A M. DE BRETEU1L
INTENDAMT A AMIEîNS.
(Lettre originale.)
Saint-Germain. «8 février 1675.
Quoyque le sieur Ferry ayt retenu les copies des mémoires, plans, devis et estimations des ouvrages de Douliens qui ont esté faits par le sieur de Vauban, lorsqu'il y a passé, je ne laisse pas de vous en envoyer une copie afin que vous puissiez avec plus de facilité en avoir une entière et parfaite connotssance , et que, par vostre application et les fréquens voyages que vous y ferez, vous puissiez tenir la main à ce que les ouvrages soyent faits avec la plus grande diligence qu'il vous sera possible.
Vous devez seulement observer que le sieur de Vauban se plaint que dans l'estendue des places dont vous prenez soin il y a beaucoup d'entrepreneurs insolvables qui se rendent adjudicataires des ouvrages à quelque prix que ce soit, trouvant assez d'avantages en subsistant dans les ouvrages et mettant mesme quelque chose à couvert des avances qui leur sont faites, sans se soucier beaucoup de ce qui peut leur arriver dans la suite, lorsqu'ils sont contraints d'abandonner leurs ouvrages. C'est à quoy vous devez bien prendre garde à l'avenir; et quoyqu'il ayt esté bon dans le commencement, et avant que vous eussiez une connoissanec parfaite du prix
1 Dii joui» après, Golbert acceptait la pro- casernes de maçonnerie. Ne manquei pas de de Moyennevillc de faire en plan- me faire sçavoir A combien iroit la dépense
ches de sapin les casernes d'Ardre* et l'auto- de celte couverture de tuiles et celle de ces rarnail à en acheter 10 ù 19,000. grômens.ahn que j'en puisse faire la proposi-
F.nQn.le 6 avril 1675, il fui écrivit: «Je tion au Roy. Cependant je crois que mis bien ayse d'apprendre que les casernes pourret faire faire amas de tuiles, parce que,
d'Ardres sont achevées et mesme que si elles soit pour celles-là, soit pour celles de maçon-
estoient rouvertesde tuiles, et que les joints des nerie, il faudra toujours en avoir. . .» ( Dépôt
planches hissent bouches , elles pourraient du- 1675, fol. A9. ) rer dit ans ainsv espacfpior la dt'-ponse des
des ouvrages dans chacune place, de ne donner aucune préférence el d'adjuger toujours les ouvrages à ceux qui faisoient la condition du Roy la meilleure, à présent que vous connoissez les bonnes et mauvaises qualités des entrepreneurs, leur solvabilité et mesme le véritable prix des ouvrages, vous devez toujours préférer les meilleurs et ceux en qui vous pouvez prendre plus de confiance pour la bonne conduite des ouvrages et pour la diligence '.
Le Roy a destiné la somme de aoo,ooo livres pour les ouvrages de la ville et citadelle de Doullens, mais il seroil à souhaiter que par la diligence des entrepreneurs et des ouvriers qu'ils employeront ils consommassent entièrement celte somme dans les mois de mars, avril et raay. Vous ne devez point vous mettre en peine si cette somme suffit ou non; vous devez seulement faire commencer les ouvrages par les plus pressés el les plus importans, et faire tous vos efforts pour consommer lesdites aoo,ooo livres dans les trois mois cy-dessus. Aussylosl que vous m'aurez fait sçavoir à combien montera la dépense par semaine, je ne manqueray pas de vous faire remettre tous les mois , par avance , l'argent qu'il faudra , el je donne ordre dès à présent au trésorier des fortifications de vous envoyer 3 0,000 livres à compte.
Pour Péronne, il faut continuer l'exécution entière du mémoire fait par le sieur de Vauban , de l'année passée, lequel doit estre entre vos mains et en celles du sieur Ferry; et comme Sa Majesté a destiné 100,000 livres pour celte place, fuites en sorte de les consommer dans les mesmes mois de mars, avril el may, s'il est possible.
Sa Majesté a fait aussy un fonds de 160,000 livres pour Saint-Quentin. Elle estime que pour celte somme celte place doit estre entièrement achevée, mais elle veut que vous fassiez promplemenl un marché avec le nommé Gruge, ou avec tel autre entrepreneur que vous estimerez assez habile et entendu pour remplir une partie du ravin5, et que vous en réser-
1 Le a novembre 1676, Colbert avait signalé un autre pointa la vigilance de l'inlendant :
«Il n'y a rien à quoy vous devez vous appliquer avec plu» de soin qu'à détruire les monopoles que mis soupçonne! se pratiquer dan» l'adjudication do» ouvrages des places de Picardie, et que je scais de science certaine estre establia depuis assez longtemps. Il est nécessaire, lorsque tous serez à Arras, de vous informer exactement du prix de tous les travaux qui s'y font, afin de les rentrer avec ceux dé-
dites places do Picardie, n'y ayant pas de moyen plus assure que ecliiy-là pour estre certain de la juste voleur des ouvrages et se garantir de tontes les surprises des eotrepreneurs. fct comme vous eonnoisaes de quelle conséquence est cette aflaire pour l'économie et le bon mesnage des deniers du roy, je ne vous en diray pas davantage sur ce sujet. . . » (Dépôt daforlif. 167/1, fa'- 3o8- — M- ''° Beau ville, Rtcuril de document* inëdiu emerrnmtt la fteardte,
» Voir pièce n' 100.
KOIITIFICATIONS. 131
viez un endroit pour y faire travailler continuellement le* corvées. Kl, comme cette place est la plus importante de la frontière et qui donne le plus d'ouverture dans le royaume, vous devez faire promptement ce marché et obliger l'entrepreneur à y faire travailler avec le plus grand nombre de tombereaux qu'il sera passible, sans vous relascher toutefois des corvées, que vous devez pareillement faire travailler autant que la nécessité du service vous le pourra permettre.
Comme j'ay esté depuis dix jours assez indisposé pour ne vous pouvoir sçavoir l'intention du Roy sur ces trois places, je vous envoyé un courrier exprès pour vous en informer plus promptement.
A l'égard des places dont M. de Moyenneville prend soin, je luy ay fait donner copie des plans et mémoires du sieur de Vauban , avec ordre de partir pour aller vous en rendre compte au lieu où vous serez, et de là partir pour aller dans les places d'Ardres et de Calais qui sont les plus importantes et où il y a le plus à travailler.
Si les autres affaires dont vous estes chargé vous le peuvent permettre, il sera très-nécessaire que vous ^oyez présent lorsque les marchés seront faits.
(Bibl. du Corpt législatif, Mm. B* i3. Dépéchet dtla cour à M. ie Brekml, 167b. pièce n* A9.)