‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 51 sur 470 · AU CHEVALIER DE CLERVILLE · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER DE CLERVILLE

COMMISSAIRE GÉNÉRAL DES FORTIFICATIONS

Paris, îojuin 1673.

J'ay reçu vostre lettre du dernier du mois passé, sur laquelle enfin je suis obligé de vous expliquer les véritables sentimens du Roy, que je ne vous av pas bien ni assez fortement expliqués jusqu'à présent.

Par toutes vos lettres, il semble que vous soyez estably ou que vous vous eslablissiez vous-mesme en contrôleur de l'intendant. Vous trouvez à redire à tout ce qu'il fait; vous voulez censurer et examiner ce qu'il a fait concernant les corvées; vous voulez qu'il rase la butte d'Eckersberg, contre l'ordre et les intentions du Roy; vous voulez qu'il règle le train de l'entrepreneur et de sa femme, et mesme qu'il règle la maison qu'ils doivent occuper; vous voulez mesme qu'il vous rende compte de toute dépense qu'il ordonne, et de tout ce qu'il fait.

Je crois estre obligé de vous dire que tout cela n'est point de vostre fait du tout; que lorsque le Roy a choisy un intendant, Sa Majesté l'a jugé dijjno de sa confiance tant pour la disposition et ordonnance de ses deniers que pour tout ce qui en dépend , et que vous n'avez aucune autorité pour vous ériger en son contrôleur public. Il est bien vray que si vous voyiez que le Roy fust manifestement trompé, vous pourriez en donner avis à l'intendant, honnestement et civilement, afin qu'ilyprist garde; et en cas qu'il ne remédias! pas aux abus que vous luy auriez découverts, tout ce que vous auriez pu faire auroit esté d'en garder des mémoires pour en avertir le Roy, sur quoy Sa Majesté auroit fait telle réflexion qu'il luy auroit plu.

Je ne sçais où vous avez trouvé tout ce que vous dites de la butte d'Eckersberg, car la vérité est que M. le Prince a fort loué auprès du Roy le dessein de la raser, et l'industrie de l'intendant d'en avoir desjà fait la plus grande partie à peu de frais. Si j'en trois dans le détail de tous les articles de vos lettres, vous verriez que vous avez presque autant de tort en tout ce qu'elles contiennent. Mais comme elles sont trop longues, il suflil que je vous dise de les réduire à rendre compte des travaux des places, el particulièrement de Rrisacb et Philipsbourg, sur lesquelles vous ne devez point vous départir des résolutions que le Roy a prises sur les plans et mémoires que M. le Prince luy a fait voir, (le doit estre là vostre entière application, comme aussy à prendre garde que les marchés soyent bien faits, les devis exécutés, les matériaux bons, et que les ouvrages soyent bien et solidement conduits.

Encore que je vous écrive de cette sorte et que vous deviez en conséquence vous remettre dans le véritable estai auquel vous devez estre, vous devez avoir d'autant moins de peine que je n'en écris point à M. Poncct, et que je l'excite à vous donner des marques de confiance et à vous mesnager1. Mais prenez garde d'osier de voslrc esprit l'acharnement qu'il paroist que vous avez contre Lahalle; comme entrepreneur, il ne mérite pas voslrc colère, au contraire, vous devez l'appuyer et le protéger en tout pourvu qu'il fasse son devoir, et il ne doit agir en aucune façon comme ingénieur sans que vous luy en donniez ordre.

(Dépôt des fortifications, Nw. ao5, 1673, fol. i63.)

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