins, il m'en a envoyé la copie qui est dans ce poquet. pour vous estre présentée, afin de ne vous paroistre pas ingrat. J'attends le nouveau lesmoignage de son ressentiment pour vos derniers bienfaits, qui ne tarde à venir que par l'éloignement des lieux où son employ de résident l'attache.
Le mesme éloigneraient emposche que ceux de Florence , de Modène . de Padoue et de Dantzick ne soyenl pas encore arrivés. M. Le Ménestrel , qui a reçu celuy de M. Boeklcrus, vous l'aura sans doute fait tenir. Ce dernier gratifié, dans l'avis qu'il m'a donné de la réception de la grâce, ne trouve point d'iiasci fortes paroles pour exprimer combien il s'en sent obligé. Tous se montrent encouragés au travail pour la mieux mériter et n'en paroistre pas indignes.
Paris, si avril 1671.
C'est encore icy des remeraenjens au Roy et à vous de M. Graxiani, secrétaire d'Eslat de Son Altesse de Modène, pour ht nouvelle grâce que vous luy avez procurée auprès de Sa Majesté. H ne se peut épuiser, dans la lettre dont il les a accompagnés, d'exalter sa munificence et vos généreux offices, et y ajoute qu'avant deux mois la tragédie de Cromwell, dont il vient de relever le théâtre italien, vous sera par moy présentée, pour en faire une dévote offrande au Roy, comme la chose où il a apporté le plus de soin entre toutes les compositions qu'il a faites. Cela regardoit naturellement le roy d'Angleterre, mais il n'a regardé en cela que son grand bienfaiteur, à qui il a consacré toutes .«es veilles.
Il me consulta son plan dès qu'il l'eut conçu; il me communiqua tous les actes de sa pièce l'un après l'autre. Il en voulut mesme bien recevoir mes avis, et ce qui m'en est demeuré, c'est que depuis la Sofonuba , l'Oroercite , la Romand* , // /?« Torrismondn , les fameuses tragédies italiennes . on n'a rien vu de plus sublime ni de plus digne de nostre grand monarque1.
M. Oltavio Ferrari, dont vous aurez, Monseigneur, vu les actions de grâces, me mande qu'il s'appliquera , cet esté , i son Histoire latine \ dans laquelle celle du Boy entre pour principale , et
1 Nous donnons cette lettre d'après l'original de la Bibliothèque Impériale, beaucoup plu» explicite que le manuscrit de M. Sainte-Beuve , cl déjà publié dans la flœue rtintpechvt , j" série, t XII, p. 477.
* On trouvera à la Bibliothèque Impériale , Mi- InnffiA Clairambanti , vol. 466. fol. s63 et »65, denx lettre* de remerdmenl vu latin . écrites par VoMiunclBoekliTU»
• On lit dans la Biographie wtktrulle de Michaod : «Le succès prodigieux qu'obtint is tragédie de CromwtU (1G71 ) fit bientôt oublier les célèbres So/om$t* de Berabo et du Trissin; et jusqu'à ce que parti le Métope du MaftVi (170s). le Cronrzrrll fut considéré comme un ouvrage classique dans son genre, tant pour la vérité de» caractères qne pour l'observation de» régies de l'art»
• Voir la fin du *- S de la lettre 80.
APPKNDICK.
qu'il y aura une alteuliou particulière à y appuyer fortement ses justes et grands intérests. C'est la première plume laline d'Italie, et qui y lient la place qu'autrefois Tile-Live y tenoit. Mais il est assex connu de vous par le xèle qu'il vous tesmoigna en envoyant un amas de médailles singulière* pour augmenter ecluy de vostre bibliothèque, que vous ne jogeules pas indigne de celle do Boy, et par le coropteTque[M. le doyen de Saint-Germain vous rendit à son retour de Rome de la passion qu'il avoit pour son service.
Paris, 98 juin «67t.
Après avoir loué Dieu de la parfaite santé qu'il vous a rendue et qui es toit notablement altérée par les grands et nécessaires voyages1 que le service du roy avoit exigés de vostre zèle, et doat vos fidèles serviteurs n'avoient pas eu de légères inquiétudes, j'ay rendu grâce a Dieu de f heureux retour de M. le marquis do Seignelay auprès de vous.
J'ay cru vous devoir préparer à recevoir favorablement un nouvel ouvrage du comte Giralam» Grasiani , auquel il y a plus de six ans qu'il s'est appliqué, et qui sera sans doute le plus considérable qu'il ayt encore fait , dans la vue d'eu faire une offrande a Sa Majesté, son bienfaiteur, et à vous , Monseigneur, son prolecteur et son Mécène. Ayant envisagé le funeste événement de la mort du feu roy d'Angleterre et la trop heureuse tyrannie de Cromweil comme un véritable sujet de tragédie, propre à estre traité avec tous les oroemens que ceUc sorte de poésie désire, et où les louanges du Roy pouvoienl naturellement entrer à cause de la feue rcyne d'Angleterre, cette généreuse héroïne, tante de Sa Majesté, il l'a entrepris et enfin acoomply de manière à passer avec beaucoup de louange à la plus reculée postérité. Il l'a mesme mis curieusement sous la presse et l'envoyé, par une seurc occasion, à vostre bonté, pour luy servir d'introducteur auprès du Roy, et pour vous en donner le divertissement à vous-mesme. Elle est en chemin et je l'attends tous les jours, selon l'avis qu'il m'en a donné par la poste, avec la liste des personnes principales de la Cour à qui il a cru que la distribution en devrait estre faite*.
Sans vous prétendre prévenir. Monseigneur, sur la beauté de la pièce, que vous ronnoislrei mieux que moy, si vos accablemens vous permettent de la parcourir, je suis obligé de vous dire que les Grecs, les Latins ni les Italiens, dont j'ay examiné toutes les productions en ce genre, n'ont rien fait d'approchant. Car je l'ay eue en confidence à mesure qu'il, la composoit, et il en a voulu avoir mes sentimens pour ne point y pécher contre les règles et pour la rendre agréable mesme dans son horreur. Je l'ay attentivement considérée en toutes ses parties, et je suis demeuré aussy satisfait du succès de son travail qu'il m'a lesmoigné l'est re de mes avis sincères.
Vous luy feras. Monseigneur, la grâce et l'honneur, s'il vous plaist.de la recevoir bénignement comme une marque de son respect et de sa recoonoissance, et de prendre le temps propre pour en faire la présentation i Sa Majesté comme l'un des fruits de sa munificence. Je n'ay pas besoin de vous faire souvenir qu'il en est l'un des plus dignes objets et pour son mérite personnel et pour le rang qu'il tient auprès de Son Altesse de Modène en qualité de son seul secrétaire d' Esta t. depuis plusieurs années. Vous l'avex sans doute en la mémoire. Je vous confirmeray seulement que vous n'avex de tous les gratifiés aucun qui ressente plus vos faveurs que luy et qui se tinst plus heureux s'il pouvoit vous le bien prouver par quelque imposant service, si ce n'est peut-eslre moy, qui suis plus incomparablement que tous. . .
Paris, 6 octobre 1671.
Je ne me suis pu dispenser d'interrompre pour un moment vos importantes occupations par l'envoy de deux épigrammes latines, l'une sur vostre sujet et l'autre sur celuy du Roy, qui m'ont
1 Colbert était allé rejoindra le Roi qui visitait , exemplaires de la tragédie de Crtmmttt m Cotalors les places de Flandre. bert. l'un pour lui. et l'autre, relié eu maroquin,
* Le 10 juillet suivant , Chapelain adressa deux pour le Roi.
LETTRES DK CHAPELAIN A COLBERT
esté adres*t"* par M. Le Fètre1 de Satinour, leur auteur, el qui m'ont paru dignes de Sa Majesté et de vous. C'est, Monseigneur, un des hommes de l'Europe qui excelle lo plus dans les belles- It'Ures <i qui en a donné de plus solides preuves au public. S'il n'eust point eu le pèche originel de la religion qu'il professe, vostre bonté l'a voit autrefois regardé pour un des objets des gratifications royales1, et il a esté doublement malheureux d'avoir, par ce défaut , perdu la grâce de Dieu, celle du Roy el h vostre. Cela ne l'a pas empesché, Monseigneur, de demeurer religieux à son prince, de contribuer, selon son pouvoir, à sa gloire el de ressentir infiniment l'honneur que von* luy aviez voulu procurer, s'il ne s'en fust, pour ainsy dire, exclu luy-mesmc par son erreur.
La lecture de ses vers ne vous dérobera guère de temps, et je m'assure que vous les favoriserei au moins de quelque louange.
Je prie Dieu qu'il vous conserve une santé si nécessaire à la France et qu'il me fournisse d'autres plus grande* occasions de vous tesinoigner combien passionnément et respectueusement " je suis et scray toute ma vie. . .
Pari*, 8 mars 167s.
L'abbé Gondi', résident du grand duc en cette Cour, eut ordre du cardinal de Médicis' de m'apporter un sonnet magnifique à la louange du Roy, fait par un comte Carlo Dotteri *, de Padoue , pour en avoir mon avis s'il estoit digne de Sa Majesté. Je luy ay mandé ce qu'il m'en sembloil, et à peu de chose prés fay cru qu'il pouvoit delà les monts fort contribuer à la gloire de nostre {jraixl monarque.
Cependant, Monseigneur, comme le biais que l'auteur a pris pour l'honorer estoit fondé sur les superbes baslimens dont vous avez In surintendance avec tant d'approbation de tout le public, j'ay cm que voua auriez quelque plaisir de voir dans celle pièce l'efTet que font vos soins chez les ea- Irangers, aussy bien que l'honneur qui en revient à Sa Majesté. Peut-estre mesme qu'elle sera bien aysc de ces approbations, non mendiées, des premiers esprits d'Italie, qui n'ont autre dépendance d'elle que la ... • que leurs cœurs se sentent obligés d'avoir de sa souveraine vertu.
Paris, 5 moy 1679.
Ce sont icy deux lettres du comte Girolamo Graziani, qu'il m'a envoyées pour vous remettre el pour vous rendre les très-humbles grâces qu'il doit au Roy et à vous pour l'ordre que vous avez donné a M. Le Bègue de luy faire toucher la gratification de Sa Majesté, dont il me lesmoigne à moy l'extrême ressentiment qu'il en a, aussy bien que le désir qu'il a de continuer à faire de nouveaux ouvrages où il pourra bien employer le xèle duquel il bruslc pour la gloire et les bons succès des armes de Sa Majesté.
J'apprends aussy que sa libéralité ordinaire s'est eslendue par vos offices envers les enfans de M. Gronovius, que je vous avois fait sçavoir dès le commencement de cette année qui estoit mort , et je ne doute point que sa famille, surprise et (rès-reconnoissante d'un si généreux bienfait, ne vous en ayt rendu les grâces qu'elle doit par la voye de M. Le Bègue, si le commerce des lettres ne leur est point interdit avec la France en Testai où sonl les choses. J'en attends d'autres des est rangers plus éloignés auxquels j'estime que Sa Majesté aura continué ses laveurs, aussy bien qu'à M. Boeklerus dont il y a quelque temps que je vous envoyay le remerciement.
1 Tannaguy Le Kivre , né à Caen en 1 6 1 ô , professeur d'Iianunilés à Saumur. Mort en 1673 , •u montant oà le prince palaun l'appelait à Hei- ■Irlbcrg. Pins de madame Dacier.
* Le Fèvre igure , en effet , une seule fois parmi U» £ ru u lu* de Louis XIV ; c'est «n 1 666 , pour une somme de 1,000 livras. (Voir page 970.)
' L'abbé oa tiondi fat ebargè des affaires de Ton-
eana on France de Tannée 1679 à Tannée »6g5.
' Léopold de Médicis, frère du grand-doc de Toscane, né le 6 novembre 1617 , cardinal depnis 1667. Mort le 10 novembre 1676.
' Le eomte Charles Dolteri. poète italien, né on i6»6. Mort en 1686.
• te mot est en blanc dans le manuscrit
fi/i 8
APPENDICE
Paris, »6 a oust 1671.
Outre le» Acclamation 1 des Allemands aux triomphes du Roy, que j'eus l'honneur de vous envoyer il y a quelques jours, je recharge, en vous envoyant les louanges des merveilleuses «ouqucstes de Sa Majesté par M. le comte Grasiani, son Irès-reconnoissant gratiSé et vostre trèsoblijjé serviteur, qui n'a pu apprendre ces grands événemens sans les applaudir, an moins par ce beau sonnet, non content de les célébrer de vive vois dans tout l'Eslat de Modènc, où il lient un m considérable rang.
Je ne doute point que les autres de délit les monts ne s'en soyent acquittés avec le mesme lèle, puisque ceux qui n'y sont engagés que par l'admiration de si notables progrès, en font retentir toutes les cours voisines et en bénissent les justes succès.
Je continuera; , sous vostre bon plaisir , à vous faire la part qui vous en est principalement du»- , s'ils continuent À les faire passer par mes mains, et me tiendray heureux d'y employer mes soin*, en attendant quelque ordre de vous rendra mes services aux autres occasions où vous me jugeret capable d'y réussir heureusement et a vostre satisfaction.
Paris, a8 septembre 167s.
Le mesme M. Boeklerus, de Strasbourg, qui m'avoit communiqué ces Acclamation* latines sur les conquestes du Roy que je me suis donné l'honneur de vous envoyer, m'ayant depuis lesmoigoè la vive appréhension que les armes victorieuses de Sa Majesté avoient jetée dans tout l'Empire, je crus pouvoir l'assurer que leur crainte estoit vaine , et qu'à moins que d'estrè troublé en faveur des Hollamlois, dans son entreprise, le Roy ne tenterait rien delà le Rhin: à quoy il m'a fait réponse en ces termes: * In bHln fiaUo-btlgico kax ut mm* Canari* , quattntu ictri creiiiqtu point, ut evpiat imptrmixtu* 0**e omnibu» mnd», idqut et tempori et patrue utilitu eut multi prinàpnm judicavere perttuuereipu ; neque ù quibti* armari voUntibta rut aliud mi* Cftmiiii* quant mertrm dtfetuionem in on H ealamo habtnt; tmo rorum nemo qui tocirtatem ad provinna* Hrlgio permixuu cxttndx cvptrtl hacttttu* nt auditu*. ilinc magna nos *pt* tetut pacrm duraUtruta et amicitxnnx Got- Ucam Imperio conttanUr ornammlo ««se futuram *.n
Cest, Monseigneur, la créance de cet homme de bien , qui ne respire que la gloire de Sa Majesté, et j'ay cru que son tesmoignage ne vous serait pas désagréable.
M. Perrault nous ayant fait sçavoir vostre ordre pour une médaille touchant les conquestes do Roy sur les Hollandois1, il s'est chargé de ce que j'ay fait sur ce sujet pour vous montrer au moins ma promptitude à ciécuter vos commandemens.
Je finiray par les très-humbles actions de grâces que je vous dois de la bonté que vous avex eue, à ma prière, de faire conserver mon neveu dans sa charge d'avocat au Conseil, faveur qui resserre encore plus fort que tant d'autres les nœuds qui m'ont engagé dans une absolue dépendance de »os volontés et qui m'attachent inséparablement à tous vos intérests.
Paris, a» octobre 167s.
Le mesme M. Frischman, qui se dit résident pour le Roy à Strasbourg, et se dit fort connu de vous, sur la réponse que je luy 6s, il y a un mois, que je in'estois doDné l'honneur de vous envoyer la Hatavia triumphata , ou acclamations fort éloquentes pour Us progrès des armes de Sa Majesté, que je croyois avoir esté bien reçue de vous, s'est encore avisé de m'écrira qu'il l\»»oil fait imprimer à Francfort, avec quelque» autres pièces sur le mesme sujet, où il justi6e l'entre-
1 Voir leUras 87 et 88. erent ces conquêtes. Chapelain parie sans doote
* Il a été indispensable de rectifier quelque* de celle qui a pour légende : (Il or nfwi . al pool
mots de ce texte évidemment altéré. exergue : llalavia drbeUaia. (Voir Ihtt. 4e Lom* Xtt,
' lliiRiotirs médaille» frappée» en 1^71 mu*»- pur Rnuen de La Martinière, III, hho.)
LETTRES DE CHAPELAIN A COLBEHT. M9
pr ise de Sa Majesté et tiisrlie d'effacer les mauvaise* impression* que ace ennemis en ont données aui princes allemands, desquelles pièces il dit attendre une occasion Mare d'en envoyer à la Cour des exemplaires, et a joint à son billot une lettre qu'il m'a prié de vous faire tenir.
Son xèle est apparent; pour sa personne que je ne commis point, s'il est asaes heureux pour ne vous eetre pas inconnu , vous jugeras , Monseigneur, s'il sera digne que vous conadérics le devoir où il se met de servir le Roy en ces rencontres, et que vous luy en fasses lesmoignergré pour le confirmer dans la passion qu'il montre de glorifier autant qu'il peut nostrc grand monarque. Sa lettre ira avec ce mot que je finiray par l'avis trop certain de la mort du pauvre M. Boeklerus, l'un des principaux de vos gratifiés. En voilà déjà quatre, MM. Gevaertius, Reinesius, Gronovius, et ccluy-cy, que la fortune semble envier s la bénéfice nce de Sa Majesté et à vos généreux offices; et si Sa Majesté continue à la vouloir exercer envers les savaus de premier ordre, elle et vous serez contraints de jeter les yeux sur d'autres, dont il y en a encore quatre ou cinq d'éminens et qui ne feraient point déslionneur A ces grâces. Gronovius mourut sur la fin de l'édition de Tacite, commentée par luy et dédiée à Sa Majesté, que ses héritiers luy feront présenter, lorsqu'elle aura ou conquis ou rendu la paix à la Hollande.
Graevius1 a publié son Suétone avec ses notes, ouvrage très-digne d'avoir place dans la bibliothèque du Roy et dans la vostre. SchetTcrus», premier professeur de l'université d'Upsal , en Suède , travaille a augmenter son traité De r* nautica , fort souhaité de tous les gens de lettres et propre A enrichir les cabinets des savaus.
Mais j'abuse de vostre loisir, je vous en demande pardon.
Paris, 17 janvier 1678.
J'ay reçu, depuis dix jours, un nouveau panégvriqnc italien sur la dernière campagne du Ifay, fait par M. le comte Graxiani, secrétaire d'Kstat de Son Altesse de Modène et comme son premier ministre, lequel, il y a plusieurs années, en avoit fait un autre pour Sa Majesté, sous le titre d'/?ereotV Galiico*, lorsqu'elle l'eut honoré de ses bienfaits entre les principaux gratifiés, et qui, au commencement de l'an passé , luy dédia la fameuse tragédie de Cromwtil *.
Mais comme il souniettoit ce nouveau panégyrique à mon jugement , et qu'en l'examinant, j'ay trouve nécessaire, de 1 a \ en 11 u» plusieurs choses que , laule «le lion» avis , 11 y a «oïl employées p.ir son sèle autrement qu'elles ne s'estoient passées, ou qu'il y avoit omises, je luy ay renvoyé son poème, pour y réformer et ajouter ce qui en avoit besoin pour la gloire du Roy et pour la perfection de l'ouvrage, qui d'ailleurs est très-beau et très-digne de sa réputation.
Cependant, ayant trouvé â sa leste une très-belle lettre qu'il vous y adresse pour vous y demander vostre proteclioo et pour la faire imprimer avec l'ouvrage, et me souvenant de fa peine que
devant quede luy renvoyer la pièce, j'ay tiré une copiu de cette lettre pour vous la faire voir et recevoir de vous ensuite l'ordre ou de la laisser imprimer ou de la supprimer, lorsqu'il aura revu et corrigé ce beau poème. Vous la trouverez , Monseigneur, sous cette enveloppe, et, après avoir jeté les yeux dessus , vous me feras la grâce . s'il vous pfaist , de me mander et commander ce que vous désireras que j'en fasse, pour estre ponctuellement obéy par moy.
feus l'honneur de vous écrire, il y a quelques mois, que la mort avoit enlevé au Roy deux des plus dignes objets de ses grâces, Gronovius et Boeklerus. M. Conringius, ce conseiller d'Estat de
1 Jean-Georges Graevius exerça pendant quarante et on accourait a ses leçon» do toute l'Europe. Mort
et un ans, daua la ville d'Utrecht, la charge de pro- le 1 1 janvier 1708 , à l'âge de soixante et onie sns.
fesseor en politique, eu histoire et en éloquence. — Graevius eut part aux libéralités de Louis XIV.
Les magistrats d' A msterdam , eaux de Lryde , i'elct- et il en témoigna sa reconnaissance dans les prolé-
teur pafaun, le roi de Pru*«e, fa république de ftowenes des Orei»»udV Cieéron. Venise tentèrent plusieurs foie de se l'attacher. « Voir le dernier S de 1a lettre bt.
mais aucune offre ne pul fa séduire. Tous les grand» ' Voir le 1- S de fa lettre s*.
Voir lettres 80 et 81*.
650 APPENDICE. LETTRES DE CHAPELAIN A COLBEHT
MM. les duo de Lunebourg, ai télé pour Sa Majesté et » fameux dans l'Empire, tient encore bon contre l'âge, aussy bien que MM. Vosnus,Heinsius, Heveliuset Ferrari. Ce dernier me mande qu'il travaille à l'Histoire latine du Roy, dont il a desjà dix livres de prects à mettre sous la presse ', et qu'il sollicite ardemment M. l'ambassadeur de France à Venise' pour se faire fournir les Mémoires véritables de la suite, pour continuer, me déclarant que quelques menaces qui iuy toyent faites par les jaloux de Sa Majesté, il luy conservera toujours ses avantages dans une exacte vérité.
J'ay cru ne vous devoir pas laisser ignorer cela, ni le soin que je prends toujours d'entretenir le» m vans estrangers par mes lettres', fortifiées par vos bienfaits, dans la disposition où vous les aves mis de contribuer par leurs travaux et par leurs veilles à mettre en leur beau jour les héroïques vertus de nosire grand monarque. J'y suis très-obligé par ma naissance et par ses faveurs.
Pans, 0 juillet 167S.
Je reçus hier, par le soin du nouvel ambassadeur de Venise*, une petite on .«se qui m'esloil ailrosséo, et, l'ayant ouverte, n'y croyant que le livre que je jugeay estre pour moy, je Irouvay une lettre que m'écrivoil son auteur, à moy inconnu , qui m'expliquoit que c'a» toit un ouvrage de ce qui «'estait passé en France depuis l'année 1660 jusqu'à 1673 , lequel ouvrage il dédiait au Roy. me priant de vous le rendre pour estre présente dans de si bonnes mains et s'autoriser de » astre recommandation. Celuy dont il s'est servy pour m'eogager à luy rendre cet office est le fameux M. Oltavio Ferrari, voslre très-obligé serviteur, qui m'en a écrit avec beaucoup d'instance.
Je m'imagine par là que le livre doit estre important, embrassant les illustres éténemens de la conduite de Sa Majesté, et apparemment dans ses intéresls et avec les justes éloges qu'il mérite. Je n'ay pas seulement lu la dédicace de cette histoire, de peur d'effleurer et ternir en la touchant une offrande que j'ay regardée comme sainte vu l'autel où elle devoit se poser. Ainsy, je n'en puis porter de jugement et m'en suis remis a celuy que vous en ferez beaucoup mieux qne moy.
Je vous envoyé, avec ce mot, la lettre que cet écrivain m'a adressée, afin que vous voyiet le déajr qu'il a eu que son travail eust l'honneur do passer pus vos mains en celles du Roy et la prière qu'il me fait de luy en procurer une réponse. Il sera de voslre prudence de résoudre si vous l'estimerez digne que vous la luy (àssiex ou fassiez faire. Je soupçonne qu'il le souhaite, pour s'en (aire honneur en Italie et donner réputation i son livre, et peut-estre encore pour en tirer quelque émolument, quoyque, pour ce dernier point, ni le cavalier Ferrari ni luy ne m'en touchent [tas un mot. J'altendray à luy répondre à mon particulier qu'il vous aura plu me faire sçavotr une résolution, afin de tempérer ma réponse selon vos ordres et vos intentions.
(Cabinet de M. Sainte-Beuve. Mas.)
1 On voit, par une lettre du 10 avril, que cet ouvrage fut imprimé tous la dédicace et qne le résilient du dnc de Modëne en offrit des exemplaires reliés i Colbert et au Roi. (Voir aassi lettres Sa , 64 et le dernier S de la lettre 80.)
« Le comte d'Avaux exerça, do 1671 à 167*.
les fonctions d'ambassadeur de France à Venise.
* Voir page 6«8. note 3; page 6ss, note t, et la note de ta pnge 63 A.
* La république de Venu» eut pour ambassadeur en Fronce de t«7t à 1Ô78 00 nommé Mi-