‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 52 sur 470 · A M. PO N CET · texte numérisé non relu

A M. PO N CET

INTENDANT A METZ

Paris, 17 juin 167.**.

Pour réponse à vostre lettre du 7 de ce mois, il suffit que vous soyez informé que le Roy assiège Maastricht pour vous faire connoUlre la vérité de ce que je vous ay écrit tant de fois touchant la nécessité d'avancer diligemment les travaux des places d'Alsace et d'employer, la nuit et le jour, toute vostre application et toute vostre industrie pour mettre ces places en estât de ne rien craindre des ennemis de Sa Majesté. Je ne sçaurois assez vous parler et vous recommander ce point qui est à présent certainement le plus important et le plus nécessaire qu'il y ayt dans l'Estat.

J'ay reçu, avec vostre lettre du 3o du mois passé, le mémoire qui y estoit joint, et je vois, par ce mémoire, la demande que vous faites : si l'on permettra au chevalier de Clerville de diminuer un bastion qui obligeroit

1 Les conseils du ministre ramenèrent la bonne intelligence entre l'intendant el le commissaire général des fortifications; Colbert en exprimait ainsi sa satisfaction à ce dernier, If 1 7 du môme mois :

«Je suis Irès-ayse d'apprendre Testât auquel tous estes avec M. Poncci. Je vous écrivis, par ma dernière, les intentions du Roy sur tout ce qui regarde la conduite que vous devez tenir, à quoy il est à propos que vous vous conformiez , estant certain que vostre raisonnement n'a pas esté conforme a celtty de Sa Majesté sur la matière de vos fonctions et sur celle» de l'intendant. Il faut a l'avenir vous appliquer uniquement à faire universellement tout re qni pourra

dépendre de vous pour avancer les ouvrages el mettre ces places en estai que Sa Majesté puisse estre satisfaite. \ ous sçavez l'importance de ces places, et vous estes informé que le Hoy est à présent au siépc de Macstrichl, dont tous connoissez la force et l'importance. Considérez bien de quelle importance il est de travailler nuit et jour pour avancer tous les ouvrages que Sa Majesté a résolu», et mettre ces places en estât de ne rien craindre, quelque résolution que les ennemis puissent prendre de les attaquer. C'est assez vous dire pour échauffer vostre zèle et estre persuadé que vous ferez mesme au delà de ce qu'on peut espérer de vous." ( Dépét .Im forlif. fol. if.fO

tle couper une plus grande partie de la bulte d'Eckersbcrg et engagerait à une dépense immense; ce sont les termes devostre mémoire.

Sur quoy, je vous prie de consulter vous-mesme quelle réponse je puis faire, vu que vous ne m'expliquez point ni quelle diminution ledit chevalier veut faire, ni pour quelle raison il veut faire ce changement.

Perroellez-moy de vous dire que si vous aviez envoyé quérir le chevalier de Clervillc, et que vous eussiez vu et examiné avec luy le plan envoyé par le Roy et le mémoire des résolutions que Sa Majesté a prises sur ce plan, et que vous eussiez fait ensemble la différence quant à la force et à la dépense, il seroit arrivé très-assurément que ledit chevalier vous auroit fait voir que cette dépense n'est pas si grande que vous le croyez, ou qu'il l'auroit diminuée luy-mesme, ou qu'il vous auroit fait connoistre la nécessité du changement. Kn ce cas, vous en auriez pu agir de concert, et ainsy le service de Sa Majesté auroit pu se faire presque avec la mesme diligence. Car, de prétendre qu'un ingénieur habile et en qui le Roy se confie , et qui est sur les lieux, ne puisse pas diminuer l'angle d'un bastion de quelque degré, vous jugez bien vous-mesme que cela est tout à fait contre le bon sens, et qu'il n'y a pas d'apparence que l'intention du Roy soit de luy lier tellement les mains qu'il ne puisse faire ce changement, quand il l'estime nécessaire pour le service de Sa Majesté. Je vous dois dire en peu de mots qu'il est absolument impossible que le service se puisse faire si vous n'agissez do concert avec l'ingénieur, et si, par les bons et honnestes traiteraens que vous luy ferez, vous n'attirez quelque sorte de confiance pour concourir ensemble à tout ce qui peut estre du bien du service de Sa Majesté.

Le chevalier m'écrit que vous agissez à présent de bon concert; je m'en réjouis et vous prie d'y contribuer de vostre part, mesme au delà de ce que vous devez. Soyez assuré qu'en tout temps, et particulièrement en cette conjoncture, vous ne sçauriez trop faire. Vous devez mesme excuser beaucoup de défauts : c'est un homme qui est vieux, chargé de beaucoup d'infirmités, et qui outre cela rroit avoir beaucoup de sujets de chagrin; il est nécessaire que vous compatissiez à tous ces défauts, et qu'en compatissant vous en liriez tout ce qui est nécessaire pour le service du roy a.

( Dépôt des fortiflMlions, M». aoB, i673 . loi. t68.)

1 Voir la noie de b pièce précédente.

1 Cotbert avait bien de la peine a mellre d'accord Poocet et ClerviUe. Après avoir fait on tendre raison à ce dernier, il lui fallut prendr» l'intendant à partir :

?J'ay esté étonné, lui écririt-il le 8 juillet, que vous ayex différé jusqu'à présent a donner communication au chevalier de Clervillc du mémoire que je vous ay envoyé le 4 février uVrtiier, sur (es travaux qui ont esté résolut! par

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